C. AUTRAN. — Tarkondemos
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Ce sont, en effet, des termes désignant :
soit des animaux domestiques, comme la chévre, le cheval où ce qui touche au cheval ;
soit des armes, comme les glaives d’espèces diverses ;
soit des articles manufacturés, tels que plats, cruches, récipients, emballages à céréales, textiles ; |
soit des notions ou choses militaires : combat, infanterie, luer, détruire ;
soit des mots relatifs à la mer et à la navigation : navire, nager ;
soit des poids et mesures : ”ine ;
soit l'agent de pénétration pacifique par excellence : /a boisson fermentée, le vin;
soit des parties du cofps : pied, oreille, qui rentrent elles-mêmes dans la catégorie plus large des vocabulaires spécialisés auxquels nous avons fait allusion tout à l’heure ;
soit des noms de fleurs : rose, lis (jardinage aristocratique);
soit des mots techniques : meyayn, par ex. ;
soit des termes de construction et de fortification : clore: saepire ;
plus un certain nombre de choses, faits ou actes courants dont les appellations sont exposées, de par leur nature même, à passer aisément d’une langue à l’autre ; tels: fiveïv, daoûc, dv, AUA, XÉTTU, MÉVO, SECO, 5=éyw ; dont certains, tels spero, impliquent des notions d'ordre psycho-
logique et moral passablement affinées; sans compter quelques vocables
d'origine vraisemblablement religieuse : baculum, éüyos, £oprh, péapoy, épocsietc.
Or, ces catégories ont trait à des objets de trafic, ou d'industrie manufacturière, ou de commerce que nous savons avoir représenté une part importante de l’activité économique dite « phénicienne ». Elles comprennent, en outre, un ensemble de vocables scientifiques ou techniques, sociaux et religieux correspondant, trait pour trait, à l’image traditionnelle que les « civilisés, », devenus plus tard nos « classiques », nous ont transmise de leurs propres « civilisateurs » asiano-méditerranéens.
Ces ressemblances sont trop complètes, trop frappantes, pour ne pas nous garantir que nos conclusions, dans leur ensemble, sont exactes.
La liste des importations ou emprunts lexicologiques de l'Égypte moderne vient, du reste, apporter à ces vues un appui supplémentaire qui nous paraît difficilement négligeable.
Car nous n'avons affaire, après tout, ici, qu’à l’expression locale, à l'aspect proprement égyptien, d’un fait. beaucoup plus général et de portée historique sensiblement plus vaste.
Nous voulons parler de l’expansion économique asiano-égéenne et de
la participation de la vallée du Nil à cette grande culture, qui fleurit d’abord le long du Golfe Persique et en Asie Mineure, pour venir, peu à peu, s'épanouir le long des côtes, dans les îles, puis tout autour de la © TRÈS-VERTE ».
La supériorité, à la fois mystique et technique, de cette civilisation : la hardiesse de ses porteurs ; les facilités que donne toujours la maîtrise de la mer pour la pénétration des continents — facilité que Salluste, après bien d’autres, sans doute, a notée — ; son habileté à ouvrer les métaux — agent principal, aujourd’hui, de la diffusion des cultures occidentales —; tous ces facteurs suffisent amplement à rendre raison de l’ascendant exercé par la plus grande Asie de la mer sur toutes les contrées situées dans sa zone d'influence.
Et, de même qu’actuellement, le contact européen se manifeste en Afrique, en Asie, chez tous les peuples encore initiables, par l'introduction de mots et d’objets relatifs à l’agriculture, à l’armement, à l'élevage, aux finances, aux sciences biologiques, aux céréales, au système métrique, aux ponts-et-chaussées, à la navigation, à la métallurgie, et, jusqu’à une époque relativement récente, à la religion et au culte, de même l'Égypte, à l'instar de l’Hellade et du monde italique, doit aux civilisations asianoégéennes, qui l'ont, tout comme celles-ci, pénétrée, une part appréciable de son lexique allogène, dans chacun de ces domaines.
Ceci nous permet de nous faire une idée peut-être un peu plus claire et plus précise dans son ensemble, de la nature des influences tant exercées que subies.
Un archéologue de vaste expérience (*) écrivait, il y a quelque quinze ans : « About penetration of the Nile valley, there is no longer a shadow of doubt, and continual fresh discoveries of Ægean products on Egyptian sites show that we do not even yet know the full measure of it... It is not too much to say that there is seldom any considerable excavation made nowadays in Egyptian strata of the period from the Old Empire to the twentieth Dynasty, in which Ægean objects are not found (2). »
La « fouille » dans le langage de Misraïm, dont nous venons de don-
G) D. G. HoGarrH, lonia and the East, Oxford, 1909, pp. 108-0.
(2) W. M. Mürzer, Asien u. Europa, chap. 1, notait avec raison qu'une archéologie documentée par le Delta, si c’eût été possible, eût évoqué une Égypte d’aspect sensiblement plus cosmopolite et plus méditerranéen dès l’origine. Deux passages d’Eschyle (Prométhée et Suppliantes) — poète formé à Eleusis, ce point à son importance — relatifs aux migrations préhelléniques des Toniens (voir plus bas à ce sujet) autorisent à penser que le Haut-Nil et la région d’Abydos pourraient bien nous réserver quelques curieuses surprises méditerranéennes.
Pts. Lt n EU TAT à # ù ‘ bis + er, vie Le à
ner quelques échantillons sommaires, prouve, nous semble-t-il, à quel point ces judicieuses réflexions sont fondées, en dehors même de larchéologie pure.
