‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 49 sur 59 · LA SAINTE FAMILLE OU LES TROIS MARIES · texte numérisé non relu

LA SAINTE FAMILLE OU LES TROIS MARIES

A n na solet dici très Marias (peperisse) Quas genuêre viri Joachim, Cleophas, Salomisque.

ducere viri Joseph, Alpheus, Zebedeus : Prima parit Xristum, Jacobumque secunda Minorem,

Et Joseph Justum peperit cum Simone Judam : Tertia Majorent Jacobum, volucremque Johannem.

a difficulté d’exprimer tant de choses en peu de lignes a probablement déterminé à les écrire en latin 1 . Le sujet du reste est annoncé par ces mots d’Isaïe (ch. xlii) que porte une bandelette aux plis ondulés : Generaiionem ejus quis narrabii; « qui racontera sa génération ? » paroles qui ont pour objet, non les ancêtres de Jésus-Christ, dont une autre tapisserie nous a rappelé en partie les noms, mais sa filiation divine. C’est le père en quelque sorte qui les prononce ; au-dessous de lui plane l’ Esprit-Saint, et la Trinité se trouve complétée par le Christ incarné qui, plus bas, trône avec sa mère sous un dais qu’environnent les personnes de sa famille avec plusieurs anges.

« Les générations célébreront ce glorieux avènement du Christ : » Memoria mea in generationes seculorum ; dit d’après l’Ecclésiastique (ch. xxiv) le docteur placé à la gauche du spectateur, et dont l’air grave, l’attitude et l’éclatant costume font une des plus nobles figures qu’offrent nos tapisseries. Serait-ce l’auteur inconnu de l’Ecclésiastique que l'artiste aurait prétendu peindre ? En général, il ne faut pas chercher une intention bien arrêtée dans la figure des personnages bibliques qui occupent les deux côtés de nos tapisseries. Il est difficile, par exemple, de reconnaître David dans le personnage de droite, à qui

. Un mss. de la Bibliothèque de Metz, qui reproduit

vers, porte : dilectum, au lieu de volucrem.

HISTOIRE DE LA VIE ET MORT

l’artiste fait dire ce verset des psaumes : Hec est generatio querentium Dominum (ps. 25) ; « Telle est la race de ceux qui cherchent le Seigneur. »

Cette race, cette famille qui environne l’enfant divin, recevra ses premiers enseignements, et d’elle sortiront ses premiers disciples.

Traduisons, pour la connaître, les vers placés au bas de la tapisserie.

« Anne eut, dit-on, trois filles appelées Marie, dont les pères furent Joachim, Cléophas et Salomé. Elles eurent pour époux Joseph, Alphée, Zébédée ; et la première donna le jour à Jésus ; la seconde, à Jacques le Mineur, à Joseph, au juste Jude et à Simon; la troisième à Jacques le Majeur et à Jean, dont l’aigle est le symbole. »

Cette tradition, accréditée par les livres apocryphes et par saint Jérôme', a traversé le Moyen-Age : Gerson qui l’a recueillie sans objection, l’a résumée dans cinq vers qui diffèrent peu des nôtres2. Elle permet de regarder comme cousins germains de Jésus ceux des disciples que l’Évangile appelle ses frères. Mais elle a l’inconvénient de donner trois époux à la mère de la sainte Vierge. Les commentateurs, en combinant les textes et les opinions des Pères à ce sujet, ont dressé un tableau généalogique d’où résulte ce qui suit :

D’une part, de Nathan, l’un des fils de David, est descendu Joachim ou Heli- Acim, époux d’Anne et père de la sainte Vierge.

D’un autre côté, Mathan ou Mathat, descendant de David par Salomon, eut trois enfants : Jacob, Sobé et Anne. De Jacob sont nés i° Marie, femme d’ Alphée dont elle eut Jacques le Mineur et José, et en second lieu, de Cléophas, dont elle eut saint Jude, Simon ou Siméon, Marie Salomé, femme de Zébédée, enfin Marie dite Y Altéra Maria ; — 20 Joseph, époux de la sainte Vierge.

Sobé, sœur d’Anne, fut la mère d’Élisabeth, femme de Zacharie, dont elle eut saint Jean- Baptiste. Enfin, de Marie Salomé et de Zébédée naquirent Jacques le Majeur et Jean l’Évangéliste.

Autour du trône où siège, avec son fils, Marie splendidement vêtue, la tête ceinte d’une couronne de pierreries, associée en quelque sorte à la gloire de la Trinité, sont rangés, formant comme une cour, les membres de la sainte famille : Joseph, d’un côté, appuyé à l’angle du trône ; de l’autre, Joachim et Anne, celle-ci

1. De nativitate sanctæ Mariæ. Opéra, ed, D. Martianay, t. V, 445. — Adv. Helvidium, t. IV, pars prima, 53.

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