‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 43 sur 69 · C. AUTRAN. — Tarkondemos. II · texte numérisé non relu

C. AUTRAN. — Tarkondemos. II

leur force, à leur type de vie actif (F) et militaire, cette constatation 4 son prix.

Si elle n’est susceptible d’aboutir à aucune conclusion positive, l’on peut, du moins, en déduire que tout indique et que rien n'exclut une immigration très ancienne d'éléments blancs de haute taille venus du

haut pays asianique par le Nord (:).

Les contacts et mélanges de l'Arabie du Sud avec Égypte, l'Afrique orientale, les Indes hindoues et néerlandaises résultent trop immédiatement de la nature des choses et de la situation géographique et économique du pays pour que l'on doive cesser de les admettre à quelque époque que ce soit, sitôt l'usage de la navigation entré dans la pratique.

La religion des anciens occupants de l'Arabie du sud (3) n’est pas, ici,

moins suggestive.

Car l'adoration du dieu lune, — dieu du soma, ne loublions point (4) — : Sin (= le Sin des Babyloniens) et d’‘Athtar (= l'Itar babylonienne avec dentalisation de la chuintante, selon le phonétisme du er), conservée par les Sabéens sous son nom d'ës (> Athirat), et appelée aussi du terme sémitique générique lat, la Déesse, nous raménent encore à ce vaste système théo-cosmologique dont nous avons au cha-

pitre 1 sommairement rappelé l’économie générale. Ici, comme ailleurs, ce système subsiste, inaltéré dans son ensemble, depuis plus de 2000 avant notre ére (5), nonobstant d’inévitables (et,

(1) Ce n’est pas précisément, On Je sait, la qualité dominante en Arabie propre, au nord du Hadramaut. Et la rupture de la digue de Mareb atteste que l'entretien nécessité par de pareils ouvrages avait été singulièrement négligé par les descendants des constructeurs.

(2) Notons à ce propos que les procédés agricoles dans l’Arabie du Sud témoignent d’une technique sensiblement plus avancée. Cf. SELIGMAN, op. cit.

(3) La principale source est, ici, le CIS, Pars IV, t. I et IL. Les inscriptions n’en remontent guère plus haut que le premier millénaire, mais ce que les inscriptions cunéiformes nous montrent de l’onomastiquerarabe et la persistance de l'antique dieu Sin dans la contrée, paraissent exclure l’hypothèse que la région ait subi au cours du millénaire antérieur > 2000/2200 des transformations très appréciables, à part une sémitisation graduelle probable de lélément allogène immigré. Pour ‘Aiblar = nny cf. par ex. CIS, IV, I, fasc. 1 : no 5; 21; 29; 41; 42; fasc. 2 :-102 ; 104; fasc. 3 : 155; 171; 182 ; 229 ; 268 ; etc.

(4) Cf. par ex. A. A. Mac DONELL, Vedic Mythology, pp. 107, 112, 113, 129: CE. aussi Atharva Veda VII, 81, 3. À. HILLEBRANDT, Ved. Mythol. 1910, pp. 67-79.

(s) Les noms théophores d'Arabie que nous ont conservés les inscriptions cunéiformes nous montrent, en effet, l’ensemble du système religieux constitué sur une base identique, en somme, à celle que dénoncent les plus anciennes épigraphies indigènes.

d’ailleurs, secondaires) altérations (*) en ce pays exposé à tant de contacts divers. ù

Nous avons donc devant nous, une fois de plus, les deux grands dieux antiques, fécondateur et nourricier (2), dont l'union annuelle, physique et mystique, assurait, dès le xx1° siècle avant J.-C., la vie du monde.

La déesse, devenue dieu, porte cornes, emblèmes de la force. Épouse du ciel, elle s’est assimilée ici au ciel lui-même sans que son essence initialé en ait été, toutefois, foncièrement altérée.

Quant au dieu Sin (5), seigneur de la tiare, bel a-g1-i (+), « dont la

äprn (5) resplendit au milieu des dieux », c’est le portier (5) du temple, c’est-à-dire d’Enlil.

