CHAPITRE DOUZIÈME
tain jour, qu'au cours de leur fuite ils étaient arrivés à la ville de Chîbi, ils s'installèrent sous un arbre pour y faire la sieste ; ils n'avaient rien mangé depuis la veille et s'endormirent. L'un d'eux s'éveilla bientôt et dit à ses compagnons : « Je viens de nous voir tous en songe rompant notre jeune cette nuit même dans le paradis. » A peine avait-il achevé ces paroles que des cavaliers envoyés par le perfide, le scélérat, arrivèrent et les mirent tous à mort (Dieu nous préserve! qu'il fasse miséricorde à tous ces personnages et leur témoigne sa satisfaction!).
Un certain jour, pour lui faire affront et lui infliger une torture, le prince obligea le jurisconsulte Ibrahim, chef de Alfa'a-Konko,.et fils d'Abou-Bekr, fils du cadi El-Hay, de demeurer en plein soleil dans cet endroit. Le prince vit alors en songe le père d'Ibrahim, Abou-Bekr, qui, de son bâton, lui donnait des coups vigoureux en disant : « Que Dieu disperse tes enfants comme tu as dispersé les miens ! » Ce vœu fut exaucé.
Quant aux personnes de Alfa'a-Konko qui s'étaient réfugiées à Tikda, elles y demeurèrent et firent de cette ville leur nouvelle patrie.
Malgré toutes ces persécutions qu'il faisait endurer aux savants, Sonni-'Ali reconnaissait cependant leurs mérites. « Sans les savants, dit-il, il n'y aurait en ce monde ni agrément, ni plaisir. » Et de fait, il faisait du bien à certain nombre d'entre eux et les comblait d'égards. Ainsi, lorsqu'il fit une expédition contre les Foulan' et qu'il razzia la tribu de Sonfotir, il envoya un grand nombre de femmes captives aux notables de Tombouctou, quelques-unes aux savants et aux saints en guise de cadeau, et il enjoignit à tous d'en faire leurs concubines. Ceux qui n'observent point les devoirs de la rehgion en firent en effet leurs concubines, mais les