CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
De son côté le caïd Ali-ben-Abdallah s'était rendu dans la ville de Dienné emmenant avec lui ses troupes et l'askia Bokar. Il avait été devancé dans cette ville par le caïd Ahmed-ben-Yousef. Tout le pays de Dienné, était en effet, soulevé et en révolte et tous les habitants des villages établis le long du Fleuve avaient pris la fuite et s'étaient réfugiés dans le pays de El-Hadjar.
La première barque marocaine, qui arriva dans la ville de Sâqa, fut attaquée par les cavaliers du pays de Sâtonkaqui, après lavoir pillée, se retirèrent. Quand le caïd 'Ali arriva à son tour dans cette localité, il passa son chemin sans s'occuper de ces gens-là*. Sur sa route il trouva également que les habitants de la ville de Kouna s'étaient révoltés et avaient attaqué les soldats marocains qui étaient dans la casbah; mais Dieu ayant assuré la victoire de ces derniers, les gens de Kouna s'étaient enfuis à El-Hadjar. Poursuivant toujours sa route, le caïd arriva avec ses barques au port de la ville de Kouba a. Quand les barques mouillèrent en cet endroit, le caïd n'avait nulle intention de combattre, mais les compagnons du Sorya Mousa étant venus sur ces entrefaites commencèrent aussitôt l'attaque.
Les Marocains prirent leurs armes et la lutte s'engagea le {\^^) samedi, 11 du mois de rebi' V% de Tannée déjà indiquée ci-dessus (14 juin 1609). Le combat fut vif et acharné; il dura jusqu'au moment où le soleil sur le point de se coucher avait perdu tout son éclat. Les gens avisés dirent alors au caïd 'Ali : « Si la nuit se passe sans que tu aies remporté l'avantage, tu ne le remporteras pas plus tard. »
Le caïd 'Ali mit aussitôt pied à terre et pénétra par les remparts de la ville jusqu'à ce qu'il arriva à la porte de la
1. C'est-à-dire : sans venger l'attaque et le pillage de la barque.
304 HISTOIRE DU SOUDAIS
maison du Sorya au milieu de ses soldats qui combattaient les troupes de celui-ci. Ce dernier était aveugle; il était assis dans sa demeure tandis que son Bara-Koï était monté sur la terrasse avec ses hommes ; le Sorya envoyait saluer le Bara-Koï à chaque instant et s'informait des nouvelles de sa santé. « Tant qu'il sera vivant, disait-il, les Arabes (Marocains) ne pourront rien contre nous. » Or voici qu'un homme vint lui annoncer que le Bara-Koï avait été atteint par une balle et qu'il était mort au même instant. « Maintenant, s'écria le Sorya, les Marocains arriveront à leurs fins. »
Peu après, en effet, les Marocains brisèrent la porte de la maison du Sorya, et, pénétrant à l'intérieur, ils le saisirent. Puis, après avoir fait un grand carnage, ils pillèrent toute la ville, sauf le quartier des païens Boubo et ils emmenèrent le Sorya chargé de chaînes.
Le Djinni-Koï Mohammed-Benba fit venir des hommes dans sa maison où il fit creuser un puits, se montrant ainsi disposé à combattre et à soutenir le siège. Arrivé à la ville de Dienné, le caïd 'Ali campa avec ses troupes à Sibiri ; puis il envoya dans la ville le Sorya qui y fut mis à mort de la pire des morts et il invita le Djinni-Koï à se rendre auprès de lui. Le Djinni-Koï s'empressa de se rendre au camp du caïd; celui-ci ne lui adressa pas de trop vifs reproches et Dieu en cela lui avait inspiré le meilleur des conseils.
Tous les soldats marocains qui tenaient garnison à Dienné étaient persuadés que le caïd mettrait à mort le Djinni-Koï, aussi quand ils le virent revenir sain et sauf dans sa demeure, ils entrèrent en fureur contre le caïd 'Ali en l'accablant d'injures et de malédictions. Le caïd 'Ali revint ensuite à Tombouctou.
Les Marocains* de Dienné firent annoncer à toutes les po-
1. L'expression « les gens » employée dans le texte s'applique seulement aux Marocains en garnison dans cette ville.