(1) C’est ainsi qu’/ÿar y est devenu mdle, avatar auquel l’exposait, au reste, sa teprésentation sous forme de dea barbata, si fréquente en Asie Mineure. Cf. à ce sujet suprä, p.18,n. r.

(2) Tel nous paraît être, en effet, le sens d’Jétar — NANCY, simple forme féminine séritisée par un -{ final (cf. lanalogie de roy N2n2) du thème *vasty- dont dérive l'Asteewy crétois (v. p. 33, n. 2). Les bétyles à mamelles symbolisant la déesse en Méditerranée (Sardaigne) ne sauraient laisser subsister le moindre doute à cet égard (v. plus loin, $$ III et IVetle Manuel d'Archéologie de Déchelette, t. I, PP. 441 etnote 5). Le bétyle arborescent dont il sera question $ III, simple variété végétale du bétyle de pierre, présente exactement les mêmes caractéristiques et « symbolise la poitrine de la femme » (cf. L. SIRET, La dame de l’érable, dans lAnthropologie, t. XXX, 1920, p. 247). Le ÿ de MN®Y est un simple F/o de transcription. La semi-voyelle initiale #, se résout en ily ou en gutturale en sémitique d'Asie Mineure (cf. par ex. sém. com. wasaba > à ass yrobabyl. afabu — 2%. L'emploi occasionnel du 2 pour rendre le phonème asianique m/w est, d’ailleurs, attesté par l’équivalence Tpy —= ASSÿr. Amqarrüna, ville philistine. Pour 0 — F cf. BRUGMANN-THuMB4, p. 44. Une lettre, surtout dans les noms propres théologiques, dont la transmission se fait surtout bar écrit, n’est pas nécessairement un phonème toujours exactement identique à lui-même, C’est aussi un expédient graphique et la place du y dans la série alphabétique justifie pleinement cet emploi. La graphie cunéiforme nous a, d'ailleurs, conservé Geï-dar à côté de J$-tar. Cf. par ex. : Code de Hammurabi 3, 54 ; THUREAU-DANGIN, Lettres et contrats de l'époque de la première dynastie babylonienne, p.62 (n. pr.) ; DE GENOUILLAC, Trouvailles de Drehem, p. 7 ; aussi Eÿ-dar, THUREAU-DANGIN, Rec. de Tabl. chald. 355, face, 5. Pour les étymologies d’Iëtar à ce jour, cf. Jos. PLessis, Étude sur les textes concernant TStar-Astarté. Paris 1921, pp. 1-14.

(3) Sur ce dieu, voir Étienne CoMBe, Histoire du culte de Sin, Thèse de Paris, 1908 : PERRY, Hymnen und Gebete an Sin 1907.

Les conséquences importantes des indications ci-après ainsi que d’autres du même ordre qu'il nous a été donné de faire seront déduites, ainsi qu’il convient, dans un ouvrage distinct. Nous entendons, cela va de soi, nous borner ici exclusivement au strict minimum indispensable à la marche de la présente démonstration.

(4) CF. COMRE, op. cit., pp. 10-11 et 28: A. DeiMEz, Pantheon Babyl., p. 238 a.

(5) Assyr.-babyl. Serizu [sens probable]. Cod. de Hammurabi, 43, 41 et seq. Pour les autres Symboles de Sin, v. FRANK, Bilder u. Symbole babyl.-assyr, Giter, 1906, pp. 12 et seq. ; WARD, Seal cylinders of Western Asia, 395, 3

(6) Nous verrons plus loin l'intérêt de ce qualificatif. Pour le titre lui-même, voir ST. LANGDON, BabyJonian Liturgies, pp. I et seq. ‘

Venu de Mésopotamie sumérienne (°), il porte, entre autres, les noms suggestifs :

de TUR-KU, avec la glose DU-MU-GU — fils de Ku (?) (Ku = le Chien ou le Bélier, peut-être Saturne-Kronos ; (G)

de UD-SAR — lumière + briller, que les Assyriens ont rendu par ÿa à peu près m2 \nn UN, C'est le dieu don! la sortie est

sisu namrat —= brillante (+) ; de 4BU ou SIR — assyr.-babyl. nûru — lumière (S) ; de SU — assyr.-babyl. büru — ieune bœuf ES de 4-SUL-SAG-GA — idlu — homme, héros, (7) ;

(x) Cf. COMRE, op. cit, p: 92.

