‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 15 sur 69 · VIT EX · texte numérisé non relu

VIT EX

aliment d’affaires insignifiant. Ils représentent, par surcroît, un facteur d'influence non négligeable en faveur des thérapeutes du pays d’origine.

Le type mercantile qu'offre de si bonne heure cette civilisation (*) trouve donc son explication dans les ressources comparées des diverses provinces et l’on s'explique, dès lors, assez bien que le dieu suprême y ait été un dieu de la richesse et de la production (?).

LevTaprov, HIVVa, x0ÀY1xOV, Hpivov, xp0x06, x0pLVYOV, x@vetoy, Adxtov, vépÜos, oivdvOn, cayérnvo, SéAguov, suvplov, gTéyus, TEUxpLOv, TopÜvAOV, Tpayopiyavos, Üoswros, yuloddvauts. Ce dernier terme est d’autant plus intéressant qu'il nous fixe sur la nationalité d’origine des deux composants y1Auo- et düvauus dont aucune étymologie satisfaisante n’a pu, jusqu'ici, être fournie (cf. Borsaco, Dict. étym., s.v.v.). C'était, suivant Dioscoride (liv. IV, 8), le nom donné par les Cappadociens au rokeuwvytov. L’édit. Aldine (1499) écrit yetuodbvaus ; Asulanus (Venise, 1518) également ; l’édition de Cologne (1529 ; Marallus Vergilius) xekdwvtov. La dernière en date, toutefois (cf. supra), a adopté la leçon des meilleurs manuscrits, soit yuhodbvauts. C’est, d’ailleurs, aussi celle de Pline (XXV, 28, 64): Polemoniam alii Philetaeriam a certamine regum inventionis appellant, Cappadoces autem chiliodynamiam. Le contexte de Dioscoride préconisant l’emploi de cette plante contre les bêtes venimeuses, la dysenterie, la dysurie, la coccalgie, les affections dela rate, la morsure des scorpions, les contusions, le mal de dents, justifie amplement l’appellation yuuodüvauuc. Cf. la panacée.

A cette liste l’on peut ajouter certains colorants ou produits de teinturerie provenant tous de Cilicie, tels le Affos œobyros, la x04x0ç Bagrxd, le safran (cf. DioscoRiIDE, Index, ST

(1) K. W. DEIMLING, Die Leleger, Leipzig, 1862, remarque avec raison (p.8) que l’antiquité de ce commerce maritime résulte du seul fait que les entreprises cariennes ont été contenues et régularisées par Minos (HÉRODOTE I, 171). La date des thalassocraties par Diodore (V 53,8 4) s'applique àl’expansion de la Carie proprement dite mais il reste de nombreuses traces d'expansion maritime de ce groupe de peuples à une époque bien antérieure. Cf. DEIMLING, op. cit, ÇS 1-3, et D. FIMMEN, Die Kritisch-Mykenische Kultur, Leipzig-Berlin, 1921, p.70, n. 1 ; 94; 10$ ; 113 et seq. La participation de Poseidon à la fondation de Troie en constitue l’expression mythique. Cf. aussi HÉRODOTE V, 9, indiquant que cette expansion économique de l’Asie Mineure s’est également produite par voie continentale. L’étroite relation du monde asianique troyen avec la plus ancienne Thrace, signalée déjà par DEIMLING, op. cit. (SS 13-14), puis par KRETSCHMER, Einleitung, p. 177-191, est, d’ailleurs, attestée dans la légende de Kadmos, par l’onomastique (cf. p.ex. les Towadeis PLUTARQUE, Apophteom. Lac. 42 ; STRABON, XIII, c. 590 : rokai d'oumvuuiar OpzËi nai Towsiv,.…) et confirmée par VIRGILE, Énéide II, 13-16 : Hospitium antiquum Trojae sociique Penates, etc. Le rôle civilisateur des clans thraces de l’époque héroïque, leurs grands cultes (Dionysos, Demeter, Apollon), les alliances de famille avec le monde asianique, l’arrivée probable de certains éléments par mer (cf. Suipas, s.v. Eÿuokxos), leur présence aux côtés des Troyens ; tout concourt à indiquer parmi eux la présence” d’un élément asianique important que les invasions descendues, dans la suite, de l’Europe centrale refoulèrent en grande partie vers l’Asie.

