LYCOPHRON
(4) PAUSANIAS I, 39, 5 ; 40, 6; ÊT. DE Byz. s. v. Kapia.
(s) Nom du même stock, préservé en Lydie, Cariens-Mysiens-Lydiens étant frères (HÉRODOTE I. 171). — PLATON, T'imée, 21 E -— 22 C.
(6) HÉroporE nu, 50. Cf. avec GENÈSE X, 6, 13-14 qui confirme.
(7) Ibid. La Bible corrobore entièrement l’historien grec.
solidaires les unes des autres, trop enchevêtrées entre elles pour que ceux des dieux venus d'Égypte en Grèce puissent être de souche bien foncièrement différente de leurs confrères insulaires et méditerranéens.
Visiblement, nous avons affaire, en lespèce, aux productions d’une vaste usine religieuse commune ; mais celle-ci n’étant, ni proprement égyptienne, ni sémitique, ni grecque, ne saurait être, cela est manifeste, qu’asiano-égéenne.
Ici, toutefois, deux remarques importantes s’offrent à nous.
La première, c’est que la religion hellénique proprement dite plonge par toutes ses racines dans celle des peuples de la mer dont la civilisation a, de beaucoup, précédé la sienne, qu'elle à pour ainsi dire, incitée à naître.
Les plus anciens sanctuaires de Samothrace, de Lemnos, de Tenedos, de Delos sont dans des îles.
C'est au Minotaure crétois qu’Athènes expédie — tribut sanglant — les victimes qu’elle doit, chaque année, servir au dieu du souverain redouté,
Ce sont des insulaires, encore, qui fondent — ou re-fondent — Je culte de l’Apollon pythique.
C’est à Papos que Ménélas, l’Achéen, va consulter Protée.
Ce point ne fait donc aucun doute.
Dans toutes ces localités ou îles importantes, les « Phéniciens », Cariens, Lélèges ont précédé les Grecs, et de beaucoup (*).
Mais cette religion plus ancienne, à son tour, présente d’incontestables affinités avec tout un ensemble de croyances antiques dont le Véda et l’Avesta nous ont conservé d’importants vestiges (2).
Ces ressemblances sont, au demeurant, assez curieuses pour avoir suscité, voici plus d’un demi-siècle, une vaste théorie comparative dont on ne sait trop ce que l’on doit le plus admirer aujourd’hui : de son ingéniosité perspicace ou de son imprudente méthode.
(1) Cf. Thucydide 1, 2 : ris yao éuroplas oùx oÙsne 080" Ereperyvhvres de aXkfhots oÙte xatà yhy oÙte Duà aldosne, tk. (Cf. aussi, bien entendu le témoignage du même à propos de la purification de Delos). Le passage ci-dessus s’applique exclusivement au fond sédentaire de la population. Car Thucydide, à la ligne précédente, rappelle le flot ininterrompu de tribus qui s’écoulait [forcément vers la terre et la mer].
(2) Il va sans dire que Veda et Avesta combinent cet élément commun avec d’autres traditions, où plus archaïques ou locales, en sorte que celui-ci est loin de s’y trouver à l’état pur. Nous avons affaire, en l'espèce, à un sédiment très complexe résultant du tassement successif de panthéons officiels. Toute une immense histoire politique, diplomatique, religieuse sert, évidemment, de soubassement aux édifices védique et avestique. Peu nombreuses, des affinités égéo-védiques sont, toutefois, sûres.
TRQYU : DIFEUSION DE SON NOM 153
Elles n’en comportent pas moins d’évidentes identités.
C'est pourquoi l’&srée du panthéon grec, aux fonctions si parallèles à l'rjipyä-çyend se rattache, à n’en pas douter, au même ensemble.
Dès lors, on se trouve, en quelque sorte, contraint d’admettre que l'oiseau du tonnerre faisait, lui aussi, partie des croyances méditerranéennes, Où la hache -1aépus fulgurante tient une si grande place.
