‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 23 sur 69 · RON DA T · texte numérisé non relu

RON DA T

Mais ces graphies ne sont-elles pas, en réalité, pure affaire d'écriture ? Ou correspondent-elles, au contraire, à la prononciation effective des phonèmes considérés ?

C'est, semble-t-il, cette dernière interprétation qui doit avoir la préférence, car l'on peut faire valoir en sa faveur un certain nombre d’arguments.

* Si nous avions affaire, en effet, à une tachygraphie pure et simple, nous constaterions, non point cette réduction du mot à ses articulations essentielles mais bel et bien l'emploi d’initiales, à l’exemple des usages épigraphiques latins. L’épigraphie étrusque, sans doute, elle aussi, a recours à l’abréviation; mais qui ne voit combien son procédé diffère dans son application du procédé latin ? Alors que ce dernier se borne à indiquer la ou les initiales, il n’est pas rare que l’Étrusque donne au moins le cadre consonantique du mot. Il est donc évident que le désir d'aller vite, ne suffit pas à justifier ces squelettes multiconsonantiques et que les habitudes de prononciation ont ici visiblement influé sur le procédé d’abrègement,

L'on peut alléguer, il est vrai, que l'accent expiratoire, que l’on croit avoir été énergique en Étrusque, exerçait sur l’ensemble des vocables, surtout des vocables un peu longs, une sorte de contraction dont les éléments vocaliques subissaient, comme de juste, les principaux effets, alors ‘que, grâce à leur plus grande consistance phonétique, consonnes et sonantes résistaient plus efficacement, |

À cette manière de voir s'opposent cependant des transcriptions telles que: Tarcna (étr.) — Tarquenna ; Caecna (étr.) — Caecina ; Verena (étr.) — Verginn-ius, Verconn-ius ; Velyna (étr.) — Velcenna ; 0ercna (étr = Dercenn-a, Dercenn-us > Rasna — Rasenn-a qui suffisent à prouver le caractère nettement bourdonnant du n étrusque, puisque, dans tous les exemples de ce genre, le latin a éprouvé le besoin, soit d'insérer une voyelle d'appui — qui varie — entre la nasale etla consonne précédente, soit même de redoubler la nasale après ladite voyelle. Une graphie phonétiquement plus exacte et qui permettrait, à notre avis, de rendre mieux compte de la physionnomie propre du son étrusque, consisterait à écrire Tarcy"a, Vercn"a, Rasn'a, Pumpu'a, etc. Ainsi serait mieux mise én valeur la vibration glottale accompagnant le # tosque. Schulze a, d’ailleurs, remarqué (pp. 565-572) que les variations de l'élément vocalique dans les transcriptions latinisantes des finales étaient un indice d’étrurisme. Cette variabilité est, en réalité, fonction du caractère hourdonnant des phonèmes considérés.

En outre, comment s'expliquer la proportion vraiment impressionnante des cas où l’abrègement graphique signalé coïncide précisément avec la

présence d’un phonème sonant dans le mot ? Une statistique, à laquelle nous nous sommes livré, mais dont il serait impossible de reproduire ici le détail, nous a montré que le pourcentage des formes « fachygraphiques » sans sonantes était pratiquement nul.

A cela l’on peut répondre, il est vrai, que cette constatation se justifie par la fréquence de ces phonèmes en Étrusque .

Comment, en ce cas, rendre compte de ce curieux développement autour de la sonante d'éléments vocaliques nouveaux et étrangers au vocalisme originel, que l’on constate par ex. : dans Clutmsta — Kivravnorpa; Sminde (FABRETTI, 209$ bis a — CIE $201); smin0inal (gén.-abl. ; FaABreTTI, 1143; CIE 3736-8) ; smmin0inaz (FABRETTI, 1145) ; Sminbi... (1146); Ismindians (2094) ; cf. Eyuvbevc, fondateur héroïque de Lesbos (*), Zpuvôn ville de Troade; Epuvôuvns (CIG 2163); Epuvôus (COLLITZ, 1181 À 29; Arcadie); Eyuvôia, fêtes et mois Eyuvôios à Rhodes (2); et Simintiis (FABRETTI, 2° Supplément, n° 133, p. 27; et n°134); Simintis (Ibid., n° 133); Isiminbii (3° Supplément, n° 388 a, p. 135), avec épanouissement d’un ? devant l’w, sous l’influence de l’? subséquent ; Ayle (— Ayle) Achille — Ayile — aussi Ayele et même Ayale (PONTRAN- DOLFI, p. 130) ; lautnta — affranchie (CIE I, 781 Clusium; lautnita (p. ex. CIE 871, 872 Clusium) ; lautuni (CIE 3692 Pérouse — CIL XI, 1990; CIE 1288 — CIL XI 2203 ; CIE I 49 Volaterra) lautni (passim ; très fréquent) et lautnata (CIE 870 Clusium); haruspex (linitiale est étrusque) ; harispex (CIE 786 Clusium) et haraspex (CIE 8352).