(2) Pour la Cilicie en particulier, cf. p. ex. AMMIEN MaRCELLrA, XIV, 8, 1 : Cilicia.…

L'on a d’ailleurs, ce nous semble, une regrettable tendance à confondre sous le même terme, plutôt vague, de religion deux ordres de manifestations qu'il y aurait, selon nous, le plus grand intérêt à maintenir soigneusement distingués l’un de l’autre :

D'une part, des superstitions populaires ; superstitions animales en quelque sorte, résultant en grande partie du fonctionnement même de notre organisme parce qu’elles procèdent d’un petit nombre de sentiments pour ainsi dire physiologiques: peur, recherche du bien-être, espoir, crainte de l'inconnu. Ces sentiments sont de tous les temps; ils sont normaux à l’homme. Mille superstitions, racontars, espoirs extravagants auxquels tout culte est obligé de faire d'immenses concessions, s’il veut se maintenir, en dérivent directement. Il y a là, certes, un élément que les clergés utilisent au profit du ou des dieux qu’ils desservent, car tout culte consiste en l'adaptation d’une croyance aux besoins d’une foule. Mais il serait abusif, à notre avis, d’appeler foi ces produits combinés de superstition, de la puérilité et d’imaginations déréglées.

Tel n’est point le cas pour la doctrine théologique de l’Asie et nous avons visiblement affaire ici à des conceptions d’une tout autre catégorie. Les deux hautes personnalités dont dépend la fécondité du monde, incarnent, sans aucun doute, deux aspects éternels de l’activité universelle : la

génération et l’enfantement. Elles impliquent, par conséquent, la réduc-*

tion à une dualité primordiale des grands phénomènes cosmiques annuels; une conception du jeu des forces biologiques qui dépasse, par définition, les limites de tout groupe politique ou social. C’est donc bel et bien une doctriné, une foi véritable qui s'offre à nous, ou, si l'on préfère, un essai de philosophie de la nature ayant pour objet d'expliquer la renaissance périodique de la vitalité terrestre, ne procédant pas exclusivement de l'observation directe et ne reposant pas uniquement sur le calcul.

Un semblable effort de coordination et de simplification philosophique dépasse évidemment, sous tous les rapports, les possibilités d’une foule. Cette conception ne domine pas moins de toute sa grandeur et de toute sa puissance dramatique — facteur capital en matière religieuse — les aperçus timides auxquels en est réduit tout culte des ancêtres restreint à son strict contenu. Des morts divinisés, si élevé que soit leur rang, sont

dives bonis omnibus terra. Les témoignages d’'Hérodote, de Strabon sont dans le même sens.

Pour l'épanouissement précoce du commerce en Asie Mineure, cf. p. ex. Sr. LANGDON, À Sumerian Grammar, 1911, chap. I, pp. 5,7, 8 10, 11, 13, 333; et l’Introduction aux Cuneiform texts from Cappadocian tablets, Part I, Londres, B, Mus., 1921, pp. 3-4,

difficilement susceptibles d’une bien vaste extension cosmologique. Détachés de leur terroir d’origine, de leur tribu, ils font promptement figure de déracinés et demeurent comme suspendus dans le vide. Les facultés d'expansion du shinto, comme on le sait, se sont montrées modestes et ne pouvaient être que telles. Et l'on n’ignore point, en outre, que plus l’on remonte vers le passé, plus la condition des défunts est falote, misérable.

Ni d’un fantôme du $to/, ni d’une oxéx homérique, ni d’un | | ou d’une

ie égyptienne ne pouvait naître un grand dieu.

N'est-il pas surprenant, au reste, de constater que, dans toutes les histoires des religions publiées depuis un siècle, l’on n’ait fait, pour ainsi dire, aucune place à l’action des clergés et du culte sur le contenu même et sur l’évolution des croyances ? Cette influence est, pourtant, considérable et le xvin* siècle seul — mais l’on sait dans quel esprit — 2 eu le mérite de la signaler.

Elle résulte, en effet, de plusieurs facteurs que je me bornerai à indiquer ici. L'un, qui tient aux rapports que le prêtre entretient nécessairement avec la masse des fidèles, rapports dont le fondement est tout utilitaire, souvent assez grossier. Une foule élève rarement ce qu’elle touche, mais si le ministre du culte ne lui donne ou ne lui promet pas ce qu’elle désire, c'est-à-dire des faveurs particulières, elle le délaissera.

Un autre élément, connexe à celui-ci, résulte des nécessités matérielles tenant à l'exploitation commerciale des sanctuaires. Il faut vivre; c’est là un besoin qui s'impose tout autant à l’homme de Dieu qu’à l’homme du siècle. Le prêtre est donc contraint, s’il veut pouvoir subsister, à attirer et à maintenir sa clientèle ; et il est bien évident que les spéculations élevées et la haute morale ne lui donneraient que des résultats insuffisants.

