C. AUTRAN. — Tarkondemos
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Aussi, entre tous les cultes helléniques, c’est « celui-là qui parle le plus fortement aux sens et à l'esprit tout à la fois. De même que la légende de Demeter, il laisse apercevoir comme fond de tableau obscur et grandiose, ces phases successives de dépérissement et de renaissance, qui sont la vie même des choses, et dont l’humanité aime à se
(1) EuriPiDE, Bacchantes, wv. 274-285, et 298-305. « Deux principes, à jeune homme, occupent ici-bas le premier rang : l’un, Demeter, la déesse ; c’est la terre; donne-lui le nom que tu voudras. À elle, la sèche, nous devons les aliments solides qui nous font vivre. L'autre, sa contre-partie, est le fils de Sémélé. C’est lui qui, du raisin inventa l’'humide breuvage, qui l’a introduit parmi les mortels, remède à leurs misères, à leurs chagrins, toutes les fois que, à satiété, de la vigne ils ont absorbé le suc. Sommeil, oubli des quotidiennes misères ; voilà ce qu’il nous donne. Pour nos peines, point d’autre dictame. Dieu lui-même, aux dieux on l’offre en libations. Ainsi, grâce àson entremise, l'humanité entre en possession des biens, car le transport bachique, la frénésie, touchent à l'inspiration prophétique. Chaque fois, en effet, que le dieu dans notre corps à flots est descendu, possédé par lui, le fidèle, en délire, révèle l’avenir. D’Arès Bacchus participe aussi, parfois. Car, l’on a vu, des troupes sous les armes, en ordre de bataille, dispersées par la panique, avant même d’avoir saisi la lance pour combattre. Démence que cela ; démence provoquée encore par: Dionysos ». Ce caractère militaire a également survécu dans certaines hypostases d’Adonis ; cf. par ex. en Bithynie,où Adonis = Arès (PoLLux, Onomast., IT, 8).
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faire un rêve plein d’espérance. Conceptions vagues pour la multitude, mais capables de la toucher vivement parce qu'elles se traduisent d’une manière sensible dans des phénomènes naturels. Conceptions profondes et attrayantes pour les intelligences plus pénétrantes DAS .... Dans ce culte, plus que dans aucun autre en Grèce, on trouve donc ce qui fait les grandes religions : une occasion de hautes pensées, la révélation d’une puissance supérieure, le mystère qui s'impose à la contemplation et que l’on sent infini à mesure que l’on essaie de le pénétrer. Et d’autre part aussi, tout ce qui fait les religions populaires : à savoir les manifestations extérieures, l'appel aux sentiments exaltés, Pimpulsion violente, chère au croyant. Sous un de ses aspects, c'est une (passion » ;sous l’autre c’est un triomphe. Par là elle remuait les Âmes (>. L'on ne saurait mieux dire.
Cette doctrine, en laquelle s’exprime et se résume de la manière peutêtre la plus frappante l'originalité profonde des civilisations asianiques, leur unité originelle (2), l'esprit commun qui les pénètre, offre donc un ensemble de traits qui lui appartiennent en propre. Ces traits sont, comme de juste, bien caractéristiques des religions orientales, « mysticisme, besoin de purification et d'expiation, rêves de rédemption et d'union avec le principe divin, astrologie et superstitions diverses, ascétisme et libertinage rituel; tout s'y trouve (G).»
La religion officielle du monde classique —à part d'innombrables survivances — s’en distingue, on le sait, de la manière la plus nette. Le
Zeus grec ou romain est avant tout un administrateur, un juge, un modé- rateur. Il est, en réalité, une puissance abstraite, intellectuelle, isolée dans sa grandeur. Du monde, qu’il régit mais qu’il n’anime et ne pénètre plus, comme le faisait son devancier, il s’est éloigné. Êtres et plantes renaissent et se reproduisent sans que les moelles de lOlympien tranquille aient plus à s’'émouvoir pour déchainer le flux vital du renouveau. Avec sa compagne, ses rapports sont tendus (+), souvent hostiles, bien différents de
(1) M. Croiser, Histoire de la littérature grecque, tome III (1891), pp. 26-27. Le nom véritable de Atdvusos — Je dieu de Nysa, nous est, on le sait, inconnu. L’on se rappelle que Dionysos est appelé par Pindare « Parèdre de Demeter » (Isthmiques VI, 3-4). |
(2) Cette notion se dégage peu à peu à mesure que notre information devient plus riche. Cf. p. ex. le travail consacré dans Syria, 1921, à l’Art cappadocien par M. PorTtER ainsi que les articles du Dr G, CoNTENAU dans le même recueil.