Que dans cette liste figurent, à côté de mots communs aux langues parlées en Canaan, en Grèce, en Italie, quelques termes n'ayant, dans la suite, subsisté que dans l’une quelconque d’entre elles est un accident des plus naturels. |
Si les emprunts ou les contaminations se recouvrent, le plus souvent, cela tient à ce que les besoins et les rapports respectifs des colonisés par rapport aux colonisants étaient, en principe, sensiblement les mêmes dans ces trois régions.
Fournisseurs d'objets manufacturés, d’une part; détenteurs de matières premières, de l’autre, forment, presque toujours, économiquement, deux groupes bien distincts. Et, presque toujours aussi, à cette différence de fonction mercantile, correspondent deux types de culture également dissemblables. Car, stimulés par les besoins, théoriquement illimités, de leur industrie, les peuples exploitants et manufacturiers, pour qui l'intensification croissante des échanges constitue le principe mème de tout effort, sont, nécessairement, de plus actifs colonisants que leurs fournisseurs. Qui détient, sans en tirer parti, le produit brut, est, fatalement, tout désigné pour devenir l'acheteur de demain. Exportation et importation sont, ici, complémentaires l’une de l’autre.
Mais il ne s'ensuit pas nécessairement, — vu, surtout, le nombre et la variété des clans descendus défricher le bassin méditerranéen (1) — que ces emprunts doivent inévitablement et partout coïncider. Chaque mot a son histoire, parce que chaque chose, dans chaque région, a son histoire. |
Phénomène linguistique, phénomène économique, phénomène social se compénètrent ici, reliés qu'ils sont l’un à l’autre par d'innombrables contacts. Nous aurons, au reste, occasion, en ce livre et ailleurs, de montrer à quel point linguistique et histoire sont étroitement connexes.
Constatation bien simple, tout évidente même, mais dont la mûre considération eût épargné bien des intempérances aux partisans d’impos- . sibles parentés entre parlers de type organiquement insuperposables.
Il n'y a donc nullement à s’émouvoir du fait que l'égyptien ait conservé des termes tels que "are ou saeptum dont le grec ne nous offre point la contre-partie, soit que ce dernier les ait perdus de bonne heure, soit que l'égyptien ait connu ces mots et les choses qu'ils désignent par
(G) Taucyotpe, I, 2.
l'intermédiaire de groupes que leurs destinées devaient, plus tard, mettre en contact plus particulièrement étroit avec les futurs Latins d'Italie (1).
Au surplus, le germanique, le celtique, le basque ont conservé maints vocables latins que les langues romanes, héritières directes de Rome, pourtant, ont perdus.
L'on peut, l’on doit donc s'attendre, lorsque le lydien, le carien, le hétéen seront plus largement connus, à retrouver quelque jour, habillés d’hiéroglyphes, bien des mots asiano-égéens dont les langues classiques n'ont conservé aucun vestige, quoiqu’elles en soient, cependant, d'ores et déjà plus qu’abondamment pourvues.
Les raisons pour lesquelles, malgré tout, la proportion de ces termes étrangers en égyptien demeure, en définitive, assez faible, sont évidentes.
Raison économique et sociale, d’abord.
Car, dans les grands centres, tels Memphis, Thèbes, Pharos et sa côte, où les colonies étrangères étaient, nécessairement, en proportion beaucoup plus forte, les relations mutuelles de ces colonies entre elles, — relations de gens possédant des cultures du même ordre — étaient forcément plus intimes que leurs rapports avec la masse populaire indigène.
Dès lors, leur contact avec l’élément proprement égyptien, surtout dans les villes d’affaires, a bien des chances de se trouver atténué d'autant.
Il convient de tenir compte, en outre, qu'un facteur linguistique important, facteur singulièrement favorable à l’amalgame des idiomes, l’intermariage (2), paraît avoir été assez peu répandu. Dans la descendance de la pélasgique Lo, le noir Epaphos, & x:hawvès "Exascs (3) demeure à l’état d'exception.
La cause de cette impénétration respective, pour autant, du moins, que les vraisemblances et les analogies modernes permettent de l’entrevoir, paraît avoir été l'éloignement ordinaire du blanc pour un conjoint par trop différent de lui.
Nous n’entendons point par là que l’'Égyptien soit un homme « de couleur », ce qui serait, en partie, tout à fait inexact. Mais il ne faut pas oublier, non plus, que la situation géographique de sa vallée l’amène à subir un influx continu d’éléments noirs descendant de Nubie.
Ces éléments, peu à peu, se fondent dans la population ambiante, non sans lui laisser, toutefois, fût-ce atténuées, quelques-unes de leurs
(1) Cette dernière-explication nous paraît être la vraie. Cf. Ç II à ce sujet.
(2) Cf. p. ex, A. L. TERRACHER, Les aires morphologiques dans les parlers populaires du Nord-Ouest de l Angoumois, 1800-1909, Paris 1914, p. 27.
(3) ESCHYLE, Prométhée ench, 851.
RE DA FES NP RER CT Er + % TT es | ve ES rs 118 CHAPITRE II
caractéristiques : lèvres charnues, teint foncé, tirant même, à l’occasion, sur le brun accentué ().
Il suffit d'évoquer en esprit les fines et blanches dames dont l'élégance parait la cour de Minos ; de se rappeler l’épithète de Asvnweves si fréquente dans l'épopée ; la préoccupation d'esthétique physique dont témoignent les héros homériques — esthétique très nettement définie d’ailleurs — pour concevoir que la différence de ces deux types humains avait pour corrélatif implicite une différence de canon ; différence suffisante, dans la majorité des cas, pour expliquer la rareté relative de ces unions mixtes.