Il ne pouvait donc manquer au foyer de religion préhellénique que constituait l'Egypte, base de départ importante du culte de Demeter ; terre d'élection, par conséquent, du dieu viril et prophétique dont le culte est inséparable de celui de la commune mère.
Dès lors, l'équation : asiano-méditerranéen Atyurtos — la jerre. du faucon (ou de l'aigle asx5s, çyend-, etc.) apparaît parfaitement légitime, imposée même, peut-on dire, par la force des choses (*).
Elle l’est d'autant plus que nous avons relevé dans le langage de l'Egypte, dès les temps les plus anciens, maintes traces non équivoques de contaminations lexicologiques dont la source réside, à n’en pas douter, en Asie Mineure (2).
(1) -ÿa-, -10- étant dans yjipyd-, aiyuri6s une terminaison adjective, Aryurtos se décompose, selon nous, en Atyur+-ro-<. De ces éléments, le premier n’est autre que le thème aiyux- le <o- tenant lieu de fà/da [l’on sait que le a en Asie Mineure est grave], vocable d’origine sans doute cultuelle, commun dans le sens de ferre aux lexiques de l'Égypte et de la Méditerranée. Cf. p. 96. Nous avons, au reste, rappelé que — les deux terres est l’un des noms protocolaires du pays. Dans cette construction, le déterminé précède donc, en composition, le déterminant, conformément à l'usage asiano-grec. Cf. p. ex. Modovestia,, etc. L’on peut en déduire également l'absence au moins partielle de désinence en ancien préhellénique, absence que confirme ŸT2 comparé à 6vacds; TON cp. à 60dvn, T2 à qÜxos, etc.
(2) Cf: p. 94 segq. Une fois pour toutes, il doit être bien spécifié que l’on n’entendici, en aucune manière, attribuer à aucun des termes ou des concepts cosmo-théologiques intervenant au cours du présent exposé, un certificat d’origine absolue quelconque. Dans une histoire aussi complexe, aussi brouillée, dès l’origine, que l’histoire de l'Asie Mineure, pareille prétention n’impliquerait, tout au plus, qu’une méconnaissance totale des conditions géographiques, ethniques, économiques, politiques, religieuses qui ont présidé au développement de la civilisation en ce canton. Non moins qu'Homère, les textes des Pyramides, les Védas, les épopées hindoues, l’Avesta, la Bible, les historiens grecs nous font entrevoir un fond d’horizon, confus mais grandiose, où d'innombrables clans s’écoulent, luttent, s’allient, se séparent sans trêve, pour créer ou pour détruire, pour . affirmer ou pour nier. La culture asianique s’offre à nous, actuellement, comme une masse composite, de cohérence à peu près homogène bien que des plus diverse dans le détail. Nous la prenons felle quelle, dans sa vaste et complexe unité. Le temps se chargera, plus tard, d'y permettre les discriminations nécessaires. Mais il doit être clairement établi que, dans le présent volume, asianique ne signifie nullement, ipso facto, que tel ou tel mot est où n'est pas indo-européen. Comme nos langues modernes perdent leurs carac-
Le caractère liturgique de certains de ces emprunts mérite, on le conçoit, d’être ici rappelé (*). |
Les indices, signalés tout à l’heure, d’un contact passablement intime entre l’idiome de ces Lyciens qui vécurent en Troade, en Attique, en Crète, en Lycie, et le parler d'Égypte ne sont pas moins suggestifs à ce point de vue (2).
Le témoignage de Genèse X ne saurait pas davantage être laissé de côté.
Nous avons donc, dès maintenant, de fortes et nombreuses raisons d'admettre qu'Aïyurros tout comme Môcpa, ’Acpia, ‘Hozotiz, etc., vient du grand continent voisin ; qu’il fait, comme ces mots, partie du même fond composite caucaso-indo-iranien (5).
