CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME 22i
et, quand ils furent là, il entra avec eux dans le palais; mais, après avoir tout visité et examiné de façon à s'en bien rendre compte, il lui parut que tout cela était bien misérable.
Le prince Askia-Ishâq envoya demander au pacha de traiter avec lui. Il s'engageait à faire remettre par Djouder au souverain marocain Maulay Ahmed 100.000 pièces d'or et 1.000 esclaves. En retour le pacha devait lui abandonner le pays et ramener son armée à Merrâkech. Djouder fit répondre qu'il n'était qu'un esclave docile et qu'il ne pouvait agir que sur l'ordre du souverain, son maître. Puis, d'accord avec les négociants de son pays, il écrivit en son nom et en celui du caïd Ahmed-ben-El-Haddâd pour transmettre ces propositions, après avoir eu soin de dire que la maison du chef des âniers au Maroc valait mieux que le palais de l'Askia qu'il avait visité. Cette lettre fut portée à destination par Ali-El-'Adjemi qui était bdchoud^ à cette époque.
Djouder ramena ses troupes àTombouctou où il attendit la réponse du sultan du Maroc. 11 n'était resté, si je ne me trompe, que dix-sept jours à Kâgho. On arriva à Mosa-Benkole(> ir) mercredi, dernier jour du mois de djomada II (24 avril 1591); on en repartit le jeudi, l^' du mois de redjeb l'unique (25 avril), puis on alla camper sous les murs de Tombouctou du côté du sud et l'on resta en cet endroit trente-cinq jours.
Le cadi de Tombouctou, le jurisconsulte Abou-Hafs-'Omar, fils du saint de Dieu, le jurisconsulte, le cadi Mahmoud, envoya le muezzin, Yahma, saluer le pacha,mais il ne lui offrit pas la moindre hospitalité contrairement à ce qu'avait fait le khatib Mahmoud-Daràmi lorsque les Marocains étaient arrivés à Kâgho. Djouder fut vivement irrité de cette réception;
1. Ce lilrc, dont les dictionnaires ne donnent pas la signification, semble désigner des officiers chargés plus spécialement de transmettre les dépêches ou communications importantes. Peut-être cependant le motbâchoud n'est-il que la forme arabisée du mot oda-bàchi devenu bàch-oda, puis bâch-od.
néanmoins il^ envoya toutes sortes de fruits, dattes, amaudes, ainsi que beaucoup de cannes à sucre; puis il fit endosser au cadi un manteau de drap rouge écarlate". Les gens sensés n'augurèrent rien de bien de tout cela, et l'événement confirma leurs prévisions.
Les Marocains entrèrent dans la ville de Tombouctou le jeudi, 6 du mois de cha'ban, le brillant (30 mai 1591); ils parcoururent la ville dans tous les sens et reconnurent que le quartier le plus florissant était celui des Ghadamésiens. Ils le choisirent donc pour y installer la casbah dont ils commencèrent la construction, après avoir expulsé de leurs maisons un certain nombre de personnes du quartier.
Djouderfit alors sortir deprisonHammou-ben-Abd-el-Haqq- Ed-Der'i et lui confia les fonctions à'amin au nom du sultan Maulay Ahmed. Quant à Râfi'etàAhmed-Nini-Bîr, ils étaient morts tous deux avant son arrivée à Kâgho. Le pacha avait donné quarante jours de délai, tant pour aller à Merràkcch que pour en revenir, au bâchoud Ali-El-'Adjemi.
Quand l'armée marocaine était arrivée au Soudan elle avait trouvé ce pays un des plus favorisés de Dieu par la richesse et la fertilité. La paix et la sécurité régnaient partout dans toutes les provinces grâce au souverain le très fortuné, le béni, le prince des Croyants, Askia-El-Hàdj- Mohammed-ben-Abou-Bekr, dont la justice, la fermeté s'étendaient partout, en sorte que ses ordres accomplis sans peine dans son palais s'exécutaient avec autant de facihté sur tous les points les plus éloignés de l'empire, des frontières du pays de Dendi à celles du pays de El-Hamdiya,des confins du pays de Bindoko à Teghâzza et au Touât ainsi que dans toutes leurs dépendances.
1. Ce passage esl si mal rédigé qu'on ne sail exactemenl si ce lui DJoudcr ou le cadi qui envoya ces Triandiscs.
2. Ce mol csl ainsi écril el vocalisé dans le Icxlc Si^L « sacarlâd ».