Enfin, tout culte extérieur, dont le clergé fournit nécessairement les ministres, renferme fatalement une part de magie ; comporte, en d’autres termes, des rites destinés à agir sur l’invisible, à forcer l’attention du dieu, à solliciter sa partialité en faveur d’un groupe social, au détriment des autres au besoin (ct. par ex. les innombrables témoignages de ce fait dans le Ro Vida, dans le Coran, dans la Bible). C’est pourquoi le culte officiel a toujours fait l'objet de méfiances de la part des fondateurs de religions qui voient en lui, non sans raison, l’un des obstacles à l’unification humaine qu’ils rêvent. Mais, cet obstacle, résultant des tendances profondes, inhérentes à l’homme, des rivalités, des ambitions, des cupidités des foules et des gouvernements il est, évidemment, impossible que le corps sacerdotal de chaque groupe n’en subisse pas les effets. Cette complaisance est même, il faut l’avouer, une des conditions sine qua non de son maintien en fonctions.

Dès lors, l'on conçoit sans peine l’énergique pouvoir de dissociation théologique résultant du seul exercice du culte par les clergés particuliers ; les forces constantes, ingénieuses, innombrables, qui s’exercent en faveur du morcellement des grands dieux au bénéfice d'intérêts locaux et spécialisés. Que l’on veuille bien considérer, par exemple, les sollicitations incessantes auxquelles est en butte tout pouvoir exécutif en faveur de telle ou telle ambition individuelle. L’on en déduira sans peine que le pouvoir divin, forcément moins bien défendu, ne puisse, à la longue, résister à tant de tiraillements. Ceci permet, soit dit en passant, de mesurer l'immense service philosophique que la Papauté, depuis des siècles, rend au catholicisme en défendant le principe supérieur de l'unité divine contre les entreprises sans cesse renouvelées des nations et des gouvernements non moins que des clergés particuliers.

Une tradition unanime reconnaissait, au surplus, aux peuples de

l'Asie Mineure une priorité et une très grande avance dans les sciences, tant théoriques que d’observation ().Les premiers, ils avaient étudié la marche des astres et la géométrie, conçu un système du monde de portée générale. A ce titre, ils passaient pour avoir été les instructeurs de l'Occident.

Or, la nature même des spéculations auxquelles portaient ces études ne pouvait pas ne pas conduire de très bonne heure les savants orientaux — forcément des prêtres pour la plupart — à des aperçus généraux où le monde fût conçu comme un tout. Astronomie et cosmologie se touchent.

À la différence des superstitions populaires, les systèmes religieux sont donc nécessairement l’œuvre d’aristocraties qu’animent des préoccupations supérieures (2?) et qui éprouvent le besoin de se rendre compte à ellesmêmes du pourquoi des choses (5).

(1) Cf. p. ex. SrrABON XVI, C. 757. J’ai déjà sommairement indiqué dans mes « Phéniciens » ce qu'il fallait entendre par « Phéniciens » et Cananéen. Cette démonstration sera reprise et complétée le moment venu.

(2) Cf. p.ex W.WINDELBAND, Lehrbuch der Geschichte der Philosophie, 8e édit. Tubingue, 1919, p. 5. « Man darfannehmen, dass der Betrieb der Wissenschaft in Griechenland sich mit vielleicht wenigen Ausnahmen... schon von Anfang an in geschlossenen Schulen gestaltet hat. Dass diese auch in der späteren Zeit die Form sakralrechtlicher Genossenschaften hatten, würde an sich allein, bei dem religiôsen Charakter aller griechischen Rechtsinstitute, noch nicht einen religiôsen Ursprung dieser Schulen beweïsen : aber der Umstand, dass die griechische Wissenschaft sich inhaltlich direkt aus religiosen Vorstelluogskreisen herausgearbeïtet hat und dass in einer Anzahl ïhrer Richtungen gewisse Beziehungen zu religiôsen Kulten unverkennbar vortreten (ein hervorragendes Beispiel bieten bekanntlich die Pythagoren; aber auch in der platonischen Akademie sind Anklänge

Voir note 3, p« 27.

Dans cette recherche, dont la tendance est, à la fois, mystique et naturaliste, elles apportent, inévitablement, les conceptions et les préoccupations de leur époque. Il est bon, cependant, de ne pas perdre de vue que les formules finales auxquelles ce travail aboutit ont représenté, lorsqu'elles ont vu le jour, non le dernier mot de la crédulité mais le dernier mot du savoir. Aussi la complète intelligence en demeurait-elle réservée aux cercles les plus intruits (").

