CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
un an, deux mois et quelques jours ; naais, au cours de cet intervalle, il se laissa dominer par le caïd EI-Mostafa-El-Fîl, si bien que ce dernier parut être le dispensateur du pouvoir. Or, ce caïd était un homme tyrannique, violent et rebelle, qui ne s'inquiétait de personne. Quand le sultan marocain apprit ce qui s'était passé entre ces deux personnages, il entra dans une violente colère contre Ammâr, à qui il reprochait de s'être montré si faible qu'il avait subi le joug du caïd El-Mostafa, et contre ce dernier à cause de sa tyrannie et de sa violence.
En conséquence, le sultan révoqua le pacha 'Ammâr et envoya pour occuper son poste le pacha Seliman. 11 enjoignit à ce dernier de faire arrêter 'Ammâr et le caïd El-Mostafa, de se montrer particulièrement dur et méprisant envers ce dernier, puis de les lui envoyer tous deux à Merrâkech, sa capitale, en chargeant de chaînes El-Mostafa.
Seliman arriva à Tombouctou le jeudi, 5 du mois sacré de dzoul-qa'ada de l'année 1008 (19 mai 1600). Aussitôt arrivé, il s'aperçut que El-Mostafa, dont il vient d'être parlé ( \ ^ • ), était l'homme qui lui avait été dépeint ; aussi résolut-il de le faire arrêter au moment même où il se rendait auprès de lui, mais il fut détourné de ce projet par tous les gens de bon conseil à cause des troubles que cette arrestation aurait pu provoquer.
Dès que le pacha Seliman fut installé, qu'il fut entré dans la salle d'audience et qu'il eut pris place sur l'estrade, il fit arrêter El-Mostafa au moment où celui-ci pénétrait dans la salle. Puis, après qu'on lui eut déchiré ses beaux vêtements, on le chargea de lourdes chaînes et de liens très pesants, et on l'expédia dans cet état au sultan marocain. Quant à 'Ammâr, selon les instructions du sultan, il fut mis en prison, mais traité avec certains égards et envoyé ensuite à Merrâkech.
[Histoire du Soudan.) 19
Le pacha Seliman avait amené avec lui 500 fusiliers, ou même davantage, selon certains récits. 11 se fit bâtir une habitation hors de la ville et, renonçant au séjour dans la casbah, il s'installa en cet endroit, entouré de ses troupes. C'était un homme à hautes vues et à grandes pensées, habile administrateur et chef énergique; il déploya toutes ces qualités dans la conduite de ses troupes et il obtint qu'aucun de ses soldats ne passât la nuit ailleurs que dans le camp qui entourait son habitation. Tout individu de l'armée qui restait dans la ville après le coucher du soleil recevait à coup sûr pour ce fait telle bastonnade que Dieu avait décidé qu'il reçût.
Le pacha passa toutes ses nuits en éveil, surveillant à la fois et le camp et la ville, en sorte qu'aucun cri ne pouvait s'élever sans qu'il l'entendît et qu'il en eût connaissance. Chaque fois qu'un vol était commis sur n'importe quel point il arrivait toujours, après enquête, à en découvrir l'auteur qu'il punissait de la façon qu'il convenait.
En examinant avec soin la conduite de l'amin, le caïd El-Hasan-ben-Ez-Zobéïr, il découvrit que c'était un homme de désordre qui volait le trésor royal. Il vit aussi que cet amin s'était approprié trois centsjeunes fdles encore qu'elles fussent trop faibles pour être employées comme servantes. Le pacha lui enleva donc les fonds du trésor royal et les fit déposer pour être placés sous sa surveillance dans une des pièces du palais qui se trouvaient dans la casbah. Puis il consulta les bâchoud sur ce qu'il devait faire de l'amin. « Nous n'avons, lui répondirent-ils, rien à dire à ce sujet. Le sultan n'est pas éloigné devons, écrivez-lui donc l'un et l'autre. »
Chacun d'eux, le pacha et l'amin, écrivit en conséquence au sultan et celui-ci répondit au pacha SeHmân de laisser l'amin en liberté disposer comme il l'entendrait du trésor.