Quant à la chronologie de ces contaminations de langage, elle est, cela
va sans dire, assez malaisée à établir. à
Le processus « colonial » suivant lequel elles ont eu lieu est, nécessai-rement, de ceux qui peuvent le mieux dépister une enquête.
Si l’on en juge, en effet, par la manière dont les idiomes européens ont pénétré en Amérique, en Extrême-Orient, en Afrique, les emprunts — qui peuvent dater, et datent, à notre avis, d’époques antérieures aux textes des Pyramides (*) — n’ont pu, d’abord, être que sporadiques, et restreints à un tout petit cercle.
Toute colonisation, à ses débuts, implique bien plutôt l’acquisition par les nouveaux venus de la langue du pays.
L'immixtion des vocables étrangers ne peut intervenir qu'après établissement de relations cordiales et régulières. Cela exige toujours au moins quelque temps.
Puis, au fur et à mesure que l'importance et l’activité des colonies étrangères se développèrent (5), que l'exploitation économique du pays se perfectionna sous l'influence de l’élément techniquement supérieur, l'intimité des deux « masses » linguistiques devint forcément plus étroite.
(1) Aujourd’hui encore, en Égypte, les seules femmes dont le type esthétique reste voisin du nôtre sont les Turques (pour la plupart Circassiennes) ; les Arméniennes, les Persanes et les Syriennes (chez qui l'élément caucasien domine, dans la plupart des cas).
(2) Ce qui a été dit précédemment au sujet des Ha-Nebou (avec les références) s,v. uäla. Ces textes étant rituels impliquent l’usage de-formules arrêtées dès longtemps avant leur constitution en liturgie officielle.
(3) La prospérité et l'accroissement de ces colonies immigrées en Égypte est attestée par deux groupes de textes qui, loin de s’exclure, se complètent comme je le démontrerai prochainement : 1° Ceux concernant la floraison des Agénorides, Danaïdes, et des futurs Ioniens en Égypte (cf. p. ex. ESCHYLE, Prométhée v. 845 ét seq. Renseignement d’ordre vraisemblablement sacerdotal [Eleusis, où le poète a grandi]; 2° les traditions bibliques (ExoDE I, 7, p. ex. entre autres). Je reviendrai, du reste, prochainement et plus à loisir sur toute cette question, beaucoup trop vaste pour être même effleurée ici.
Tel dut être le cas, jusqu’au temps où, submergée par cet aux croissant, l'Égypte du Moyen Empire se vit pénétrée de part en part. « Die Flagge folgt dem Handel », disait Bismarck. Vérité de tous les temps ().
À cet égard, les luttes, puis l'alliance des Pharaons de la xvin® et de la xIx° dynastie avec les vaincus de Kheta, favorisèrent, tout en la contenant, la compénétration linguistique et « culturelle » des deux groupes.
L'emploi intensifié des mercenaires asianiques dans l’armée égyptienne, renforcée et réorganisée par les grands souverains, ne contribua certes point peu à l’accroitre.
En Égypte, tout comme à Rome, les nécessités militaires du Gouvernement eurent pour conséquence d'attirer une solide soldatesque étrangère, dont l'influence sur l’histoire du pays et des dynasties royales s'avèrera, sans doute, quelque jour, singulièrement plus importante qu'elle ne nous le paraît aujourd’hui (?).
Malgré ces causes d’altération de son parler, la population sédentaire de Misraïm demeure, dans son ensemble, d'une inertie linguistique remarquable.
L'on entend par ces mots que la résistance opposée par le fond de cette population à une transformation radicale de son idiome traditionnel est des plus accusées.
Suivant Hérodote, les habitants de l’Attique, héritiers directs et survivants de l’ancien monde pélasgique délaissèrent un beau jour leur parler héréditaire pour adopter le grec (3).
Pareil phénomène, qui semble avoir été assez rapide en Grèce, eût exigé des siècles en Qemit.
Sauf dans les villes de trafic, peu nombreuses, où une classe ‘aisée d'esprit vif parvient à s'approprier sans peine l’appareil extérieur des cultures étrangères, la masse, composée en majorité de fellahs, de ruraux, de salariés, demeure, en effet, par indifférence, par apathie, par inculture, peu portée dans son ensemble, à l'acquisition d’idiomes nouveaux.
Dans sa langue, comme dans ses formules, comme dans son système
(x) L’on peut, au surplus, constater dans la langue même de l'Égypte comme un reflet du processus de sémitisation progressive de la Palestine. Comme le remarquait déjà J.-H. Boni (Dem Hebr.-phôn. Sprachzw. angehôr. Lehnwürt, etc., Leipzig 1886, p. 5), l’influx des termes sémitiques en égyptien ne prend quelque importance qu’après le Nouvel Empire. C’est, en effet, l’époque où « les Cananéens se dispersent » (GENÈSE X, 18).
(2) Ce qui m'est apparu de cette question sera exposé, le moment venu, dans la Section de « la Grande Bleue » consacrée spécialement à Misraïm.
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graphique, l'Égypte est, en somme, naturellement et volontiers archaïsante (!).
Au cours d’une histoire qui se déroule sur un minimum de cinquante siècles, elle n’a, en réalité, changé de langue qu’une fois.