Il y a mieux encore, cependant. Car le témoignage des Égyptiens euxmêmes, si sujet à caution qu'il puisse être en bien des circonstances, nous vaut, En ce Cas, un argument décisif.
| Les Égyptiens, en effet, attribuaient aux Semsou Herou, ) Th NS “ aux sectateurs du faucon « l'honneur d’avoir constitué l'Égypte telle que nous la connaissons dès le début de la période historique (+). D'abord divisées en un grand nombre de tribus (5), elles commencèrent par établir sur plusieurs points à la fois de petits États indépendants dont chacun avait ses lois et son culte (5) ».
tères constitutifs pour se rapprocher de ceux des idiomes dont elles dérivent, à mesure que l’on remonte dans leur passé, l’ensemble de concordances que l’on désigne du nom conventionnel d’indo-européen paraît devoir se résoudre en des composantes variées sitôt que l’on aborde cette curieuse et cosmopolite période où la civilisation et, jusqu’à un certain point, l’usage linguistique postérieur des civilisations occidentales classiques, se sont, lentement, élaborés.
() V. pp. 32, 0. 3 et pp. 94 et seq.
(2) V. pp. 122 et seq.
(3) Rjipya- est certainement indo-iranien. L’est-il d’origine? V. p.sI,n.1.
(4) Cf. à ce propos CH. KuENTz, op. cit., p. 17, n. 2. A l’occasion de cette tradition et des détails qui suivent, noter que l’origine caucaso-indo-iranienne du nom de l'Égypte résulte, en quelque sorte, des conditions politiques que l’on peut entrevoir à l'origine de son développement historique. V. plus bas à ce sujet.
(5) Pour le processus de diffusion, cf. avec le passage de THUCYDIDE I, 2 : où réhar Éebaiws oixouuévr xt, et les multiples témoignages de l'épopée, d’'Hérodote, de Strabon etc., relatifs à l’extrême diffraction des tribus en Méditerranée préhellénique.
(6) MASPERO, H. anc. des peuples de POrients, Paris 1886. p.18. Voir mes remarques au sujet du rôle organisateur de ces peuples dans mes « Phéniciens », p. 82 et seq. Cp. ceci avec le procédé des peuples de la mer et l'organisation créée par eux et leurs congénéres en Grèce, en Italie, dans l'Égée préclassique.
4 Re EE EAT AE
TRQYU : DIFFUSION DE SON NOM | 155 Ce faucon céleste, auquel un texte relativement récent — mais d'époque érudile — conservé par les inscriptions d’Edfou, donne le titre de él en
= PE vu — Seigneur des Ha-Nebou (*), avait, selon la tradition indigène, fondé avec ses suivants les fêtes de Sothis-Sirius ainsi que le temple de Hathor à Denderah (°).
Tout ceci mérite attention.
Le qualificatif étrange, dont les rédacteurs sacerdotaux de l'inscription d'Edfou accompagnent le nom du dieu, a suscité quelque étonnement. Aussi, a-t-il paru suspect à certains qui l’ont, naturellement, aussitôt dénoncé comme un faux ou comme une fantaisie de prètres, ce qui revient au même.
I ne paraît nullement nécessaire d’avoir recours à un expédient aussi désespéré.
Les raisons en sont évidentes à tout esprit non prévenu.
C'est un fait bien connu que les clergés constitués et les textes liturgiques, dans tous les pays, dans tous les temps, archaïsent toujours.
Qu'il s'agisse des Vedas ou du chantdes Arvales, des formules du Livre des Morts ou des liturgies chrétiennes, langue de prêtres, idiotismes rituels constituent le conservatoire, le musée, vers lequel linguistes, historiens des lois ou des religions, archéologues s’orientent dès abord sitôt qu'il s’agit pour eux d’élucider le problème des origines,
L'on sait que les protocoles officiels, de source en grande partie sacerdotale en principe, offrent, à bien dre égards, exactement les mêmes caractéristiques.
