CHAPITRE TKENTE-CINQUIÈME
tures, nous commençâmes à suivre les traces du misérable maudit, de l'ignoble tyrati, le chef des démons humains, Hammedi-Bilel. Pour cela nous traversâmes collines et plaines, pleins d'ardeur et d'énergie, passant de pays en pays, allant des hauteurs dans les bas-fonds (rvn) si bien qu'enfin nous arrivâmes au pied de leur montagne, grâce à la protection de Celui qui tient entre ses mains la force et la ruse. Alors nous suivîmes des routes que personne avant nous n'avait suivies, pas plus parmi nos ancêtres, que parmi ceux qui leur ont succédé. Nous mandâmes à tous ceux qui occupaient le pays, à l'orient comme à l'occident, de venir se joindre à nous, tels par exemple, les seigneurs de Honbori, de Da'anka et de Fîli.
«Tous répondirent à notre appel et revinrent se soumettre à notre autorité, le seigneur de Kirao* comme d'autres encore. Ils accoururent vers nous et se présentèrent devant nous, ne demandant qu'à nous être fidèles, se faisant humbles et craintifs. Ils ont renouvelé leur serment d'obéissance et de fidélité à notre maître (que Dieu lui assure la victoire!) en disant : « Tous les services que vous nous demanderez, « nous vous les rendrons sur l'heure. » Alors ils ont rompu tout pacte avec nos ennemis; ils ont ôté de leur cou tout autre chaîne que celle de notre soumission. Ils nous ont demandé l'aman pour eux-mêmes et pour leurs pays et nous le leur avons accordé, en prenant l'engagement de l'observer fidèlement.
(( Puis, à ce moment, ils sont venus avec nous pour aller rechercher le misérable maudit ; nous avons retrouvé ses traces et nous sommes approchés de lui de si près que, se sentant perdu, il s'est jeté dans une caverne étroite, dont
1, Ms. G : « Taouao », mais on peut aussi admettre l'autre lectme, ea supposant que la boucle du îJ a été fermée accidentellement pour devenir 1» et que le j n'est qu'un j surchargé.
436 HISTOIHE OU SOUDAN
l'enirôe était plus resserrée que le trou d'une aiguille, et difficile à atteindre tant elle était perchée à une grande hauteur. Il était seul, isolé, séparé de ses compagnons et de ses suivants, sa famille et ses clients étant dispersés de tous les côtés.
« Les lions et les aigles de notre armée aidée de Dieu et victorieuse ont aussitôt pénétré dans cette caverne piedsnus et sans montures. L'ardeur et la violence de leur colère étaient telles que leurs bouches grinçaient de rage, qu'ils tendaient le cou en avant en montrant griffes et dents. Enfin quand ils arrivèrent au fond de la caverne, le rebelle se rejeta en arrière et réussit à retourner parmi les fétichistes. Mais se voyant ainsi acculé, trouvant que la terre pour lui était devenue trop étroite malgré son immensité, il envoya un messager au seigneur deDa'anka pour qu'il nous demandât l'aman en sa faveur, disant qu'il voulait revenir dorénavant à Dieu, à son Prophète et au sultan. Nous lui pardonnâmes et lui accordâmes l'aman, mais pour lui seulement.
« Ses sujets nous firent savoir ensuite qu'ils (yav) l'abandonnaient et ne voulaient plus être soumis à lui; ils demandaient Tamanpour eux-mêmes, car nous avions fait des expéditions contre certains d'entre eux et leur avions pris du butin grâce à la bienveillance de Dieu à notre égard, ce dont nous lui sommes reconnaissants. Nous leur avons accordé l'aman ; nous leur avons imposé une redevance, puis nous sommes revenus sur nos pas sains et saufs, ayant fait du butin et étant victorieux [)ar suite de la faveur et de la bienveillance de Dieu et aussi à cause des bénédictions qu'avait attirées sur nous notre Maître, le descendant des Hachémites ' (Dieu trèsrhaut lui accorde la victoire!)
« Nous avons appris la nouvelle que les Touareg Aouli- 1. C'esl-à-dire : l'empereur du Maroc.