(2) Ibid., p. 8, 1. 8). | |

(3) V. BoucH£-LECLERCO, Astrologie grecque, pp. 57, 1: 58. 41. 196, 2. 478, 1. 483, 3. Ces identifications sont précaires.

(4) COMBE, op. cit., pp. 7-8 et note 6. L'on comparera, naturellement avec les qualificatifs bien connus de l’Agni védique : vicam usarbhüt (R. V. I, 65, 9) des vici (uicus, 005) celui qui se lève à l'aurore (usds — Rôte des Himmels, Morgenrôte ; Abend u. Morgenrôte) ; le dürébhab (ibid. 10 — au loin lumineux) ; le désireux-de-briller (v. p. 18); le lumineux (ibid.) ; le uttam6 rocanänäm (= le plus élevé des lumineux ; R:V: 520); tanñrüc- —= au corps brillant, resplendissant par lui-même (R. V. I, 1, 9); jyôtiranika- (— au visage de lumière ; R. V. VII, 35, 4); cücih çukr6,. rérucänab (IV, 1,7); IL, 1, 1 jäyase çücih — tu nais brillant ; etc. En-xu, origine possible de 77, est tout particulièrement intéressant en ce qu'il montre un état religieux où la bête est conçue comme investie de dons divins à elles propres. Les contes de Tripitaka et la littérature tantrique nous ont conservé de nombreux spécimens plus modernes de conceptions analogues. Le serpent de la Genèse est, lui aussi, à sa manière En-u ; cf. Genèse III, 1. Nous en verrons plus loin d'autres exemples.

(s) DEIMEL, op. cit., p. 79 b, no 372 et p. 239 b, n° 2930 et COMBE, p. 9 et n. 3.

(6) CoMBE, op. cit, p. 9, 1. j., et p. xvur où Sinest dit #77 Samê — buffle, taureau des cieux. Rapprocher ceci d’Agni — taureau — vrsabhd- R. V. X, 8, 1, où Agni est dit: taureau qui fait bruire les deux mondes (— ciel et terre); cf. encore I, 58; 5; 140, 6; 146,125 1V,5,:35/V, 15185299 12 ; VI, 16, 39; VIIL, 49, 13 ; X, 4,5: 5,7; 8; 1%#"140) 6:187, 1. Agni est également appelé veau où jeune bœuf : 1, 65, 10; 72, 2; VII, 6r, s,etc.; pour le soma-faureau, ŒURV. IX 18542010, 433357593470 0000 URI 6-7; 71,9: 73 253 74 35176, 53 83, 35 87 73 92, 6; 95, 43 96, 6; 19-20; 97, 9; 41; 110, 9 ; etc. Voir BERGAIGNE, Relig. védique 1, 15-142. 222. Pour Sin-taureau, cf. encore COMBE, pp. 144, 153:

(7) Jbid., p.9, 1. k. Cf. avec les titres de Maoväs, Kodpos, yahi, etc., dont il a été question plus haut, chap. I, ainsi que le juvénile dieu crétois dont le chêne est l'emblème (voir S III à ce dernier propos); v.p. 13, n. 4 ce qui est dit de yahi-, yévan-; et comparer avec les titres si fréquents de wrd-=— homme, héros ; nf- — même sens; çüra-, dv, donnés par le R. V. à Agni-Soma et le titre de ydvigtha- = le plus jeune, le très jeune si fréquemment décerné à Agni-Soma, les idées de jeunesse et de haut voltage viril et physiologique étant connexes. Cf. par ex. BERGAIGNE, Relig. védique, 1, 43-4 ; cf. aussi R. V. IT, 5,5; 9 ; etc.

de SAG-(GA) — reÿtù — FÈNT — principal, premier (*) ;

de “LAM-GA = assyr.-babyl. namgaru — charpentier (?) ;

de 2NE-DAR — assyr.-babyl. émug liti == fort (5) ;

de *KU-AN-NA — "4 rubñ Same « prince des cieux » ; aussi MAH-AN- NA (4);

de 4AN-EN-LIL-LUGAL-ZI = ‘ j]u Bel ÿar napislim — dieu Bel, « roi des êtres vivants » (5);

de *-BAB-BA-NU-IL-LA — gmu la padñ — ouragan qui n'épargne rien (5);

