CHAPITRE QUATORZIÈME
remercia le Kouma-Koï de ce qu'il venait de faire, puis, avoir laissé passer un certain temps, il le fit mettre à mort ainsi qu'un grand nombre de ses gens.
Le nouveau prince s'installa dans le palais royal, d'où il fit partir au préalable son oncle paternel Askia-El-Hâdj- Mohammed qu'il envoya pour l'y interner dans l'île de KankâkaS localité voisine de la ville du côté de l'ouest. Il confia les fonctions de Kormina-Fâri à sou frère, Otsmân, qui les conserva aussi longtemps que dura son règne ; puis il envoya à Biro demander qu'on lui renvoyât Isma'il qui était son ami et son camarade d'enfance. Isma il fut ramené au Songhaï où le prince, après lui avoir fait jurer sur le Coran de ne jamais le trahir, lui donna en mariage sa fille Fati.
Mohammed-Benkan obligea les filles de Askia-El-Hâdj à paraître dans les audiences où il siégeait; elles avaient le visage découvert et Yâna^-Mara lui criait : « Un seul poussin d'autruche vaut toujours mieux que cent poussins de poule. »
Le prince maintint la royauté de la façon la plus remarquable; il l'agrandit, l'embellit et para sa cour de courtisans en plus grand nombre qu'auparavant et vêtus de somptueux habits. Il multiplia les orchestres, le nombre des chanteurs et chanteuses et augmenta faveurs et cadeaux. Durant son règne la prospérité s'étendit sur son empire et une ère de ^richesse commença de s'établir.
Son prédécesseur, le prince des Croyants, Askia-El-Hâdj- Mohammed, n'avait pas ouvert son âme aux choses de ce
1. Le ms. G ajoute Kanka devant ce mot; mais, comme c'est à la fin d'une ligne, il est probable que le copiste avait commencé à écrire le mot et que, n'ayant pas assez de place pour le terminer, il l'a récrit de nouveau en entier à la ligne suivante.
2. Les mots Yâna-Mâra paraissent être un nom propre, mais cela n'est pas sûr et il se peut qu'ils forment un titre.
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monde. Il redoutait le mauvais oeil et ne cessait de détourner (a a) son frère, Faraa-'Omar, des préoccupations mondaines en lui disant : « Ne t'expose pas aux dangers du mauvais œil qui te perdrait. »
Quant à Askia-Mousa, du jour où il monta sur le trône il n'eut pas une minute de repos à cause de l'hostilité des membres de sa famille, hostilité qui est le plus grand fléau de ce monde, car elle est éternelle : jamais elle ne faiblit, ni ne cesse. Jusqu'à sa dernière heure il eut d'incessantes préoccupations ; angoisses et soucis absorbaient son esprit, car il fallait toujours veiller et être sur ses gardes.
Le très fortuné souverain Mohammed-Benkan avait le goût des expéditions guerrières et des combats. Il en fit un si grand nombre qu'il lassa la patience des gens du Songhaï qui le prirent en aversion. Il entreprit en personne une expédition contre Kanta et le combat s'engagea entre eux à l'endroit appelé Ouantarmasa^ Kanta infligea une honteuse défaite à son adversaire qui s'enfuit avec toute son armée. Poursuivis par leurs vainqueurs, les fuyards furent acculés à un marigot et ne durent leur salut qu'à Dieu seul. Comme il était impossible de franchir le marigot à cheval, le prince mit pied à terre; il se fit porter sur les épaules du Hi-Koï Bokar-'Ali-Doudo, puis, quand il eut franchi ce passage, les soldats de Kanta revinrent sur leurs pas. Quant à ses propres troupes, elles se dispersèrent de tous côtés.
Partout où le prince passa la nuit au cours de cette fuite,, il reposait sa tète sur les jambes de Bokar-'Ali-Doudo que celui-ci étendait à cet eff'et. Alors il se mettait à causer avec son compagnon et finit par lui dire un soir : « Cette défaite que je viens de subir et toutes les peines qu'elle m'occassionne m'irritent moins que ce que vont dire les gens de Tombouctou quand ils en apprendront la nouvelle, surtout ce