CHAPITRE DIX-HUITIEME
dre énergie et qu'il vînt en conséquence s'emparer du pouvoir. Puis ils auraient trahi leur frère et l'auraient * abandonné.
En arrivant à Kabara, au lieu de se rendre en personne comme c'était sa coutume pour saluer le jurisconsulte 'Omar ^ El-Hàdi lui envoya quelqu'un pour s'acquitter de ce devoir de politesse, puis il continua sa route. Avant d'arriver à Kàgho {n>^), il rencontra des envoyés de Askia- El-IIàdj qui l'invitèrent à revenir sur ses pas. Il refusa de céder à leurs injonctions et les envoyés du prince retournèrent auprès de leur maître et l'avisèrent de ce refus.
El-Hâdi arriva à Kagho le dimanche soir, 4 du mois de rebi" T' (16 mars 1584); il avait revêtu une cuirasse et se faisait précéder par des trompettes, des timbaliers, etc. Askia-El-Hàdj fut fort effrayé en entendant ce bruit, car il était malade et incapable d'agir. Le Hi-Koï, Bokar-Chili- Idji, lui dit alors : « Investissez-moi dès à présent du snltanat de Dendi et je vous amènerai El-Hàdi prisonnier. » Le prince nomma Bokar aux fonctions qu'il sollicitait; elles étaient vacantes depuis la mort de Bàna qui n'avait été remplacé par personne comme Dcndi-Fàri.
Bokar se mit aussitôt à l'œuvre et usa d'habileté. Les frères de El-Hàdi, qui se trouvaient là en ce moment, et parmi lesquels figuraient entre autres : Sàlah, Mohammed-Kàgha et Nouh, se rendirent à pied auprès de leur frère et lui di* rent : « Quel motif t'amène ici? Que veux-tu? Qui as-tu consulté et avec qui t'es-tu concerté? Il semble que tu n'as agi ainsi que parce que tu nous considérais tous ici comme des femmes. Ehl bien, attends-nous ici et tu verras de quoi nous sommes capables. »
1. La suite du récit semble conBrmer (Jue El-Hâdi était venu de son propfe mouvement.
2, Le nouveau cadideTombouctou,dontil vient d'être parlé, Abou-Hafs-'Oraar.
Là-dessus les frères se retirèrent puis, ceignant leurs armes et montant à cheval, ils revinrent disposés à combattre avec leur frère'. Alors quelques personnes dirent à El-Hâdi : « Rends-toi à la maison du prédicateur et fais en sorte qu'il te réconcilie avec Askia-El-Hâdj. » Suivant ce conseil, El-Hâdi se rendit à la maison du prédicateur ; mais, dès que le prince eut appris cette circonstance, il sortit sur-le-champ et donna Tordre d'arrêter El-Hâdi en cet endroit et de le lui amener.
Askia-El-Hâdj enjoignit de dépouiller El-Hâdi de son costume et l'on s'aperçut alors qu'il portait une cotte de mailles. « Ah! El-Hâdi, s'écria le prince, tu n'es donc qu'un ingrat! » A ces mots, le Fâri-Mondzo^ El-Mostafa, se prit à pleurer à chaudes larmes et dit : « Tel n'était pas le sort que je désirais pour notre général^ ; ce que j'aurais souhaité, c'est que tu le misses à notre tête pour aller combattre les sultans du Mossi, du Bousa, — et il énuméra un certain nombre de sultans, — et tu aurais vu ce dont nous aurions été capables sous sa direction. »
Le Fâri-Mondzo, qui venait de parler en ces termes, était le frère germain de Askia-El-Hâdj; sans cette circonstance il n'aurait osé agir ainsi. Le prince donna l'ordre de lui amener le cheval que montait El-Hâdi (> Vo). A peine l'eut-il vi' et examiné qu'il s'écria : Mon frère, El-Hâdi, n'a osé se révoi ter que parce qu'il avait ce chevaP. » Puis il fit conduire l'animal dans ses écuries. Dieu avait doué le prince d'une compétence particulière en matière de chevaux.
Bon nombre des partisans de El-Hâdi furent bâtonnés et son oncle maternel, qui avait été l'âme de la sédition, suc-
1. Toute celle scène élait-elle sincère ou avail-elle élé imaginée par Bokar? Le discours que tient El-Moslafa, et qui se trouve quelques li^^^nes plus loin, donne à penser que El-IIàdi était réellement soutenu par ses frères.