‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 41 sur 69 · R. V. I, 80, 2 ; IX · texte numérisé non relu

R. V. I, 80, 2 ; IX

(8) Cette addition ést de nous. Mais elle est implicitement approuvée par Bergaigne, qui traduit lui-même çyena- par « aigle où faucon » dans son Manuel sanscrit ; lexique, s. v.

(9) R. V. IX, 89, 2. Je rappelle à ce propos que le R. V. désigne parfois l'oiseau céleste du simple nom de vi- — l'oiseau [par excellence] — (voir le processus sémantique identique de *yvz- — hébreu y — oiseau et rapace) — qui occupe auprès d’Indra le lieu mystérieux dit padäm véh — la place de l'oiseau. Nous reviendrons, au reste, ailleurs sur tout ceci.

Le même volatile reparaît dans l’Avesta (‘) récent sous la forme saëna-.

Ce terme — qui, comme le çyend- védique et le capys étrusque, entre dans la formation de noms propres individuels — désigne également ici un gros rapace, du type aigle, dont la littérature iranienne postérieure a déduit gmamri (2), devenu dans la suite le simurgh du Shähnameh (5).

Nous sommes donc pleinement autorisés et par la linguistique, et par la lexicologie et par les textes qui nous ont transmis la tradition sémantique à considérer les vocables çyend-, saëna-, &:75:, œyur18s comme désignant des alites de type sensiblement identique ; alites investis, dès la plus ancienne cosmo-théologie asiano-égéenne, des fonctions de portefoudre et de porte-soma (+).

Il est, par conséquent, parfaitement justifié d'admettre une équivalence de fait entre les sens de ces divers vocables, en sorte qu’aigle ou faucon —= Cyend- —= Saëna- — GETÈs — difurtés

Ceci posé, — et personne, NOTONS ne saurait s'inscrire en faux contre pareille assimilation, d’autant plus justifiée que l’à-peu-près est l’une des caractéristiques de la nomenclature ornithologique — rappelons que cet oiseau religieux appartient à un passé relativement très ancien.

Ce passé ne paraît guère, en fait, pouvoir être considéré comme postérieur au troisième millénaire ; peut-être même pourrait-on songer à lui attribuer une antiquité plus haute (5).

Quoi qu'il en soit de ce dernier point, la présence d’Agni, d’Indra, des Näsatyas en Anatolie mitanienne et hétéenne nous donne d’autant

(DIYE- XIV, 47 et°XIT, 17.

(2) = prob. éin + amrü — le faucon (ou aigle) Amru ; cf. à ce sujet FRDR. SPIEGEL, Erdnische Alterthumskunde Leipzig 1871-78. T. I, pp. 433-4 et Il, p. 118. Par un phénomène fréquent en histoire des religions, le faucon (ou aigle primitif) s’est dédoublé dans l'Iran en Amru et Camru, dont les fonctions fécondatrices ne laissent, toutefois, aucun doute sur l'identité originelle de ces oiseaux divins.

(3) Cf. Ge1GEr & KUHN, Grundriss der iran-Philolog. Strasbourg 1895-1904, I, 1, $ 90 p. 37 et BARTHOLOMAE, Alkir. W.-B. 1548, quitraduit Adler, Falke.

(4) Cf. mes « Phéniciens », Addenda, à propos des Semsou Herou. L'on sait que, dans la religion grecque, si fidèle à tant d’égards, à cette ancienne théologie, l’aigle porte le nectar des dieux (cf. O. GRUPPE, op. cit., p.793, et n. 8). Je crois inutile de rappeler que cet oiseau figure parmi les armes hétéennes.

(5) Ceci résulte du seul fait que la séparation des mondes iranien et védique est consommée déjà depuis longtemps à l’époque où se placent les plus anciennes traditions avestiques et védiques. L’on peut donc situer cette période — approximativement — antérieurement à 2000 av. J.-C. L’on est en droit de prévoir à ce propos des remaniements assez sérieux de la chronologie égyptienne, singulièrement fragile dans la période qui précède la XIIe dynastie.

ISO CHAPITRE III.

plus de raisons d’y suspecter la présence de l’aiyurus que l'aigle (ou son analogue) y fait partie de l’imagerie théologique officielle.

Il y incarne le pouvoir suprème, divin et humain.

Sa silhouette, stylisée, y sert de véhicule au dieu souverain.

Et la représentation traditionnelle d'Ormuzd sur son disque aiïlé n’a fait que reprendre, en somme, le vieux thème, réalisant ainsi cette transition ménagée de l’antique au nouveau qui constitue l’un des traits les plus constants de la figuration religieuse de tous les temps (:).