L'apparition de cette résonance secondaire est manifestement un développement, secondaire aussi, conséquence de la vibration linguale ou glottale propre à ce genre de phonèmes et de leur caractère, pour ainsi dire, bourdonnant (5).

Elle se retrouve également en grec ; mais ici, comme l’on pouvait, au : reste, s’y attendre, ce sont les mots ou noms d’origine asianique, préhellénique et méditerranéenne qui nous en offrent les spécimens les plus: frappants. Tels sont, p. ex. : .

Epuns —= ‘Epeuns — ‘Epune ; lopyous — [Telpoyèus 5 Zpvupva —

Zapopva ; Axpassos — AYapacos — Aryapasos; Euepte: — Zupepdc

(1) Le nom de Epiybros cité par PAPE-BENSELER d’après CIG 3656 n’est pas réellement attesté. |

Pour Zu:vbeus, cf. PLUTARQUE, Sept. Sap. Conviv., XX.

(2) ATHÈNÉE, IL, 74, f; X, 45,4.

(3) Ces faits, ont, d’ailleurs, été signalés par F. SKurscH, p. 130 du livre de PONTRAN- DOLF1I, signalé plus haut, mais sans les comparaisons ni les déductions que nous avons cru devoir en tirer. |

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Lahpova — Eakapuvae ; Tokos — Toywros — Timolus > Abpotvos — Epaotvos ; XEAN = xyhAn ; Bpayyes — Bapdyyoc ; L'Ane — fpaño — Boparoy — Bopérn — Bobpasoos — bratus > CUDTESSUS, kUTapLoGoG, AUTELPOG 5 Gpayovtos, Gpyovros (à Eleusis, ancien foyer de culte asiano-méditerranéen) ; Axhnttos et Esculapius ; “Hood et Hercules, etc.

Il ÿ a donc, sur ce point Encore, une remarquable coïncidence entre les habitudes phonétiques de l’Étrusque et celles des langues d'Asie Mineure, telles du moins que nous pouvons les entrevoir à travers des graphies de basse date et un alphabet inapte à exprimer les particularités articulatoires propres de ces idiomes (*).

Notre objectif se limitant, pour l'instant, à essayer de définir d’une manière un peu plus précise l'originalité propre de ces phonèmes asianiques, ce qui a été dit peut suffire à mieux faire comprendre l’origine et la raison d’être des variantes Taprv, Thouo, Topxe, etc. AapBnvos, Avepunvos, Avounves, etc.

Nous allons aborder maintenant l'étude de l’occlusive gutturale, constituant le 3° élément du nom divin.

Rappelons cependant, avant d’en finir avec cette liquide sonante, les principales altérations dont l’7 est susceptible en Méditerranée. |

L'une est sa facilité à se muer en / @), mutation dont le Grec offre quelques échantillons et qu'explique suffisamment l’analogie des articulations : cf. p. ex. : &py-ahésc correspondant à 4ky-w :; le parallélisme suffixal -o5 -àn que l’on constate dans OxArwE, hryupés rapproché de pwAf, TayvkSc ; ainsi que certaines équivalences de noms propres :

Teaunocos — Teopnosse (Lycie) ; Acpfaix — AU (Isaurie) ; Mercurius D'MPM ; Apnvn — Apynvr; Eapudnoso — Dapuyônoces ;

Avepokeo — Avepwoeta ; Oan ét Téaonvn ; Xadvêee — X eafmvors Pari- (1) I me paraît, toutefois, vraisemblable qu’il y a lieu detenir compte ici de deux facteurs importants : l’un est la tendance Propre aux idiomes caucasiens — notamment au losque — à élider les voyelles intérieures au profit de l’élément consonantique des mots (cf. A. SCHIEFNER, Kurze Charakteristik der Thusch-Sprache, Mélanges asianiques tirés du Bulletin Historico-philologique de l Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbouro, t. I, 4° livraison, 1855 ; séance du 2/14 juin 1854, pp. 406-407). Ce phénomène se retrouve en fosque-élrusque où il a été, à tort selon nous, attribué exclusivement à l'influence d’un , accent expiratoire trés intense. L'autre est la réaction probable du phonétisme sémitique sur une portion importante des idiomes asianiques, réaction qui tendait, elle aussi, à réduire l’importance de l'élément vocalique.

(2) Des noms du modèle de Texyuv, fils d'Europs (nom carien ; cf. P.-B.), Telyive, Oslyives, Tekyiva, Takyivia, Tekyiv et. leurs dérivés (voir P.-B. pour cette famille Onomastique) ont donc quelques chances de procéder du même thème initial en Trk- 5 de même ceux du type Taxx.

C. Aurran. Tarkondemos. ? $

66 CHAPITRE Il

lia — Palilia; etc. Cf. de même pau et NT ; r9Aunois et NIDTOTD ;

Nev-hoous et Spa te / ou “lubvi ; Bepndapros et NT ; NÉS Eu

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