‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 25 sur 69 · OU · texte numérisé non relu

OU

— souares (661 a); [hs — skeper — seieper (701 b) ; LR S

(0. f. en Isaurie; SrERRETT, Wolfe Exped., p. 12$)et Auun (STERRETT, Epigr. Journ., n° 349); Navas (Phrygie, Cilicie, Isaurie ; KRETSCHMER, Eïnleitung, p.341) et Navvas, Navva (Ibidem, p. 342 ; CIG III, add. 4340; 38314 [14. 16]; 3856 et add.); Naver (SrerRETT, Wolfe Expedition, no 258) et Navvers (Klio, Beïheft XI, 1913, p. 288) ; Ava (Ibidem, p. 284, Lycie) et Avva (Cilicie, Isaurie, Lycie, Pamphylie, Phrygie, Pisidie ; KRETSCHMER, op. cit., p. 344). Ce phénomène résulte, à mon avis, en grande partie soit du caractère sonant de la nasale asianique qui se dédouble aisément de % en #”, soit de la substitution fréquente d'éléments vocaliques nasalisés aux voyelles franches, qui a forcément pour effet un renforcement de la nasale-consonne subséquente. Cf. par ex. le lycien PBENX — TBXENK (KALINKA, op. cil., p. 96, c. L. 1); ÎRE — TRE (P. 97 a; préposition) : IP[+]PMP (ne ro, 1, Ibid.) et IPHŸSMÈ Gor,2); MT et MW (26, 1, 16; 40, c, 8; 54, 3 et 44, b, 47; 90, I ; 93, 3: 95, 3 etc.) ; Tapzodtuotos Tapxoydtmavtos, etc.

(1) Cette altération paraît aussi s'être faite en Elamite si, du moins, le passage k, ë, s allégué par G. HüsiNG (Memnon, I, p. 215) se trouvait confirmé par un nombre d'exemples suffisant, ce qui, pour le moment toutefois, ne paraît pas encore être le cas. Elle est, de toute manière, parfaitement conforme à ce que lon entrevoit des procédés phoniques élamites. Le Tokharien montre également (en ce qui concerne les dentales) une tendance très accusée vers la palatisation.

(2) L'on est obligé d'admettre une influence du phonétisme égyptien sur une partie du phonétisme asianique et réciproquement, en taison des traditions formelles rapportées par HÉRODOTE Il, 104 et par GENÈSE X, 6 et 13-14. Nous verrons au chapitre suivant l’une des raisons très’ fortes et non encore signalée, à notre connaissance, qui peuvent induire à faire confiance à ladite tradition, que WIEDEMANN a vainement essayé d’interpréter. (Cf. W. W. How et J. WELLs, À commentary on Herodotus, Oxford, 19124148

LE ER ne)

milations ne doivent être faites qu'avec la plus extrême prudence et dans Les cas seulement où l’on peut être sûr de l'identité originelle des deux bases. Mais elles restent dans l’ordre des possibilités qu'il faut admettre.

En Asie même, le caractère faiblement occlusif de la gutturale l’expose, en outre, à passer à la spirante, d'où un amuissement facile entre deux voyelles. Ceci se constate notamment en Pamphylien. Cf. par ex. : [pets — Ilseyias — [epyiac ; Mhausnn, Mixkiva, Maokiva; cf. Meyahgs, etc. ; cf. de même Toxos — Tpaythos ; Puxhess —= Pryaksôs ; Skos — &Alyos ;

Dhapyia; Dhiwpeiy — SAMWPE ; vivouar = Yyvomar ETC. CC

p. 218). Je ne partage nullement le scepticisme des auteurs, mais considère que les « Egyptiens » en question, loin d’être des Ecyptiens indigènes, font partie de ces colonies asianiques installées pour affaires en Basse-Egypte et auxquelles les Hellènes donnaient également le nom d’Aiyérrior (cf. à ce sujet mes « Phéniciens », p. 36, n. 8). De nos jours encore les négociants arméniens par €x., Ont des établissements au Caire et à Batoum. Chassés d’une région pour des raisons civiles où politiques, le bon sens et l'esprit de famille les inciteraient assez facilement à se réfugier dans l’autre s'ils y avaient des intérêts et des congénères. Il n’est pas besoin d'invoquer pour cela des migrations extraordinaires. — Le passage de la gutturale à la sifflante se constate également en Etrusque ; cf. par ex. texte de la momie d’Agram wceti (K, 18) et useti (XI, 19) dans le même groupe Qui u/seti (texte de KraLz, Abh. Ac. de Vienne, 1892 ; voir lexique).

