CHAPITRE VINGT- HUITIÈME
mauvaises actions, tyrannie, oppression et autres choses de même genre*. Enfin on finit par l'interdire et à l'empêcher de continuer ses méfaits jusqu'à sa mort. Dès ce moment les habitants de Fez durent s'occuper eux-mêmes de leurs affaires, n'ayant plus ni prince, ni gouverneur, et encore aujourd'hui il n'y a plus dans cette ville d'autres chefs que des chefs de quartier.
Quant à Maulay Abou-Hassoun, il s'empara du pouvoir souverain (v**) à Merrâkech et le garda environ quarante jours. Comme les habitants de cette ville se trouvaient dans une extrême disette par suite de la cherté des vivres, il leur fit distribuer toutes les denrées comestibles qui avaient été mises en réserve dans les greniers royaux. C'est à cause de cela qu'on le surnomma Bou-Ech-Ch'aïr (l'homme à l'orge). Maulay Zîdân survint ensuite et, après avoir tué Abou-Hassoun, il prit possession de la royauté.
Au nombre des calamités qui frappèrent la ville de Merrâkech se trouve la peste qui éclata pour la première fois dans cette ville. La maladie, qui se répandit et persista pendant longtemps, faillit faire périr toute la population, jeunes gens et vieillards. Le nombre des victimes fut si considérable que Dieu seul en peut savoir le chiffre et depuis cette époque l'épidémie n'a plus épargné comme autrefois les habitants de cette cité.
On m'a rapporté que le prince, le sultan Maulay Ahmed, avait commencé la construction de la grande mosquée, et comme il l'avait établie sur un plan merveilleux, on lui avait donné le nom de mosquée de la prospérité \ mais, détourné de cette occupation par une série d'événements malheureux, le prince ne put, avant sa mort, achever cet édifice qui reçut alors le nom de mosquée de la ruine.
1. Sur la conduite de ce prince, cf. le Nozhet-El-Hddi, p. 313 de la traduction.
Une autre calamité qui se produisit alors fut la révolte de Ahmed-ben-Abdallah-Es-Saouri*. Cette sédition très grave, et qui eut de désastreuses conséquences, puisqu'elle sema la discorde parmi les populations et qu'elle fit périr nombre de personnes, jeunes et vieilles, fut un véritable châtiment infligé par Dieu pour venger les fils de Mahmoud. La sentence divine prédestinée s'accomplit dans toute son intégralité.
Ahmed-ben-Abdallah leva Tétendard de la révolte sur les bords de l'Oued-Es-Saoura^ pendant le mois sacré de moharrem, le premier <les mois de l'année 1019, le jour de 'Achoura (4 avril 1610). L'Oued Es-Saoura est le nom d'un pays situé entre le Touât et le Tafilâlet. Des ramassis de gens de toute sorte écoutèrent la voix de l'agitateur qui marcha contre Merrâkech pour attaquer Maulay Zîdân, après lui avoir, au préalable, écrit de nombreux messages soit en prose, soit en vers, pour lui reprocher les fautes graves qu'il avait commises contre la religion du Très- Haut en altérant les pratiques établies par son Prophète (Que Dieu répande sur Mahomet ses bénédictions et lui accorde le salut!).
Maulay Zîdân se porta à la rencontre de son adversaire et essaya de le repousser, mais les balles lancées contre les révoltés ne produisirent point sur eux la moindre blessure. Les troupes du sultan se débandèrent alors et s'enfuirent dans les montagnes, tandis que les révoltés entraient dans la ville de Merrâkech, où ils commirent les plus grands excès, pénétrant dans le palais du sultan, s'emparant de tout ce qu'ils y trouvaient, faisant sortir les femmes de condition de leur retraite, les dépouillant de leurs vêtements et
1. Ce personnage est plus connu sous le nom de Abou Mahalll. Cf. à ce sujet le Nozhet-ElHâdi, p. 325 et suiv. de la traduction.
2, Les cartes portent souvent la forme Messaoura. C'est le nom d'une rivière et en mdmo temps le nom d'une région.