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CHAPITRE QUATORZIÈME

Va, répliqua le père, trouver un tel, un de ses eunuques, saisis-le par telle partie du corps et, lorsqu'il aura reconnu ce signe d'intelligence entre lui et moi, dis-lui qu'il te remette le dépôt que je lui ai confié. Prends cet or qu'il te donnera pour acheter des hommes en secret et va chez Souma-Kotobâki, un des amis de Askia-Mohammed-Benkan, lui demander ma grâce, »

Isma ïl alla trouver Souma et lui demanda la grâce de son père : « Dieu maudisse la condition d'homme libre, s'écria Souma; si ce n'était à cause d'elle tu ne sortirais pas d'ici sain et sauf. Mais aussitôt que tu auras obtenu ce que tu désires, tue-moi sur l'heure, il le faut, il le faut. » Askia- El-Hàdj-Mohammed savait que Isma ïl et tout son clan tenaient beaucoup à cette grâce et que, pour la réaliser, ils iraient au besoin, jusqu'à sacrifier leur vie ; mais il n'en dit rien ni en bien, ni en mal'.

Ce même clan avait autrefois méconnu l'autorité du souverain; il s'était emparé de la ville et le Hi-Koï, Bokar-'Ali- Doudo, avait du prendre la fuite; mais aidé d'un petit nombre de gens qu'il avait avec lui, le Hi-Koï avait imaginé un stratagème qui lui avait permis de reprendre la ville et d'y rétablir son autorité, après un violent combat.

Bientôt les gens du Songhaï, fatigués de leur souverain, commencèrent à manifester entre eux leur opinion à son égard. Yàri-Sonko-Dibi, ayant eu connaissance de ces propos, en fit part au prince dont il était l'ami et le familier. .L'Askia ne put s'empêcher de faire part de ces plaintes à ses courtisans en pleine audience. On eût dit qu'il ne croyait pas à leur réalité. A peine en eut-il parlé que tous s'écrièrent : « Nous ne sortirons pas d'ici avant que tu nous aies dit le nom de celui qui fait l'office de dénonciateur parmi nous; il

1. Tout le .passage qui précède et le paragraphe qui suit sont fort obscurs.

faut que tu choisisses entre lui et dous *. » Jl ne put faire autrement que de dire : « C'est Yâri-Sonko-Dibi. » Alors toute l'assemblée saisit le coupable ; on lui teignit le corps en rouge, en noir et en blanc ; puis on le fit monter sur un ânon et on le promena par toute la ville en criant à haute voix devant lui : « Voilà la rétribution que mérite tout dénonciateur ! »

Le prince se prépara ensuite pour une expédition et se mit en route. Arrivé au village de Mansour, locahté où il avait été proclamé souverain, il s'y arrêta et envoya le Dendi- Fàri, Mâr-Tomzo, faire une expédition avec son armée. Ceci se passait au mois de chaoual, l'un des mois de la quarante-troisième année {\\) du siècle (24 mars-^2 avril 1537). En lui confiant la direction de ses troupes, le prince avait dit au personnage dont il vient d'être parlé : « Si tu réussis, tu seras un Dendi-Fâri ; sinon tu seras Mâr-Tomzo. » Il entendait dire <• révoqué » ^ .

Mâr-Tomzo dit alors : « Le Très-Haut arrangera tout cela par la vertu de ce mois consacré à la rupture du jeûne et dans le mois de repos ^ qui suit nous respirerons tous, s'il plaît à Dieu ». Puis il partit pour l'expédition qui lui était confiée. Le prince le fit accompagner d'un grand nombre de ses courtisans pour le surveiller et l'empêcher de trahir. Mâr-Tomzo commença par écarter tous ces personnages *, par des manœuvres aimables et quand il fut maître de la direction des affaires, il fit arrêter tous les courtisans et les mit

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