(x) Cf. Van HERWEERDEN, Lex. graec. supplet. I, p. 1466. Dès lors, des mots du type de Tooix peuvent être rattachés à la famille des noms en Trou et un Teoita pour *Tpoy-ta paraît d'autant plus vraisemblable que Lyciens et Ciliciens, chez lesquels l’appellation divine est particulièrement répandue (cf. suprà) comptent précisément parmi les anciens occupants du pays troyen. Cf. STRABON XII, C. 586605 ; 606; 611; V, C.221; EUSTATHE 119, 19, 649, 55 et 57 Et Sq. ; Schol. BD relat. à Iliade I, 366 et Schol. BLV

à Iliade VI, 395 pour les Ciliciens. Pour la Lycie troyenne, cf. Iliadell, 826; V,105, :

171 et seq. avec IV, 197; VI. 78 etc. Cf. Schol. Iliade IT, 826 ; IV, 88 et 101/33 V, 105; SrraBoN XII C. 565; XII, C. 585 ; Er. DE BYz.,8.v. Avxia; SuIDAS, s. v. Avxiav. Au reste, l’ancien nom des Lyciens suivant Héropore (I, 173; VII, 92) et Er. DE BYZANCE (s. v. Tépuepa) renferme possiblement la gutturale amuie en sonante nasale dans la graphie indigène TPXMEA' (44 a 35, d 11,45, 71); TPXMEAE (9: 17; 44 573 57 9: 65 25 etc.) = Trimile, Trinili. [Faut-il rapprocher du Slave Bogumilü— aimé de Dieu et comprendre : les aimés, les partisans de Trq“u? La question reste forcément ouverte]. En tout cas, une étymologie de Tpoix signifiant : la terre, le domaine de Trq“u, paraît au moins aussi conforme à la vraisemblance linguistique qu’à l’histoire et rendrait assez bien compte du terme collectif de Troyens désignant les alliés asianiques de Priam opposés à la ligue des Grecs. La plupart des peuples chez lesquels Trq“u se rencontre faisaient, en effet, partie de la confédération troyenne. J'aurai plus tard, je

l'espère, l’occasion de revenir plus en détail sur ce vaste sujet, lorsque j’aborderai l'étude :

de la question religieuse. Pour d’autres étymologies, moins satisfaisantes à mon sens, de Tooia, cf. J. CARCOPINO, Virgile et les origines d'Ostie, Paris, 1919, p. 407, n. I. Pour y = ji sur la côte d'Asie, cf. BRUGMANN-THUMB#, p. 44, 6 19 ; p. 128, S 89, 13. L'on constate également dans les graphies judéo-araméennes post-bibliques la transcription de j par x; cf. par ex. : Toaïavos = DUT et DAT (DaLMAN, W.-B. p. 165 b).

sy

ARS Tire Cilaos. 4 IT CR MT OT CS ASS “+ ENER me PNA RO 2

En Arcado-Cypriote, la gutturale sonore devient parfois aussi & : &äs ya; atalést= ayahéc, etc:

Des variantes Tyt/d/0, Trs/5/z, Trp/b/p”, Tr + voy. + + ou h amuis

seraient donc parfaitement conformes à l’évolution phonétique normale de la labio-vélaire gutturale primitive, tant sur la côte d’Asie qu'en Arcado-Cypriote, ce précieux témoin d’un état linguistique antégrec. L’on doit donc les garder présentes à l’esprit comme constituant des altérations éventuellement possibles d’un Tyq® originel (*).

L'évocation de ces possibilités n’est pas, comme on pourrait le croire, affaire de théorie pure (2). Elle résulte, au contraire, de considérations historiques dont limportance, à notre avis, est incontestable.