Le fait s’explique d’autant mieux que les clergés orientaux, autrefois
(1) BrucscH, Dictionnaire géographique, p. 1382. Cf. ÀZ. 84, 94. W. M. MÜLLER, Asien u. Europu, p. 26, s'étonne de ce titre, qu’il traite de « merkwürdig ». Mais il tourne aisément la difficulté : Wer sich erinnert, wie leicht die Priester, falls eine Stelle in der Wanddekoration auszufüllen war, ein Dutzend neuer Namen für ibren Lokalgott erfanden, wird hôchslens eine Andeutung darin finden, dass auch die Griechen den ebrwïrdisen Horus von Edfu gelegentlich verehrten. Cette solution est d’autant plus fantaisiste que rien n’imposait aux prêtres l’usage d’un titre aussi caractéristique, le protocole égyptien abondant
en formules ronflantes appropriées à toutes les superficies. Par une curieuse inconsé-
SE quence, quelques lignes plus bas, à propos du titre de (ER LD PA Cu
champ(?) des Ha-Nebou, le même auteur dit, au contraire : die Benennung.. mag auf die Zeit der ersten griechischen Ansiedlungen zurückgehen. Ces variations de point de vue, que rien ne vient justifier, étonnent de la part d’un savant d’aussi grande valeur.
(2) MasPERO, op. cit., pp. 73 et 82. Pour les autres éditions, cf. Index, s. v. Shosou- Hor.
156 CHAPITRE Ill
comme aujourd’hui, étaient à peu près seuls à posséder science et archives.
C'était à eux que rois ou voyageurs (Hérodote et Solon, par ex.) s’adressaient lorsqu'ils désiraient avoir des détails diplomatiques où historiques plus particulièrement précis. ,
Les lamaseries évoquent encore une image relativement-fidèle d’un état scientifique et intellectuel rappelant d'assez près celui de l'ancien monde asiano-méditerranéen.
Dire que le qualificatit est de source cléricale n’équivaut donc nullement à démontrer qu’il soit fictif. Tout au contraire.
Arguer de ce que le titre est de date relativement récente (1) ne signifie pas davantage.
Il suffit, en effet, d'ouvrir la grammaire égyptienne d'Erman (2) pour y trouver, dès les premières pages, la preuve qu’à partir de l'époque des . Saïtes, l’archaïsme et la recherche d'archaïsme dans l'écriture, dans la langue, dans les formules constitue, en quelque sorte, une mode permanente en Égypte.
A l'instar des vieillards, les peuples vieillissants se plaisent à « tisonner dans leurs souvenirs ». L’alexandrinisme, l’Empire romain, de Virgile à Varron, n’ont pas fait autre chose.
Jusqu'au temps, relativement moderne, où l'observation directe des réalités concrètes est devenue la source principale du renouvellement intellectuel et scientifique, l’exhumation de l'antique n’a cessé d’être la ressource essentielle et à peu près unique des cultures soucieuses de se rafraichir.
L'on sait de reste que tel vieux mot grec, comme csv ou bien d’autres, se fût perdu sans le zèle érudit d’un Callimaque ou d’un Apollonius de Rhodes.
Sous peine d'admettre, par conséquent, que des vérités d'expérience aussi constante cessent d’être vérités sitôt qu’elles contrarient l'idée que nous nous faisons des choses, il n’y a donc aucune raison, du moins jusqu'à plus ample informé, d'écarter ’épithète heg Ha-Nebou d'Horus comme étant sans portée parce que ptolémaïque.
Cette conclusion s'impose, même, d’autant plus que peu de souverains se sont montrés plus curieux d’antiquités hellénique et égyptienne, plus préoccupés d'en développer la science, que les Ptolémées.
Il paraît, dès lors, conforme et à Îa saine critique et au bon sens
(1) Époque ptolémaïque.
(2) V. les premiers $$ de la dernière édition.
d'accorder aux prêtres d’Edfou, leurs fonctionnaires et leurs contemporains, un minimum de science, voire d’érudition (").
L'origine orientale du faucon et de ses jemsouou ayant été signalée par ailleurs (2), inutile d’y revenir.
Quant au chemin suivi par le dieu et par ses bandes pour pénétrer en Qemit, il a, jusqu'ici, fait l’objet de quelque hésitation.
