‹ Tarikh es-SoudanChapitre 195 sur 405 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME

Non seulement le prince Askia-Ishâq ne consentit pas à abandonner la mine de ïeghâzza, mais encore il répondit en termes violents et injurieux et envoya en même temps que sa réponse des javelots et deux chaussures de fer. Aussitôt que ce message lui parvint, Maulay Ahmed décida d'envoyer une armée faire une expédition dans le Soudan, et l'année suivante, c'est-à-dire au mois de moharrem qui commença l'année 999 (novembre 1590), il mit en marche contre le Songhaïun important corps d'armée comprenant 3. 000 hommes d'armes, tant cavaliers que fantassins, accompagnés d'un nombre double de suivants de toute sorte, ouvriers de divers genres, médecins, etc.

Le pacha Djouder fut mis à la tête de cette expédition; il avait avec lui une dizaine de généraux, le caïd Mostafa-Et- Torki,lecaïdMostafa-ben-Asker, le caïd Ahmed-El-Harousi- El-Andelousi, le caïd Ahmed-ben-El-Haddâd-El-'Amri, chef de la gendarmerie, le caïd Ahmed>ben-'Atiya, le caïd 'Ammâr-E]-Feta le renégat, le caïd Ahmed-ben-Yousef le renégat, et le caïd 'Ali-beu-Mostafa le renégat, ce dernier, qui fut le premier chef marocain investi du commandement de la ville de Kâgho, périt en même temps que le pacha Mahmoud-ben-Zergoun, lorsque celui-ci fut tué à El- Hadjar. Enfin le caïd Bou-Chiba-El- Amri et le caïd Bou- Gheïta-El-'Amri. Deux lieutenants-généraux commandaient les deux ailes de l'armée: Ba-Hasen-Friro,le renégat, l'aile droite etQâsem-Waradououï-El-Andalousi, le renégat, l'aile gauche. Tels sont les généraux et lieutenants qui partirent avec Djouder.

Le prince marocain annonça à ses généraux qu'il résultait des calculs divinatoires que le pays de Songhaï devait cesser d'être dominé par les Soudanais et que son armée devait s'emparer d'une certaine partie de ces contrées. L'armée se mit ensuite en marche vers le Songhaï.

Dès qu'il eut conuaissance de la nouvelle (NV^)du départ de cette armée, le prince Askia-Ishâq réunit ses généraux et les principaux personnages de son royaume afin de les consulter sur les mesures à prendre et leur demander leur avis ; mais chaque fois qu'un conseil judicieux fut donné on s'empressa de le rejeter. Dieu, dans sa prescience, avait décidé ainsi que ce royaume disparaîtrait et que cette dynastie s'effondrerait : nul ne peut repousser ce qu'il a décidé, ni faire obstacle à ses décisions.

Il se trouva qu'à ce moment Hammou-ben-Abd-el-Haqq- Ed-Der'i était venu en voyage à Kâglio. Le prince Askia donna au cheikh Ahmed-Touïreq-Ez-Zobeïri l'ordre d'arrêter et de mettre en prison Hammou, bien que celui-ci fut l'agent du Songhaïà Teghàzza, sous prétexte qu'il n'était venu à Kâgho qu'afin de servir d'espion au souverain marocain Ahmed- Edz-Dzehebi. L'ordre fut exécuté et Hammou fut jeté en prison ainsi que Rafi', Ahmed-Nini-Bir et El-Harrouchi,père de Ahmed-El-Amdjed.

Les troupes marocaines atteignirent le Niger dans le voisinage du bourg de Karabara. Elles s'arrêtèrent en cet endroit où Djouder donna un grand repas pour célébrer leur heureuse arrivée au bord du Fleuve. Le fait que ces hommes étaient arrivés là sains et saufs faisait présager que l'entreprise réussirait et que le succès couronnerait les efforts de leur chef. Cet événement eut lieu le mercredi, 4 du mois de djomada II de l'année 999 de l'hégire (30 mars 1591) ainsi qu'il a été dit précédemment.

L'armée ne passa pas par la ville de Araouân, mais elle passa à l'est de cette localité. Sur sa route elle rencontra les chameaux de Abdallah-ben-Chaïn-El-Mahmoudi; Djouder prit de ces chameaux la quantité qui lui était nécessaire, puis Abdallah partit aussitôt pour le Maroc et se rendit à Merrakech auprès de Maulay Ahmed à qui il se plaignit de

Page 1