‹ Tarikh es-SoudanChapitre 278 sur 405 · CHAPITRE TRENTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIEME

en songe ce personnage, que celui-ci lui avait dit qu'il était enterré en cet endroit et lui avait enjoint de venir visiter (r > v) son tombeau, (l'est pourquoi cet homme était venu à Tombouctou.

Le jurisconsulte Mohammed-Baghyo'o, ou l'une des personnes qui étaient là, ayant demandé au pèlerin de quel couleur était le teint d'Abou-'s-Semm, il répondit à Mohammed-Baghyo'o qu'il était plus noir que lui, tout en ajoutant que Ahmed-Ma'yà était plus clair de teint que le défunt. D'ailleurs, ajouta-t-il, sa véritable couleur était celle de cet homme et, ce disant, il montrait le très docte jurisconsulte Ahmed-ben-El-Hâdj-Ahmed. Après cela le pèlerin s'en alla (Dieu fasse à tous miséricorde et nous soit utile grâce à eux tous !).

Le samedi soir 13, du mois de cha'ban de l'année 1014 (24 décembre 1605), la crue du Fleuve atteignit Ma'doko; c'était le 12 du mois de décembre sous le gouvernement du pacha Mahmoud-Lonko.

Le 25 de ce mois, dans la même année (5 janvier 1606), mourut le jurisconsulte, le savant, le très docte, 1 eminent, l'excellent, le distingué professeur, Abou-Abdallah-Mohammed-Baba-ben-Mohammed-El-Amîn-ben-Habîb, fils du jurisconsulte El-Mokhtar. Il succomba le jeudi après la prière du matin; il était né également après la prière du matin un jeudi du mois de djomada II de l'année 981 (28 septembre-27 octobre 1573); il avait donc quatre-vingtdeux ans et deux mois. (Dieu lui fasse habiter les degrés les plus élevés du paradis!)

Ce personnage avait une érudition très variée dont il donna des preuves nombreuses et fréquemment répétées. Il atteignit un haut degré de science et fut professeur et auteur d'ouvrages. Il avait reçu les leçons du jurisconsulte Abderrahman, fils du jurisconsulte Mahmoud et avait assisté

aux conférences du jurisconsulte Mohammed-El-Ouankori où l'on traitait du droit, de la grammaire et de la théologie, mais il n'avait pas étudié sous sa direction. Il fut en correspondance avec lui sur des questions d'espèces juridiques et le cheikh lui délivra un diplôme équivalant h cehii qu'il avait donné à son père, Mohammed-El-Amîn. Il suivit assidûment les cours de Sidi Ahmed sur la grammaire jusqu'à ce qu'il eut de cette science une connaissance sûre. Il étudia sous la direction du jurisconsulte Ma'yâ une partie du Mokhtasar de Sidi Khalil et acheva cette étude avec le jurisconsulte Mohammed-ben-Mohammed-Koraï lorsque celuici fut chargé de conférences dans la mosquée de Sankoré. Ce fut de ce même personnage qu'il entendit la lecture du Et-Taoudih (vna) d'Ibn-El-Hâdjeb, et celle du Djami-eldjaouâmi . Il entendit la lecture de la Modououana et celle du Mouatta faites par le jurisconsulte Abderrahman-ben- Ahmed le modjtâhid*. Il apprit les deux recensions de Ouerech et de Qdloun d'après celui qui était le porte-drapeau de cette science à son époque, Sidi Ben-Abdelmaula-El- Djilali ; il reçut les leçons de Abdallah, fds du jurisconsulte Ahmed-Boryo qui lui conféra la licence d'enseigner la Chifa et El-Bokhâri. Il est l'auteur de quelques ouvrages, entre autres, d'un commentaire de VAl/iya de Es-Soyouti, du Tekmila d'El-Bedjâï sur la Ldmyia; d'un commentaire des interpolations des exemples cités par El-Khazeradji ; d'un commentaire sur un fragment des Séances de Hariri; d'une glose marginale inachevée sur El-Bedjâï; enfin de superbes et magnifiques poèmes sur les vertus du Prophète. Cinq ans avant sa mort ou même auparavant, il s'astreignit à composer lors de chaque fête de la Nativité

1. C'est le nom que l'on donne à l'homme dont le savoir est tel qu'il lui est permis d'innover en matière de législation, à la condition, bien entendu, de ce conformer aux principes établis par le Qoran et la Sonna.

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