CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
père, répondirent-ils, serait encore vivant [\ oy) et nous donnerait ce conseil que nous ne le suivrions pas ; à plus forte raison ce conseil émanant d'un autre que lui. » Les deux personnages s'étant rendus auprès du caïd Hammou-Barka et lui ayant fait part de leur dessein, celui-ci écrivit au pacha Mahmoud pour l'en aviser. Le pacha donna l'ordre de les interner, puis quand il eut pris Askia-Mohammed-Kâgho, il enjoignit au caïd de les mettre à mort, ce qui fut fait.
Seliman, fils du prince Askia-Daoud, avait été chargé de chaînes en même temps que les autres personnes arrêtées ; mais des gens avisés ayant parlé de lui au pacha, celui-ci lui rendit la liberté. Seliman resta auprès des Marocains avec quelques autres personnages peu nombreux, parmi lesquels se trouvaient entre autres :1e Bàraï-Koï Malki, Mohammed-ould-Benchi, Mohammed-Mauri-Koï, dont la mère était la fille du prince Askia-Daoud. Quant à Mohammedould-Benchi, Benchi était le nom de sa mère qui était issue de Omar-Komzâgho; son père était Mohammed-ben-Masouso,fils du Balama' Mohammed-Kiraï.
Le pacha Mahmoud traita Seliman avec les plus grands égards et alla jusqu'à le nommer Askia. Le nombre des personnes arrêtées par le pacha Mahmoud en même temps que Askia-Moharamed-Kâgho était de quatre-vingt-trois, tant fils de princes que personnages d'une moindre condition. A ce moment l'armée marocaine se trouvait à Tenchi, nom d'une localité voisine de la ville de Koukiyâ.
On rapporte que le prince Askia-El-Hâdj-Mohammed ben-Abou-Bekr, après avoir vaincu Sonni-'Ali et s'être emparé du pouvoir souverain, avait, dans la même localité, arrêté un nombre égal des enfants et des serviteurs du Sonni et cela après leur avoir accordé l'aman sous la foi du serment. Dieu, le Fort et le Puissant, voulut que ce manque de foi fût ainsi vengé finalement dans les mêmes conditions.
Suivant certains récits, Askia-Mohammed-Kàghô ne demeura pas en ce monde plus de quarante jours après la mort de Askia-Ishâq.Ces deux princes n'ont donc pas tardé à se réunir dans l'autre monde. Gloire au Vivant, à l'Éternel dont le règne ne cessera jamais et dont la durée n'aura point de limites !
Lorsque Mohammed-Kâgho avait envoyé l'ordre d'élargir de prison ses deux frères, le Fàr-Mondzo El-Mostafa et le Bental-Farma Nouh, ce dernier plus jeune que le premier^ ces deux personnages avaient éprouvé la joie la plus vive, et avaient résolu, quand ils rejoindraient le prince, de lui témoigner la plus grande déférence en marchant à pied devant lui quand il monterait à cheval. Mais, en route, ils apprirent la triste nouvelle de l'arrestation du prince et de ses courtisans. Ils revinrent alors sur leurs pas (nov) et retournèrent au pays de Dendi.
Les gens du Songhaï se groupèrent autour des deux frères et décidèrent, d'accord avec Nouh, d'élever au souverain pouvoir le Fâr-Mondzo El-Mostafa et de lui donner le titre d'Askia. « Non, répondit El-Mostafa, Nouh est plus digne que moi de ces fonctions, car il est plus favorisé du Ciel. Or Dieu place sa faveur là où II le veut, sans tenir compte de l'âge ou de la jeunesse. »
On prêta donc serment d'obéissance à Nouh et tous les gens du Songhaï qui avaient pris la fuite dans une autre direction vinrent le rejoindre ; il ne lui restait plus à désirer que la présence de Mohammed-MaurietdeMohammed-ould- Benchiqui étaient restés chez le pacha Mahmoud; mais bientôt Dieu leur permit de s'échaf»per et ils vinrent alors le retrouver. Le Bâraï-KoïMalki réussit également à s'échapper ;Askia- Nouh éprouva unejoie très vive de l'arrivée de tous ces personnages qui étaient sainset saufs et il en témoigna sareconnaissance au Très-Haut. « Maintenant, s'écria-t-il, il ne me