Mais la vulgarisation dela religion n’est pas plus favorable à la religion que la vulgarisation de la science à la science ou la vulgarisation de l’art à l’art. Le culte, nous l'avons vu, a ses exigences qui, à bien des égards, sont exactement l'inverse du perfectionnement doctrinal.

Aussi l’histoire des grandes fois positives, sans exception, se montre-telle à nous comme la lente dégradation de conceptions synthétiques imposées d'abord par l'autorité d’un homme supérieur qu’entoure et qu'aide une élite. L'exemple de la foi zoroastrienne, entre autres, est remarquablement net à cet égard. Wobu Manab, le bon esprit, y devient, au cours des temps, le gardien des troupeaux ; Xfatra vairya —le royaume désiré, est ravalé peu à peu au rang de divinité des métaux; Haurvatät — « la Sauveté », la perfection, s’abaisse aux fonctions de simple génie des eaux, et ainsi du reste (2).

Le vulgaire n’est pas plus raffiné en matière de foi qu’il ne l’est sous le rapport de la science ou de la logique. Aujourd’hui même, la grave dia-

andie Dionysosreligion und den Apollokult deutlich genug...)macht es nicht unwahrschéinlich, dass die wissenschaftlichen Genossenschaften ursprünglich aus religiôsen Verbänden (Mysterien) hervorgegangen und mit ihnen im Zusammenhange blieben. [Inutile de rappeler, je pense, les origines asiatiques de la première science grecque.] Aber als sodann das wissenschaftliche Leben sich zu voller Selbständigkeit entwickelt hatte, fielen einerseits diese Beziehungen ab und vollzog sich anderseits die Gründung rein wissenschaftlicher Schulen : es waren freie Vereinigungen von Männern, die unter Leitung bedeutender Persônlichkeïiten die Arbeit der Forschung, Darstellung, Verteidigung und Polemik unter sich teilten und zugleich in einem gemeinsamen Ideal der Lebensführung einen sittlichen Verband untereinander besassen. » Ainsi, les systèmes religieux dégénèrent sitôt que l’aristocratie intellectuelle les délaisse pour une philosophie supérieure.

(3) H. WinCKLER, Die Babylonische Kultur, etc. Leipzig, 1902, pp. 18-19 a justément insisté sur ce point de vue trop souvent méconnu.

(x) C’est science on le sait, que s’appellent les vieilles théologies, et non religion. Il est possible que le Pehlevi Avisäk, comme le sanscrit vèda signifie science, connaïssance (cf. JACKSON, An Avesta Grämmar, Stuttgart, 1892 (tome J), p. xir). Remarquer, d’ailleurs, que le rôle de propagateurs des mystères agricoles, à l’époque héroïque, est exclusivement dévolu à de grands personnages. Ceci seul suffirait à prouver le caractère foncièrement aristocratique de la doctrine religieuse.

(2) Cf,, à simple titre de base de références, JACKSON, op. cit., pp. xx1v et ssq.

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lectique de l’ingénieux Thomas d’ Aquin le touche singulièrement moins que l’humble prodige dont il attend une BUÉHÈON prochaine. Cela est humain et tient à la misère humaine et n'a, par conséquent, guère pu beaucoup changer.

Nous entrevoyons donc lesraisons pour lesquelles la vaste construction doctrinale dont nous ignorons l’auteur comme l’exacte antiquité, mais dont l’imposant édifice nous frappe encore par son ampleur ("), s’est lentement dégradée sous la triple influence de fidèles, d’aristocraties, de ministres du culte qui, durant des siècles, ont poursuivi chacun leurs fins particulières, se souciant assez peu de conserver à la croyance sa pureté originelle; préoccupés, les uns d’inquiétudes terre à terre, les autres d’ambitions qui n'étaient pas toutes d'ordre exclusivement abstrait. L’imagerie pieuse, succédant à la période aniconique des débuts, a produit ses effets ordinaires (2). Les symboles, incompris de la masse, ont été pris « à la lettre» et se sont promptement substitués à leur objet. Les corps de métier se sont réservé des hypostases spéciales dont ils ont bientôt fait des dieux nouveaux et distincts (3). L’astrologie, décelant l'action des puissances suprèmes en des astres ou constellations divers, en a multiplié les apparences (+). Les nécessités de l’exploitation des sanctuaires ont incité, suivant l’usage, les clergés locaux à favoriser l’éclosion des dévotions particulières ; ils ont, ainsi, peu à peu compromis l’économie du système (5).En

(1) En. MEYER, Chetiter, p. 88, écrit à ce propos : « die Grossartigkeit der religiôsen Konzeption die das Weltbild zu einer Einheit zusammenfasst [hat hier]einen imposanten Ausdruck gefunden.. » ;

(2) Cf. les justes remarques de H. PriNz, Altorientalische Symbolik, 1915, p. 1 et seq. L'imagerie religieuse n’est, en effet, que le résumé sensible, l'équation finale à laquelle aboutit toute une littérature théologique et hymnologique constituant äelle seule tout un enseignement. E. MALE, dans son bel ouvrage sur l’art religieux du xinIe siècle, p. 52,en a donné une preuve entre mille. L'ouvrage de Prinz renferme une bibliographie plus que suffisante pour illustrer la thèse.

