CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
prince en le priant d'envoyer quelqu'un pour gouverner le pays et le représenter comme chef de l'armée.
Comme le sultan avait envoyé dans ce but le caïd El- Mostafa-El-Fîl et le caïd Abdelmalek-El-Bortoqâli^, Djouder adressa en toute hâte une seconde lettre au prince, lui demandant de ne pas confier le pays à ces deux caïds parce que le sultan de Melli s'était déjà mis en campagne pour venir dans la contrée et que le roi du Mâsina Hammedi-Amina faisait également des préparatifs pour y revenir. C'était donc non des caïds qu'il fallait envoyer, mais un pacha dont le titre en imposerait davantage.
Là-dessus Maulay Ahmed expédia le jeune 'Ammâr- Pacha, seul, sans le faire accompagner de troupes. Précédemment 'Ammâr était allé au Songhaï conduire une armée de 1000 hommes dont 500 renégats et 500 Andalous\ Arrivés à Adzaouât, ces deux groupes se divisèrent pour suivre une direction différente : les renégats prirent une direction qui était le bon chemin et arrivèrent sains et saufs; les autres, qui s'étaient dirigés d'un autre côté, s'égarèrent et périrent tous. Avec ces derniers se trouvait Mâdji que le cadi "Omar avait envoyé à Merrâkech après le départ des autres envoyés et qui périt également.
Djouder reçut alors l'ordre de venir immédiatement et en toute hâte (nav), tout le pays fût-il en feu à ce moment. Toutes ces lettres et tous ces messages se succédèrent dans un temps très court. Les deux caïds, El-Mostafa et Abdclmalek, arrivèrent dans la ville de Tombouctou au mois do djomada P"" de l'année 1007 (30 novembre- 30 décembre 1598); mais le pacha 'Ammâr n'y arriva qu'au mois de redjeb de la même année (28 janvier-27 fé-
1. « Le portugais ». Un certain nombre de ces caïds étaient des renégats ; de là ces surnoms indiquant leur origine étrangère.
2. C'est-à-dire des descendants des Maures d'Espagne réfugiés au Maroc. •
vrier 1599). Quant au pacha Djouder il se mit en route, pour se rendre à Merrâkech, le jeudi, 27 du mois de ramadan de cette même année également (25 mars 1599).
Le sultan Mahmoud, roi de Melli, décida de faire une expédition contre les gens de Dienné*. Il envoya un messager au Kala-Cha'a Bokar pour l'informer de ce projet et lui demander son concours. Bokar, qui se trouvait à ce moment dans la ville de Kounti, demanda au messager si Sanqar-Zouma'a ^ et Faran-Sora devaient se joindre au roi de Melli. « Non, répondit celui-ci. — Eh! bien, répondit Bokar, présente-lui mes salutations et dis-lui que je l'attends ici s'il plaît à Dieu. » Dès que le messager eut tourné le dos, Bokar dit à ses compagnons : « Cela ne m'a pas l'air grave, du moment que les deux principaux de ses vassaux ne suivent point le roi de Melli. »
Quand le roi de Melli s'approcha de Dienné, Bokàr se mit en marche vers cette ville en prenant les devants. Ni le sultan de Kala, ni celui du Bindoko n'avaient répondu à l'appel de Mahmoud et il n'avait avec lui que le Fadoko- Koï, le Oma-Koï et Hammedi-Amina, le roi du Mâsina. Seyyid Mansour, que le pacha Djouder avait nommé hâkem de Dienné, donna aussitôt avis de l'expédition du roi de Melli au pacha 'Ammâr en lui demandant de le secourir. Celui-ci envoya un corps d'armée sous les ordres du caïd El-Mostafa-El-Fîletducaïd-'Ali-ben-Abdallah-Et-Telemsâni. Quand ces renforts arrivèrent à Dienné dans la matinée du vendredi, dernier jour du mois de ramadan de l'année ci-dessus indiquée (26 avril 4599), ils trouvèrent l'ennemi campé avec toutes ses troitpes sur les dunes de Sânouna et ses forces étaient si considérables qu'elles s'étendaient
1. Le plus souvent, par le mot J»! « gens », l'auteur entend les Marocains, à l'exclusion de la population noire.