En raison de la parenté évidente qui unit les mondes hétéo-mitanniens aux peuples asianiques de la côte : Mysiens, Cariens, Lydiens, Ciliciens, « Troyens » en un mot, et, par suite, à l’Asie-Égée préhellénique ; des affinités d’ores et déjà dûment constatées entre les onomastiques de cette région et l’onomastique grecque héroïque ; du rôle assigné à Pélops, le lydien, à Teucros, le « troyen », à Kadmos, à Danaos etc., dans la plus ancienne histoire hellénique ; de l’unité cosmo-théologique incontestable existant entre l’Égée Minoenne et l'Asie Mineure côtière — unité rappelée plus haut à propos du dieu crétois (?) —, il ne saurait y avoir témérité excessive à admettre la présence implicite de ce même rjipyd- dans le panthéon méditerranéen.

Cette induction trouve, au reste, un appui des plus sérieux dans le rôle exactement identique attribué par les traditions grecques à l’aigle de Zeus (5).

Le contact étroit de la plus ancienne Égypte avec ce groupe de civilisation

ps

ne résulte pas moins des allusions relatives aux À = contenues dans

les textes des Pyramides (+) que de la continuité avec laquelle ce terme n'a cessé de désigner des tribus asiano-égéennes, puis égéo-helléniques, puis enfin helléniques (5) jusqu’à l’époque romaine, sans compter les indications, plus précises, plus nombreuses chaque jour, fournies par l'archéologie (6).

(1) V. à ce sujet E, MEYER, Reich u. Kultur der Chetiter, Berlin, 1914, pp. 30 et seq. fig. 14-28.

(2) V. p. 13 et seq.

(3) V. supra

(4) Passages indiqués dans « Phéniciens », p. 100, n. 2.

(5) CE. W. M. MÜLLer, Asien u. Europa, Lpz. 1893, pp. 24-31, dont nous sommes, d’ailleurs, loin d’adopter dans le détail toutes les conclusions.

(6) L'on trouvera une bibliographie suffisante de cette immense question dans R. v. PôHLMANN, Griechische Geschichte u. Quellen Kundes, Münich 1914, pp. 16-30 ainsi que dans le distingué et consciencieux travail de D. FIMMEN, déjà signalé, sans oublier les premiers chapitres du beau livre de P. FoucarT, Les Mystères d’Eleusis.

PT CA Re Ve ee ee CET RAT Re Aa 11

L'ensemble de cette documentation témoigne de manière irrécusable de la permanence, de la solidité du lien unissant la terre des Pharaons, dès l’aube de son histoire, au cycle des civilisations asiano-égéennes.

Or, deux constatations s'imposent à nous ici.

L'une, c’est que :

d’une part, un élément important des croyances égyptiennes, le culte d'Osiris — culte certainement entré dans la vallée du Nil par le Delta — atteste d’une manière particulièrement accusée une affinité directe de concept théo-cosmologique avec l'Asie ;

de l’autre, les cérémonies enthousiastes et mystiques associées aux cérémonies méditerranéennes et préhelléniques, de Demeter et de Dionysos (:), donnent lieu, on le sait, à une constatation identique.

La seconde, c’est qu’une tradition — que la science moderne a traitée non sans désinvolture — plaçait en Égypte l’un des principaux foyers de la religion pré-hellénique.

C’est à Saïs dont le nom reparaît, on le sait, également en Thrace (?), que Solon va s’enquérir auprès des prêtres de N'0-"A6nv3, la Porvinr e4(5), du passé des Grecs d'Europe, rep Pocuviws +6 [nom carien au pronnencher CO) :MRRE rot Nuobns (5).

Zyedbv... nat mavra Ta obvépara tüv Becv &6 Aïyümrou EARAUDE EG ThY ‘Erxxcèdz, dit, de son côté, Hérodote.

L’historien ne prétend aucunement, du reste, que ces noms fussent des noms égyptiens proprement dits, ce qu'il sait au moins aussi bien que nous.

Et, répétant son affirmation, il insiste : doxéwv d'ôv pæuora &r ‘Atyümrov ari/0a. Il ajoute, d’ailleurs, suggestive remarque : rüv Ôè ob oaot 6eüy vuwoozev Ta obvopata, ‘obtot dé por Doxéousr dd [Ishasyüv (c’est-à-dire par les peuples asiano-méditerranéens) obveuaobñvar, ua (5). |

Il est bien évident que ces noms — dont les « Égyptiens » euxmêmes reconnaissent avoir eu connaïssance longtemps avant les Grecs (7) — sont de physionomies phonétiques voisines; que ces personnages divins sont de type tellement similaire; que leurs légendes sont trop

(1) V. à ce propos, P. FOUCART, op. cit.

(2) Arat. vit. p. 52, édit. WWESTERMANN.

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