CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
A cette nouvelle, le pacha prit les armes à la tête d'une partie de ses soldats, la plupart d'entre eux le suivant sans la moindre conviction, et, arrivé à la maison du caïd Mohammed, il brusqua l'attaque. Les révoltés firent face à cette attaque, mirent le pacha en déroute, et le poursuivirent jusqu'à la porte de la casbah, où un autre combat s'engagea, dans lequel périrent tous ceux dont Dieu avait décidé la fin. Puis, ayant fait rentrer tous ceux qui étaient avec lui dans la casbah, le pacha en ferma les portes, se mettant ainsi à l'abri des assaillants.
Le caïd Mohammed et tous ses partisans se rendirent alors au port où ils passèrent la nuit; ils s'emparèrent de toutes les embarcations qu'ils trouvèrent en cet endroit et les gardèrent. Nombre de gens de la casbah vinrent les rejoindre là pendant la nuit après s'être échappés en passant par-dessus les murs de cette citadelle. Voyant cela, le pacha envoya aux révoltés des chérifs pour tenter une réconciliation, mais ils éprouvèrent un refus. Alors le pacha, à la tête d'un détachement de cavalerie, quitta la casbah, se dirigeant du côté de l'ouest, espérant pouvoir s'enfuir. Mais, après avoir passé toute une nuit dans la forêt sans réussir à trouver un moyen de s'échapper, il rentra dans la ville', se résignant à subir le destin prévu et décidé par Dieu. Ses jours (r"it), en effet, étaient comptés, et son pouvoir allait cesser et disparaître à tout jamais. Craignant de s'attirer un châtiment, les soldats restés dans la casbah arrêtèrent le pacha et l'emprisonnèrent ; puis ils firent part de cette nouvelle à leurs camarades qui étaient au port.
Ceci se passait durant la première décade du mois de safar de cette année (21-30 avril 1643); les troupes décidèrent alors de donner le pouvoir au pacha Mohammed-ben-Mohammed-ben-'Otsmàn et lui prêtèrent serment de fidélité. Puis
1, Le Icxle dit la ville; il semble plutôt que c'était la casbali qu'il fallait dire.
on quitta le port pour rentrer à Tombouctou ; on fouilla le palais du sultan, mais on n'y trouva d'autres richesses que la valeur de 400 mitsqâl en bijoux. On interrogea l'ancien pacha dans sa prison pour savoir où étaient ses richesses. Tout d'abord il ne voulut rien avouer; enfin comme on insistait en le pressant de questions, il jura que, s'il était resté en fonctions jusqu'à la fin du mois, son indigence aurait été rendue publique et que tous, grands et petits, auraient pu connaître sa détresse.
L'ancien pacha demanda grâce pour sa vie à son successeur Mohammed. Celui-ci lui répondit qu'il lui accordait la vie sauve et qu'il n'imiterait pas son exemple en manquant à sa promesse et en agissant avec traîtrise. Puis il l'expédia chargé de chaînes au gouverneur de Kirao en lui enjoignant de le garder prisonnier dans cette ville. Mesa'oud resta ainsi jusqu'à sa mort qui eut lieu sous le gouvernement de Hayyouni. 11 avait exercé ses fonctions pendant cinq ans, huit mois et quelques jours.
Le lundi, 22 de ce mois de safar (12 mai 1643), je partis de la ville de Ouanzagha, afin de me rendre au Massina pour présenter mes compliments de condoléances à la famille de mon ami le jurisconsulte Mohammed-Senba, qui venait malheureusement de mourir, et aussi du sultan, le Fondoko Hammedi-Amina qui venait d'avoir la douleur de perdre son frère Selâma'. J'arrivai à la demeure du sultan dans la soirée du mardi, dernier jour du mois ci-dessus indiqué [19 mai). Je présentai mes hommages au sultan et lui adressai tous mes vœux. J'étais donc chez lui lorsque apparut la nouvelle lune du mois de rebi' P*" (19 mai). Cette nuit-là il m'annonça qu'il venait d'apprendre à l'instant qu'il allait être attaqué par le pacha et que les troupes de ce dernier étaient arrivées à la ville de Chîba.
A cause de cette rencontre, je lui fis mes adieux cette
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même nuit (vne) ot lui annonçai que je me rendais à l'habitation de mon confrère* défunt pour faire à sa famille mes compliments de condoléances. Il me demanda alors de dire à son frère ^ le cadi VVli-Siri de se rendre auprès de lui à cause de cette nouvelle qu'il venait de recevoir. Je le quittai de bon matin et arrivai dans la soirée du mercredi auprès de mes amis auxquels j'adressai mes condoléances; puis, après avoir fait parvenir le message du prince au cadi, je passai cette nuit du mercredi chez mes amis. Le lendemain de bonne heure, je quittai mes amis, me dirigeant vers Youar^ Je passai la nuit dans les habitations des Senhadjiens faisant pnrtie de la population du Massina, après avoir passé par la ville de Kankora où j'avais quelques affaires à régler.
Le lendemain, après avoir fait la prière du matin, je quittai le campement des Senhadjiens, me dirigeant vers l'habitation de mon confrère, le jurisconsulte Bou-Beker-Moudi, qui se trouvait près de la montagne de Soroba dans le pays du lac de Debo au moment de la baisse des eaux. Au milieu de la matinée, je rencontrai des gens qui fuyaient, emmenant leurs troupeaux de vaches, errant de droite et de gauche à travers les prairies et tout cela à cause de la nouvelle de l'expédition. A midi j'arrivai chez mon ami et lui annonçai la nouvelle. Aussitôt il expédia un éclaireur qui revint pendant que nous faisions la prière du coucher du soleil et nous confirma la nouvelle, ajoutant qu'il avait appris que c'était l'askia qui faisait cette expédition.
Immédiatement, tout le monde prit la fuite, emmenant femmes, enfants et troupeaux, et abandonnant les tentes toutes dressées avec leurs meubles et ustensiles. Partout, dans cette contrée, les gens s'enfuirent, se dispersant de di-