CHAPITRE DIX-HUITIÈME
aucune mesure fâcheuse contre personne, car ici nul ne te conteste le pouvoir. Nous n'admettons que le droitde primogéniture. Si Mohammed-Benkan eût été présent en ce jour, le pouvoir ne te serait pas échu ; mais même si tu n'avais pas été au milieu de nous et que ce dénonciateur néfaste eût été présent, nous ne lui aurions pas accordé la puissance souveraine'. — Loin de moi la pensée de vouloir du mal à l'un de vous, répondit El-Hâdj, puisque votre père vous a confiés à mes soins. Du reste l'événement qui se produit aujourd'hui (\ \ •), j'aurais préféré qu'il eût eu Heu plus tôt^ c'est-à-dire du vivant de mes oncles paternels ou d'autres de mes parents plus âgés que moi. Si le sort ne me contraignait pas de m'asseoir sur ce trône aujourd'hui, jamais je ne m'y serais assis. »
Aussitôt après l'arrivée à Kâgho, quand les funérailles du défunt Askia furent terminées, les généraux, les troupes, la population tout entière et les dévots personnages prêtèrent serment d'obéissance à El-Hâdj. Cette cérémonie eut lieu le 17* du mois de redjeb (7 août 1582). Au moment où il fut appelé au pouvoir, El-Hâdj était atteint d'une maladie consistant en ulcères^ à la partie inférieure du corps. Par suite de cette circonstance, le prince fut dans l'impossibilité de se mettre en personne à la tête des troupes et c'est pour cela qu'il ne fit pas une seule expédition jusqu'au jour de sa mort.
Dès qu'il avait appris la nouvelle de la maladie de Askia- Daoud, le Faran, Mohammed-Benkan, s'était mis en route pour Kâgho; mais en arrivant àTombouctou on lui annonça à la fois la mort du prince et l'avènement au trône de
1. Tout cela est un peu alambiqué. En réalité, c'est Mohammed-Benkan qui aurait dû monter sur le trône et son absence seule l'avait privé de son droit ; cependant El-Hâdi reconnaît que si El-Hâdj n'avait pas été là, on l'eût tout de même choisi plutôt que son frère Hâmed.