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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

tués. Quelqu'un, en qui j'ai toute confiance, m'a raconté qu'après la bataille, Mahmoud vint examiner ceux qui étaient morts et qu'il donna l'ordre (n»») de dénouer les ceintures qu'ils portaient sur le ventre. Toutes ces ceintures étaient pleines de dinars frappés* que le pacha Mahmoud s'appropria en totalité.

Les troupes marocaines souiFrirent beaucoup de leur long séjour dans ce pays et furent très gravement éprouvées par des fatigues qu'elles endurèrent, par le manque de vivres, par le dénûment dans lequel elles se trouvèrent et par les maladies que leur causa l'insalubrité dn pays. L'eau attaqua les intestins des hommes, provoqua la dysenterie et en fit mourir un très grand nombre en dehors de ceux qui périrent dans les combats.

Au début c'était Askia-Nouh qui conduisait lui-même ses troupes au combat, mais plus tard il chargea de ce soin Mohammed-ould-Benchi. Ce fut donc à ce dernier qu'incomba la responsabilité des opérations militaires, et il accomplit dans cette circonstance nombre d'actions glorieuses et de faits d'armes retentissants.

Comme le pacha Mahmoud rencontrait de grandes difficultés dans cette région, il écrivit à son souverain Maulay Ahmed pour se plaindre des terribles épreuves qu'il avait à subir et lui annoncer que toute sa cavalerie avait péri. Le sultan du Maroc envoya environ six corps d'armée qui, l'un après l'autre, vinrent faire leur jonction avec les troupes que le pacha commandait dans ces régions. Parmi ces colonnes de renfort se trouvaient : la colonne du caïd 'Ali-Er-Râchedi, celle des trois caïds Ben-Dahmân, 'Abdelaziz-ben-Omar et 'Aliben Abdallah-El-Telemsâni; celle de 'Ali-El-Mechmâch, etc.

1. En se servant de cette expression l'auteur a sans doute voulu montrer que les soldats marocains gardaient tout l'argent de leur solde qui était en monnaie d'or et qu'ils se procuraient ce dont ils avaient besoin sans bourse délier.

Malgré tout cela, Mahmoud rentra à Tombouctou sans avoir vaincu Nouh, comme il l'espérait.

Revenons maintenant à la lutte qui s'était engagée entre les habitants de Tombouctou et le caïd El-Mostafa-Et-Torki, après la mort du Tombouctou-Mondzo Yahya. Comme les soldats marocains avaient blessé bon nombre de gens, les notables allèrent se plaindre au jurisconsulte, le cadi Abou- Ilafs-'Omar, fils du saint de Dieu, le jurisconsulte, le père des bénédictions, le cadi Mahmoud-ben-'Omar.Ce magistrat consulta sur ce point les gens de bon conseil. Les uns furent d'avis qu'il fallait repousser l'ennemi par les armes si les circonstances le permettaient; d'autres, au contraire, estimèrent qu'il était préférable de s'abstenir de toute violence, leur situation pitoyable ne pouvant que s'aggraver par la résistance.

Le cadi 'Omar avait alors pour huissier Amar* qui était le plus scélérat des hommes de cette époque,bien que (> «"i) le cadi ne s'en doutât point. Un soir, il expédia cet homme au chef des mulâtres, 'Omar-Ech-Cherif, fils de la fille du chérif Ahmed-Es-Seqli, et lui dit d'inviter celui-ci à faire annoncer immédiatement par le crieur public que les habitants eussent à bien veiller sur leurs personnes et à prendre les plus grandes précautions contre les Marocains.

Au lieu de transmettre ces paroles, Amar dit au chef des mulâtres que le cadi lui enjoignait de donner l'ordre aux habitants de se soulever pour combattre les Marocains. Cet ordre fut donné la nuit même et le lendemain matin toute la population était en armes prête à combattre le caïd El-Mostafa. La lutte commença dans la première décade du mois de moharrcm, le premier mois de l'année 1000 (19-29 octobre 1591) et dura jusqu'à la première décade du mois de rebi' P^ (17-27 décembre 1591).

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