(3) Le fait est particulièrement sensible pour Vulcain, par exemple, ainsi que pour Hephaistos ; pour le premier, cf. J.Carcorino, Virgile et les origines d'Ostie, Paris, 1919; pour le second, cf. L. MALTEN, Hephaistos, Jahrb. des Kaïserl. d. archäol. Inst. Berlin Bd XXVII (1912), pp. 232-254. Dans les deux cas, le dieu suprême — ou du moins l’un de ses aspects — a été ravalé au rang de « patron » des forgerons. Cf. de même le morcellement de la déesse Mä, Kybèle, Artémis.

(4) L'on trouvera un exemple de ce processus dans.R. DussauD, Les Arabes en Syrie avant l'Islam, Paris, 1907,p. 131. Il serait aisé d’y ajouter. L’Astrologie grecque de BOUCHÉ- LECLERCQ en renferme nombre d’autres.

(5) Le même phénomène — compensé par la centralisation romaine, heureusement pour le catholicisme — se produit encore aujourd’hui. Les effets en étaient forcément beaucoup plus énergiques en l’absence de centre religieux coordinateur,

inventant sans cesse de nouvelles épithètes laudatives où mystiques, l’hymnologie, selon son ordinaire, a provoqué l’enrichissement fictif du panthéon ("). L'incapacité de la foule à s'élever à des conceptions supérieures (2); l’action, lente mais irrésistible, des superstitions héréditaires, qui ruinent peu à peu les doctrines les mieux assises, n'ont pas épargné celle-ci. Enfin, ce besoin instinctif d'opposition, qui est à la base du sentiment social et qui pousse tout groupe à vouloir se constituer en unité à part -ayant ses usages, ses formules, ses croyances propres (3) ; la formation et la chute des États; le progrès des connaissances ; l’évolution progressive des points de vue; la concurrence des temples ; les raffinements doctrinaux ; ‘la naissance de sectes; le transport de la foi en des régions étrangères pourvues de civilisations différentes ou inférieures (+) ; les déformations plus ou moins conscientes résultant de l’action des gouvernements, peu favorables, cela va de soi,aux dieux universels (5); les rivalités politiques ; les déplacements des aristocraties ; la « réclame » faite à tel ou tel sanctuaire par un fidèle exaucé— ou qui croit l’avoir été — ; mille causes humaines que l’on entrevoit sans peine, dont les effets n’ont cessé dese faire sentir et contre lesquelles, de toutes les religions modernes, le catholicisme est la seule, peut-être, à posséder de sérieuses garanties, ont

(1) S. REICHENBERGER, Die Entwicklung des Metonymischen Gebrauchs von Gütternamen in der griechischen Puesie, Karlsruhe, 1891, démontre l'importance de ce facteur. Un dieu de mystères est, de plus, par définition, un dieu ineflable ; il est donc, à fortiori, plus exposé que tout autre à se résoudre en épithètes multiples. E.MEYER G.A.5, Ç 481,p.714, et Chetiler, p. 143, a remarqué les nombreuses formes et les nombreux noms de TsëuB, son hypostase mitano-cappadocienne. Comme Tammouz (cf. supra) ce dieu est associé au capridé (cf. GARSTANG, The land of the Hittites, Londres, 1910, PI. xLiv).

(2) Cf. les remarques de F. BAUMGARTEN, dans La Civiltà Greca p.F. BAUMGARTEN, F. PorAND, R. WAGNER, trad. À. DELLA SETA, Bergamo, 1916, p. 18 : queste splendide immagini di un'arte... che creava per una casta di nobili non poteva traviare l’ingenua, fede del popolo che aveva piccole e meschine richieste e preoccupazioni.

(3) Ce phénomène est particulièrement sensible en linguistique ; il ne l’est pas moins en matière politique, économique ou religieuse.