La révolution profonde déclenchée par la conquête d’Alexandre, complétée par la diffusion du christianisme, n’v a guère abouti, pourtant, qu'à un changement d'écriture : et ce fut le copte.
Or, si l’on excepte le vocabulaire théologique et moral introduit par la prédication chrétienne, le parler de Shenoudi conserve, somme toute, les caractéristiques essentielles de la vieille langue pharaonique.
L’inappréciable utilité du copte pour l'intelligence des textes hiéroglyphiques suffirait, au besoin, à en faire foi.
L'expansion romaine, expansion limitée à l’occupation militaire et à Padministration du pays, mais qui n'apportait ni culture ni croyances nouvelles, n’a laissé que des traces linguistiques insignifiantes.
L'islam seul a pu exercer une action assez ÉncIeIqRe pour substituer l’arabe à l’idiome ancestral.
La métamorphose, nonobstant, est peut-être moins profonde qu'il ne semble, au premier abord. Car, réserve faite de l’organisme grammatical, devenu sémitique, une partie des lexiques spéciaux des bateliers, paysans, petits métiers, provient de source turque, syro-palestinienne ou méditerranéenne et fleurit, habillée à l’arabe, dans l’égyptien actuel (2).
Et l’Asie mineure — moderne cette fois — y conserve donc, une fois de plus, ses prérogatives séculaires.
L’apparence a changé. La réalité substantielle et concrète, demeure donc bien identique à elle-même, inébranlablement fidèle à ses antiques traditions.
Ainsi : lenteur dans le réflexe linguistique ; conservatisme ; apathie
telles sont et telles paraissent avoir été de tout temps les « constantes de la Vallée du Nil.
(1) Ex. bien caractéristique : la dernière et la seule grande université musulmane reste pétrifié de l’enseignement des 1xe et xe siècles, EL-AZHAR, livrée à l’enseignement au X£s., y a survécu jusqu'en 1920, sans changement appréciable soit dans ses programmes soit dans ses méthodes d’enseignement. L'Egypte a, de même, été de beaucoup la dernière des nations de l'Orient classique proche à délaisser l’hiéroglyphe. Les aristocraties fortunées dont son riche terroir a, de tous témps, favorisé les loisirs et la tranquille jouissance sont, certainement, pour beaucoup dans cette complaisance dévotieusé
aux vieux usages. Le = — | ©, s’il n'implique pas une activité débordante, exclut, du moins, toute rupture par trop brusque avec le passé. Et cela même n’est point sans offrir quelque avantage.
(2) Les scalae seules suffisent à constituer, à cet égard, un témoignage important.
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Cette contrée, livrée à elle-même, n’adopte qu’en surface et, en quelque sorte, qu'à regret, les transformations que le temps lui impose.
Ce seul fait est de grande conséquence.
Car, s’il contraint encore aujourd'hui l'étranger que les nécessités de sa vie mettent en contact obligatoire et constant avec l’indigène à apprendre la langue du pays, l’on peut, à notre avis, en inférer, sans grande chance d'erreur, qu'au cours des siècles passés il dut en être de même.
Il s’ensuit que, si l'Égyptien a subi des contaminations allogènes, son attachement obstiné à des habitudes ancestrales à eu pour conséquence de le rendre, à son tour, agent appréciable d'influence linguistique sur les groupes d'immigrés dont la vie, pendant quelque temps, a été liée à la sienne.
L’inertie, elle aussi, est une force. C’est même en elle, semble-t-il, que réside l’une des raisons secrètes qui expliquent l’indestructibilité foncière de l'Orient.
Le rappel de ces considérations, si familières qu’elles soient, est loin, on va le voir, d’être sans utilité.
Car la constatation de ces caractéristiques si fortement liées au terroir, nous paraît éminemment propre à rendre raison cette fois, d’une contamination linguistique préhellénique curieuse, contamination qui, à notre connaissance, n'a, jusqu'ici, point encore été signalée.
Pourtant, le fait en vaut la peine. Il se rattache, en effet, à toute une tradition littéraire, qui lénonce formellement, qui le légitime, qui l'explique donc en grande partie.
Il vient, par conséquent, illustrer d’une manière plutôt inattendue, bien qu'après tout prévisible, les témoignages convergents de l’archéologie, attestant d’anciens rapports entre la Crète minoenne et l'Égypte (*}; de la Bible, qui donne Misraïm comme l’une des bases des fils de Ham (°); de la tradition grecque, qui assigne à bon nombre de clans asiano-égéens apparentés aux mondes « phénicien » et crétois l’Aïyurros comme terre de départ, rattachant, par surcroît, une partie de la population lycienne
à la Crète (5).
(1) Cf. D. FIMMEN, op. cit., pp. 152-180.
(2) Genèse X, 6; 13-14. Le sans-gêne et le défaut de critique par hypercritique dont l’érudition moderne a fait preuve à l'égard de ce témoignage dépasse toute mesure. Je le démontrerai plus en détail dans ma prochaine publication.
(3) Ces faits bien connus sont relatés tout au long dans toutes les histoires de la Grèce la plus ancienne, depuis Fréret, Clavier, Thirlwall, Gladstone, Grote O. Müller, Curtius, etc., jusqu’à nos jours. Les principales sources sont, comme on le sait, Hérodote, Eschyle, Diodore, Strabon, Plutarque, Apollodore, etc.
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Ceci nous amène à dire quelques mots de tout un ensemble de parallélismes existant entre l'égyptien et le lycien — parallélismes dont il ne résulte nullement, notons-le bien, que le lycien ne soit autre chose que de l’égyptien.
