CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
Mohammed. Il avait également demandé au Fondoko Borhom, seigneur du Mâsina, de se joindre à eux, mais celui-ci refusa en disant qu'il était un pasteur, car toute personne investie de l'autorité souveraine sur cette terre est le serviteur de son peuple et son berger '. Toutefois le Djinni-Koï garda le secret de tout cela vis-à-vis de son principal serviteur pour le courage et pour Thabileté, le Sorya révoqué Ansa-Mân.
Le Dendi-Fâri fit savoir au Djinni-Koï qu'il était campé à tel endroit et qu'il l'attendait. Mais celui-ci lui renvoya à son tour le messager pour lui enjoindre de continuer sa marche jusqu'au château de la ville de Dienné et qu'alors il viendrait à sa rencontre et se joindrait à lui. Comme Ansa-Mân avait eu connaissance de cette démarche, il envoya un messager secret au Dendi-Fâri en lui disant de s'abstenir complètement de venir rejoindre le Djinni-Koï et il ajouta que les gens de Dienné n'étaient point gens de parole, ni de bon conseil, aussi les troupes de l'askia ne devaient-elles pas se fier à eux. Suivant le conseil qui lui était donné, le Dendi- Fâri s'éloigna aussitôt, traversa le Fleuve et retourna dans la direction du Gourma.
Or, il arriva à ce moment que le caïdAhmed-ben-Yousef venait de quitter Tombouctou pour retourner à Dienné dont il était le caïd à cette époque. Il avait l'habitude, durant son commandement, d'habiter Dienné un certain nombre de mois de Tannée et de passer le reste du temps à Tombouctou.
Quand la nouvelle de cette expédition avait été connue d'une façon certaine, le Kori-Koï en avait averti les gens de la ville de Kobbi et leur avait montré la gravité de la situation. Ce fut alors qu'il fut rejoint par le caïd Ahmed,
1. Le Fondoko voulait dire qu'il n'était point dans son rôle de faire la guerre sans y être contraint par le besoin de défendre ses sujets.
dont il vient d'être parlé, et qui avait avec lui un certain nombre de fusiliers. Il organisa une colonne en cet endroit et manda aussitôt au pacha Mahmoud- Lonko qui était à Tombouctou de lui envoyer en toute hâte un corps d'armée en lui recommandant instamment d'agir avec promptitude.
Le pacha donna l'ordre au caïd 'Ali-ben-Abdallah-Et-Telemsâni de partir aussitôt avec des troupes. Le caïd quitta donc Tombouctou, emmenant avec lui toutes les troupes, sauf celles qui, selon l'usage, ne se montraient que lorsque le commandant en chef se mettait lui-même en mouvement, comme, par exemple, le caïd des Mekhâzeni^ (> ^v) et d'autres. Puis on se mit en route dans la direction du Gourma. Le caïd, ayant appris que le Dendi-Fâri disposait de forces considérables, envoya demander au pacha de lui faire parvenir des renforts. Le caïd Haddou quitta aussitôt Tombouctou avec tous les soldats disponibles qui s'y trouvaient, emmenant en outre avec lui l'askia Hâroun, en disponibilité^ à cette époque, et il gagna la ville de 'Ankaba où il campa.
De son côté, le Dendi-Fâri était arrivé à la ville de Kobbi où le caïd Ahmed-ben-You&ef avait installé ses troupes. Ce dernier s'enfuit avec ses soldats et tous se réfugièrent dans la casbah de Kobbi. Le Dendi-Fàri s'empara de la tente du caïd marocain et de tous les objets que l'armée marocaine avait laissés derrière elle. Puis il mit la main sur un certain nombre de barques qui venaient de la ville de Dienné ; il y trouva des richesses considérables, de l'or et d'autres objets qu'il s'appropria, et ensuite il assiégea les troupes qui occupaient la casbah où elles étaient entrées.
Quand la nouvelle de ces événements parvint au caïd 'Ali-
1. Les Mekhâzeniou soldais du Makhzen forment une espèce de corps d'élite analogue à notre gendarmerie.
'/. Mot à mot : « révoqué ».