Trajan étant né en Espagne où le nom de Trqu se rencontre également (CIL II, Tarraco, p. 538; 711; XLVII, 972); Tarqg.…. 2227 ; Tarcinus 3984; Tarquinus 2430 ; Trocina 4406; Torquatus 5095 (— 3089) etc., je serais porté à admettre que son nom fait partie de la même série. Pour l'Espagne, voir chapitre III.

(1) Le lecteur fera de lui-même les rapprochements que ces métamorphoses phonétiques suggèrent : noms en 274- (— Tapt-; Tept- Oapr- Oepr- etc.), en Trp-, en Trs., Tr2- etc., en tenant compte de ce qui a été indiqué du caractère des deux premiers éléments ainsi que de l’assimilation, des plus normales, de la sifflante au p antérieur (cf. Tuponvot — Tapsnvor — Tuppnvor), permettant ainsi d’autres variantes du type Tappa- (colonie crétoise au Caucase, Tappa v. de Lydie (PAPE-BENSELER s. v.), Tacwyris (en Asie Mineure, Tpeseva en Pamphylie (HIEROCLÈS, Synecd. 679, 7) etc. Jusqu'à plus ample informé, toutefois, je demeure fort réservé sur le rattachement de Teuxco; à Tarku proposé par E. HerZFELD, Arch. lahrb. 24, 1909, pp. 434-441, bien qu’il demeure théoriquement possible en raison de certaines particularités de la phonétique crétoise (cf. uaprus = pairs ; xd — à ; xavy6s — yakabce) et d’une métathèse, parfaitement naturelle, de la liquide. Bien entendu les noms de la famille de Tootx, tels Tourhos et anal. sont, à mon sens, à rattacher au même thème.

(2) Nous avons, d’ailleurs, en Français, et il y a dans l’onomastique de toutes les langues, des doublets dialectaux illustrant l’utilité de ces observations phonétiques : cf. les formes picardes Lecat et Leleu à côté de Lechat et Leloup, etc. Nous y trouvons également des équivalents sémantiques d’origine différente, tels que Levavasseur (origine italienne) et Lécuyer (origine française). L'on doit donc adjoindre à la liste des noms en Tyq“u, les noms [d’origine vraisemblablement lycienne] en Tuunva / Touva, si, comme l'indique peut-être le témoignage d’Etienne de Byzance (s. v. Tuunvæ) tuunva était un nom lycien d’un bouc « héroïque ».— Dès lors, une partie au moins des noms en Arvuvet Touuy- sont à considérer comme des répliques lycisantes des formes en 77q"u. Tels sont : Atuuviaôns, nom troyen (Il. V, 581); Arvuvios, fils de Zeus ou de Phoinix et de Cassiepeia (ApozLop. II, 1, 2); un autre Troyen fils d'Autowdapos (Il. XVI, 317) porte également ce nom. De même, comme nous trouvons à Naxos un Todytos Ardkkwy (ET. DE Byz. s. v. Toayix), la Crète possédait un Doïéos 'Arôuvios (NoNNus, Dion. XI, 131 ; 258; XIX, 182; XXIX, 28), hypostase du même Dieu. La présence de clans cariens à Naxos (DIoDORE DE Sicile V, 51; ET. DE Bvz. s, v. Né£os) et celle de Lyciens en Crète (HÉRODOTE I, 173; PAUsANIAS VII, 3, 7) autorise à considérer ce parallélisme

76 CHAPITRE Il

L'image que les traditions tant grecque qu'égyptienne, biblique et latine nous ont conservée de la Méditerranée préhellénique, est celle d'un monde vivace, complexe et divers, vivant en état féodal, — car l’hégémonie crétoise ne paraît pas avoir changé grand’chose à cet état social qui prévalait encore au temps de l'épopée homérique —. Expéditions militaires, coups de main, fondations religieuses, voyages d’affaires, colonisation d'îles et de côtes lointaines, négoce et transit; tous ces facteurs ont favorisé à l'extrême l’enchevêtrement des parlers et des dialectes, puisque dans la seule Crète, survivaient encore, à l’époque de l'Odyssée, quatre groupes distincts (°). |