Ce n’est point là notre pensée.
Nombre d'indices morphologiques : tels le génitif en voyellé + h [+ voyelle]; l'aspect phonétique des inscriptions ; la physionomie de la plupart des mots ; des termes comme tideimi — fils, lada — femme, etc., suffisent à rendre cette opinion irrecevable, du moins en l’état actuel de notre information. |
Une interprétation qui, par contre, nous parait sensiblement plus probable c’est que, au cours d’un établissement en Qemit (*), certains éléments asiano-égéens, venus plus tard échouer en Lycie après une station en Crète, ont été amenés à subir un contact plus particièrement prolongé de la langue indigène. Que, de ce chef, il s'est produit un mélange entre leur parler et celui de l’Aïyurres. Que l’un des résultats de l’amalgame en question a été l'élaboration d’une sorte de sabir, où un certain nombre de locutions et de vocables égyptiens sont venus panacher un fond asianique incontestable.
Voici en tous cas, les faits :
L'égyptien possède, comme on le sait, un certain nombre de formes faisant office de pronoms-adjectifs démonstratifs. :
Ces formes, dont la constitution et l'emploi sont décrits dans toutes les grammaires, peuvent se répartir en deux catégories : |
so Celles formées au moyen de l’article — ancien démonstratif luimême, tout comme en d’autres langues — par adjonction d'éléments secondaires de dérivation. | ;
EXT 6 eo ANA Cab RE DEMI ee RE A RAS QUES nen, celui-ci, celle-ci, ceux-ct,
ces, issus des thèmes [ p, à , nuu 713 le, ce; la, celte; les, ces etc. :
EL il non Meter pen == ce dieu; X | kms td pen — celle ferre; %s © A Tawm Sat ten — ce livre, etc.
(1) Attesté par les textes de la Genèse précités ainsi que par l’ensemble de faits relatifs à la présence d’éléments égéens en Égypte, depuis le temps des Pyramides > xxe Dyn. I] n’est nullement nécessaire d'admettre, en effet, que la nation lycienne fût une, Tout. peuple (surtout les peuples d'Asie Mineure et « de la mer » aux époques où ils nous apparaissent) est un complexe plus ou moins varié, composé d'éléments souvent les plus hétérogènes. Ce que l’on peut entrevoir de l’histoire des Lélèges, Lyciens, Cariens, etc., corrobore, d’ailleurs, entièrement cette manière de voir.
: e 0 2° Celles tirées du démonstratif Qo l we 4p, soit que ce thème se
‘ Q me rattache à la même racine que NZ — «on — compler, distinguer (*) ; soit qu'il corresponde, comme il paraît plus vraisemblable, au même thème p muni d’une voyelle prothétique (°).
Ex: 123) RIRE l 0 $ gaou apou = ces taureaux (T. 334 = ANLE2S 0 N 2704). (7) : 111$ 4ta$\ (Séti Ier, XVIIL 91)
— neterout apoui — ces deux dieux ; 2 Ji l “4 (À. Z. 1882, 42) qebeh àp-t = cette libation ; etc.
Il semble, d’ailleurs, qu’il y ait eu entre les deux groupes des contaminations réciproques (+), car l’on trouve également un troisième type,
identique pour le sens aux deux précédents, mais de forme mixte : l nie
OA a 0 äpen, lee äptèn, etc. Ex. : [li K #) K J ci l nv Saonabti Ve tISOE âpen — cette statuette ; 1 © l sef dpen —= cette veille; ..... 1e
a kebehk pen — Î Re — kebehk pen — ton rafraîchissement celui-ci (N. 233.351. 562)(5)—1onrafraïchissement que voici. [L’hiéroglyphe du texte, manquant dans les casses, a été remplacé par un substitut].
Or, à cette forme (qu'il serait plus exact, à notre avis, de transcrire par 2pen) (°) correspond en lycien un démonstratif absolument parallèle, extérieurement du moins :
(1) Cette interprétation était autrefois celle de M. Lorer, Manuel... Paris, 1880, P. 33, S 68. ignore si l’auteur est toujours du même avis sur ce point. J'avoue être peu enclin à m'y rallier.
(2) Il y a des exemples de prothèses de ce genre ; cf. p.ex. À $ (forme normale
d’un démonstr. fém. sg. et 1) $ [ERMAN, Ag. gr.(5) S 159]). Cette explication me paraît préférable à la précédente.
(3) K. SETHE, Pyramiden texte, Leipzig 1908, fasc. II, Spruch 403 (7or a). Je me borne à donner la graphie de Teli ; les autres textes présentent des variantes, mais l’emploi du démonstratif reste le même.
(4) Cf. de même en latin l’amalgame entre les thèmes *qui- et *quo-.
(5) SETHE, op. cit., Spruch 33 (24 a).
(6) La variabilité des transcriptions grecques et hébraïques du l porte à croire, en
effet, que le l était un son vocalique neutre très furtif, assez voisin d'un $‘w4.
124 CHAPITRE Il
Ex.
ebéñné ntatä me (TAM, I, 6,: Carmylessos) — roùre +ù pvÿua, formule où le sens pvux (ou anal.) de laccusatif flaiä est attesté non
seulement par le bilingue ci-dessus, mais par la comparaison des autres .
passages où ce terme est employé soit dans des conditions analogues (ex. 23, 1, où le grec le sous-entend), soit comme équivalent de Æupa et de prinavu, vocables désignant également les monuments funéraires (°).
