‹ Tarikh es-SoudanChapitre 128 sur 405 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Le cadi demanda à Askia-Mousa de pardonner à ses frères ; il l'engagea à s'abstenir d'entrer en lutte avec eux, de rompre ainsi les liens de famille qui les unissaient et de causer des troubles dans le pays. « Ayez quelque patience, répondit le prince, attendez qu'ils aient été brûlés par le soleil et alors ils se hâteront de rechercher l'ombre. » Ce disant, il souleva une portière qui dissimulait de grands javelots empoisonnés, puis il ajouta : « Voici le soleil ; l'ombre c'est toi. Quand ils auront souffert, ils se réfugieront auprès de toi, et alors je leur pardonnerai. » Voyant le prince bien décidé à user de la violence, le cadi rentra à Tombouctou. Askia-Mousa quitta la localité où il était et, se portant à la rencontre de l'ennemi, il vint camper à Touya. Là, il apprit que le Kormina-Fâri, Otsmân, avait dessein de venir lui offrir le combat. A cette annonce, on vit paraître (av) sur son visage des signes d'effroi et de regret. « Ton frère 'Otsmân, lui dit alors le Balama', Mohammed-Kiraï, a avec lui deux hommes : Bokar-Kirin-Kirin et.. . (j'ai oublié le nom de l'autre) . Eh ! bien, n'eût-il que mille hommes sous ses ordres, s'il avait avec lui ces deux braves ou seulement l'un d'eux, il te vaincrait quand même tu serais toi à la tête de dix mille hommes. Dans les conditions inverses * c'est toi qui serais le vainqueur. »

Pendant que le prince et ses courtisans étaient encore réunis, ils aperçurent, dans le vestibule ^ un individu qui tantôt se laissait voir et tantôt se dissimulait. Arrivé auprès d'eux, ce personnage, qui n'était autre que Bokar-Kirin-Kirin dont il vient d'être parlé, se baissa et souleva un peu de terre devant le prince. « Pourquoi viens-tu ici? demanda

1 . C'est-à-dire : moins d'hommes, mais ayant avec loi l'un de ces deux personnages.

2. Les trois manuscrits ont le mot i-»lyw, « mirage », mais je pense qu'il faut lire «-»ljyN- et c'est ainsi que je traduis.

Askia-Mousa. — Ce n'est, répondit-il, ni par affection pour toi, ni par aversion pour 'Otsmân. Je tiens seulement à éviter la perdition et ne veux pas être au nombre des maudits ^ — Et comment cela? reprit le prince. — C'est que,ajouta-t-il, tous les nôtres sont des gens raisonnables \ »

Un instant après, l'autre personnage^ vint à son tour et répéta exactement ce qu'avait dit le premier, ce qui causa à Askia-Mousa la joie lapins vive.

Otsmân arriva ensuite et le combat s'engagea entre Akakal* et Kabara. On était alors en la trente-sixième année du siècle (15 septembre 1528-5 septembre 1529). Au cours de cette bataille un grand nombre de personnes périrent des deux côtés et parmi elles Otsmân-Sidi.

Isma'ïl s'enfuit à Biro entraîné par le Maghcharen-Koï ^ ; celui-ci avait épousé Kibira^ sœur d'ismaïl ; il s'appelait Akbiren-Kasa^, et était fils de la sœur de Akil. Ismall demeura à Biro jusqu'à l'avènement de Askia-Mohammed-Benkan.

Quant à Otsmân, le Kormina-Fâri, il avait pris la fuite en même temps que 'Ali-Folen, le Binka-Farma, Bella* et d'autres personnages. 'Otsmân gagna la ville de Tomni où il habita jusqu'à sa mort qui eut lieu en l'année 964 (4 novembre 1556-24 octobre 1557).

'Ali-Folen se rendit à Kano. De là il avait l'intention de se rendre en pèlerinage à La Mecque et de s'établir près de la noble ville de Médine, mais le destin ne lui permit pas de réaliser son dessein et il mourut à Kano.

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