L’ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE
Hauteur : 3m90.
Largeur : 2m5o.
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l’assomption de la sainte vierge
Salomon roy en son trosne royal
A l’humble Hester qui a le cueur loyal La Trinité sa place et lieu ordonne De Impériale couronne la guerdonne :
Mect Bersabée portant noble couronne.
Assuère la couronne luy donne.
A Marie mère et pucelle aux cieulx, Par les anges est conduicte èshaulx lieux.
ette pièce est de moindre largeur que les autres, différence motivée par l’emplacement plus restreint qu’elle devait originairement occuper ; mais ses dimensions réduites n’ont rien changé à la disposition ordinaire des sujets, le principal se prêtant à l’espace plus resserré qui lui était réservé.
Ce sujet est l’Assomption.
C’est seulement vers la fin du vie siècle qu’on trouve les églises d Occident et d’Orient unanimes à célébrer la fête de l’Assomption, mais il est prouvé par les homélies des Pères que cette fête eut dès lors pour objet non seulement la mort de Marie, mais son exaltation dans le ciel '. Dès cette époque, on croyait que la mort n’avait été pour elle qu’un sommeil de quelques jours, et qu’elle avait été glorifiée à la fois dans son âme et dans son corps; et cette croyance ne doit rien, pour le fond, aux récits apocryphes plus ou moins anciens, aux opinions populaires qui, suivant les temps et les lieux, en ont modifié les circonstances et la forme pour ainsi dire extérieure.
Les deux personnages bibliques placés au bas rendent hommage à cette pieuse croyance. L’un fait dire à la Vierge avec David, en donnant aux paroles
i . La plus ancienne représentation de l’Assomption qu’on connaisse à Rome est une fresque du ixe siècle, dans la basilique primitive de Saint-Clément
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
de ce dernier un sens un peu différent de l’ordinaire : « Notre élévation vient du Seigneur : » Domini est assomptio nostra (ps. 88). L’autre fait un emprunt au livre de la Sagesse (chap. vm) : « J’ai voulu l’avoir pour épouse : » Quesivi sponsam mihi eam assumere. Cette épouse, dont le ciel va être la demeure brille d’une jeunesse en quelque sorte renouvelée; la sérénité de son visage, ses cheveux pendants, son manteau retenu autour d’elle par un mouvement de son bras droit, ses mains jointes devant la poitrine, ses regards humblement tournés vers la terre, donnent à sa personne cette beauté mystique, mélange de grâce et de modestie qui convient à l’épouse du Très- Haut. La gloire lumineuse dont elle est entourée, le soleil qui sert d’auréole à son visage, la lune qui soutient ses pieds1 2, la foule des anges qui lui fait cortège dans l’attitude de la prière ou de l’admiration, et par-dessus tout la puissance divine qui l’emporte à travers les airs, sont de suffisantes marques de sa haute dignité \
La Trinité sainte 1 attend au haut des nues; le Père et le Fils tiennent une couronne de pierres précieuses qu’ils lui destinent, et semblent lui adresser, en la bénissant, ces paroles du Cantique des Cantiques (ch. rv) : « Venez du Liban, ma bien-aimée, venez, vous serez couronnée ; » Veni de Libcino , arnica mea , veni , coronaberis.
Tous deux sont assis et revêtus de chapes, et le Père qui occupe la droite porte une couronne fermée, comme nous l’avons vu précédemment. Le Saint- Esprit est au milieu d’eux sous la forme de colombe.
Cette pompeuse représentation suppose l’assomption corporelle de Marie, et la force mystérieuse à l’aide de laquelle elle s’opère n’emprunte même rien au ministère des anges. L’artiste a donc suivi l’opinion la plus glorieuse à la sainte Vierge.
L’une des figures de l’Ancien Testament qui se rapporte le mieux à la situation de Marie siégeant près de son fils, et appelée à prendre part à sa royauté et en quelque sorte à sa divinité, c’est Bethsabée. Elle s’approchait de Salomon son fils pour lui demander une grâce, et ce fils, reconnaissant de ce que sa mère avait été pour lui, se lève pour aller au-devant d’elle, la salue profondément, « fait mettre un trône pour elle à côté du sien, et la fait asseoir à sa droite, » prêt à accorder tout ce quelle demandera (III Rois, ch. 11) : Positus est tronus matri regis , qnœ sedii ad dexteram ejus. C’est ce que représente le
1. Ordinairement les pointes du croissant sont tournées en haut; ici c'est le contraire.
2. Cette manière de représenter la sainte Vierge montant au ciel est de tous points la même dans une des tapisseries de V Apocalypse au palais de Madrid.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
sujet de gauche. Salomon debout tient une couronne qu’il s’apprête à poser sur la tête de sa mère, comme le dit le vers suivant, destiné à expliquer le sujet :
Cinxit honore caput, cessit diadema parenti.