comme acquis. Je reviendrai, d’ailleurs sur cette question intéressante dans un prochain travail consacré à la question carienne. Ajoutons, en outre, aux noms ci-dessus Tuuesvatov mt en Phrygie, Touvnosos et Tuuvos, villes (P.-B.); Thymnias golfe de Carie (Pline V, 104) ; Touvos (nom lycaonien; A. M. XIII, 261), Touvns (nom en Carie ; HÉRODOTE V, 37 ; VII, 98 ; DITTENTERGER, Sylloge 5 46, 27), et, pour finir, la belle équivalence Agpue- Suuvne et Eoue-duuvne Hermès est le bouc (Kio; Beiheft XI, p. 74), sur laquelle nous aurons lieu de revenir, le moment venu. (Pour la fréquence des noms en Hermès sur la côte d’Asie et notamment en Cilicie, cf. SacHAU, Zeitsch. f. Assyr. VII, 1892, p. 95). (x) Nous possédons, d’ailleurs, en grec classique comme en latin, des doublets dialectaux qui ne sont autres que des vestiges de la mosaïque originelle signalée par Homère (Odyssée XIX, 175 et sq.); c’est là un symbole en même temps qu’un raccourci d’un état linguistique qui paraît avoir été celui de tout le monde péri-méditerranéen : cf. par ex. : Bréivar à côté de TL et de b-yuis ; rékw à côté de teké0w ; ed à côté de iDéw etc. ; popina (sabin) à côté de coquus (latin << *quoquus) ; aleps à côté de adeps ; rufus à côté de rubor etc. Les langues littéraires résultent forcément de la prédominance militaire, religieuse, administrative, intellectuelle de l’un des éléments ethniques faisant partie d’un ensemble donné, ensemble qui peut être aussi complexe, aussi divers que l’on voudra. Elles représentent donc des wnifications superficielles ; elles sont des créations essentiellement artificielles en principe, résultant de l’action politique et sociale de minorités dirigeantes, action dont les effets, en bien des cas, restent à fleur de peau, en somme. Aussi, respectent-elles beaucoup plus qu'on ne semble l’admettre généralement, les diversités originelles. Les idiomes populaires leur échappent en grande partie. Toute langue commune est donc, par la force des choses, une langue factice imposée par une nécessité extérieure. Elle repose, par conséquent, sur un substratum qui peut être très polymorphe (cf. le russe, le chinois, l'anglais, le latin, l’arabe littéral). Aussi ne saurait-on employer avec trop de circonspection des termes tels que germanique commun, italique commun, grec commun. Ces expressions, prises dans leur sens technique, ne sont que des sortes de formules algébriques désignant wn ensemble de correspondances linguistiques ; mais C’est tout. Et il ne convient, en aucun cas, de les prendre dans une acception différente car, en dehors de cette signification conventionnelle et commode, elles n’ont aucune signification et ne correspondent à aucune réalité, ni ethnographique, ni historique. Les prendre à la. lettre, en dehors de leur portée strictement comparatiste, c’est donc non-seulement s'exposer à des équivoques dangereuses ; c’est aussi, c’est surtout risquer d’envisager le fait linguistique sous une perspective que les faits vérifiables contredisent absolument. Le français commun

La plus ancienne Italie, avec sa macédoine de petits peuples aux idiomes divers, peut, sans doute, nous aider à nous faire une idée approximative de ce qu’a dû être, pendant quelques siècles, l’ensemble asianoméditerranéen.

Des populations stables, pratiquant des occupations sédentaires, offriraient, assurément, aux recherches de cette nature des vestiges moins emmêlés, moins délicats à manier. Mais, lorsque l’on considère le tableau que Thucydide nous a laissé de cette période où l'Hellas était 55 Bebatoos oinoupéyn, QAR peravaotacers Te oÙoat Ta moëtepa nai badlus Éxaotor th Éaurüv agmoheitovres iatopevoi DT TiYwY atel TActôvwv; quand l’on voit l’activité des entreprises « phéniciennes » ; les randonnées des clans pélasgiqués en quête d’aventures et de rapines ; Danaos, Kadmos, Paris, Diomède, errant en Méditerranée orientale en quête de terres ou de refuges, Lycos quittant l’Attique pour la Lycie, l’on est bien contraint d'admettre un prodigieux amalgame d’éléments possédant un type de culture commune, sans doute, mais, néanmoins, différenciés les uns des autres et que les témoignages démontrent avoir, en bien des cas, cohabité côte à côte et, par suite, beaucoup échangé.

