CHAPITRE DIXIÈMK
à l'égard des autres, aussi tous avaient-ils pour lui le plus profond respect. On allait lui rendre visite chez lui et, quand, dans un de ses voyages, il tomba malade à Kàglio, le grand sultan Askia-Daoud, pour lui rendre honneur, venait le voir chaque nuit pour veiller et causer avec lui jusqu'à ce qu'il fut guéri. Son pouvoir et sa gloire étaient célèbres ; personne n'osait lui résister tant était grande son autorité. Il aimait les gens de bien et se montrait humble avec eux, n'ayant jamais de haine contre personne et rendant justice à tous. 11 était amateur de livres ; sa bibliothèque bien garnie contenait tous les ouvrages rares et précieux ; il les prétait volontiers.
11 avait pris des leçons de son oncle paternel, la bénédiction de cette époque, Mahmoud-ben-'Omar et d'autres maîtres. Il voyagea en Orient en l'année 956 (1549); il fit le pèlerinage de La Mecque et visita le tombeau du Prophète. Dans ce voyage, il entra en relations avec de nombreux savants tels que En-Nàsir-El-Laqqani, le chérif Youcef, disciple de Es-Soyouti, El-Djemal, fils du cheikh Zakariya, El-Adjhouri, Et-Tadjouri. A La Mecque et à Médine il rencontra Amîn-eddîn-El-Meïmouni, El-Mellaï, Ibn-Hadjar, Abdelaziz-El-Lamti, Abdelmo'ti-Es-Sekhaouï, Abdelqader-El-Fakihi, etc. Il profita de l'entretien de ces savants, mais il fréquenta surtout assidûment Aboul-Makârim-Mohammed-El-Bekri et jouit de sa protection divine. Il nota un certain nombre de propositions de ce maître et rentra ensuite dans son pays, où il fit quelques cours.
Il a commenté le tekhmis ' des 'Achriniydt el-fazdziya., poème [ix) en Thonneur du Prophète; il fit également un excellent commentaire du poème de El-Moghili sur la lo-
l. Cette sorte de développement d'une pièce de poésie consiste à ajouter quatre vers à chacun des vers d'un poème de façon à former des strophes de cinq vers.
giqiie et des gloses sur un passage de Khelil; puis il composa sur le commentaire de Et-Tataï, des gloses marginales pour montrer les passages inexacts de cet ouvrage; il commenta encore la Sog/wa^ de Es-Senousi, la Qortobiya\ les Zj/*ome?/M'El-Khoundji sur les osoid^, mais il n'acheva pas la plupart de ces travaux. Pendant vingt et quelques années, durant le mois de redjeb et les deux mois suivants il expliqua les deux Sahih, Il mourut le dimanche soir, 17 du mois de cha'ban de l'année 991 (6 septembre 1583).
Comme sa parole était devenue embarrassée, un jour que, dans la mosquée, il lisait le Sahih de Moslem, notre maître le très docte Mohammed-Baghyo o, qui était assis en face de lui, lui fit signe d'interrompre sa lecture. Le lundi suivant il mourut. Parmi ses nombreux disciples il faut citer : les deux jurisconsultes vertueux, notre maître Mohammed et son frère Ahmed, tous deux fils du jurisconsulte Mahmoud-Baghyo'o; ils étudièrent sous lui les osoul^ la rhétorique et la logique; les deux jurisconsultes et frères Abdallah et Abderrahman, fils tous deux du jurisconsulte Mahmoud, et d'autres encore. Moi-même j'ai suivi ses cours sur de nombreuses matières et il m'a délivré des diplômes de licence sur tout ce qu'il enseignait selon son système ou selon un système d'emprunt, .l'ai étudié avec lui les deux Sahih, la Mouatta^ et la Chifa. Il était né au commencement de moharrem de l'année 929 (novembre-décembre 1522). Après sa mort (Dieu lui fasse miséricorde !) je l'ai vu dans un beau songe ^
1. Titre abrégé d'un ouvrage sur les dogmes do la fol composé par Mohammed-bcn-Youccf-Es-Senousi; le titre complet est : ^^^^l lxJuù\.