Ce démonstratif, qui est d’un emploi constant en lycien (cf. 7, 1; 8, 1:9,13II, I; 12,1; 13,1; etc.) offre donc avec son correspondant égyptien un parallélisme remarquable et de forme et de sens.
Il est vrai que, sous le rapport phonétique, l’on constate en lycien, la présence de la labiale sonore au lieu de l’occlusive sourde égyptienne, et que, au lieu d’un simple km, l’asianique rend le phonème nasal par le groupe -#n-.
Mais ces divergences, qui ne portent en somme, que sur des modalités secondaires d’articulation, sont très loin d’être dirimantes, à notre avis.
Nous avons, en effet, eu l’occasion de constater : d’une part, que les parlers propres de l'Asie Mineure possèdent en commun avec nombre d’idiomes caucasiens, ainsi qu'avec l’étrusque, un type spécial d’occlusives que les idiomes circonvoisins ont indifféremment rendues soit par des sourdes, soit par des sonores, parce que ces phonèmes n'étaient, à leurs points de vue, ni de vraies sourdes ni d’authentiques sonores mais des sons assez mal définis pour lesquels les deux modes d’expression graphique pouvaient, à la rigueur, également convenir (2). *
D'autre part, nous avons attiré l’attention sur la propension très marquée de ces mêmes idiomes à accentuer le caractère hourdonnant et vibratoire des éléments phonétiques soit liquides soit nasalisés. Dès lors, lamplification du «mm égyptien en -An- se présente comme un phénomène parfaitement explicable et normal.
L'écriture hiéroglyphique est, d’ailleurs, suffisamment imparfaite pour, qu’une équation mwm — lycien -#n- n'offre, en soi, absolument rien d’inadmissible.
La seule objection de principe susceptible d’être prise en considération est d'ordre syntactique. | (R]
UE (a L'on a, en effet, pu remarquer, -que l’égyptien place Lu Où À un
après le substantif déterminé alors que le lycien dit ebèñne ñtata.
(1) La valeur spécifique, technique et, p.-ê. religieuse de chacun de ces termes nous échappe encore. Le sens général de fombeau, sépulcre, où anal. n’en demeure pas moins assuré. V. les TAM.
(2) V. chap. 11 et pp. $1 et seq., à ce sujet.
ITR Nr PI PON PUIRR, EVER ON ET
Cet argument n’a, cependant, qu’une portée réduite.
Certaines langues, selon l'intention impliquée dans l’usage du démonstratif placent celui-ci tantôt avant, tantôt après le nom déterminé sans que, pour cela, sa nature en soit le moins du monde altérée ; ex. : Zlle homo et homo ille, où la seconde formule comporte seulement une nuance plus marquée d’emphatisme. De même : Eneivos & xapds nat % uéod Eneivn, ce temps et ce jour (*), où l'identité de valeur sémantique est absolue malgré Pinterversion syntactique.
La comparaison de l'araméen avec l’hébreu nous fournit une preuve supplémentaire que les permutations de ce genre ne changentrien au fond des choses. Comme l'arabe, en effet, l'hébreu détermine le substantif au moyen d’un article qu’il préfixe : Ex. : Pen, n29, L’araméen, au contraire, postfixe 4 au mot déterminé. Ex. : TAN pierre ; NIN la pierre. Mais, dans les deux cas, les effets désignatifs de ces éléments qui, peut-être, procèdent d’une commune origine, s’équivalent.
L'opposition, toute extérieure, de sef àpen et de ebèñnè fitatä n’autorise donc nullement à conclure à la non-identité de ces deux éléments.
En égyptien même, d’ailleurs, nous avons des exemples de démonstratifs placés devant le nom et ce type de construction, qui nous apparaît à partir du Moyen Empire, pourrait, a la rigueur, être considéré comme un indice d'influence asianique.
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Rapproché de Genèse X, 13-14, qui affirme formellement la présence en Égypte d'importants contingents affiliés aux mondes asianique, cananéen et philistin; des traditions grecques unanimes établissant entre les grands seigneurs Agénorides : Kadmos, Danaos etc., et l’Aï-urros un lien étroit et ancien ; des indications des monuments indigènes, démontrant l’activité des colonies commerçantes dans la vallée dès la xnr° dynastie (5); de la présence, parmi les envahisseurs Hyksos, d’incontestables éléments asiano-égéens (+) ; de l'expulsion, vers la fin du Moyen-Empire, à la suite
(1) A. Croiser et J. PETITJEAN, Grammaire grecque, Paris, 1896, p. 446, S 366, Rem.
(2) Pap. médic. Kahun 1, 27 ; Pap. Prisse 2, 5 (exemples cités dans ERmAN, Ag. Grs., $$ 163 et 170).
(3) Cf. les principales références dans mes « Phéniciens », p. 108 et n. 3.
(4) L’aristocratie était certainement asianique, comme le prouvent des noms tels Xhian ou By&v. Les éléments y#- yñne ; bine, wñne sont, en effet, particulièrement répandus dans cette onomastique. (Cf. SUNDWALL, op. cit.). Ce dernier élément me paraît cor-
YA
+ ’ , , a Le , + respondre au grec 0'vos. L’un des noms crétois préhelléniques du vin : !8nvæ — otvov
> st
de complications politiques intérieures dont le détail nous échappe, d’une partie importante de ces immigrés (*); tout ceci, sans compter le témoiognage d'Homère, qui signale l'importance du Delta comme foyer d'affaires (2), doit donner à penser. ‘
Cette coïncidence mérite d’autant plus réflexion qu’elle n’est pas isolée.
