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CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

arrivé près de Kabara, les gens avisés de son entourage l'engagèrent à s'arrêter à l'endroit où il se trouvait. « Le Balama' Es-Sâdeq, lui dirent-ils, est un fourbe capable de trahison et de perfidie. Enjoins-lui de t'envoyer tout ce qu'il a pris dans la maison du Kabara-Farma 'Alou, car c'est à toi que cela doit revenir (n vt) du moment qu'il te reconnaît pour sultan. S'il est de bonne foi^ il t'enverra le tout; sinon il n'en fera rien. »

Sâlalî fit la démarche indiquée et le refus qu'il éprouva lui montra que le Balama' n'était point de bonne foi. La lutte s'engagea dès lors entre eux et, dans un combat qui s'ensuivit, Sâlah fut tué de la main du Balama' Mohammed-Es- Sâdeq, dans la soirée du mercredi, 24 du mois de rebi' Il de cette année-là (23 mars 1588). Dix-sept jours s'étaient écoulés entre la mort de Sâlah et celle du Kabara-Farma.

A la tête des deux armées qui venaient de se combattre et qui étaient maintenant réunies sous ses ordres, le Balama' décida de marcher sur Kâgho afin de renverser du trône l'Askia Mohammed-Bâno. Dans ce but il manda au Benka-Farma, Mahmoud-ben-ïsmaïl, de venir se joindre à lui; mais Mahmoud effrayé abandonna Benka et se réfugia à Kâgho.

C'était Mohammed-Koï-Idji-ben-Ya'qoub qui, lors du combat livré contre le Faran Sâlah, avait atteint le premier celuici de sonjavelot; mais c'était le Balama' qui, venant ensuite, avait donné le coup de lance qui avait aussitôt amené la mort de Sâlah. Puis, quand le soleil fut couché, c'était lui qui avait donné Tordre de préparer les funérailles du défunt et de le porter en terre.

Le sort voulut que Mârenfa-El-Hâdj-ben-Yâsi, fils de l'émir Askia-El-Hâdj-Mohammed, vînt à Tombouctou demander aux serviteurs du prince, qui se trouvaient dans cette ville, d'honorer de leur présence la célébration prochaine de son mariage avec la fille de Askia-Mohammed-Bâno. Mârenfa

alla ensuite à Kabara trouver le Balama' Mohammed-Es-Sâdeq et lui présenter ses hommages. Tout ceci se passait avant les événements qui avaient amené le meurtre du Kabara- Farma et celui du Kormina-Fâri. « Tu vois, avait dit Mohammed Es-Sâdeq à Mârenfa, dans quelle situation nous sommes, aussi je désire que tu sois avec moi. — 0 Balama", répondit Mârenfa, j'en jure par Dieu, je ne suivrai personne autre que Askia-Mohammed-Bàno tant qu'un seul de ses doigts pourra encore remuer. » Le Balama' essaya d'entraîner son interlocuteur par de belles paroles et finit par lui dire : « Si tu le veux, je te donnerai ma fille en mariage et elle sera ta femme en même temps que la fille de Mohammed- Bâno. — 0 Sâlek, répliqua Mârenfa, par Dieu! je ne suivrai jamais personne autre que Mohammed-Bâno tant qu'un seul de ses doigts pourra encore remuer. »

Alors le Balama' interpella Mârenfa par son nom en supprimant son surnom pour qu'il vît bien qu'il devait renoncer à tout espoir' ; puis il le fit arrêter et mettre en prison et l'y garda jusqu'au moment où la révolte fut bien décidée et inévitable. A ce moment ( N 1 1 ) Koï-Idji, qui était un des familiers et des conseillers du Balama', lui dit : « Mets Mârenfa en liberté; rends-le toi favorable en lui faisant du bien, car dans une révolte on peut avoir besoin de gens comme lui. » Le Balama' ordonna aussitôt de relâcher Mârenfa; il le traita avec bienveillance, lui fit retirer les fers qu'on lui avait mis aux pieds et lui donna un de ses chevaux de selle. Aussitôt Mârenfa, ayant encore au pied un des anneaux de ses chaînes, enfourcha son cheval et s'enfuit à Kagho où il raconta son aventure à l'Askia.

Le Balama' se mit en route vers Kâgho à la tête d'une

1. I.c fait d'interpeller quelqu'un par son nom au lieu d'employer son surnom indique qu'on est animé de sentiments peu bienveillants à l'égard de celte personne.

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