À qui nous reprocherait de faire, en l'espèce, trop de cas de récits sans consistance qu'un historien ne doit accueillir qu'avec une réserve extrême (1), nous répondrons tout uniment que tout dépend ici de l’idée que l’on se fait de la vérité historique.

Si l’on entend par là cette vérité de pure surface qui s’extrait sans trop grande difficulté de pièces authentiques dûment munies de leurs certificats d’origine et qui a nom d'histoire officielle, nous avouerons sans peine

n’a jamais existé. Notre langue classique, on le sait, n’est que le résultat d’un compromis entre le parler de l'Ile-de-France et un certain nombre de dialectes régionaux ; elle est née de l’action combinée de la politique du roi et de la culture de son entourage et de ses fonctionnaires. Mais la réalité sous-jacente, la seule spontanée et permanente, ce sont les dialectes bas-latins locaux, dialectes qui ne sont eux-mêmes que des espèces de compromis entre les parlers antérieurs de territoires déterminés et une aristocratie antérieure également, celle des officiers et des littérateurs du Bas-Empire et du Clergé romain. Historiquement c’est donc la mulliplicité, et non Punité, qui se trouve à l’origine ; et cette multiplicité, bien que voilée, subsiste sous la langue commune, lorsque celle-ci a une fois prévalu, au même titre que les croyances ou superstitions locales survivent sous les fois bouddhique, musulmane ou chrétienne après l’établissement de celles-ci. L’on voit, par conséquent, l'écart considérable qui sépare l’acception purement fechnique d’un mot comme grec commun de la vérité historique normale. Une langue commune est une housse, rien de plus.

(1) Cf. par ex. la Griechische Geschichte de BeLocx dont l’auteur, malgré sa science et son incontestable talent, est tombé en des exagérations critiques dont j'espère pouvoir, d'ici peu, démontrer tout le mal-fondé. v

78 CHAPITRE fi

que pareils vestiges, de provenance généralement trouble, remplis, — autant du moins que notre mesquine science nous permet d'en juger — d'invraisemblances et de contradictions de détail peuvent paraître indignes d’être pris au sérieux.

Mais si l’on réfléchit qu’il existe une immense différence entre la valeur d’une source considérée comme unité en soi et celle des renseignements de tout ordre qu’elle nous livre, renseignements dont l’âge, la qualité, la provenance déjouent fatalement toutes nos inférences ; qué, par surcroît, les énonciations des actes officiels sont, de beaucoup, celles qui, par définition, sont les plus sujettes à caution (*), l’on se montrera peut-être plus réservé. |

Heureusement pour l'humanité et pour l’histoire, la lueur du passé fuse, en effet, jusqu’à nous par mille fissures dont certaines sont parfaitement repérées, mais dont le plus grand nombre échappent presque nécessairement à tout recensement systématique, tant peuvent être imprévues, cocasses, irrégulières, les voies, parfois extraordinairement détournées, par lesquelles une information précieuse parvient à ceux qui peuvent l'utiliser.

Il en est de la tradition comme de ces routines paysannes qui prêtent aisément à rire, mais dont une observation attentive et l’expérience d’une région démontrent le plus souvent la raison d’être et la sagesse pratique. Quiconque veut exploiter une ferme se trouvera bien, souvent, de ne pas les négliger (2). -

Ce n’est certainement pas pure coïncidence si, partout où des fouilles ou des méthodes heureuses ont permis des recoupements précis, les témoignages traditionnels se sont, la plupart du temps, trouvés éclairés soudain d’une manière imprévue et harmonisés bien plus naturellement que n’eût pu le faire notre ignorance (5).