(3) EUGÈNE DE FAYE, Gnostiques et gnosticisme, etc. Paris, 1913, p.464. Cette formule s'applique, bien entendu, à l’époque et aux faits étudiés par l’auteur. Elle m’a paru, néanmoins, pouvoir servir à caractériser la croyance bien antérieure dont il s’agit ici, car ellerésume, à mon sens, très heureusement les traits essentiels de la religion de l'Asie,
(4) Ce trait, on le sait, s’accuse dès Homère. Cf. par ex. Jl., I, 565-567.
la juvénile ardeur qui rapprochait le couple autrefois. Conception plus décente, plus civilisée, si lon veut, mais conception, au fond, moins riche, moins vivante, moins vraiment religieuse, et à laquelle l'enthousiasme, divine étincelle, fait désormais défaut.
Aussi, comparée à la foi orientale, la foi classique n’a-t-elle possédé qu’une faculté d'expansion insignifiante, autant dire nulle. Elle a vécu sur place, sur elle-même, soutenue, pour ainsi dire, par la tradition antérieure qui continuait dans les usages populaires ; vivifiée en sousmain par les mystères, où les âmes inquiètes recherchaient et trouvaient la consolation, l’enseignement, l'espérance dont elles ne peuvent se passer. Mais elle était, décidément, trop intellectualiste, trop inhumaine pour exercer jamais sur la masse des esprits une influence comparable, même de loin, aux panégyries vibrantes du temps jadis.
Aussi, quand Alexandre aura renversé la barrière que certains nationalismes helléniques avaient, pendant quelques siècles, dressée entre l'Orient et l'Occident, l'antique foyer asiatique recommencera à émettre ses ondes religieuses. Et, cette fois encore, sur ce même terrain, longtemps auparavant transformé par leur action civilisatrice, celles-ci se propageront sans effort. Aux peuples occidentaux elles apporteront, en effet, comme autrefois, la synthèse doctrinale dont le monde classique commence à ressentir de plus en plus profondément le besoin. Car, réduit à ses seules forces, il s’est montré jusque-là, impuissant à la trouver (1). Et pourtant il recherche, non sans angoisse parfois, la solution philosophique susceptible de lui donner, au moins pendant quelques siècles, l’illusion que science et croyance peuvent se confondre d’une manière durable en une théosophie commune, répondant aux exigences permanentes des intelligences en même temps qu'aux aspirations nouvelles apparues dans les consciences. Cette solution, nécessairement provisoire, mais que les préoccupations régnantes ont rendue provisoirement nécessaire, c'est encore l'Asie, interprétée toujours par l’hellénisme, qui la fournira.
L'ensemble théologique dont fait partie le culte de Tarku se trouvant ainsi rappelé dans ses traits essentiels, nous allons aborder l'objet propre de notre étude. A cet effet, nous commencerons par examiner avec quelque détail la structure phonétique du nom divin. C'est l'indispensable prélude de toute recherche ultérieure.