Les insériptions lyciennes comportent, en effet, l'emploi, en corrélation fréquente avec ebèñne, d’un monosyllabe me (ou mé).
Ce petit mot suit immédiatement le démonstratif lorsque fait défaut le vocable exprimant l’objet désigné. Dans le cas contraire, me (ou më) se place après ledit vocable qui se trouve, dès lors, encadré entre le démonstratif qui le détermine et cet élément très court. Cf. par ex. en français homme, dans l’expression : cet homme-ci; où maison dans : cette maïsonlà (cf. le grec uév ou 3€).
Que les textes lyciens comportent pareille interprétation, c'est ce que prouvent, à l'évidence, entre plusieurs dizaines :
TAM 1: : Telmessos : ebèñné kupä me....—=cette tombe-c1... ; nez ibid. ebèñn pranaw& me..... cette maison (funéraire)-ci...; | | * 6 : Carmylessos : ebèfiné ftald me....—roëro 7 pyApa. 1 Re MDI eb[éinfé] Æupà me....—ce caveau-ci...; r{oÿro DYTIRO En . + È 813 ibid. même formule ; 9 : Gülme : chénnè prinawñ me.....— celte maison ( funéraire)-ci.....
11 Pinaris# ebènne prinawd meê..... — celle maison
(funéraire)-ci.....
et, de même, les n° 12-19 (Pinaris) ; 23 (Tlos); 36-43 (Xanthos), etc. Partout où cet élément se présente dans des textes courts de contenu simple et bien défini — les seuls que nous puissions encore interpréter avec une sécurité relative — la valeur deictique de me (ou mê) = -ci, -là (ou analogue) s'accorde pleinement avec le seul mot-à-mot possible.
rapporté par Hésychius peut en être rapproché (pour la voy. proth. cf. chap. 11 in fine). L'on sait que ovo-, ancien mot d’origine sûrement religieuse [cf. ci-dessus, p. 10 n. et p. 33 et les Oivwpot [— Oivxpof] de Naxos — ispaymwyot Atovboou (HÉSycH.)] joue un rôle important dans l’onomastique asiano-égéenne. Cf. de même le lycien wne (TAM 44 d; 44 c 47: 63; d 62) avec Oiveavda — Oivoavdx; Ouverdns, Ouveus, Orvn, Ocva (en Étrurie), etc. (P.-B.)..Remarquer encore ici la sonante bourdonnante #” (ee ñ).
(1) Événements que la tradition grecque a groupés dans le cycle de Danaos et de ses filles.
(2) Odyssée XIV, 285 sqq.; IV, 354 sqq., où l'importance mercantile de Pharos est bien accusée.
PP SR EL SRE TT OU RP NES PE es TD . ST {
L'extrème brièveté de la plupart de ces monuments, qui renferment surtout des noms propres ; le retour constant des mêmes poncifs : le sens, bien connu par les bilingues, des mots initiaux essentiels, tels qu'ebèñnê, kupa, prinawa etc. ; enfin, dans tous les cas où le texte est suffisamment clair pour que la signification d’ensemble ne puisse faire objet d'aucun doute, l'emploi corrélatif constant du deictique avec le démonstratif qui le précède autorisent à considérer: cette interprétation grammaticale comme absolument certaine (:).
Ici encore, d’ailleurs, quelle que soit l’origine absolue du vocable, l'égyptien nous offre un parallèle qui mérite d’être rappelé.
Nous voulons parler de la particule l K âm (rendue aussi, parfois,
par K — m forme atone correspondante) (2) qui, elle aussi, possède le sens de /4, avec valeur deictique également (5). ; que eg
(1) Ce sens, on le voit, cadre, en somme, exactement avec celui du uév grec dont la valeur deictique paraît sensiblement plus accusée et plus primitive que la valeur. purement corrélative. Ceci résulte : d’une part, de la fonction antithétique bien connue de uév.,,,,: d€ et de l’emploi, dans certaines régions, de uév (ou de son équivalent Lé) avec la valeur
de ô£ (dans ...., Fra 0€...) : cf. p. ex. Corutrz, SGDI no 345, 22 : rap uèv Ta ëv +0 lep0v toi ’Arhov6s toi Kepdoior, tau uù GA kav Ev tv axpôrokv TX, et 1. 44/5 même formule avec rap uèv..... ràv 05 .... (Larissa, Thessalie) ; d’autre part de son emploi
dans des composés tels que uévrot, composés dont le rôle est d’insister avec plus de force Sur la désignation de la personne ou de la chose dont on parle. Les étroites relations ayant uni le monde lycien avec l’Hellade (cf. par ex. HÉRODOTE I, 173) et avec l'Égypte (cf. par ex. APOLLODORE Il, 1, 5) et l'importance de la base égyptienne pour toute une partie des clans de la mer, importance attestée tant par les traditions grecques rapportées ci-dessus que par Genèse X, 13-14, incitent à considérer uéy comme le correspondant
hellénique du lycien me (mè) et de l’égyptien Ke L'on sait avec quelle facilité ces sortes de mots s'empruntent. Le séjour en Égypte d'importants éléments iono-pélasgiques venus (ou revenus) plus tard rejoindre à l’époque héroïque (disons 15/1200 av. J.-C.) la future nation grecque (cf. p. ex. ESCHYLE, Prométhée ench. 789-863 ; SUPPLIANTES 524-589 ; etc.) expliquerait parfaitement ces contaminations, L'on notera la présence en Rutule caucasien d’un deictique mi de valeur absolument identique. Cf. À. Dirk, La langue rutule, dans les Sbornik Materialov. dlia opisania, etc. T. XLII, LOU Pes:sv
(2) CF. G. Maspero, Mém. de Sinouhit (Bibl. d'étude, t. I; Le Caire 1908), p. 97 ; ERMAN, Av. Gr.5, p. 233, $ 445*.
