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CHAPITRE SEPTIÈME

Mohammed-Naddi fit (yv) coastruire la mosquée bien connue et désigna, pour y remplir le poste d'imam, son compagnon et ami, le saint éminent, le pôle parfait, Sidi Yahya-Et-Tâdelsi. Les deux amis moururent à la même époque vers la fin du règne des Touareg.

Arrivé au terme de sa vie, le cheikh Mohammed-Naddi fit un rêve. Durant une certaine nuit, il lui sembla voir le soleil se coucher et la lune disparaître immédiatement après. Il raconta son rêve à Sidi Yahya qui lui dit : « Si tu ne dois pas t'efïrayer, je vais te l'expliquer. — Je ne m'effraierai point, répliqua Mohammed. — Eh! bien, reprit son compagnon, je vais mourir et tu mourras peu après moi. » Puis, comme Mohammed manifestait alors une vive angoisse, il ajouta : « Ne m'as-tu donc pas dit que tu ne serais pas effrayé. — Mon angoisse, répartit Mohammed, ne vient pas de la crainte de la mort : elle est uniquement motivée par ma soUicitude pour mes jeunes enfants. — Confie alors à Dieu le soin de veiller sur eux, » répHqua le saint homme.

Puis, Sidi Yahya mourut et peu après Mohammed le suivit dans la tombe (Dieu leur fasse miséricorde !). On enterra les deux amis l'un près de l'autre dans la même mosquée.

Ou assure que, vers la tin de sa vie, Mohammed avait perdu la vue. Il ne malmena jamais personne, sauf la nuit de la mort de Sidi Yabya. Quand la foule se précipita* au convoi funèbre, il se mit à frapper tout le monde avec un fouet, ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait joui encore de sa vue.

Après la mortde Mohammed-Naddi, le sultan Akil nomma Ammâr, le fils aîné du défunt, pour remplir les fonctions qu'avait exercées le père.

1. Quand le défunt est un grand personnage ou un saint, on se bouscule littéralement pour porter la civière ne fût-ce qu'une seconde, car c'est un des moyens d'attirer sur soi les bénédictions du Ciel.

La fin de la domination des Touareg fut marquée par d'odieuses exactions sans nombre et des actes d'une violente tyrannie. Les Touareg semaient partout la désolation; ils entraient de force dans les maisons et y violaient les femmes. Akil défendit aux habitants de Tombouctou de payer la redevance habituelle au Tombouctou-Koï. Sur le montant total des impôts il était d'usage que le gouverneur prélevât le tiers ; mais quand le sultan venait de ses campements et entrait dans la ville, il se servait de cet argent pour vêtir ses gens, leur donner des repas et faire toutes ses largesses. Quant aux deux autres tiers, il les distribuait à ses serviteurs dévoués.

Un jour qu'il avait reçu 3.000 mitsqâls d'or, il les répartit en trois parts à l'aide d'une baguette qu'il tenait à la main, car la coutume veut que ces princes ne touchent jamais l'or avec leurs doigts. « Cette première part, dit-il, est pour vous acheter des vêtements; cette seconde pour vos fouets* et la troisième je vous en fais cadeau. — Mais, répliquèrent les serviteurs, il est d'usage que cette part revienne au Tombouctou-Koï. — Qui est donc le Tombouctou-Koï? qu'est-ce que cela signifie? à quoi sert-il? Emportez tout cela, c'est à vous. »

Très irrité de ces paroles, le gouverneur employa toute son astuce (ti) pour se venger du sultan. 11 dépêcha en secret un messager au Sonni-'Ali pour l'engager à venir à Tombouctou, en hn promettant de lui livrer cette ville dont il deviendrait ainsi le souverain. Il lui dépeignit la situation de Akil en toutes choses, lui montrant la faiblesse de l'autorité de ce prince et son manque de vigueur physique. Le messager remit comme preuves de la sincérité de ses dires une des chaussures du gouverneur. Ce messager, qui était

i. Pcut-élre eM-r.o. uno expression métaphorique dans le genre du mot « fîuides » en l'ranrais.

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