(4) E.MEYER, Chetiter, p. 125-126 :.… Auf religiôsem Gebiet haben die Kleinasiatischen Kulte und Anschauungen sich nachweislich weithin zu ganzandersartigen Vôlkern verbreitet, wie sie denn nachher von den Phrygern, Griechen u. Kelten übernommen sind. Même à égalité de civilisation, la seule différence des tempéraments ethniques suffit à modifier la psychologie d’une croyance. Tous ceux qui ont lu l’Américanisme de A. Hou- TIN, Paris, 1903, p. ex., ont pu constater qu’e fait, le catholicisme américain diffère en pratique sous maints aspects du catholicisme romain, notamment par la prédominance qu’il attribue à l’éthique par rapport à la théologie.

(5) Le «dieu allemand » — bien que chrétien — de Guillaume IL en est une illustration récente,

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créé l'apparence d’un luxuriant polythéisme là où, pourtant, à une époque donnée, l’unité, visiblement, avait prévalu (*).

Si compromise que cette unité puisse être au moment où se révèlent à nous les religions officielles de la péninsule, elle n’en est pas moins encore clairement perceptibl e et d'excellents juges l’ont, dès longtemps, reconnue et signalée (2).

Nous pouvons donc affirmer sans hardiesse excessive que Tarku, qu fut, lui aussi, une forme du dieu suprême (5), n’est qu'une réplique de plus du mäle fécondateur, régnant sur tout le reste de l'Asie Mineure. Il en est l’exemplaire régional et tribal réservé, à partir d’une certaine période de l’histoire, au monde de la Cilicie et du Taurus. Et ce serait, croyonsnous, un étrange abus de critique que de prétendre lui contester ce caractère.

S'il s'agissait, en effet, de restituer la physionomie ARE de quelque démon Rte l’opération comporterait,sans aucun doute, une certaine part d’aléa.

Portant sur une divinité de premier rang elle offre, au contraire, un maximum de chances de sécurité, car l’individualité suprème comporte forcément un ensemble d’attributs qui ne sauraient guère varier, surtout dans une mème contrée. Notre induction est donc pleinement légitime et nous avons le droit de la considérer, d’ores et déjà, comme acquise, quitte à y apporter, au cours de notre étude, les précisions supplémentaires qu’un examen plus détaillé de la question ne peut manquer d'amener au jour.

Ce grand dieu, d’ailleurs, a fait preuve d’une extraordinaire longévité. Depuis le troisième millénaire avant J.-C., son nom s’est maintenu dans la géographie et dans l’onomastique. C’est à lui ou à l’un de ses pareils que Mithridate, avant d'entreprendre sa deuxième campagne contre Rome,

(1) L’on pourrait, semble-t-il, s'étonner que cette notion d’unité organique originelle, qui s’est imposée sans difficulté lorsqu'il s’est agi des groupes linguistiques, soit ençore méconnue en matière religieuse. Elle n’y est,, cependant, pas moins évidente. Cette unité demeure, d’ailleurs, d'ordre strictement historique ; nous la considérons comme un processus nécessaire de l’évolution des croyances, processus absolument étranger, cela va de soi, à toute révélation.

(2) Cf. p. ex. P.FoucarT, Le Zeus Stratios de Labranda, Monuments Piot, tome XXJHI, ne pp. 145-175. E. MEYER, Gesch. des Alt,5, p. 713 et seq., et Reich u. Kuliur der Chetiter, passage cité p. 11

(3) L'importance de ce dieu a été mise en valeur par H. V. HiLPRECHT, Die Votiv-Inschrift eines nicht erkannten Kassitenkônigs, Zeitsch. f. Assyr. VII, 1892, p. 317, note. Cf. également J.A.KNupzrow, S. BUGGE et A. Torp, die Zwei Arzawa-Briefe, Leipzig, 1902, PP. 19-21.

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est venu rendre hommage. Des monuments du Pont, une dédicace du Pirée, prouvent qu’en pleine période romaine son culteétait encore vivace en Cappadoce. |

C'est encore lui, certainement, qui reparaît dans le Codex Brucianus sous la forme de Taricheas, fils de Sabaoth, fils d’Adamas, troisième Düvauis du grand äpyov, qualifié d’« ennemi du royaume du ciel ». Sa figure, dit-on, est celle du porc sauvage, ses dents sont placées hors de sa bouche, et il possède une deuxième tête, placée en arrière de la première, qui est une tête delion (*).

Sa carrière, toutefois, ne se limite point là et il serait aisé de multiplier les exemples témoignant de sa persistance à basce date, en maintes localités. Signalons cependant, certaines survivances particulièrement frappantes; telle cette épouse divine que Bardesane, au ur s. ap. J.-C., attribuait au « Père de la Vie », afin dele mettre en mesure d’engendrer (?).