(1) Tbid. Combe traduit : le héros principal, le premier par le rang. Il paraît préférable de traduire étymologiquement le capitaine, la têle ; cf. WN9 — téte. CF. les titres de fête du ciel et du monde, donnés à Agni-Soma, qui est le principe, le fœtus de tous les êtres CRE 0) RE VELO 2 ae TER F4 LV: TEL FEV ILE TO NX, 88; 6: 16 ; etc. Voir GRASSMANN, W.-B. 7. R. V.s. vv. mürdhan-, agriyä-, uttamd-. Cf. encore pour Soma R. V. IX, 27, 3; 69, 8, et les forces héroïques (proprement : conquérantes de butin — väjina) d’Agni.

(2) Tbid., p. 10, L. m.). Combe ne sait ici à quoi attribuer l’origine de ce titre, qui n'est autre, cependant, que le correspondant exact de Tvdstar- le deus artifex (GRASSMANN, S. V. p. 564 et BERGAIGNE-HENRY, Manuel védique, lexique, s.v. assimilent le mot avec grande vraisemblance à fdsfar- — Zimmermann, Wagner ; Charpentier ; Charron < à V taks- Jaire œuvre d'artisan, künstig verfertigen, zimmern, qui est, en effet, l’une des incarnations d’Agni-Soma). Cf. R. V. II, 1, 5 où elle porte l’épithète gnü-van — pourvu de femmes, si caractéristique d’Agni ; cf. aussi I, 95, 5 ; 127, 3-4 où Agni-Soma est désigné du nom de charpentier, car il travaille le bois tel une hache. Pour Tvästar-, cf. par ex. BERGAIGNE-HENRY, /oc. cit. et BERGAICNE, Relig. véd., II, p. 45. En Sumérien l’idée d’habileté, dextérité, spirituelle et manuelle, s’exprime par le même terme gaÿam — sage, intelligent, habile ; mage, Meister, Werkmeïister (ces deux derniers au sens technique). Cf. DELITZSCH, Sumer. Glos. p. 85. 6

(3) lbid., p. 11. Cf. ce qui a été dit dans les notes relatives au faureau et au héros. Uord-, djistha — le fort, le trés fort, sont des qualificatifs courants d’Agni-Soma. Cf. également ci-dessus, p. 14, n. ce qui est dit à propos de sdhaso yévan et sdhasas süntib.

(4) Ibid. et DeIMEL, P.B. p. 173, n° 2070. Cf. ce qui est dit à propos de SAG- (GA). Titre peu intéressant car 1 est omnibus.

(s) Jbid. L'on sait que sdtpatih — seigneur des êtres, jätävedah — connaisseur des êtres sont des épithètes courantes d’Agni-Soma. Cf. par ex. R. V. IL 1, APCE ASIN F30: Atharva V.T, 7, 2 ;ilest le ràja carsamidhft- roi qui soutient les hommes R. V. VE + v. aussi, p. 18, R. V. IL, 1,1. Atharva Veda I, 7, 2 (tänñvaçin — souverain des êtres vivants) ; R. V. IL, 35, 9 jyéstha — très puissant, suprême, etc. j

(6) Ibid. 12. Les affinités profondes d’Agni-Soma avec l'éclair, l'orage, l'ouragan et leurs diverses manifestations : Maruts, vents « rouges » de la tempête, dieu dévorant, sont trop connues pour y insister. Vdd vätajato vdnà vy dsthäd agnir ha. däti réma prthivyäh CR. V. I, 65, 8); kd im varäte (ibid. 6) expriment les sentiments évoqués par cet aspect irrésistible de la force du dieu, qui dévore les bois comme un roi les riches (ibid. 8). Cf. encore R. V. VI, 6, 2; X, 8, 1 et le beau passage VIIT, 91, 5 où Agni est dit le sage « qui possède le bruit du vent, le hennissement de la nuée, œuquel la mer (céleste) sert de vêtement »; cf. de même R.V.I, 151, 1 avec X, 11, 4, etc.