(1) Cf. LanGLois ET SEIGNOBOS, Zntroduction aux études historiques, Paris 1898, p. 141. L'exemple récent des communiqués officiels de tous les gouvernements en constitue une illustration très remarquable mais qui estloïin d’être isolée: La raison d'État, au moins autant que la nature humaine, justifient mais vicient toutes les affirmations intéressant l’action gouvernementale. Ceci n'est pas moins vrai de nos jours que pour les inscriptions pharaoniques. L’on en trouvera, entre autres, un bel exemple dans DITTENBERGER, Orientis graeci inscripliones 1, $4 (Inscription de Ptolémée III). :

(2) Cf. les remarques si justes d'A. THuMB, dans son article Griechische Dialektforschungen u. Stammesgeschichte (paru dans les Neue Jabrbücher f. das Klass. Altert., 18° année, 1905, 6, p. 385).

(3) O. HorrMaxx, Geschichte der Griechischen Sprache(?), 1916 ; vol. I (collection Güschen, no 111), p. 6. [Es] steckt in dieser volkstümlichen Überlieferung ein wertvoller historischer Kern : denn die Ereignisse, die sie aus der Vorzeit berichtet, stimmen in einer oft

Rien de ce qui est humain n’est simple ; rien absolument régulier (*).

Les plus anciens et les plus précieux souvenirs de notre race consistent exclusivement en monuments de provenance mal définie et de chronologie douteuse dont l’anonymat et le caractère composite font précisément tout le prix.

überraschenden Weise zu der dialektischen Gliederung und Ausbreitung des Griechischen, wie sieuns namentlich durch die inschriftlichen Funde immer klarer geworden ist, ete. L'exemple des Hétéens, connus à peu près exclusivement par la Bible il y a cinquante ans ; celui de la civilisation mycénienne presque uniquement par Homère, jusqu’à Schliemann, illustrent, semble-t-il, suffisamment cette affirmation.

(1) À qui nous reprocherait d’avoir admis comme possibles et même comme probables un beaucoup trop grand nombre de variantes de Trqu nous objecterons :

19 Que toutes ces variantes sont absolument justifiées par les parallélismes phonétiques dont nous avons fourni des exemples abondants :

29 Qu'il n’est pas plus illégitime de reconnaître le nom du grand dieu cilicien sous les variantes Trk., Trg-, Ork-, Org-, Tlk-, Tlo-, Tys-, Trt- etc., qu'il ne l’est de constater l'identité originelle d’i.-eur *g"ef40T sous sscr. catvär- iran. .éabwar ; réropes, tétrapes, mioupes, tet{plpast (dat. plur.); quatuor; goth. fidwor ; v. h. a. for ; v. si. éebyre etc.; — que l’on note, par ex., les destinées comparées de x5kts dans Napoli, Naplouse, et Stamboul ;

3° Que toute la tradition grecque, Homère, Hérodote, Thucydide en tête, sans compter Diodore et Strabon sont unanimes à nous représenter le monde préhellénique et méditerranéen comme une prodigieuse mêlée de clans et peuplades diverses; bien que de types et surtout de civilisation à peu près une — à de très rares exceptions près ;

4° Que cette tradition a, en particulier, conservé le souvenir d’une sorte de gigantesque « raid » accompli sous la conduite de Ninus, souverain portant précisément un nom cilicien, dont le culte, dès lors, a forcément accompagné les bandes. Que, le chef disparu, cet empire, œuvre d’un homme, se soit effondré et morcelé à l'infini, au gré des ambitions locales, c’est ce dont l’analogie des Empires d'Alexandre, de Charlemagne, de Napoléon et l’état féodal de la société égéenne, permettraient difficilement de s’étonner. Les personnalités de ce type concentrent généralement tout en elles et trouvent rarement un successeur. La persistance des traditions qui les concernent -— même en faisant la part du légendaire — constitue, à notre avis, le plus sûr indice de leur réalité.

5° Que les noms émpériaux donné à des cités par Alexandre ou par les empereurs romains ont subi, sous l’influence des tendances articulatoires locales, des déformations qui ne sont pas moindres. à

C’est pourquoi, considérant les anciennes et concordantes traditions relatives à l’expédition du grand dieu asianique Dionysos dans l'Inde, traditions demeurées si vivaces jusqu'à l’époque d'Alexandre (cf. par ex. Quinre-Curce, Liv. VII, 9; VIIL, 10; 11; IX, 4