A droite est représenté le couronnement d’Esther. On sait l’histoire de cette juive devenue 1 épouse d’un roi d’Assyrie, et qui sauva son peuple d’une ruine certaine. Sa modestie, non moins que sa beauté, lui fit trouver grâce et faveur auprès de ce prince, et « il mit sur sa tête le diadème royal » qui avait appartenu a 1 orgueilleuse Vasthi : Posuit diadema regni in capite ejus (Esth., ch. ii).
La scène, réduite aux plus simples proportions, se passe sous une tente ; deux personnes seulement en sont témoins, Assuérus assis pose une couronne sur la tête d’Esther agenouillée devant lui. La jeune juive devenue reine a les mains jointes, et ses longs cheveux blonds tombent sur ses épaules. « La dignité royale dont elle est revêtue n’est qu’une figure de l’immortelle couronne des cieux, » dont Marie vient d’être mise en possession :
Regia perpetuam referunt tibi sceptra coronam.
Ce sujet, qui termine X Histoire de la vie et mort de la sainte Vierge , met fin aussi à la série des tapisseries données par l’archevêque Robert de Lenoncourt à son église cathédrale.
e sacre du Roi Charles VI se trouve dans une tapisserie de la Chapelle Impériale de Bruxelles, après laquelle M. Pothier l’a fait dessiner et me l’a communiqué. L’action du Sacre ne s’y voit pas. Le Roi y est représenté sur un grand trône, aiant les Pairs ecclésiastiques à sa gauche et les Pairs séculiers à sa droite. Il tient de la droite la main de Justice et de la gauche un sceptre, au sommet duquel est un lion. Sur le faîte du trône sont trois écussons de France à trois fleurs de lis chacun. C’est du tems de ce Roi que les fleurs de lis furent fixées à trois dans les armes de France. Ce n’est pas qu’on ne trouve sous plusieurs Rois précédents des écussons qui n’ont que ce nombre de fleurs de lis, comme on peut voir ci-devant dans l’Inventaire de Charles V. Mais les fleurs de lis sans nombre étaient plus en usage. Les six Pairs évêques sont crossez et mitrez. Les six Pairs séculiers tiennent chacun un petit bâton, et ont à la tête une espèce de guirlande ; ils sont vêtus à peu près de même. Il en faut excepter le Comte de Toulouse, dont l’habit est fort different de celui des autres Pairs. Il porte une couronne de forme singulière. Au-dessous de chaque Pair sont ses armoiries. On remarque sur ces écussons beaucoup de variétez ; celui du Duc de Bourgogne est de l’ancienne Bourgogne : le Duc de Normandie avoit deux Léopards d’or l’un sur l’autre dans un champ de gueules, et le Duc d’Aquitaine n’avoit qu’un Léopard. Ici c’est tout le contraire. Normandie n’en a qu’un et Guienne en a deux, qui ont la forme de Lions plutôt que de Léopards ; le Lion de Flandres qui devrait être de sable, est de gueules, si ce n’est pas la faute du Dessinateur. Dans les Pairs ecclésiastiques, Rheims, qui a la croix de gueules, l’a ici d’argent ; le sautoir de gueules de Langres est ici d’argent. Noion n’a pas les deux crosses adossées d’argent qui dévoient y être.
APPENDICE
La gravure de J. Poinssart accompagne, à la page io5 du volume, l'ouvrage de N. Bergier, Rémois, ayant pour titre : Poeme héroique sur une antique pièce de Tapisserie, en laquelle est représenté le voyage du Roy Charles VII , en sa ville de Reims, pour y recevoir son sacre et couronnement, entrepris à la persuasion et conduite de Jehanne, Pucelle d’Orléans. Le poème, avec les notes que l’auteur y a jointes, occupe vingt pages.
Quant à la tapisserie, on y voit vers le haut, à droite, la ville, dont l’entrée est surmontée des armes du Chapitre et dominée par la cathédrale; au centre, le roi à cheval, couvert d’une puissante armure et la tête coiffée d’un casque ombragé d’un panache à plumes multiples. Près de lui est le duc de Bourbon, portant une bannière semée de flammes avec ces mots au milieu : Espérance en Dieu; derrière, en tête de nombreux chevaliers, le duc d'Alençon. Autour du roi marchent son premier valet de chambre, portant sa toque à son cou, et plusieurs archers de sa garde « qui n’ont en leurs casaques pour devise du roi que son nom seulement Charles ». Jehanne la Pucelle., à cheval, ayant en main le guidon de France, précède le roi et semble le conduire vers l’église de Reims. Les trompettes et les hérauts du roi, tous aux armes de France, marchent en tête.
