‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 52 sur 59 · Antiq ., liv. IV, c. iv · texte numérisé non relu

Antiq ., liv. IV, c. iv

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Pendant que saint Jean, placé près du chevet, prend des mains de la Vierge la palme, symbole de victoire et de paix, qu’il doit porter en tête du cortège, saint Pierre, en surplis et en chape, asperge d’eau bénite l’auguste défunte, et récite des prières en s’aidant d’un livre. Un des assistants lui répond, assis sur une marche de l’autre côté du lit mortuaire. Un autre, debout, tient une croix processionnelle. Trois entrent par le devant ou par la porte de côté; les autres prient.

Des personnages bibliques qui occupent les deux côtés, celui de droite, faisant allusion à l’empressement des apôtres, rappelle ces quatre mots du Cantique des Cantiques (ch. ni) : « Voici que soixante des plus vaillants d’Israël environnent le lit de Salomon: » En lectulum Salomonis sexaginta fortes ambiunt ex fortissimis Israël. Celui de gauche emprunte au même livre (ch. n) ces paroles : « Des fleurs ont paru sur notre sol... La voix de la tourterelle s’y est fait entendre : » Flores apparnerunt in terra nostra... Vox turturis audita est in terra nostra.

Ceci fait allusion à une circonstance merveilleuse de la légende. Les apôtres, dit-on, trois jours après avoir déposé la sainte Vierge dans le tombeau, n’y trouvèrent plus le corps de la mère du Sauveur, mais à sa place étaient des fleurs, et une musique céleste se fit entendre à leurs oreilles.

Des anges, placés au sommet de l’édifice, semblent déjà préluder à ce concert de louanges.

Les apôtres sont déchaussés, suivant les règles iconographiques.

On remarquera de plus que saint Pierre a des traits de ressemblance avec le prélat donateur. Cette rencontre ne peut être fortuite, et semble motivée ici par le rôle pontifical que remplit le chef des apôtres, et peut-être aussi par la dédicace attachée particulièrement à cette pièce. En effet, sur le côté droit on lit ce qui suit :

Honorant Dieu et sa mère Marie

L’an mil cinq cents assemblez avecq trente,

Céans donna cette tapisserie Le prélat qui à genouilz se présente.

Priez Jhesus et des cieulx la Régente Que, après sa mort, entre les benédictz Son âme soit en clarté réfulgente Digne d’avoir l’éternel paradis.

Des termes mêmes de cette inscription il résulte quelle était destinée à prendre place dans la pièce qui représente la naissance du Sauveur; et comme celle qui nous occupe en ce moment est très malade, et qu’elle a subi des

VIE ET MORT DE LA SAINTE VIERGE

raccommodages assez maladroits, on pourrait croire que l’inscription lui vient d’ailleurs. Mais il est évident que la place manquait dans celle de la naissance de Jésus, et qu’ici l’inscription n’a rien remplacé .

HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE

(tapisserie du XVIe siècle)

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