L’on peut, croyons-nous, se fondant sur les réalités religieuses autant qu'économiques, admettre que ce chemin recouvre en même temps la côte sud d'Arabie, les escales insulaires de l’océan Indien, de Zanzibar à Ceylan, et l’Éthiopie actuelle.
La question éthiopienne, extrêmement intéressante, mais aussi très complexe, exige, pour être convenablement traitée, des développements étendus qui ne sauraient être de mise ici. Nous y reviendrons, d’ailleurs, en son temps (5).
En ce qui concerne les iles de l’océan Indien sud-arabique, Diodore nous à conservé quelques précieux vestiges d'ordre cultuel qui, rapprochés du reste de notre documentation théologique, éclairent appréciablement cette partie obscure d’un obscur sujet (+).
Ce qui regarde le Hadramaut, plus aisément accessible, peut, provisoirement, se résumer en quelques mots (5).
(1) Une partie des excès manifestes de la critique moderne relative à l’antiquité tient, précisément, à notre avis à cette confusion déplorable constamment faite entre la date d’une source en tant que telle et celle des renseignements qu’elle renferme. Ce sont là, pourtant, deux ordres d’idées radicalement divergents. Etil n’y a qu’à feuilleter les Argonautiques p. ex. pour s’en convaincre.
(2) Cf. ci-dessus, p. 17, n. 2 et références.
(3) Pour entrevoir comment la plus ancienne Éthiopie (dont l’alphabet et le vocabulaire se rattachent, l’un entièrement, l’autre en partie, au sémitique méridional) se relie à l’histoire de l’expansion du monde asianique, il est, en effet, indispensable d’entrer en quelque détail dans l’histoire palestino-cananéenne, dans celle de l'Égypte hamitique (c’est-à-dire considérée dans ses rapports avec l’expansion asianique) et dans la question religieuse. Ce sont là trois secteurs importants dont le premier fera l’objet de notre prochain travail. Les autres suivront, le moment venu. Il ne saurait, on le conçoit, être un seul instant question d’aborder, même très superficiellement, un pareil ensemble ici. Suum cuique tempus. Notons seulement que la tradition classique largement représentée qui fait provenir du golfe Persique les « Phéniciens » vers le milieu du 3e millénaire, implique un archétype « Océan Indien » de la colonisation « phénicienne ». Reste à savoir dans quelle mesure les trouvailles archéologiques viendront corroborer les attestations traditionnelles.
(4) Cette question sera également traitée à part
(5) J'ai donné dans mes « Phéniciens » (v. p. 126-7) les raisons, à mon avis décisives, qui s'opposent à l’origine sémitique du mot Heru proposée par M. V. Lorer. En raison
158 CHAPITRE Ill
Bien loin d’être pourvu d’un nom sémitique, cette région porte, en effet, dès la plus haute antiquité accessible (*), un nom franchement asianique : celui de l’Hermés lydien : Aoapus (aussi Atpauvs) (2); inscriptions épichoriques niin.
À vrai dire, ce nom, qui implique un original asianique, *Atrrma- (5) n’est pas exclusivement lydien.
Car, si on le trouve porté par un fils de Sadyatte (+), par l'ASpay.irze, Ville de la région du Caïque, fondée, dit-on, par un Lydien, il paraît avoir été le bien commun des peuples-frères myso-caro-lydiens ainsi que de leurs demi-frères ou alliés, les Lyciens.
ADoapurris désigne une île de Lycie (5).
Suivant Dicéarque (*), ABoapurris (ou Arpapouc) est un Pélasge, fils de Thebe (7), etc.
du type et de l’origine du dieu, un rattachement de ce mot à un lexique allogène paraît pouvoir être pris en considération.
(x) Soit environ 800 av. J.-C.
