CHAPITRE VINGT-DEUXIEME
reste aucun souhait à formuler, du moment que ces deux hommes m'ont rejoint. »
De son côté le pacha Mahmoud investit Seliman des fonctions d'Askia sur les gens du Songhaïqui se trouvaient avec lui.
Dans le peuple on racontait que c'était le secrétaire Bokar- Lanbâro qui avait trahi Mohammed-Kâgho et ses compagnons, les avait vendus au pacha Mahmoud et avait ainsi permis à ce dernier de s'emparer d'eux. Après tous ces événements, Bokar, qui était allé habiter Tombouctou, dit un jour à un de ses amis : « On m'accuse de trahison et pourtant, j'en prends Dieu à témoin, il n'en est rien. Je n'ai donné à Mohammed-Kâgho d'autre conseil que celui qui m'avait été inspiré par Dieu, en m'appuyant sur ce que Mahmoud m'avait assuré sous la foi du serment et en me fiant à ses paroles. Lui seul a été un traître et il m'a trahi en même temps qu'il trahissait Mohammed-Kâgho. Bientôt nous nous retrouverons tous en présence du Dieu très-haut, et à ce rendez-vous la vérité se fera jour. »
Après avoir préparé ses troupes, le pacha Mahmoud se mit à la poursuite de Askia-Nouh et le rejoignit à l'extrémité du pays de Dendi. L'action s'engagea et les gens du pays de Kanta entendirent le bruit de la fusillade pendant une journée entière.
Nouh s'installa tout d'abord avec ses compagnons dans la ville de Ko mou sur les confins du pays de Melli du côté où ce pays touche au territoire de Kanta. Le pacha Mahmoud continua la poursuite commencée, et, au cours de celte expédition, il bâtit une casbah dans la ville de Kolen où il installa une garnison de deux cents fusiliers sous le commandement (\oi) du caïd 'Ammâr-el-Feta.
Durant deux années entières la guerre continua dans ces régions, entre le pacha et Nouh. Des rencontres nombreuses
et sanglantes se produisirent entre les deux armées. Un jour que le pacha poursuivait Nouh, il arriva avec ses troupes dans un immense et vaste bas-fonds. Tandis que les Marocains suivaient leur route ils arrivèrent à une grande forêt très touffue que traversait le chemin. Le lieutenant-général Ba- Hasen-Ferîro, qui était un homme avisé et prudent, ayant brusquement arrêté son cheval, le pacha envoya mander Ba-Hasen et, outré de colère, il blâma sa lâcheté en termes violents, en lui demandant pourquoi il s'arrêtait ainsi.
Quand Ba-Hasen arriva près du pacha il lui dit : « Par Dieu ! si je savais qu'un seul des poils de mon corps se fut agité de crainte ou de terreur, je l'arracherai sur-le-champ. Mais ce que je ne veux pas c'est exposer les troupes de notre maître le sultan à aucun danger, à aucune surprise. » Puis il ordonna de lancer des dirhâch'' dans la forêt. Aussitôt que cela eut été fait, on vit des hommes sortir de la forêt et prendre la fuite ; une vive fusillade en tua un grand nombre.
Askia-Nouh avait, en effet, disposé une embuscade dans cette forêt parce qu'il savait que l'armée marocaine ne pouvait suivre une autre route. Il espérait la faire tomber dans ce guet-apens, mais Dieu, le Très-Haut, fit échouer ce stratagème traître et perfide et sauva l'armée marocaine grâce à la perspicacité du Ueutenant-général Ba-Hasen-Ferîro.
Pénétrant ensuite dans la forêt, l'armée marocaine la franchit sans encombre. De nombreux et terribles combats s'engagèrent dans cette région. Malgré le petit nombre de ses partisans Askia-Nouh obtint des résultats que Askia-Ishàq n'eut pas réussi à atteindre avec des forces plus considérables, même cent fois plus grandes.
Le jour de la bataille de Birnaï le pacha Mahmoud perdit quatre-vingts hommes de ses meilleurs fantassins qui furent
1. Ce mot signifie en turc bàlon, verge d'huissier. Il faut sans doute l'entendre ici dans le sens de fusée ou projectile muni d'une baguette.