De nos jours, la fête de printemps qui se célèbre à Cypre, sous le nom der rpayosà +05 M5 comporte entre autres refrains, une réplique modernisée de l’antique hymne des Courètes : |

» ’ / = + rot “praivy" à Mäcs rat Buaivr” à Müe ? 2 rat raivy à ITpuroyioivns

(1) Codex Brucianus, 2e livre de Jeû; livre du grand xata Hiustiptoy Xdyos, édit. C. ScHMipT, dans le vol. I des Griechischen Christlichen Schrifisteller ‘der ersten drei Iahrbunderte, Leipzig, 1905, chap. 43, SS 100-101, p. 304. Cet écrit gnostique, où les souvenirs de la théologie asianique ne manquent point, est daté par Schmidt de la première moitié du 1e s. ap. J.-C. (p. xx1v). Nous avons visiblement affaire ici à un ancien dieu déchu et ce dieu, vu son nom, ne paraît guère pouvoir être autre que larku.

Pour un certain nombre de ces survivances, cf. p. ex. E. MEYER, Reich. u. Kultur des Chetiter, pp. 120-121, qui conclut judicieusement : So zeigt dies Monument das Fortleben der alten Vorstellungen und Typen, die wir am Bau von Iflatün und so manchen andern Bïldern des zweiten Jahrtausends kennen gelernt haben, in einer im Grunde kaum irgendwie modifizierten Gestalt.

(2) S. Ephraemi Syri opera omnia etc. in sex tomos distributa,.….ed. S.E. ASSEMANUS, f0173;-1746.

Tome If de la partie syriaque-latine (1740), p. 557. Sermo quinquagesimus quintus, premier alinéa.

Voici, d’ailleurs, le principal passage :

9 no ALA= lim fes lolo L.., |=) 0% 5 Auuo (c’est de Bardesane qu'Ephrem parle) is),o LUS La, [RES 0 2lo ON ak o fRaQl po LU fase una Sa b,

vo EÇoo!, files ak «52 AS CT 1149 couro Ru Etc. Ja ca},

por 8 Müs pe ta TpavräquAha Nue \ = tai à T'iobvne pe Ta uiha

» ' \ xat 8 "Aovotos pe Tà YAUX VEpa

al 7ù npÿa oTapbaa (1).

Enfin les trois rangées de mamelles symboliques qui s'étageaient sur la poitrine du Zeus Stratios de Labranda (?), attestant la vertu essentiellement nourricière du dieu, ont trouvé leur juste expression linguistique dans le terme qui, aujourd’hui, désigne, à l’est de l’Europe, le même Dieu devenu chrétien : hogü — sanscr. bhägah, distributeur, grec gayeis — manger.

De l’union du mâle suprême avec sa toute-puissante compagne, le pain et le vin, la pätx 19 (3) et l’eîvss 1, constituent, en Canaan, sur la côte d'Asie, en Italie et en Grèce, les emblèmes naturels et sacrés.

(1) M. OnneraLscH-RiCHTER, Xypros, the Bible and Homer, Londres, 1893, p. 121 (vol. de texte) : « S’amène le mai, sort le mai et s’amène le premier de juin; et le mai avec les roses, et le juin avec les pommes, et l’Août avec les chaudes ondées et avec les fraîches grappes. » La fête est plus particulièrement célébrée par les femmes. Elle se clôt par le Batouv rov Mäv — on dresse le mai == on dispose un pot de fieurs que l’on orne avec des anneaux des jeunes filles et des fleurs de grenadier.

Des cérémonies analogues se retrouvent sous d’autres noms en d’autres régions du monde hellénique. Cf. op. cit. ci-dessus et la bibliographie donnée en tête du chapitre consacré à la naissance de la tragédie.

(2) P. FOUCART, op. cit.

(3) En raison de l’intime compénétration des mondes iranien et asianique, je serais assez porté à croire, qu'entre autres survivances du vieux culte le nom de Mazdäh- (Mafev<) signifiait originairement : dieu de la pat « ; le sens de memor < max-dà — placer dans le mens, me paraît secondaire et très artificiel. Le caractère originairement alimentaire du dieu s’accuse encore par sa connection avec le haoma. Mais l’on sait que la réforme de Zoroastre a puissamment contribué à modifier l’aspect traditionnel et aryen de la croyance iranienne, Linguistiquement, en tous cas, le rapport de mazdäh avec uxça (ou u&d0a à Mégare) est au moins aussi légitime que celui de mazdäh avec mgx-dà, dont il n’y a pas un seul exemple appliqué à Ahura dans l’Avesta. En outre, le hvaranah-, ou éclat-divin du dieu suprême avestique, a également le sens de nourriture. Le terme n’est