(2) PTOLÉÈMÉE VI, 7, 10 appelle leg habitants Aôpauirat. SrrABON XVI, C. 768, dénomme la région Xatpauwritis. Les principales variantes connues sont les suivantes : Adovuîtar (cf. supra); Adpauvs — Atpapus — Arpauous (Ér. DE BYZANCE ; cf. SCHOL. ILIADE VI, 396); Xatoauts (EUST. DEN. PÉRIÉG. 954). Pour l’aspirée initiale, cf. cidessus, p. 40, n. 7. L’équivalence Eeprns — AGpau-(vs ?) nous paraît résulter de l’équivalence Epuwv — Adpauus attestée par Et. de Byzance (s. v. Adpaudtreov). Le terme est certainement phrygien dans la même mesure où les « Troyens, » dans Euripide, sont « phrygiens » aussi. C’est, en réalité un appellatif asianique commun aux Myso-Caro- Lydiens. Pour la popularité d'Hermès en Asie Mineure, cf. ci-dessus. Avec raison, SUNDWALL (KLIO, op. cit.) a compris ce mot dans sa liste de noms asianiques. Ce nom caro-myso-lydien est sans doute à rapprocher de ce fait que, dans l’ordre des temps, la thalassocratie lydo-méonienne est la plus ancienne. (Cf. EuSÈBE, Chron. I, p. 225). Il est assez vraisemblable que cette thalassocratie elle-même n’est que l’une des manifestations spécialisées d’un phénomène plus vaste : l’expansion économique des régions occupées et exploitées en premier lieu par les asianiques.
(3) Nous ne le considérons donc pas comme substantiellement différent de Aôpuuns. C'est là, selon nous, une simple variante de transcription de la sonante bourdonnante M. L'on trouve, au reste, dans les auteurs, les deux formes équivalentes AGoauvrns et Adçountos (v. les références dans P. B. s. v. Adoÿun<). Inutile, pensons-nous, de faire remarquer que le sémitisme originel des « Phéniciens » fondateurs de Carthage ne s’en trouve pas précisément fortifié.
(4) NicoLas DE Damas, fr. 63. Ét. DE Bvz. loc. cit., dénomme Aôpauvtns un fils d'Alyatte, se fondant sur Aristote (aussi Adospvrrns ; J. LYDUS, de mens. IV, 7).
CSNET:DE BrzAS2N
(6) Scnor. IL. VI, 396. Cf. avec ScuoL. HÉs. Op. 161.
(7) Nous laissons, à dessein, de côté la discussion des éléments constitutifs du nom que nous reprendrons en lieu convenable.
Ce nom, qui n’est pas grec, n’est donc certainement pas sémitique, bien que les éléments en aient subsisté dans l’onomastique sémitique (:).
En arabe, le mot est devenu &:,5,$S — Hadramawt et se prononce d'ordinaire Hadramat.
Voir désigné d’un appellatif théophore dérivé du nom du dieu du commerce un territoire dont l'importance fut capitale autrefois, soit pour le transit des marchandises de l’océan Indien, soit pour l’entreposition des produits aromatiques dont l'Arabie fut, longtemps, la grande pourvoyeuse, c’est une constatation, de prime abord, assez normale.
Le peu qui reste de l’histoire du pays, histoire dont la période de plus grande prospérité n’est déjà plus qu’un souvenir dès nos plus anciennes inscriptions (2), témoigne, au reste, de sa haute fortune matérielle au temps lointain.
La grande taille de ses habitants, leurs constructions imposantes, la facilité proverbiale avec laquelle ils passaient pour avoir manié des blocs de pierre cyclopéens (5) ; les traditions semi-légendaires mettant leurs princes en rapports avec l’Asie Mineure, l'Inde, l'Égypte, évoquent ces pag 2(4), ces l'éyavzes (5) dont l'audace militaire, les randonnées, les édifices solides étonnaient et effrayaient à la fois Israélites, Égyptiens et Grecs. Si le peuple n’est pas identifiable, le type de civilisation est donc, manifestement, conçu suivant le même standard.
