CHAPITRE VI.XGT-DEUXIÈME
Quand il fut en vue de la ville de Ouenzagha, Hâmi, dont la barque était à Tancre, aperçut l'embarcation qui le poursuivait. Aussitôt il démarra précipitamment et redoubla de vitesse dans sa marche.
Quand les gens de la barque du Fenfa arrivèrent à Ouen-
zag'ha, ils s'informèrent du fugitif. Un Tombouctien, à qui
Hàmi avait fait cependant beaucoup de bien, leur répondit:
« A l'instant l'embarcation de Hâmi vient de démarrer;
continuez votre route et vous la rejoindrez à peu de distance
d'ici. » Ouenzagha-Mouri*, qui venait d'entendre ces paroles,^
s'avança aussitôt vers eux et leur dit : « Retournez sur vos
pas ; les soldats marocaiîis ont appris votre venue et ils se
sont retirés dans la ville de Kouna pour vous y attendre et
vous tuer. Dites au Bâghena-Fâri que c'est moi qui vous ai
donné l'ordre de revenir sur vos pas. » Les poursuivants
retournèrent alors en arrière. Grâce à Ouenzagha-Mouri,
Dieu, le Très-Haut, écarta ainsi le malheur que (>"vn) le
Tombouctien avait voulu attirer sur la tête de son bienfai-
faiteur.
A ce moment, les rebelles, commirent à Dienné toutes les turpitudes et toutes les tyrannies qu'ils voulurent. Ce fut au point qu'un certain vendredi, à l'heure du dohor, alors que toute la population était réunie, dans la mosquée, ils se présentèrent à cheval devant la porte, leurs armes à la main et jurant que personne ne prierait tant qu'on n'aurait pas proclamé un askia et que l'imam n'aurait pas fait en chaire le prône- au nom de cet askia.
Comme les notables leur disaient que cela était impossible
1. Il est difficile de déterminer si c'est un nom de personne ou un titre équivalant à celui de chef de Ouenzagha.
2. On sait que l'imam doit faire chaque vendredi, à l'issu de l'office, une prière dans laquelle il prononce le nom du souverain. En demandant celte formalité les rebelles voulaient donner au chef qui aurait été choisi la consécration légale de son autorité.
et illégal, la loi religieuse ne permettant pas d'agir ainsi, ils devinrent encore pins insolents et plus grossiers. Cela dura jusqu'au moment du coucher du soleil. Alors les notables leur dirent : a Attendez que nous sachions ce qui s'est passé entre le pacha Mahmoud et l'askia : peut-être ce dernier a-t-il été vainqueur et, dans ce cas, les choses reviendraient au point où elles étaient primitivement'. » En entendant ces paroles, ils cessèrent leurs violences et la population put accomplir la prière du vendredi.
Hâmi arriva ensuite à Tombouctou et informa le caïd El-Mostafade ce qui venait de se passer. Celui-ci décida aussitôt de faire en personne une expédition contre Dienné, mais le caïd Mâmi lui dit : « Demeurez ici dans votre casbah; je me charge de vous débarrasser de tout cela. » Puis il se mit en marche à la tête de trois cents hommes d'élite qu'il avait choisis.
Quand les Marocains furent près de la ville, le DJinni- Koï leur envoya Salha-Tâfmi et Tâkoro-Ansa-Mâni avec des noix de gourou, qu'ils devaient offrir au caïd en l'engageant vivement à hâter son arrivée. Le Sanqara-Koï, Boubo-Oulo- Bîr, suivit les messagers et leMasina-Koï, Hammedi-Amina, se porta à la rencontre des Marocains à Doiiï^ On raconte que ce fut Habib-ould-Mohammed-Anbâbo qui avait écrit au Mâsina-Koï, au nom du caïd 'Amniâr, de suivre le caïd Mâmi partout où il irait, de lui venir en aide, de le guider de ses conseils, et que c'est à cause de cela qu'il était venu promptement en personne à leur rencontre.
Le Bâghena-Fâri, qui avait appris la nouvelle du départ de ces envoyés, plaça aux portes des remparts des gardes qui eurent mission de les arrêter lors de leur retour. Salha- Tâfîni rentra à Dienué par la porte de CIiima-Anzouraa et
1. C'esl-à-dlre qu'ils auraient pour chef un askia comme ils le désiraient.