[Heraclès et Bacchus ne sont que deux incarnations différentes d’une même personnalité initiale]; IX, 10 [très curieux, car il paraît témoigner chez Alexandre d’un retour personnel à l'antique dévotion déchue]; X, 1 etc.) et que Nonnus (Dionys. XIII, 546-549 ; édit. A. Lupwics, Leipzig, 1909) relate avoir compris des contingents cariens et cauniens, je considère à peu près certain que le Tärkçya védique (forme patronymique en -ya; R. V.I, 89, 6.c; X, 178, 1, c-d) doit également être ajouté à la liste ci-dessus. La présence dans l’Inde de noms locaux ou personnels tels que Ao/nos (Quinte-Curce VIII, ch. 11) rattaché au

Or, la société préhellénique asiano-méditerranéenne telle que l’évoquent la légende etles traditions, d’'Homère à Apollodore, en passant par Hérodote, les tragiques, Strabon, Diodore, Plutarque, a une physionomie trop particulière, trop originale pour pouvoir être le simple produit d’une fiction de poètes ou de lettrés curieux. Ce monde étrange, grouillant, mobile, étonnamment international et cependant bien ## dans son type de vie et dans sa conception du rôle des personnalités « héroïques », n’a certainement pas été forgé de toutes pièces. Jamais, en pareiïl.cas, il n’eût pu retenir ni satisfaire la curiosité de personne ; jamais l’antiquité n’y eût, comme elle l’a fait, unanimement reconnu l’image, fidèle en ses grandes lignes, de ses lointaines origines et des temps minoens.

Nous croyons donc ne faire acte que de patience et de réserve en respectant autant que possible le fond comme la forme de ces vieux récits et en acceptant dans la plus large mesure ces données d’une tradition reposant sur des textes qui nous manquent et sur des souvenirs qu'il est plus aisé de contester aujourd’hui que prudent d'éliminer sans ambages pour les remplacer par nos modernes constructions.

Il ne nous reste plus, pour en finir avec cette analyse de la base phonétique de Tyq"u, qu'à dire quelques mots de la voyelle préfixée figurant dans Orwpxovèeus, Atarkon etc., et de la nasale terminale.

Tout comme un grand nombre de noms asianiques, tels que : Lrabvpuov, Atafupiov, Thabor; Toyvos et Aruuvos (Mysie et Carie; P:-B.):

souvenir de l'expédition d’'Héraclès (cf. PAIN et AIN de Jérusalem II Sam. XXIV, 20 sq. ; et v. 16 Keftb, qui intriguait si fort RENAN Hre d'Israël Il, p. 33, n. 6; édit. de 1895 — cf. l’Averne ou Arverne de Campanie) —; de Rs ville OS à la ville carienne (en Phrygie) siège d’un temple de My Kacos; d'Avriooa, d’As:vda, de Autdala, de Aucdavets, de Aauassa, de Acpfrres, de Ouosex, de Zwauva, de TeccBuyboc, de Nusa, de Tusos (voir P.-B), bien d’autres encore, donnent une très grande force à ces présomptions. L'expansion coloniale très ancienne des « Phéniciens » le long des côtes du Golfe persique où ils avaient développé leur expérience de trafiquants maritimes (HÉRODOTE I, 1 : aûrixa vavrihinot baxpñot éruéchar, xtA.) rend, d’ailleurs, une première diffusion de ces clans vers l’Inde extrêmement naturelle et conforme, en outre, à la direction des grandes voies navigables d’Asie Mineure (cf. en outre Strabon XVI, C. 766). Il me semble qu’à l’examen de ces faits, la présence en tokharien À et B, à côté des formes aryennes normales, d’éléments formatifs en -/ ‘du type asianique tels que uneyassäl, uneyäntwassäl (comitatif sing. et plur.), s’interpréte plus aisément. (Pour ces formes, cf. E. SiEG et W. SIEGLING, Tocharisch, die Sprache der Indoskythen, Sitzgsber. de l’Ac, de Berlin, 2ter Halbband, juillet-décembre 1908 [séance du 16. 7. 1908], pp. 735 et 915-934). Il est possible qu’il faille rattacher à Tarkçya les substantifs dräksa, dräksà — vigne et raisin (P.ces mots, voir BÔTHLINGK ET ROTH, t. II, p. 802). Une organisation de sondages systématiques sur les deux rives du golfe Persique, partout où la nature du sol le permet, donnerait, à n’en pas douter, sur ces anciennes colonies commerçantes des renseignements très intéressants.