Une expansion commerciale très antique par le golfe Persique et le long du littoral arabique (est et sud) de l’océan Indien n’offre, au reste, en soi, rien que de très naturel de la part de clans asianiques préoccupés avant tout d'étendre leur cercle d’affaires.
La présence en hébreu, en égyptien, en grec, de mots allogènes — mais supposant, pour la plupart, un intermédiaire transmetteur — pour désigner certains textiles ou étoffes, le riz, le singe, le bois de
VIRE DAT es: Dos, et probablement DYTN, vocalisé à tort, selon nous, DTTN par les Masorètes (IT Sam. XX, 24 ; I R XII, 18: 0977 — noter l'aspiration — II Chron. X, 18).
(2) Cf. Encyclopédie de PIslam, par HoursmA, BassEr, ARNOLD, HARTMANN, Paris 1913, t. I, pp. 374 et seq. 382 et seq. où l’on trouvera les éléments d’une bibliographie. L'ouvrage, aujourd’hui vieilli, de A. P. CaussIN DE PÉRGEVAL, Essai sur l'histoire des Arabes, Paris 1902, reste, néanmoins, encore des plus utiles. Cf. t. I, pp. 135 et seq.
(3) Cf. CaussiN DE PERCEVAL, I, pp. 12 et seq.
(4) P. ce terme, v. mes « Phéniciens », Index, -s. v. Le y, qui correspond graphiquement à VO grec, fait fonction de F comme en Crète.
(5) Peyavria — Avxix. Cf. Hésicaius, s. v. et Er. M. Comme le héros Adeauvkns (variante probable d’Adoauve ; Êr. DE BYZANCE, s. v. Wuxtiotos), les éyavres passaient
pour avoir été vaincus par Héraclès (STRABON, ap. ÉT. DE Bvz., s. v. Az TOup0v).
160 CHAPITRE ll
santal, l'ivoire, le paon, certaines pierres précieuses, les principaux aromates, etc., donne à lasianisme initial de cette côte au nom asianique une très grande vraisemblance C3}:
Entre l’océan Indien, l'Asie antérieure et, plus tard, la Méditerranée, l'Égypte, l'Afrique du Nord, la côte du Hadramaut, en cette mer à moussons, méchante aux frèles bateaux, fournissait l’un des points d'appui les plus continus de l’est à l’ouest.
Des peuples chez qui le culte et le rite tiennent une très large place sont, forcément, très gros consommateurs de résines odorantes.
Et l'expansion commerciale anté-méditerranéenne, qu'Hérodote, Strabon, et bien d’autres signalent dans la région maritime située au midi de la Mésopotamie, ne pouvait pas ne pas aboutir très vite au Hadramaut et, de là, aux échelles de l'encens, à l'océan Indien (?).
L'époque à laquelle l'on peut situer ce commerce est, naturellement, assez indéterminée (3).
Elle n’en est pas moins extrèmement ancienne, puisqu'elle date d’un temps antérieur à la venue des « Phéniciens » en Canaan, soit, sensiblement avant 2000/2200 avant J.-C. minimum.
C'est même en ces parages que ces futurs convertisseurs, initiateurs, pourvoyeurs de la future Méditerranée minoenne avaient acquis et développé leur expérience. Car ce furent des marins déjà consommés, familiarisés dès longtemps avec la navigation au long cours, qui vinrent ëtablir leurs bases à Sidon et à Tyr..-.. oixéoavrae 59910 rdv YOpOY Toy nai vüv otxéouot, AUTRE VAUTLAINOL AXPAOL ëm10ésôat. . ... € sans plus tarder, de suite, ils s’'adonnent à de longues randonnées maritimes » (+). Ceci n'est aucunement le fait de débutants.
(x) Voir les lexiques de BUDGE pour l’égyptien, la Grammaire de GESENIUS-KAUTZSCH, 28e édit., introduction ; le diction. étymol. de BolsACQ, S. vv. dpvta, #ñBos, sivèwv,
raw, etc. Cf. Égyptien 1] $ Fr äbou — éléphant avec sscr. ibha- — do.