attesté que dans l’Avesta récent, mais la V = hvar- manger, consommer est employé comme verbe dès le gäfas. L'on peut donc admettre qu’au début, Ahura Mazda, lui aussi, était le grand distributeur des aliments aux êtres vivants. Quant à avest. xd, p. &, l’on sait qu’en éolien il y avait une tendance à rendre € par où : ex : ÜÇos — Üados. Mäta, Métuwv (aussi päèda) — ñ42, 30, fait partie de ce groupe de mots coexistant en hébreu et en grec mais dont l’origine sémitique ou grecque est plus que douteuse (cf. mes « Phéniciens », p. 46), et l’origine asianique à peu près certaine. Mäàÿa reparaît

en égyptien dans les textes des Pyramides sous la forme K LL 0 (Ounas 11W111a — Nofirk. 420/420 a — SETHE, Spr. 118) indiquant un gâteau sacré (met). Comme les précédents, ce mot me paraît constituer un emprunt. En faitilest est isolé dans sa série (cf. BUDGE, An Egypt. dict., 1920, p.332 b).

ge:

Le premier représente le don par excellence de l’inépuisable mère 200p6rp090< qu'a fécondée son divin amant. Le froment, plante de la déesse, est l’aliment pur (*) par excellence; c’est la céréale sainte que la déesse elle-même a révélée à ses élus en les initiant à ses mystères (2).

Le second, liqueur magique en laquelle s’incarne le dieu qui l’a inventée, liqueur qui n’est au fond, qu’un autre lui-même, fait passer dans le corps et dans l’âme du myste la flamme génératrice qui le pénètre (5). Elle incite au surnaturel, au surhumain (#). Grâce à ce breuvage, l’invisible devient manifeste, l’avenir se dévoile ; le fidèle se transforme en inspiré, en prophète.

De ces deux aliments liturgiques, nourriture et boisson, l'association exprimera désormais, sous une forme schématique mais remarquablement adéquate, le concours salutaire du couple suprême auquel le monde entier, chaque année, doit le renouveau de sa jeunesse et la renaissance de la vie.

PA en nn D Jon pr = VON Ana : N°7 Nb prb NAT

VIN D mp Foy ON Dyan ga dit la Bible (5).

- Et Tirésias, en terre phénicienne aussi, dans la Thèbes fondée par Kadmos, le Sidonien, répétera commeun écho :

(1) Cf. rvpos et latin parus et cf. l’hébreu 92 — bar = pur qui désigne également le froment. Nous avons donc affaire ici à un vestige rituel subsistant du culte de Demeter. Le dorien sxveds ne constitue pas plus une objéction contre ce parallélisme que lion. sevn contre l’équivalence 586 m2. Ces s préfixés sont assez fréquents dans nombre de termes dus aux Préhellènes : cf. sunetvdos et prorvbos; ouïkaë et uikaë ;etc. C’est probablement un ancien article, comme dans notre lendemain.

(2) En raison du caractère nourricier du grand dieu asianique et préhellénique, l’on peut, croyons-nous, rattacher le nom du Minotaure "Aotépros (APOLLOD. III, 1, 4)à la même racine qu’avestique vés/rya-, Vastraya- — nourrir, <Z gälique : västar- — pasteur ; västra- pdlurage, nourriture ; donc : le nourricier. Pour l’initiale, cf. vindahfar na(h)- — “Lyrapépvne ; vorabraghna- —'Apréyyne. Tammouz, autre réplique du même personnage lui aussi, est pasteur et nourricier (cf. Sr. LANGDON, Sumerian and Babylonian Psalms, 319, 10-17; 323, 14-18)et le titre de go-pa, on le sait, est une des épithètes les plus fréquentes des grands dieux nourriciers, qui, tout comme le Minotaure, participent de la nature du taureau. Cf. p. ex. : R.V. VI, 7, 7 d : adabdho gopà amrtasya raksità — pasteur qui ne trompe pas, gardien de l'immortalité.

(3) Cf. par ex. EURIPIDE, Bacchantes, v. 773/4 : olvou è unxéT Ovros oùx Éotiv Küxpts

| 000 '& A0 repzvov 600ëv ayOotros Er. Cf. geslin — vin, vigne (— arbre de vie) Sumér.

(4) Cf. p. ex. Eure, Ibidem, v. 695 et seq., 755 et seq. et l'Zon de PLATON 533-4,

(5) Genèse, XIV, 18-20. Le ton tout particulier de ce chapitre et le caractère militaire des épisodes qu’il rapporte lui donnent l’apparence d’un fragment de vieille chronique insérée dans le texte biblique. Voir à ce sujet le commentaire de GUNKEL, Genesis, collection Nowaëk (1917).

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