CHAPITRE QUATORZIÈME
Kiraï, qui eut pour successeur le Balama'Mohammed-Dondo- Miya, nommé grâce à l'appui de Mohammed-Benkan.
Askia-Mousa périt le mercredi, 24 du mois de cha'ban de l'année 937(12 avril 1531). Il avait régné deux ans, huit mois et quatorze jours. Il avait été tué de la main du Châ'a- Farma 'Alou, dont il a déjà été fait mention. Le jour même de la mort de Askia-Mousa, à la date indiquée ci-dessus, le très fortuné, le noble Askia-Mohammcd-Benkan-ben-'Omar- Komzâgho fut élevé au trône.
Voici comment les choses s'étaient passées. Quand les frères du prince Askia-Mousa avaient résolu de le tuer, l'aîné d'entre eux, le Châ'a-Farma Alou, s'était chargé de le frapper. « Je hii lancerai mon javelot pendant qu'il sera à cheval, avait-il dit; si je le manque, jetez-vous tous sur moi et tuezmoi avec vos armes et vous serez ainsi à l'abri de sa fureur * ». Alou lança son javelot et atteignit à l'épaule gauche le prince au moment où il était en train de causer avec le Bara- Koï qu'il avait mandé auprès de lui dans le cortège. En se retournant, le Bara-Koï vit tout à coup le javelot planté dans l'épaule du prince et le sang couler de sa blessure; quant au prince, il ne s'était même pas retourné et n'avait pas fait mine d'avoir été atteint de la moindre des choses, tant il avait de vigueur et de sang-froid.
Le Bara-Koï prit la fuite, tandis que Askia-Mousa se disposait à livrer combat aux assaillants. Mais sa main gauche étant devenue incapable de tenir la bride de son cheval, il rentra chez lui, relira le fer de la plaie, cautérisa la blessure et y appliqua un bandage. Puis il passa la nuit à se préparer pour le lendemain au combat et à la lutte contre ses frères; il ne goûta pas un instant de sommeil tant il était irrité et en colère, jurant à maintes reprises que le lendemain le sang coulerait et à torrents.
li Le prince ne pouvant dès lors les soupçonner de complicité.
Quand le jour vint, il ceignit ses armes et sortit. La bataille s'engagea entre les deux partis qui en vinrent aux mains. Les frères vainqueurs mirent le prince en déroute, le poursuivirent, l'atteignirent et le tuèrent. Au retour, le Châ'a-Farma 'Alou trouva le Kormina-Fâri occupant la place de l'A skia sous le* dais. C'était son frère 'Otsmân-Tinfiran qui avait dit au Kormina-Fâri de se mettre là afin d'être Askia; mais celui-ci refusa (av) d'accepter en disant : « Je ne suis pas de taille à lutter contre ces gens-là. » C'était ses cousins qu'il désignait ainsi.
'Otsmân insista vivement, jurant que si son frère ne prenait pas la place il la prendrait lui-même, bien que le cadet ne dut point avoir le pas sur l'aîné. Là-dessus le Kormina- Fâri accepta et prit place sur le trône de l'Askia. Quand le Châ'a-Farma, Alou, revint du combat et qu'il aperçut de loin le Kormina-Fâri, il s'écria : « Qui donc est sous le dais? Je ne suis pas homme à briser un arbre avec ma tête pour qu'un autre en mange les fruits \ »
S'approchant alors de son frère, 'Otsmân-Tinfiran lui dit : « Sors du dais! » puis il le frappa sur la tête du bois de ses javelots. Le Kormina-Fâri sortit du dais et 'Al ou se préparait à s'y installer quand Otsmân lui lança son javelot par derrière et l'atteignit. 'Alou prit alors la fuite pendant que Mohammed-Benkan reprenait sa place où il reçut serment d'obéissance de ses sujets et fut confirmé dans ses fonctions souveraines.
Dans sa fuite le Châ'a-Farma, 'Alou, arriva chez les gens du port' et leur demanda de cautériser sa blessure; mais le Kouma-Koï le fit arrêter, lui trancha la tête avec une faucille et alla porter cette tête à l'Askia. A ce moment l'Askia
1. Mot à mot : « les bois »;il s'agit sans doute d'une estrade ou d'une réunion de piliers de bois supportant une sorte de dais.