(1) Cf. WINDELBAND, op. cit., p. 175. « So begegneten sich die Bedürfnisse der Wissenschaft und des Lebens : jene suchte die Lôsung des Problems, an dem sie sich vergebens abmübhte in der Religion, und dieses verlangte für seine religiôse Sehnsucht oder Überzeugung eine wissenschaftliche Formung und Begründung. Daher ist von hier an aut weite Strecken die Geschichte der Philosophie mit derjenigen der Dogmatik verwachsen und es beginnt die Periode der religiôsen Metaphysik. »
Tarku/Tarkon : BASE PHONÉTIQUE DU NOM
Pour déterminer la base phonétique d’un nom ou, si l’on préfère, son thème fondamental, le premier soin doit être d’en recueillir le plus grand nombre possible de variantes. L’on parvient ainsi, sans trop grandes chances d'erreur, à discerner, dans les diverses formes sous lesquelles il se manifeste, ce qui est essentiel et ce qui est accessoire; ce qui tient à des influences locales, ethniques ou dialectales, aux écritures, aux orthographes plus ou moins fantaisistes et ce qui est réellement originel et fondamental.
Tel est le travail auquel nous avons à nous livrer pour le nom du grand dieu (*). |
Ce thème ayant été bien établi, nous en examinerons en détail chaque élément afin de rechercher si, de l’examen des variantes graphiques, il ne se dégagerait point quelques utiles indications.
L’Asie Mineure étant la patrie d’origine de Tarku (?) — du moins jusqu’à plus ample informé — et, en Asie Mineure la région du Taurus ayant, semble-t-il, témoigné d’une dévotion particulière pour son culte,
c'est en Asie Mineure, d’abord, et, notamment, dans la région cilicienne
qu'il nous convient de le rechercher.
Nous l’y découvrons en effet dans les noms de Tzoxpos (3), Tapxuwvo (4), Tapxsdimoros (5), Tapxoydnuos (9), Tasroviuwros (7), ToorvyBrov
(1) Ce travail a, d’ailleurs, été amorcé par KRETSCHMER dans son Einleitung.…, pp. 362 et sq., qui conteste à tort, selon nous (voir chap. III), l'unité méditerranéenne du nom de Tarku (voir in fine le chapitre consacré aux Étrusques, pp. 408-9), et par J. A. Knup- ZTON dans ses Zwei Arzawa Brivfe, Leipzig, 1902.
(2) Cf. KNUDZTON, op. cit. et, avant lui, JENSEN, Vorstudien zur Entziferung des Mitanni (Zisch. f. Assyr., 1891 [VI], p. 69).
(3) HEBERDEY-WILHELM, Reisen in Kilikien, p. 76.
(4) JHS, XIL p. 262.
(5) PAPE-BENSELER, s. V. et HEBERDEY-WILHELM, p. 28 et sq., 36.
(6) PAPE-BENS., s. v.
(7) Voir note s et SrRABON, XIV, C. 676 (var. Tapxovèuevtos et Tapxonuevtos) : Dion Cassius, XLI, 63 (Cod. Medic. Tapxoydou.otos).
(génit.)("), Tarkutimme (7), Toaxovdas (5), Tarbulara (+), Tarbunaxi (5), Tooyonwvne (9), TpoxoapBaois (7), Toonoapie (5), Tooxopfrypeme (2), Tooxo{apuas (°), Troxoboris (*), Tarachus, Atarachus (17), Taproduavroc (Tarcondimantus, Tarcodimantus, Tarcodunantus) (13) et Torquatus (+); en Lycie: sous les formes Tepyacov (15), Tooxoupas (16), Tpoxovèas (17), Traqas (#), Traqiz (), Tragñt... (2°), Traqñta (?'), Tragñtasa (??), Traqñtasazi (2), Tragñtasi (24), Traqñti (25), Trqas (29), strqqi (27);
(1) HEBERDEY-WILHELM, p. 76.
(2) Sceau de Tarkondemos (cf. p.ex. E. MEYER, Reich u. Kultur der Chetiter, avec la littérature).
(3) HEBERDEY-WILHELM, pP. 139.
(4) GARSTANG, The land of the Hittites, Londres, 1910, p. 380, n. 6 et CLay, Personal |
names, elc., New Haven, etc., 1912, p, 204.
(s) CLay, Ibid.
(6) HEBERDEY-WILHELM, p. 52.
(7) JBS, XI, p. 247; à lire Tooz0- et non [I20%0.
(8) HEBERDEY-WILHELM, P. 137.