\ LME

PR

de KUR-RA-SU- -UR-UR = hamim matäti — conquérant des contrées ();

de #4 kaïid aïbi — dieu qui saisit l'ennemi (®); ilu sapin aibi — dieu qui renverse l'ennemi ;

de -DUB-[SAG}-UNU(G)-KI — ancien d'Erech () ;

de SÜx — enzu — %? — chèvre (+), ou, mieux, capridé, le nom étant épicène (5); titre qui, en sumérien, signifie : EN — seigneur — bélu ; ZU — idn — yn — savoir, connaître; lamädu = wxÿ = apprendre ;

mimèqu — sagesse. Enxu = donc Seigneur de la sagesse CE

(1) Ibid. Les passages du Véda où Agni-Soma est qualifié de vaja-pati- — seigneur du butin, väjayänt- — possesseur de butin, de même väjayi-, väjin-, sens analogue, sont trop nombreux et trop connus pour qu’il soit nécessaire d’y insister.

(2) Ibid. Voir ce qui a été dit précédemment et le rôle de vainqueur de Vrtra d’Agni- Soma. Cf. en outre, par ex. : R. V. II, 1, 9; 11; 12; HI: 65 etc

(3) Ibid. Combe dit ici : il est difficile de dire à quot ce titre fait allusion. Cf. cependant Genèse X, 10 où Erech est donnée comme l’une des premières fondations Hamitiques, c'est-à-dire caucaso-indo-iraniennes, par conséquent l’une des premières localités où ces clans aient institué ce culte qui est chez eux tout à fait central. Je reviendrai, d’ailleurs, sur ce point, lorsque j’aborderai en détail l'exposé de la complexe question religieuse.

(4) DEIMEL, p. 236, a, n°0 2929, SI, 1; p. 235,a; Comr, pp. 2 et seq. Ceci est à rapprocher du mois du bin 4DARA-GAL si important dans le culte de Sin (v. COMBE, p. 32 et n. 8), mois dont legnom de js du capricorne (dàr = turäbu ; DELITZSCH, Sum. Glos. s.v.) grand nous reporte encore vers le capridé mystiq ue. Combe (loc. cit.) ne s'explique pas cette épithète. Elle est bien naturelle, pourtant, si l’on songe au caractère humide (v. Chap. D) que ce dieu, bèlu bérätu — seigneur des fontaines (COMBE, p. 24, n. 10) partage avec le « pluvieux Capricorne » et avec apäm näpat, le petit-fils des eaux, incarnation d'Agni-Soma. Ceci est à rapprocher du fait que le dieu Sin, tout comme un grand dieu bouc que nous rencontrerons plus tard, a pour mois spécialement approprié le mois de Simänu où mois de silan = le mois de Ja sortie, qui n’est autre que le mois de la néoménie de printemps (COMBE, pp. 32-33).

(5) Deimet, Pantheon Babyl., p. 237 (I, $ 8). Nous verrons la valeur de cette épithète dans le chapitre spécial consacré au culte du bouc. V. ce qui a été dit précédemment, pp. 912,0. 55 15: |

(6) CoMBE, op. cit., p. 1-23 qui déclare ne pas comprendre ce qualificatif. La lecture Zu + en — Sin (cf. DEIMEL, p. 236 a, n° 2929, I, 1) est peu recommandable et, d’ailleurs, parfaitement inutile, le titre étant, par lui-même, parfaitement logique et clair en raison des rapprochements signalés ci-dessus. L'un des titres les plus fréquents, en effet, d’Agni-Soma, est celui de havi- — sage, inspiré, poète (voir GRASSMANN, 5. v. et s. v. soma) le dieu en question étant par excellence le dieu sage, le père de l’hymne sacré, le viprah padavih kavinäm (R. V. I, 5, 1) : l’enthousiaste, l'inspiré, guide des poètes (ou des sages inspirés ; nous sommes en Orient). Dieu qui croit par l'hymne (ibid. préd v agnir vävrdhe stémebhir || girbhi stofFnäm namasyà ukthaib), il est, en raison du caractère orgiastique et enthousiaste de son culte et de sa fonction de porte-offrande des hommes aux dieux le vipra-, kavi-, le #si-krt- [faiseur de chantres inspirées, inspiraleur de rsis] par excellence, le fsimanah — (celui

de #5 ME-DIM — masarru — « veilleur » Ci

de Seigneur des sources : belu bératu (?) ;

de SUR-RA = le luisant, le brillant (= saräru) 6).

