CHAPITRE TRENTE-CINQUIEME
et aux villes de leurs pays. Comme le pacha lui demaudait des nouvelles du Honbori-Koï, le Da'anka-Koï lui répondit qu'il allait bientôt arriver. Le pacha traita le Da'anka-Koï avec les plus grands égards.
Après avoir passé la nuit du lundi en cet endroit, nous reprîmes notre route en revenant sur nos pas pour chercher à atteindre le combattant Hammedi-Bilel. Nous allumes camper le lendemain, vers le moment du dohor, dans un des villages des fétichistes situé en face du mont Mekka au sud du mont Nâyi. Là, dans la soirée, nous eûmes la visite du Honbori-Koï ; puis nous passâmes la nuit du mardi en cet endroit, après que le pacha eût envoyé un espion avoir des nouvelles de Hammedi-Bilel. Le lendemain nous repartîmes et, peu après notre mise en marche, nous rencontrâmes l'espion qui nous donna l'indication du lieu où se trouvait Hammedi-Bilal : il était tout près de nous. Nous avions avec nous le Da'anka-Koï dont il a été question ci-dessus (yav). Alors, nous reprîmes notre marche, après avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour le combat. Dans la matinée, vers neuf heures, nous passâmes près de la ville de Ahmed-Sanou qui à ce moment était en fuite. Lorsque nous nous étions rapprochés de lui, il s'était réfugié dans une caverne du mont Dâni, après avoir éprouvé les plus grandes fatigues pour s'élever jusque-là. La hauteur était telle, en effet, qu'un homme placé sur le sommet de cette montagne ne paraissait pas plus gros qu'un petit oiseau.
Nous campâmes à l'entrée de cette caverne vers midi et nous passâmes là la nuit du mercredi. Le lendemain, dans la matinée, le pacha envoya le corps de cavalerie à la poursuite des fuyards. Les cavaliers pénétrèrent dans la caverne et passèrent à la recherche du fugitif, la nuit du jeudi et celle du vendredi. Enfin le samedi, vers le moment du dohor, ils revinrent vers nous sans avoir obtenu le moindre résultat.
Daas la matinée du dimanche, nous nous mîmes en route pour le retour, et le mardi, vers midi, le 28 du mois de djomada P"" (27 juin i 647), nous étions campés près de la montagne de Da'anka.
Ce jour-là il y eut une éclipse de soleil à Tombouctou. Un thaleb m'a raconté que, voyant que les fidèles ne s'assemblaient point pour faire la prière de l'éclipsé, il porta l'affaire devant le cadi Mohammed-ben-Mohammed-Koraï (Dieu lui fasse miséricorde!). Celui-ci répondit que la chose n'était pas possible, attendu que le temps manquait. Un de mes confrères m'a raconté aussi qu'une certaine nuit, vers cette même époque, on vit apparaître à Tombouctou, entre l'heure du coucher du soleil et la nuit, une sorte de fumée épaisse immense qui enveloppa toutes les maisons de la ville. Les habitants furent très effrayés à cette vue et ne savaient point d'où provenait ce phénomène. On visita et fouilla toutes les maisons* les unes après les autres, dans la pensée qu'il y avait un incendie; mais on n'en trouva aucune trace.
Enfin, après avoir établi notre campement, le pacha envoya un escadron de cavalerie qui razzia quelques Foulânes, fit un maigre butin de bœufs et revint vers nous, le mardi soir. Le lendemain, nous étions de nouveau en marche dans la direction du mont Honbori. Ce jour-là, le chameau qui portait toute la batterie de cuisine s'égara et personne ne sut jamais où il était allé, ni quel chemin il avait suivi. Dans la matinée nous campâmes auprès d'une aiguade, à côté d'un village appelé Koïratâo. Pendant la nuit du mercredi que nous passâmes en cet endroit apparut la nouvelle lune du mois de djomada IL Le lendemain, nous nous remettions on route et, vers la fin de la matinée (yat), nous campâmes près d'un point d'eau de Garma ' où nous