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CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

Ghezzâli, afin de hâter le plus possible Tarrivée de ces chevaux; ce dernier les amena en temps voulu en sorte que, parmi les Marocains,, la joie fit place à la tristesse. El-Mostafa se porta à la rencontre du Targui. Celui-ci venait d'arriver à Bir-Ez-Zobeïr dans la soirée, amenant avec lui tous ses compagnons touareg, un grand nombre de Sanhadji, porteurs détresses* et des Zaghrâni. Il avait également avec lui Màmiould-Amar-ould-Kobori et son frère Ahmed qui tous deux étaient venus habiter près de lui lorsqu'ils avaient fui deTombouctou après l'affaire du caïd El-Mostafa.

La bataille s'engagea auprès du puits dont il vient d'être parlé. La première personne qui fut tuée fut précisément Mâmi-ould-Amar qui, à l'époque du gouvernement songhaï, s'était montré très tyrannique, débauché et rapace (Dieu nous préserve de gens pareils!). Il fut atteint par une balle et mourut sur le coup. Abou-Bekr le Targui s'étant mis à l'écart, les Marocains le poursuivirent jusqu'à la colline de Nana-Zarqoutan. Alors, faisant volte face, le Targui se précipita sur le caïd El-Mostafa l'épée nue à la main et il allait le frapper quand Edris-El-Abiod se plaça entre eux avec son bouclier. L'arme s'abattit sur le bouclier, le coupa en deux et trancha même un des doigts de Edris.

Enfin Dieu décida la victoire en faveur du caïd El-Mostafa. L'ennemi, mis en déroute, s'enfuit, et nombre de compagnons d'Abou-Bekr le Targui furent tués par les Marocains. Lors de leur arrivée à Ras-al-Mà, les Touareg avaient tué Ben-Daoud et tous les soldats qu'il avait avec lui et qui avaient construit la casbah qui se trouvait en cet endroit. Ces soldats au nombre de soixante et onze étaient restés sur place pour défendre la casbah.

Cela fait, le caïd 'Ali-Er-Râchedi continua sa route et con-

1. Il s'agit de Berbères ayant l'habitude de tresser une partie de leurs cheveux, ainsi que le font encore les populations du Rif marocain.

duisit son corps d'armée au pacha Mahmoud jusque dans le pays de Dendi. Ensuite d'autres renforts arrivèrent avec les caïds Ben-Dahmân, Abdelaziz-ben -Omar et 'Ali-ben-Abdallah-Et-Telemsâni qui amenèrent à eux tous quatre cents hommes (n'^'v). Ils poursuivirent leur route et rejoignirent le pacha Mahmoud qui, ainsi qu'on Ta vu plus haut, réunit six corps d'armée dans le pays de Dendi.

Le caïd 'Ali-ben-Abdallah-Et-Telemsâni était le fils d'Abdallah, un des principaux caïds du sultan dans la ville de Fez. Quand son père mourut, 'Ali fut nommé caïd à sa place. C'était alors un tout jeune homme. Comme il passait sa vie en orgies de toutes sortes et qu'il s'enivrait de vin, il perdit bientôt toute considération parmi les habitants de la ville. Mais il avait auprès du sultan un très puissant appui, le fils de sa sœur qui était mariée au caïd 'Azzouz, aussi son nom ne tomba-t-il pas complètement dans l'oubli.

Il fut envoyé au Soudan par le sultan de Maroc en qualité de caïd de troisième ligne* et il n'exerça ces fonctions de caïd qu'après la mort de deux personnages qui le précédaient hiérarchiquement. Devenu seul caïd, il accomplit les actions les plus extraordinaires au point qu'on le citait comme modèle dans toutes les circonstances difficiles ou critiques. Qu'elle serait longue la liste des expéditions auxquelles il prit part, des braves qu'il combattit, dés ennemis qu'il fit périr, des demeures qu'il saccagea ou prit d'assaut, des pays qu'il conquit, des séditions qu'il apaisa, des places fortes qu'il protégea, des illusions qu'il dissipa pour les ramener à la réalité ! Durant des années et des années il appliqua tous ses efforts à cette tache et pacifia si bien le pays que l'on n'entendait partout que ces mots : paix, paix.

Le pacha Mahmoud, qui n'avait pas quitté le pays de

1. On voit par ce passage que le titre de caïd n'impliquait pas toujours l'exer* cice immédiat de la fonction.

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