Son sanctuaire principal, la « maison de la grande lumière » KIS- NU-GAL-(IK) (+), porte une appellation singulièrement conforme aux parallélismes signalés ci-dessus avec Agni-Soma.

Il est celui $a iÿ-tu i-3id ÿame-e ana e-lat — qui, depuis la base des cieux jusqu'en haut. .... pi-tu-u da-lat $ame-e — ouvre la porte du ciel(S);

Il est le be-lum pa-ri-is parusse ame-e u irsi-tim $a qi-bit-su man-[man la unakkaru] — Seigneur qui maintient l'ordonnance du ciel ei de la terre, dont l'ordre personne ne change (S);

qui a le mens d’un rsi-) ; le rsisänah (— celui qui est l’ami du rsi-); le rsi-sdh (= celui qui domine le rsi = qui s'empare de lui tout entier); le girdhah (c'est-à-dire l'incantation R.V. I, 1, 5; 6); le dieu intelligent, sage (präcetah; Ex. : R. V.IV, 1,1; cf. encore II, 1, 133; VE, 7, 1: 7; IX, 108, 12; VI, 7, 3); etc. Agni-Soma est, en fait, le dieu par excellence des chantres inspirés védiques. Cela est, sémantiquement, d’autant plus naturel que Vaste — à la fois : briller, reluire et chanter, les idées de chant, inspiration, sagesse inspirée étant étroitement connexes. Peut-être, malgré la différence de quantité, y a-t-il un rapport analogue entre caneo, et cäno, l'exemple des VAE: sanscrites kar et kär, kram et kräm, gam et gäm, ghat et ghät, chad et chäd, tan et län etc., prouvant que la modification de la quantité n'implique nullement une modification du sens.

(1) Lecture plus probable que ME = parsu, DIM — epêÿu. COMBE, op. cif., p. XVII. Cf. ce qu’il est dit d’Agni R. V. I, 5, 6 : sasdsya cdrma ghrtdvat paddm vés | td id agni raksaty dprayuchan || qui montre Agni, vigilant, veillant sur le cdrman (— enveloppe du corps) du (soleil) endormi. + |

(2) CoMBE, p. 24 et n. 10. Cf. supra, Chap. I. Agni-Soma est le dieu dont R.V. I, 65, 4 dit : vérdhanfim äpah.panvä süçiçvim, etc. ; que l’on (ibid. 6) compare au flot d’une rivière : simdhur nà ksôdah, etc; le « Geschwister » des rivières (ibid. 7) : jämih sindhünäm, etc. ; celui qui est au sein des eaux : adbhyds.... pdri (R.V.IT, 1, 1); matrice des eaux = âpam gärbho (I, 5, 3), etc. |

(3) Come, pp.8-9. Cf. Agni dont le R.V. dit par ex. IV, 1, 6 : qu'il est luisant comme le beurre fondu : çüci ghridm nd taptdm, etc.

(4) CoMsE, p. 67, où l’on trouvera les variantes.

(5) Come, p. 95, X, 40. Cf. R.V. III, 5, 9, où il est dit d’Agni-Soma : #d u stutäh samidhä yahvé adyaud vdrçman divé ädhi ndbha prthivyäh — célébré au moyen de la büche, jeune, il a brillé au sommet du ciel, au nombril de la terre ; v. aussi p. 169 et n. 8.