(9) Ibid., p. 76.
(10) Ibid.
(11) TACITE, Annales, XII, 551.
(12) Patrologia orientalis, X (1915), pp. 45,9; 106,15 ; 112,75 113,10; 102,4 ; [64, 12, texte fr.] — R. GRAFFIN et F. NAU, Un martyrologe et douze ménologes syriaques ; MIGNE, Patrol. lat., IT, 148 ; BARONI, Annales Ecclesiastici, II, p. 254-255 ; A. HARNACK, Die Ueberlieferung und der Bestand der Altchrist. Liter., 1893, 1'e partie du 1er vol. de la Geschichte der Alichrist. Liter., p. 823, vol. 2 (1904), p. 479, n. 5.
(13) Évéque arien d’Égée, Golfe d’Issus. Le QUIEN, Oriens Christianus, IL (Paris, 1740), p. 895, col. a.
(14) Patrologia orientalis, VIII (1912), p. 97, 1. 7 — F. Nau, Plérophorie de Jean Rufus. C’est à dessein et afin de ne point anticiper sur la suite de ma démonstration que je négligerai Torquatus.
(15) Notitiae episcopatuum, p. 210 (= 10,384) et 252 (= 13,236).
(16) Xlio, Beïheft, XI, p. 214.
(17) KRETSCHMER, Eïinl., p. 363.
(18) E. KariNKkaA, Tituli Asiae Minoris, 1 (Vienne, 1901), nos 26,7 ; 44, b, 34; 83,15 et sq. ; 88,6.
(x9) Ibid., 44, c, 34, 64; d, 12; 14, 44; 55, 5.
(20) Ibid., 29, 17.
(21) hdi 56,52:
(22) Tbid., 44, d, 4 et sq.
(23) Jbid., 55, 8.
(24) Ibid., 44, c, 62.
(25) Ibid., 26, 18; 44, b, 52; 44, d, 17, 71; 65, 10.
(26) Ibid., 93, 3.
(27) Ibid.; 44, d, 1 (c’est à dessein que je rends le 4 par un 2).
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en Lydie : sous les formes Tapyunvos (1), Tapxwy et Tapyov (2), Tooxerta (3), Toaxoukeswy (gén. plur.) (4) ;
en Pisidie : dans Tepxavdos (5), Thoxovdas (5), Tpoxovdtc (7);
en Isaurie : dans TapxuvdBeppac (5), Toonouvdns (2), Tooxovès (1°), Thwyuis (1°);
en Phrygie : dans Tooxovda (12), Oopyauns, Oopyauaet (73);
en Pamphylie : dans Tpoxovdaç (14) ;
en Carie : dans Awy-dapyeus (15), Orwpxovda (15), TaprovSapa (17), To
io (5), Towyra (2), Towyyvatwov (2°); en Lycaonie : dans Towyiri (2'); en Cataonie : dans Aus-tapuoy (22);
(1) KeiL-PREMERSTEIN, Reisen in Lydien, 1, p. 26, et VAN HERWEERDEN, Lex. graec. suppl. et dial., IT, p. 1429.
(2) PAPE-BENSEL., s. v.
(3) KEIL-PREMERSTEIN, p. 9. H. v. HERWEERDEN, op. cit., Il, p. 1481, donne à tort Tpoxotra.
(4) Notitiae episcopatuum, 13, 101. (Génit. plur. << à *TpazovAa(?). Ramsay, Hist. geogr. of Asia Minor, p. 127, compare à Trakhala actuel.)
(s) BCH, XXII, p. 287.
(6) LANCKORONSKI, Pisidien, nos 25, 36, 58 (21, 23, 27, 30), 173 ([roox]ovdou, 1. 19), pp. 198 et sq.
(7) KRETSCHMER, Eïinl., p. 363.
(8) STERRETT, The Wolfe expedition, no 181 (p. 107); p. 108, lire TapzxuydBepoav et non Topauva Beppav.
(9) FHG, IV, 619 (Jean d’Antioche).
(10) KRETSCHMER, p. 363.