Op. cit ., lib. IV, cap. xiii
naturel n’avait probablement pas besoin à leurs yeux d’être démontrée. Le lecteur va s’en rendre compte.
Outre une pièce émanée du roi Jean et consignée, suivant P. Coquault', dans le cartulaire Q, les archives du Chapitre renfermaient une suite de titres sur ses droits à cet égard; malheureusement les liasses 2 et j de la Fabrique, qui étaient relatives aux sacres et contenaient ces titres, ont disparu, comme le cartulaire lui-même, et nous sommes réduits à prendre nos renseignements, sans vérification possible, dans l’analyse qu’en a faite l’archiviste Lemoyne. Ce que nous y lisons suffit toutefois, à notre avis, pour démontrer qu’à aucune époque les sacres n’avaient amené de tapisseries proprement dites dans le mobilier de la cathédrale.
D’après quelques-unes de ces pièces, l’ornement que l’archevêque et ses assistants avaient porté et les offrandes faites à l’autel à l’occasion du sacre appartenaient au Chapitre. De plus, le droit de conserver les draps d’or, de velours et de soie qui avaient décoré les échafauds ou tribunes , les chaires ou stalles et le sanctuaire, lui est reconnu par des lettres patentes du 27 juillet 1^28, pour valoir à toujours, en comprenant les draperies du sacre précédent, dont les gens du roi avaient contesté la propriété. Une reconnaissance des valets de chambre du roi Jean, en 1351, parle de tapis et carreaux, et une ordonnance du 27 janvier 1 5 14 de draps d’or seulement.
Jusqu’ici, je crois pouvoir assurer qu’il ne s’agit pas de tapisseries de haute lisse employées comme tenture décorative sur les murs ou sur les piliers de la cathédrale. En est-il autrement dans les titres postérieurs?
Les lettres de Henri II (10 août 1547) portent don des tapisseries et tapis de drap d’or, velours et soie ; celles de François II (19 septembre 1559), des draps, tapis et carreaux d’or, de velours et de soie; celles de Charles IX (5 août 1 561), des tapisseries de drap d’or placées sur les échafauds et les stalles; celles de Henri III (20 février 1575), des draps, tapis et carreaux d’or, de velours et de soie. Il nous paraît impossible de voir ici, même sous le nom de tapisseries, autre chose que des draperies. Les lettres de Charles IX, parlant uniquement de « tapisserie de drap d’or, » montrent bien quel sens il faut attacher à ces concessions réitérées d’une même chose. Il n’est pas davantage question de tapisseries proprement dites dans les lettres de Louis XIII, portant reconnaissance « du droit accordé par ses prédécesseurs sur les draps d’or, tapis et carreaux placés à terre autour de l’autel. » Après le sacre de Louis XIV, le garde-meuble ayant repris
. Mémoires ou Histoire de l'église de Reims , manuscrit de la Bibliothèque de Reims, t. III, fol. 435.
les tapis de pied qui devaient revenir à la Fabrique, celle-ci réclama et reçut 1,500 livres comme indemnité1. C’est l’objet de l’ordonnance du 9 juin 1654; et l'on voit de plus, par une conclusion du Conseil de Ville (25 juin), que les tapisseries du sacre furent reportées à Paris sous l’escorte de douze fusiliers. En 1722, outre pareille somme pour les ornements décoratifs, tapis, parements, carreaux de drap d’or et de velours, 1,200 livres sont données au Chapitre pour les bois employés à la construction des échafauds et barrières. Même disposition en 1775.
Cela posé, on apprendra sans étonnement qu’il n’y a pas trace de tapisseries de haute lisse provenant des sacres, dans les inventaires, non plus que dans les écrivains qui ont laissé quelques détails sur ces grandes solennités ou sur le mobilier de la cathédrale.
On a bien une quittance 2 par laquelle les sieurs Mioland et Pasquier de Mortagne, tapissiers à Paris, déclarent avoir reçu du roi François Ier la somme de 410 1. t. « pour commencer l’achapt des estouffes et autres choses nécessaires pour besogner en une tapisserie de soye que ledit seigneur leur a ordonné faire pour son sacre, suivant les patrons que ledit seigneur a fait dresser à cette fin ». Mais j’imagine que le galant roi ne destinait pas cette tapisserie à la cathédrale de Reims , car en icelle devait être « figurée une Léda, avec certaines nymphes et satyres ». Si le prince avait résolu d’en égayer sa chambre, le Chapitre n’avait rien à y voir, encore moins à y prétendre, comme à la tapisserie qui fut exécutée pour la salle du festin, lors du sacre de François II, d’après les dessins de Jules Romain, et qui représentait l’histoire de Scipion3. Du reste, pas plus que celle de « Léda », la tapisserie de « Scipion » ne fut donnée par le roi, soit à l’église, soit à l’archevêque.
Doit-on ranger parmi les dons royaux la tapisserie de l’intronisation de Charles VI (1580), qu’a publiée le P. de Montfaucon4, et qui paraît être de ce temps, malgré les incorrections ou plutôt les infidélités dont la planche qui la représente n’est pas exempte ? Nous n’oserions l’assurer. Il est seulement vraisemblable qu’elle avait appartenu à l’église cathédrale, comme celle qui représentait « le roy Charles VII allant faire son entrée en la ville de Reims, pour y estre sacré, à la conduite de la Pucelle d’Orléans ». Si la gravure de Poinssart qui reproduit cette dernière est exacte5, et nous avons lieu de le croire d’une
1. Préparatifs pour la cérémonie du sacre. Manuscrit de Lacourt, Biblioth. de Reims.
2. Biblioth. du roi, collection Fontanieu, portefeuille 216-217.