‹ Tarikh es-SoudanChapitre 322 sur 405 · CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

cessaire. Celui-ci se mit alors en route pour le Dendi, en chassa son frère et prit le pouvoir à sa place. Puis il renvoya les soldats en les insultant et en se laissant aller dans son discours à des paroles injurieuses et grossières. Les soldats conçurent de ce procédé une violente colère qui dura jusqu'à l'avènement au pouvoir du pacha Mesa'oud.

Le caïd Ahmed-ben-Hammou-ben-'Ali commença à ce moment à se livrer à toutes sortes de violences et d'exactions, aussi bien à l'égard des grands que des humbles, qu'ils fussent négociants, ulémas, faibles on malheureux. Il fit si bien que tous les négociants quittèrent Dienné et allèrent s'établir dans la ville de Bînâ. Il me révoqua violemment et injustement de mes fonctions d'imam, aussi me rendis-je à Tombouctou. J'y arrivai dans la première décade du mois de chaouâl de l'année 1046 (26 février-7 mars 1637). Toute la population, aussi bien les gens du Makhzen que les autres, me lit un excellent accueil et me prodigua des égards. Tout le monde fut vivement irrité de la conduite du caïd et on n'entendait que gens qui le maudissaient et l'invectivaient.

J'allai trouver le jurisconsulte, le cadi Mohammed-ben- Mohammed-Koraï pour le saluer. Dès qu'il m'aperçut il se dressa sur son lit, me souhaita la bienvenue, me prit par la main et me fit asseoir à côté de lui sur son lit. Le premier, il prit les devants pour me parler des mauvais procédés dont j'avais été l'objet de la part du caïd et il ajouta : « J'ai appris, en effet, que le caïd Ahmed est devenu un fourbe, un délateur et un envieux. » Ensuite il déplora que ces trois défauts fussent réunis chez un même gouverneur et il maudit ce personnage en demandant à Dieu de lui faire subir sa volonté inéluctable.

Les gens de Tombouctou insistèrent auprès de moi afin que je reprisse les fonctions d'imam, mais je refusai tout

d'abord. Parmi ceux qui insistèrent figuraient mon honorable ami le chérif Faïz* et le conseiller Mesa*oud-ben- Mansour-Ez-Za'eri qui jouissait de la plus grande autorité à ce moment. Enfin je cédai à la suite d'une lettre que le pacha Sa'id-ben-Ali-El-Mahmoudi écrivit à ce dernier à mon sujet (Louanges soient rendues à celui qui a le pouvoir et la volonté suprêmes!) et j'ai conservé cette lettre par-devers moi.

Le pacha avait reçu des plaintes contre le caïd, disant que celui-ci était un des perturbateurs de ce monde qui ne sauraient s'amender. Ces plaintes, fort nombreuses, émanaient des négociants delà ville, des gens notables desOuled-Sâlem et autres (tô^). II révoqua donc le caïd, le samedi, 16 du mois sacré de dzou'l-qa'da de l'année qui vient d'être dite {\\ avril 1637). Ce caïd était resté en fonctions quatre ans et six mois. Ordre fut alors expédié au lieutenant-général Mohammed-ben-El-Hasen-Et-Târezi qui était à Dienné de se rendre à Tombouctou et, quand il y fut arrivé, le pacha Sa'ïd le nomma caïd de Dienné au cours de la première décade du mois sacré de dzou'l-hiddja, le dernier des mois de l'année 1046 (16-25 mai 1637), et, pendant la première décade du mois sacré de moharrem, le premier des mois de l'année 1047 (26 mai-4 juin 1637), Et-Tàrezi se rendit à Dienné en qualité de caïd.

Le mercredi, 2! du mois de djomada II de cette année (22 octobre 1637), le pacha Sa'ïd fut déposé et les troupes s'accordèrent pour le remplacer par Mesa'oud-ben-Mansour- Ez-Za"eri. L'ex-pacha avait conservé l'autorité pendant deux ans et cinq mois. Ce fut au mois de dzou'l-qa'ada de cette année que mon frère Abdelmoghîts, rendu à la liberté, rentra dans sa maison à Dienné.

Le 4 du mois sacré de dzou'l-hiddja terminant Tannée 1047 (19 avril 1638), je quittai Dienné et partis en voyage i. Le texte imprimé porte : Faïn; la leçon Faïz paraît plus vraisemblable.

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