D’un autre côté s’avancent, avec une suite nombreuse de guerriers, pour se réunir au roi et assister à son sacre, le duc de Lorraine et le cardinal duc de Bar, son oncle, depuis peu séparés des Bourguignons et des Anglais.
Plus loin, le père et la mère de Jehanne s’acheminent également vers la ville, avec les mulets chargés des bagages du roi.
Au haut de la tapisserie, sur un listel soutenu à ses extrémités par des anges, on lit :
Parle conseil de Jehanne la Pucelle Charles VII en grant train fut mené Jusques à Reims, et vérité ne selle Qu’en ce dit lieu il ne fut couronné.
Indépendamment de cette légende, l’artiste a gravé au bas de la tapisserie une explication destinée à en faciliter l’intelligence, et au-dessus ce qui suit : Portrait d’une tapisserie faite il y a deux cents ans , où est représenté le roi Charles VII allant faire son entrée en la ville de Rheims pour y estre sacré à la conduite de la Pucelle d’Orléans. 142g.
MINUTES DE NICOLAS DE HUZ, 153s (ÉTUDE DE M. FARGUES, A REIMS).
16 décembre.
Jehan du Molin, tapissier demeurant à Tournay estant de présent à Reims, convient et marchande avec Mr' Simon de Roussy, chanoine de Reims et de Saint-Symphorien, de faire une pièce de tapisserie de bonne layne, de mol fille et du meilleur, qui contiendra quatre
APPENDICE
aulnes trois quars de largeur et trois aulnes et demy de haulteur, à l’aulne de Reims, en laquelle pièce se commencera la Vie de monseigneur saint Symphorien, et y seront figurez tant et telz personnages que la dicte pièce en pourra porter selon le patron qui luy a esté baillé par ledit de Roussy et que ledit du Molin pourra deviser aux poinctres qui feront les patrons audit lieu de Tournay d’icelle pièce, et seront les viaires, mainz, piedz et toutes charnures desdits personnaiges de fil de fine soyette ; et les habillemens les aucuns de drap d’or et les autres de soye, et de moins en icelle pièce trois habillemens de drap d’or, et icelle pièce rendue faicte et parfaicte ainsi dessus bien et deuement à dit ouvriers en ce cognoissans et délivrée en cette ville de Reims aux despens dudit de Molin dedans le dimanche de Misericordia Domini prochain venant, et ce moyennant la somme de cinquante solz tournois pour chacune aulne que contiendra ladite pièce. Sur quoy ledit de Roussy a payé comptant audit du Molin la somme de huit escus d’or soleil, à quarante-cinq sols tournois pièce, et le surplus luy sera payé à la délivrance de ladite pièce de tapisserie. Et en laquelle pièce sera mis au haut d’icelle en quatre lignes et escripture le contenu d’icelle pièce qui sera baillé audit du Molin et les noms d’aucuns personnages qui luy seront aussy baillé par escript.
2 2 avril ‘SJC-
Jean du Molin, tapissier demeurant à Tournay, marchande audit Simon de Roussy..., cinq pièces de tapisserie de bonne layne, de mol fil et du meilleur, esquelles sera figurée la Vie monseigneur saint Symphorien, selon et ainsy que par ledit du Molin a esté commencée en une pièce ja par luy faicte et livrée audit de Roussy et ainsy que contenu est en une feuille de papier contenant lesdites pièces et les longueurs et largeurs... paraphée des parties ; et esquelles pièces ledit de Molin sera requis tenu figurer les personnages y requis et nécessaires et les habitz tels et aussy bons que ceux figurez en ladite pièce ja par luy livrée, et aussy en chacune d’icelles pièces y figurer trois personnages en habitz de drap d’or et les autres personnages fourmez et eslevez de soye telz que en ladite première pièce, le tout bien et souffisamment à dictz d’ouvriers et gens à ce cognoissans dedans le dimanche de mycaresme prochain venant aux despens dudit de Molin en ceste ville de Reims moyennant cinquante solz tournois pour chacune aulne... sur quoy il a receu comptant vingt-cinq escuz d’or soleil à quarante-cinq solz pièce, et le surplus le jour de la délivrance desdites cinq pièces de tapisserie.