PT

ET EL LIT MCPON, Ven y 7 d CAD

OBxdx (HiÉROCLÈS 674, 4; Pisidie) — A3aa (PAPE-BENSELER) — Arada — Aada (NOTITIA EPISCOPATUUM, Index; s. v.); Owyr et Iôwyn (nom thessalien et messénien d’origine préhellénique ; P.-B.); Ixovoi et ArTaovet (peuple caucasien voisin de la Caspienne ; P.-B.); Ilausos et Axaiooc (v. de Mysie à la finale préhellénique caractéristique ; P.-B.); Ocauvoraois (n. pr. pisidien ; BCH XXIIT, p. 182) et Sepvoraois (n. m. pisidien, Klio, Beiheft XI, p. 151); Axapvn, Idapvn (Mysie; Lydie; Carie; variantes évidentes ; cf. Azafuprov Irafuoioy et ce qui a été dit sur les occlusives dentales) et Tapva (— Tapvr ; le tout dans P.-B.); Meyahapec et Apeyahapss, ancien roi « chaldéen », et, vraisemblablement, asianique de Mésopotamie ; P.-B.); Ouyfpos et AbouBpoc (Troade; P.-B.); etc. Trou est susceptible de se préfixer un élément vocalique.

Si nous entrevoyons mal la nature morphologique de cette prothèse GR elle représente, en tout cas; un phénomène fréquent en linguistique d'Asie Mineure. L'Elamite en comporte également des exemples, tels que Th-$e-ir-1$-$a — Hÿajarÿa- ; I$-par-da-be — Sardes (cf. la graphie lydienne A4A83, à laquelle répond l’Araméen 7150 dans le bilingue publié par

E. LITTMANN (°)).

L'hébreu post-biblique et le targumique en offrent de très nombreux spécimens. Que l’on compare, entre autres : caliga et Dx9PY : Ab et JO ; xhels et NTOPN" ; Bahcapoy et NODTEN"; roocfdw et J'TIMEN" ; Tpcopduw et PIMIEN" ; räavüre et WOIEN ; Ééyoc et NIDON"; yoüuax et ŒNIDN" ; Abavoc et Ja SAN" ; payos et NUHON* ; mécos et YSDN*; Véluoy et NIDEN" ; rÜpavvos et PONS ; bracca et FORT ou TROTN" ; ppobptov et NYAEN ; gopeioy et JIEN (Cant. IIT, 9); rapadolwc et DIDITIEN ; TEPOLXY et VPOIEN ; rpbyoos et DEN ; gopfeué et N'RDNIEN ; muordua et JPEDEN : hoëcy et FDDON ; maotihos et JNIUOENS ; Severus et DTINIDN ; petüpov et NVN"; turundj (m. perse — oranger) et HANNN" ; péhaboov et NITIEN ;

mouxihoy et NIVPEN ; oufhn et JOTN (aussi DOS ); xaTappantns Et NOATEIN :

Poyÿkos et DVD ; DONS ; xpafaros et NO2TEN ; quaestor et TODMAN ;

(1) Que l’on retrouve, d’ailleurs, avec les timbres €, 0, «, dans un certains nombre de vocables tels que éoudopos : cf. ruber ; Epefos : cf. goth. rigis; ôséye : cf. rego; 0p9aaw : cf. rüga ; ëkeô0epos : cf. liber ; aheigu : cf. Airos ; Ourpée, auto : cf. mingo ; avedroc : cf. nepos, mais que BRUGMANN-THUMB + ne parviennent pas à s'expliquer d’une manière satisfaisante (cf. pp. 93 ; 173 et sq.).

(2) Cf. Sardis, p. 11. La lettre 8, qui se retrouve en Etrusque, paraît avoir une valeur intermédiaire entre la semi-voyelle # et un f très doux ; on peut, si l’on veut, la comparer au vau allemand bien qu’elle semble avoir été sensiblement plus fluide encore. J'aurai, d’ailleurs, dans un autre travail, l’occasion de discuter plus à fond la valeur de ce phonème.

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