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CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME

A peine investi de ses fonctions, Yousef envoya comme caïd à Dienné Mellouk-ben-Zergoun. Puis, un an après, il le révoqua et le remplaça par le caïd Ibrahim-ben-Abdelkerim- El-Djerâri qui resta à Dienné deux années entières. Grâce à ce dernier, les impôts prospérèrent et produisirent de très grands revenus, car il perçut tout ce qui était dû de redevances et de contributions dans les meilleures conditions possibles. Il eut pour successeur dans ses fonctions à Dienné en qualité de hâkem 'Ali-ben-'Obéïd.

Le samedi, 23 du mois de ramadan de l'année 1032 (21 juillet ] 623), arriva à Tombouctou le caïd Abdallah-beu- Abderrahman-El-Hindi ; il était à ce moment €aïd de Benba*. Il entra dans la ville au moment du lever de l'aurore, entouré de ses compagnons; il voulait essayer de se faire nommer pacha, et c'était le cheikh 'AIi-Ed-Deraouï,ramîn du sultan, chargé de percevoir les taxes de Tegjiâzza, qui l'avait engagé à venir dans ce but. Mais, ni le caïd Mohammed-ben-Abou- Bekr-El-Amîu, ni les chefs de l'armée ne lui furent favorables et on le contraignit même de quitter la ville sur-lechamp.

11 quitta donc la ville de Tombouctou, accompagné du cheikh 'Ali-Ed-Deraouï qui emmenait avec lui tout son bataillon de renégats et un certain nombre d'hommes appartenant à d'autres bataillons. Ils allèrent camper au port de Kabara, et, de là, ils envoyèrent dire à ceux de leurs partisans qui se trouvaient dans la ville de Dienné de venir les rejoindre. Ceux-ci étant arrivés, on prit la résolution de livrer combat.

Aussitôt le gouverneur, le caïd Yousef leur dépêcha des jurisconsultes et des chérifs pour essayer d'arranger les choses pacifiquement ; mais il essaya un refus. Alors le caïd Yousef et l'amin, le caïd Mohammed-ben-Abou-Bekr, en-

1. Le ms. G donne l'orthographe Yenba ici, plus loin on trouve Benba.

voyèrent toutes les troupes dant ils disposaient et une bataille s'engagea le mercredi, 25 du mois de chaoual de cette année (22 août 1623). Dans ce combat périrent des deux côtés tous ceux dont Dieu avait fixé à ce moment l'heure (vw) de la mort*.

N'ayant point réussi à atteindre son but, le caïd Abdallah retourna à Benba, suivi du cheikh 'Ali-Ed-Derâouï. Peu après cela, le caïd Mohamm.ed-El-Kelououï-El-Mâssi, alors caïd des troupes de Kàgho, alla trouver le saint de Dieu, le cheikh El-Monir^ et le pria de se rendre avec lui à Tomboucton auprès du caïd Yousef, afin de réconcilier ce dernier avec le caïd Abdallah.

Les deux personnages se mirent en route et réussirent à obtenir cette réconciliation. Le caïd Abdallah vint en personne faire sa paix avec le pacha et retourna ensuite dans sa ville de Benba. En y arrivant il apprit que le cheikh 'Ali était mort durant son absence. On assure que ce cheikh s'était empoisonné. Dieu nous garde de pareille chose!

Le caïd Abdallah continua d'habiter Benba jusqu'après le départ du pacha 'Ali-ben-Abdelkader pour le Touât. A ce moment le représentant du pacha, son frère, le caïdMohammed-El-Arbi, envoya chercher le caïd Abdallah et, quand l'on eut par surprise amené à Tombouctou, il lui fit trancher la tête, la nuit de la nativité du Prophète. Le corps ^ du caïd fut exposé sur le marché. Selon une autre version, ce serait le pacha Ali qui aurait lui-même donné l'ordre de tuer le caïd.

Le 20 du mois de cha'ban de l'année 1036 (6 mai 1627), le caïd Yousef fut déposé de ses fonctions de pacha. Il les

1. C'est une faron de s'exprimer quand on ne veut pas se prononcer sur le nombre des combattants qui ont été tués dans une bataille.

2. Ce mot « Monir » qui signifie t brillant » pourrait bien être un surnom.

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