CHAPITRE XIX
ASKIA-MOHAMMED-BANO
Aussitôt après son avènement, Askia-Mohammed-Bàno investit son frère, Sâlah, des fonctions de Kormina-Fàri. En même temps il donnait à Mohammed-Es-Sâdeq l'emploi de Balama' qu'il enlevait à Hâmed. Ensuite il se hâta de faire mettre à mort ses deux frères, le Faran Mohammed-Benkan et le Faran El-Hâdi qui se trouvaient alors à Kanato ; c'est lu qu'ils furent enterrés l'un à côté de l'autre.
Quand El-Hâdi avait appris que son frère avait été élevé au trône, il en avait été tout surpris. « Au diable la précipitation! s'était-il écrié, c'est le plus sot de ceux qu'a procréés notre père qui a été nommé sultan. El-Hàdj, lui, n'a fait périr aucun de ses frères tant que (n yv) son règne a duré. »
Les frères du nouveau prince n'eurent que du mépris pour lui : ni eux, ni personne autre n'eut d'estime pour son caractère et tout son règne ne fut qu'une suite de calamités et de famines. Tous les frères de Mohammed-Bâno s'accordèrent donc pour déposer ce personnage et donner le pouvoir souverain à Nouh, le Benlal-Farma. Celui-ci ayant accepté ce projet, il fut convenu qu'une certaine nuit déterminée il se rendrait dans un endroit fixé d'avance, qu'il ferait alors sonner ses trompettes et qu'à ce signal tous les conjurés se réuniraient pour le proclamer sultan.
Le complot fut éventé sans que Nouh en fût prévenu. Le
prince fit aussitôt arrêter le Hi-Koï Mohammed-Qâya, père duKala-Cha'a Bokar, puis le Châ'a-Farma El-Mokhtàr, ainsi que d'autres personnages parmi les principaux conjurés et les révoqua de leurs fonctions. Aussi, quand Nouh, venu au rendez-vous, eut fait sonner ses trompettes et qu'il ne vit personne, il pritla fuite. Mais il fut rejoint par les personnes envoyées à sa poursuite et fait prisonnier ainsi que son frère le Fâri-Mondzo El-Mostafa ; tous deux, sur l'ordre du prince, furent jetés en prison dans le pays de Dendi.
Le Kala-Cha'a Bokar, qui venait d'être révoqué, retourna à Tendirma. Ce fut un manant* de Tendirma qui lui succéda dans ses fonctions et devint Kala-Cha'a. Plus tard, le Mâsina- Mondzo Karsalla étant mort, ce fut ce Kala-Cha' qui fut nommé à sa place et devint Mâsina-Mondzo. Le prince nomma Sorkiyâ aux fonctions de Hi-Koï, puis il fit de Ali- Djâouendo un Châ'a-Farma et de son frère Ishaq-ben- Daoud un Fâri-Mondzo.
Le Balama' Mohammed-Es-Sâdeq-ben-Askia~Daoud tua le Kabara-Farma, Alou, homme tyrannique et pervers. Par cet événement, qui eut lieu à Kabara, le samedi soir, 7 du mois de rebi' II, de l'année 996 (6 mars 1588), Dieu délivra les musulmans des exactions de cet homme. Mais, après s'être emparé de toutes les richesses accumulées dans la maison de 'Alou, Mohammed-Es-Sâdeq méconnut l'autorité de Askia-Mohammed-Bâno et manda au frère de ce prince, le Kormina-Fâri Sâlah, de venir le trouver, qu'il le ferait monter sur le trône auquel, en raison de son âge, il avait plus de droits que tout autre.
Sâlah se mit en marche, à la tête de ses troupes; mais,
1. Le texte porte yjtl^^ pluriel de j^ll»^, mol fréquemment employé dans les oasis sahariennes pour désigner les populations sédentaires qui se livrent à la culture du sol. Ces populations, d'ordinaire forlcmenl mêlées de sang noir, sont considérées par les nomades comme une race inférieure indigne d'être investie de fonctions publiques.