CHAPITRE QUATORZIÈME
Le Binka-Farma, Bella, retourna à Tombouctou et vint demander protection an père des bénédictions, le cadi, le jurisconsulte, Mahmoud. Celui-ci envoya intercéder en faveur de Bella auprès du prince en ce moment à Tila. Askia-Mousa répondit que tous ceux qui chercheraient asile dans la maison du cadi y seraient en sûreté, mais que Bella, seul, ne jouirait pas de cette immunité. Alors, prenant tous les livres qu'il avait auprès de lui, Bella les mit sur sa tête en s'écriant : « Je me place sous la sauvegarde de ces livres*. » Cette résolution fut portée à la connaissance du prince qui refusa d'admettre cette sauvegarde. Alors s adressant au père des bénédictions (ai), Bella lui dit : « Je te prends à témoin de tout ce que tu m'as vu faire; je n'ai agi ainsi que pour ne pas être mon propre meurtrier ^ Eh! bien, maintenant qu'il fasse ce qu'il voudra ! »
Aussitôt Bella se rendit chez le prince auprès duquel il fut introduit après délibération. En entrant il trouva Mohammed ^-ben-Askia-Mousa debout au chevet de celui-ci et lui disant : « Mon cher père, épargnez la vie de mon vénérable ami le Binka-Farma. » Le fils du prince, Mohammed, accueillit le Binka-Farma en lui souhaitant de vivre ^ « 0 mon cher enfant, répondit celui-ci, il faut absolument que je meure, car il est trois choses que je ne ferai jamais : 1" je ne lui donnerai jamais le titre de Askia; 2" pour lui je ne mettrai jamais de poussière sur ma tête ; 3" jamais je ne chevaucherai derrière lui. »
1. Les livres religieux tels que le Coran, le Sahih d'El-Boukhari, etc., peuvent dans bien des cas, rendre inviolable celui qui les porte sur sa tête.
2. Non seulement les musulmans réprouvent le suicide, mais ils n'admettent même pas que l'on s'expose à la mort sans nécessité.
3. Les trois mss. font suivre le nom de Mohammed de : « fils de Askia-Mousa », ce qui indique bien qu'il ne s'agit pas du tils de Bella, comme on pourrait le croire en voyant Mohammed désigner Bella par ces mots : « mon père ». Cette expression est une formule de politesse que je rends par : « mon vénérable ami », faute de mieux.