CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
dans lequel le caïd 'Ali-ben-Abdallah-Et-Telemsàui fut atteint par une flèche empoisonnée. Le caïd, qui souffrait de cette blessure, s'étant mis à fumer du tabac fut pris de vomissements qui le débarrassèrent complètement du poison et assurèrent sa guérison. Ce fut à la suite de cela qu'il prit l'habitude d'user du tabac et ne cessa depuis, jusqu'à sa mort, de fumer presque constamment.
Le cheval du Kala-Châ'a Bokar, atteint d'une flèche, succomba sous son cavalier. Celui-ci, qui était d'une extrême bravoure, très vaillant et très hardi, continua de combattre à pied, mais sans succès. Un gendarme* marocain, qui connaissait bien les brillantes qualités du Kala-Châ'a, le voyant ainsi dans la mêlée, descendit de son cheval et l'engagea à enfourcher sa monture; mais le Kala-Châ'a, craignant qu'on lui fît affront de sa conduite, refusa d'accepter cette offre et il fallut que le gendarme marocain lui jurât qu'il tuerait le cheval s'il ne le montait pas, pour qu'il se décidât à l'enfourcher. Quand le combat fut terminé, le gendarme marocain dit au Kala-Châ'a : « J'ai vu qu'à pied tu ne rendais aucun service et j'ai craint de te voir succomberinutilement. Tandis que moi tout ce que je pouvais faire d'utile à cheval je pouvais le faire aussi bien à pied, c'est pour cela que je t'ai si vivement pressé de prendre mon cheval. »
En somme, on fit un grand carnage des habitants de la localité; on prit de nombreux prisonniers, hommes et femmes, jurisconsultes et gens dévots. Dès que la nuit vint, à la suite de cette affaire, le caïd 'Ali-ben-Abdallah fit relâcher tous ceux qui étaient tombés prisonniers entre ses mains et entre celles de ses compagnons et leur rendit leur liberté. 11 n'en fut pas de même du caïd El-Mostafa et de ses compagnons ; ils emmenèrent à Tombouctou tous leurs prisonniers, les
1. C'est-à-dire un de ces cavaliers qui sont attachés au service d'un chef marocain pour faire office de courrier et de gendarme.
vendirent au prix qu'ils en trouvèrent et réalisèrent ainsi un certain profit.
Selon le dire de quelques personnes, la cause du châtiment infligé aux habitants de Chininkou serait la suivante : Le Châ'a-Makàï, à la tête d'une troupe de païens du Bambara, s'était porté sur Dienné^ ravageant le pays, chassant devant lui les habitants et semant partout le plus grand désordre. Or c'étaient les gens de Chininkou seuls qui leur avaient fait traverser le Fleuve (>A\) et c'est à cause de cela que les Marocains leur avaient infligé un châtiment. Plus tard Ba- Redouan, qui était alors caïd de la ville de Dienné, dirigea en personne une seconde expédition contre eux, mais ils le mirent en fuite lui et son armée et les chassèrent du pays où, par la suite, les Marocains ne s'aventurèrent plus jamais.
Ce Châ'a-Makaï était \m des habitants de Kala. Au début de l'occupation marocaine il avait été au service du Makhzen à Dienné en qualité de palefrenier*. Quand il connut la façon de combattre des Marocains, il s'éloigna d'eux et se retira dans son pays d'où il devint un cruel fléau pour eux. A plusieurs reprises et un grand nombre de fois il lança les païens sur le territoire de Dienné qu'il saccagea et ruina complètement.