L'on constate, de même, une concordance non moins curieuse entre lycien hri (si ce terme est bien une préposition, chose moins sûre que ne paraît le croire SUNDWALL, op.
© cit., p. 83 et 280; cf. les TAM) et l’ègyptien | — er (ERMAN, p.235, S 447*) = sur. (3) CÉ avec une tournure hébraïque telle que DU DnN WwN Ep, où DU a, également, une valeur deictique. ‘
Li]
CAVHDATAEX:
NN SU KA — KR — mäkouà kak äm () — me
voici, (moi que) Lu Era là (= me voilà) ;
= J Ç DES AAA = is INGE — er bou ouàb merrk äm(°)= à
l'endroit pur (que) tu RTE an (= à cet endroit-là) ;
K J $ % MARNE sal K — yn bou àkh nten àm — dans l'en-
droit lumineux (où) vous (êtes) là (Ounas 228 d; 231 d. SETHE, op. cit., Spruch 217). |
Dans tous ces ‘exemples, l’élément àm (ou #”), on le voit, insiste sur la désignation de la personne ou de la chose dont il vient d’être question.
La particule lycienne, il est vrai, se présente sous deux aspects me et mè, dont le second comporte une finale nasalisée faisant défaut dans le mot égyptien.
Vu la propension marquée des idiomes asianiques au bourdonnement
sonant et à la nasalisation que nous avons signalée chap. 11, cette objec- :
tion est loin de constituer un argument susceptible d'écarter le rapprochement suggéré.
L'examen des emplois respectifs des formes me et mè suggère, d’ailleurs, la remarque que nous avons affaire, en l'espèce, à une sorte de sandhi ou de nasalisation éphelcystique analogue au -(v) grec dans écti(v), xzurao(v), "Anvas(v), etc.
Me se trouve, dans la plupart des cas, suivi d’une nasale (3) ou devant une voyelle (+).
Quant à se, il apparaît de préférence devant consonne (5).
Comme pour le -» éphelcystique grec, les quelques exceptions que l’on peut relever (5) n’empêchent point que, dans la majorité des cas, une préoccupation originelle d'éviter le hiatus ne soit, ici, manifeste.
Quelle que soit la portée que l’on veuille bien reconnaître à ces deux
(1) Chap. VI, Livres des Morts (éd. Bupcs, Londres 1898), 1. 6.
(2) Ibid., chap. cLxx, imit. (= p. 441, L. 3).
(3) TAM 1, 1; 5, 266) 15 GLS 8 TS 0 2 MEN TE IL TO SM 2; 44 b 19; 45 d 34; etc.
SA 6; 40 d 1; 44 d 26; 49, 1; etc.
(5): Pt; I1,15M6, DPI MONA OT MEMBERS CR
(6) 26,7 mène..... 120; SACS ee AO 2R 8 me prñnawak®., ..; 43, 1 mèti; 44, à A7 mè adrude ; 53, 1 mè[nje...; etc. La conjonction se — xai paraît se présenter également dans des conditions analogues, sous les formes se et s2. Cf. TAM passim pour se ; et 11, 3 ; 52; I; 149, 10, poursé. :
ES AP PIRATES >. . ge
premières coïncidences, l'on en peut encore constater d’autres qui nous paraissent plus impressionnantes encore.
Tel est le cas, notamment, pour la particule #e dont les inscriptions funéraires lyciennes renferment de très nombreux exemples (:).
Détail à noter, ce monosyllabe se rencontre surtout dans les formules tombales brèves ayant pour objet à peu près exclusif de renseigner le passant sur l'identité du propriétaire de la sépulture.
C'est ainsi qu'on le trouve dans des formules de style courant, telles ; y que :
TAM 1 : ebêñné kupà me ne prina(rwva )tè kudali zubrijah tideimi(h) kezrimeh brnezijehi
SI
: eb[e}in[é] kupa me ne[p}rana[wlat(e] trijé[ text se ne pijet[e] ladi [e{b]i [se ri[dJeime
8 : ebéñnè kupâ me ne prinawaré trijètezt se ne pijete nène ehbije se tuhe
12 : ebè[ñ]nè kupà me ne prünewate slimeve pinuteh tideimi se hurvetène te.
Qu'il s'agisse d’une indication de propriété, c’est ce que suffirait, à la rigueur, à prouver la brièveté de ces mentions qui se bornent à énoncer, après le mot tombe, sépulture, caveau, où anal., des noms propres suivis, à l’occasion, de termes de parenté dûment acquis; tels #ideimi — fils ; lada — femme, épouse, etc.
L'étude des bilingues vient, d’ailleurs, pleinement confirmer ces inductions fondées sur le bon sens non moins que sur l’analogie épigraphique funéraire de tous les temps et de tous les pays.
Une inscription de Carmylessos (TAM 6) dont l'incipit lycien est : C1) ebéñne (2) ñntalä(3) me (4) ne (5) prinawaté (6) pulenjda (7) mullijeseh (8) se (9) dapara, etc., est rendue par le grec : Toëro rù pyua Eoyéoavre "Arohuvièns MoXkicioc wat Aarapas «TA.
(1) Voir l'index des TAM.