CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
Dans la dernière décade du mois sacré de dzou'l-qa'da (19- 28 mai |634) le pacha So'oud arriva dans la ville de Dienné ; il campa à Sanouna et installa ses troupes sur la dune qui est en cet endroit. De là il se mit en marche et se dirigea vers Bînà afin d'aller châtier Yousaro. Le départ eut lieu le 2 du mois sacré de dzou '1-hiddja, dernier mois de l'année 1043 (30 mai 1634), Tous les habitants de Bînâ abandonnèrent la ville et Yousaro alla se réfugier à une courte distance de la cité oii il se tint caché jusqu'au moment où il pourrait y rentrer.
Le pacha ne reçut (vet) d'autre visite des chefs de ces contrées que celle du Ghila-Koï et du Oroun-Koï; quant au Da'-Koï et au Oma-Koï, ils se contentèrent d'envoyer une députation pour le saluer. Après être resté là et y avoir accompli la prière de la fête des Sacrifices (8 juin), le pacha quitta le pays et partit le lendemain du jour de la fête pour retournera Dienné. il s'installa dans le campement qu'il avait précédemment occupé et se mit à opprimer la population.
Les habitants se dénonçaient les uns les autres. C'est ainsi que certains délateurs avaient pressé le pacha d'agir contre mes deux frères Mohammed-Sa'di etAbdelmoghîts avant son départ de Tombouctou. Il leur fit alors mander de se rendre auprès de lui dans son camp, après avoir tout d'abord extorqué injustement deux cents mitsqal à Mohammed. Quand mes deux frères furent arrivés en sa présence, le pacha leur dit : « 0 El-Fa' (Mohammed) Sa'di, tu passes tout ton temps à réunir, chaque jour chez toi, les négociants de la ville avec le caïd Ahmed et à déblatérer contre moi en parlant de mes défauts et de mes méfaits. Il est vrai qu'on ne nous a pas dit que tu prenais part à ces calomnies. Quant à toi, ô Abdelmoghîts, le tel et tel', c'est toi qui opprimes les
1. L'auteur ne reproduit pas les épithètes injurieuses dont se servit le pacha en s'adressant à son frère.
gens et leur prends leurs biens injustement pour le compte du caïd Ahmed. Quitte donc cette ville et retourne à Tombouctou. » Puis il donna l'ordre à tous deux de rentrer chez eux.
Le pacha avait l'intention de rester en cet endroit jusqu'à la fin du mois de moharrem (26 juillet) quand, un certain jour, les bâchoud allèrent à Kabara' pour y voir leurs collègues et amis. Là, on leur raconta toutes les exactions dont la population était victime ; ils feignirent de n'avoir pas entendu parler de cela pendant qu'ils étaient au camp et s'écrièrent : « Mais c'est la ruine du pays ! » Le soir, quand ils furent de retour au camp, ils dirent au pacha qu'il devrait se préparer à partir le lendemain pour rentrer à Tombouctou ; mais celui-ci prétexta que la chose était impossible, qu'il fallait qu'il attendît là le retour des messagers qu'il avait envoyés aux différents chefs de la région. « Il faut que nous partions incontinent, répliquèrent les bâchoud, car la population de cette ville ne saurait supporter que nous retardions notre départ. Si telle n'est pas ton intention, telle est celle du sultan et de ses troupes. » Alors le pacha se décida à se mettre en route, et il fit distribuer aux patrons des embarcations les cordages nécessaires pour les remorquer.
Quand le pacha était arrivé avec ses troupes (roo) venant de Tombouctou, il avait demandé au caïd Ahmed dans quelle situation il se trouvait vis-à-vis du prince du Massina lorsque celui-ci était venu camper sous les murs de Dienné. « Ce n'est point à cause des habitants de la ville, répondit le caïd, que Hammedi-Amina était venu ici, car il n'avait d'autre but que de rechercher un de ses serviteurs qui s'était enfui et s'était réfugié chez ses ennemis qui, eux, ignoraient l'état de rébellion de ce serviteur. — S'il en