CHAPITRE TRENTE-ET-UNIEME
prison durant trois mois ; son gouvernement eut exactement la même durée que celui de Ta^kia El-Hâdj.
Le caïd Hammou-ben-'Ali-Ed-Der'i prit possession des fonctions de pacha le jour même de l'arrestation de sou pré décesseur, c'est-à-dire fvvo) le mercredi, 19 du mois sacré de dzoul'-hiddja, le dernier des mois de l'année 1030(4 novembre 1621); il ne prit pas possession àxitibchdl^ et n'habita pas le palais ordinaire des pachas ; il se fit construire une autre habitation dans la casbah et y demeura.
Dans la dernière décade du mois de safar de l'année 1031 (5-14 janvier 1622), le pacha manda au caïd Yousef-ben- 'Omar-El-Qasri, qui était dans la ville de Dienné, de venir le trouver à Tombouctou. Il voulait tirer vengeance de ce caïd à cause d'une certaine affaire qui s'était passée entre eux auparavant. Le caïd quitta Dienné dans la matinée du lundi, 5 du mois de rebi' P' (19 janvier 1622), pour se rendre à la convocation qui lui était adressée, et le jeudi, 10 (23 janvier), il arrivait à Tombouctou. Le pacha refusa de le recevoir tant qu'il n'aurait pas dit à son envoyé quelle somme il donnerait pour obtenir un accueil favorable, mais Yousef refusa de se prononcer là-dessus.
Or, durant la nuit du jeudi 15 de ce mois (27 janvier), par l'arrêt de Celui à qui appartiennent la prédestination, la volonté, la force et la puissance, le caïd Hammou était assassiné dans la mosquée pendant qu'il faisait la prière du deuxième 'acha. Il était placé derrière l'imam pendant la deuxième reka'a quand, au moment où il se prosternait, il fut atteint d'une balle tirée par un homme de Massa de la suite du pacha Mohammed-El-Mâssi. Les compagnons du pacha, qui formaient un groupe nombreux, s'étaient concertés pour
1. Ce mot paraît signifier « l'exercice de la fonction du pacha » ou l'endroit qu'occupait le pacha dans les cérémonies officielles, le trône en quelque sorte. En d'autres termes il prit seulement le titre de caïd.
tuer Hammou cette nuit-là à la suite d'un message qu'ils avaient échangé avec leur maître. Le meurtrier réussit à s'enfuir et à échapper au châtiment, mais on arrêta un.de ceux qui assistaient à cet événement et on le tua près de la porte delà mosquée, en dehors de cet édifice ^
Ce fut alors que les chefs de l'armée résolurent de tuer le pacha Mohammed- El-Massi ainsi que son lieutenant-général Mohammed-Kanbakoli. On les tua aussitôt et leurs têtes furent supendues le lendemain sur le marché. On convint également de prendre le caïdYousef pour remplacer le pacha, ce qui fut fait sur-le-champ. Louanges soient rendues à Dieu, le fort, le puissant qui venge ses adorateurs quand il le veut et comme il lui plaît. Dans cette même nuit ces trois personnages allèrent se réunir dans l'autre monde.
Quand le caïd Hammou-ben-'Ali avait pris les fonctions de pacha, il avait révoqué l'askia El-Hâdj et nommé à sa place l'askia Mohammed-Benkan, fils du Balama'-Mohammed Es-Sâdeq, fils du prince Askia-Daoud, après lui avoir expédié quelqu'un à Tendirma (v w) pour l'inviter à venir auprès de lui. Il était arrivé aussitôt après avoir été investi de l'autorité. Le caïd Hammou demeura au pouvoir trois mois.
Le vendredi, 16 du mois de rebi' l" de l'année 1031 (29 janvier 1622), toute l'armée décida d'élever au pouvoir suprême le caïd Yousef-ben-'Omar-El-Qasri. Le nouveau pacha imita la conduite du caïd Hammou en ce qui concernait la dénomination de caïd^et l'habitation dans la demeure que ce dernier avait construite. Il fut un chef béni et sous son gouvernement ce fut une ère de prospérité brillante, d'événements heureux, de fortune générale, d'abondance et de richesse.
1. C'est un sacrilège que de répandre le sang dans l'intérieur d'une mosquée.
2. Ce passage semble indiquer que le caïd Hammou s'était contenté du titre de caïd et qu'il n'avait pas adopté celui de pacha. Mais cela n'est pas clairement énoncé.