(2) Les Sumériens (Gudéa par ex.) tiraient d’Arabie du bois, des pierres dures, des métaux, des aromates pour leurs temples.
(3) Une exploitation économique des ressources d’un pays n'implique, d’ailleurs, nullement une conquête, du moins en principe. Et la pénétration pacifique est le procédé le plus habituel, le moins coûteux et le plus sûr à la fois pour toute expansion mercantile à ses débuts.
(4) HÉroDoTE I, 1. Nous n’ignorons pas les innombrables commentaires qu’ont soulevés ces questions. L'essentiel des sources et de la bibliographie s’en trouve dans la G A5 d'E. Meyer. La moindre objection que l’on peut adresser aux détracteurs d’une tradition aussi cohérente, c’est que leur information est très loin de valoir soit pour la proximité des temps, soit pour l'abondance des informations vécues, orales ou écrites, celle d'Hérodote et de ses sources. L'onomastique confirme ici les auteurs.
Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, la direction seule du cours des grandes voies navigables, routes marchantes qui, de haute Asie, dévalent vers les rives de Mésopotamie, contribua certainement dans une large mesure à déterminer cette ancienne localisation d’un commerce naissant auquel les encens etles myrrhes de l'Ouest, les mille richesses du Sud offraient d’inépuisables et proches aliments.
L’asianisation mercantile de l’Arabie méridionale trouve, d’ailleurs, un appui et dans les anciennes traditions arabes indigènes et dans les résultats d'ores et déjà fournis par l'anthropologie de la région.
L'on sait, en effet, que les généalogistes arabes qui ne se bornent point à démarquer purement et simplement les récits de l'Ancien Testament distinguent en Arabie propre deux couches de populations : les « vrais Arabes » (— al ‘Arab al-‘arbà : Adites, Thamoudéens, Amalécites, Kahtanides, etc.) et les Arabes arabisés » (= al ‘Arab al-muta ‘arriba où al-musta ‘riba). L'on donne aussi le nom de « vrais Arabes » aux Bédouins, qui parlent le plus pur arabe (*).
Il est, évidemment, difficile, du fait des migrations intervenues, de déterminer aujourd’hui la composition exacte de ces deux groupes.
Un fait important pour nous n’en demeure pas moins certain : l’existence, en Arabie même, d’une tradition indépendante et préislamique répartissant les habitants de la péninsule en deux catégories bien tranchées : les indigènes et les immigrés.
Si l’on rapproche ces données des constatations recueillies par quelques enquêtes anthropologiques effectuées au cours de ces dernières années, lon constate, en effet, la présence dans le pays — réserve faite de l’élément africain — d’un type arménoïde distinct par sa massivité, son fort squelette, son nez développé, du type plus svelte, à musculature moins lourde, à nez aquilin, qui constitue l’un des éléments fondamentaux de la population (2).
Comparée avec les récits relatifs à la taille prodigieuse des Adites (5), à
(1) Cf. Encyclopédie de PIslam, t. 1, PP. 377 seq.
(2) Cf. C. G. SELIGMAN, The Physicai characters of the Arabs (Journal of the Anthrop. Institute of Great Britain, Janv.-Juin 1917) ; l’auteur y démontre la contamination manifeste de la Mésopotamie et de l'Arabie méridionale par un élément commun de type brachycéphale certainement originaire du haut pays. Rendant compte de cette étude, DE ZELTNER, dans l’Anthropologie, t. XXVNIII (1917), p. 586, remarque que « la ressemblance est frappante entre les crânes asiatiques publiés par Chantre et un crâne arabe provenant d'Orman, reproduit par S ». Ceci est à rapprocher des conclusions de A. Mocui, Sulla anthropologia degli Arabi, Archivio per l’antropologia e la etnologia, 1907, fasc. 3.
(3) V. Caussin DE PERCEVAL, Loc. cit. Pour la bibliographie des Adites, dont l’on a, bien entendu, nié l'existence, v. l’article de F. BuuL, Encycl. de l'Islam, t. I, p. 123-4.