CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
chose au cadi qui écrivit au prince et celui-ci accorda la grâce qui lui était demandée ; il transigea, exigeant toutefois que nous fissions prêter serment dans la mosquée à Djorno et à ses enfants qu'ils ne chercheraient jamais plus à le trahir. Nous envoyâmes quelqu'un qui leur fit prêter le serment demandé dans la mosquée du village de Koufasa, et, par un messager, nous avisâmes le sultan de l'exécution des ordres qu'il avait donnés.
Le prince m'écrivit alors qu'il avait entendu dire que le pacha So'oud venait de partir à la tête d'une colonne pour venir l'attaquer en personne, qu'il ignorait ce qui avait pu motiver cette décision, étant donné qu'il n'avait pas dévié du bon chemin et qu'il n'avait jamais refusé le zenkal, ni (vôt) aucune autre des redevances accoutumées. Il ajoutait qu'il se plaçait sous la protection de l'islam, sous la mienne et sous celle des jurisconsultes, non seulement lui, mais aussi les pauvres, les laboureurs et les marins ^ sauf ceux qui refuseraient de le suivre dans cette voie *.
J allai porter cette lettre au cadi. Dès qu'il l'eut parcourue, il me dit : « Le prince a raison ; je ne sache pas qu'il ait commis aucune des choses dont il parle ; mais nous ne possédons aucune information précise à ce sujet. Va donc maintenant, cette nuit même, chez tous les négociants de cette ville et interroge-les sur ce qu'ils sauront à ce propos. Comme leurs marchandises descendent et remontent sans cesse le Fleuve, ils doivent être mieux informés que qui que ce soit delà véritable situation. Si tu entends seulement deux d'entre eux certifier des faits, cela suffira. » Puis le cadi envoya, durant cette même nuit, informer le caïd de cet événement en lui mandant que, si Dieu voulait, j'irai le lende-
1. Mot à mot : « les barques ». Le copiste a sans doute omis le mot J*l.