(6) Come, p. 96. Cf. ce qu’il est dit d’Agni-Soma, R.V. VI, 7, 5 : fdva täni vratäni mabäny agne näkir à dadharçsa — de toi les décrets grands, 6 Agni [que] personne ne bouleverse; R.V. I, 65, 3, où, parlant de lui, le chantre rapporte que les dieux rfdsya.... dnu vratà gur — ont suivi les prescriptions de la Béure (rta — ordre institué par la volonté céleste qui se manifeste par la régularité des phénomènes célestes et terrestres) ; 4 : rédsya yônà gärbhe süjätam — [il est] bien ne dans la matrice de l’ordre ; 10 : rtäprajätah — engendré selon lordre ; IV, 1, 12, il s’est dressé rldsya yôn& — dans la matrice de l’ordre ; il est rtdjäto — né selon l'ordre, qui a crû au moyen de l'ordre ; le roi dieu, l'ordre puissant (IX, 108, 8); les dieux l’ont institué mürdhänam divé aratim prthivyàä,..... rid à jätäm chef du ciel, — ordonnateur de la terre,.... engendré selon l’ordre (VI, 7, 1).

IL est celui dont la parole, lorsque, « en haut, comme l'ouragan, elle passe, pâture et breuvage elle fait abonder » ; lorsque « sur la terre, lorsque dans

les Lieux habités (elle se manifeste), la verdure est créée » ; cours et enclos elle engraisse (*) ;

[L est celui ta-me-ih il gir-ri u me-e — qui détient feu et eau (?);

IL est le wu-kin nin-da-bi-e — Pinstituteur des sacrifices ;

P « alerte »..... sa bir-ka-su la in-na-ba mu-pal-tu [urbi] ilani a-bi-$u — ont les genoux point ne se reposent, qui fraye [la voie] aux dieux ses frères (3) ;

UMUN E-DIM-AN-NA — Seigneur de la maïson du lien du ciel — sémit : bit markas 3ame (+) ;

(1) Come, p. 96. Cf. Agni-Soma, R.V. I, 1,1 (voir Chap. D) ; IL 1, 6 : {vdm vâtair arunair yäsi çamgayäs : toi (porté), par les vents rouges, tu vas propice à la fortune familiale (gdya-); et ses titres de dravinodà et de ratnädhà (= donneur de richesses, de biens) ; pour son étroite association avec les plantes, cf. en outre 12, où il est rayir babulé viçvatah prthüh = richesse drue de toutes parts élargie ; I, 5, 8, aussitôt né dans les plantes il croit — sadyé jätd égadbibhir vavakse ; il est le gérbho virüdhäm = la matrice des blantes (utiles ou salutaires) (I, 1, 14), etc.

(2) Coms, p. 96. Cf. R.V. I, 65, où il est dit d’Agni (1) « vardhantim äpab » — les eaux le font croître; I, 1, 1 : il est au sein des eaux, « adbhyds.... päri»; UE523% 41 est « dpam gärbho » = la matrice des eaux ; 4 : « miträh sindhünäm » — l’ami des rivières, des flots ; mais il protège aussi le chemin du soleil — pâté... céranam suryasya (5); il est cücih cukré.... rôrucänah (AV, 1, 7) — luisant, brUANT ENT lumineux ; etc.

(3) Come, p. 95 ; cf. DELITZSCH, Assyr. HWB p. 448, b. Cf. R.V. I, 65, 10, où il dit d’'Agni que : Sémo nd vedhà rtdprajätah — comme le soma (il est), lordonnateur du sacrifice, engendré selon l'ordre ; IL, 1, 2, où il est investi des fonctions de hotar, de potar, de nestar, d'agnidh, de praçastar, d'adhvariyu ; 10, c’est lui le pro-tendeur du sacrifice : vajÿñdm ätänih ; prêtre, il est, en même temps, l'offrande : ila (11); il est le vipruh padavih kavtnäm — l'inspiré divin guide des chantres védiques (II, 5, 1): IV, 1,1; tvam hy àâgne sddam it samanyävo deväso devdm aratim nyerird iti krätva nyeriré — toi, oui, toi, agni, pour toujours, certes, d'un cœur commun, les dieux comme dieu ordonnateur (du sacrifice) par (leur) volonté ont institué ; (IV, 1, 8) le hotar au char d’or, à la langue exquise = hôta biranyaratho rämsujihvah ; yajñdbandhuh — celui auquel l’homme est lié par le sacrifice (IV, 1,9); l’on invoque en lui le « cuçucänäm agnim hôtäram vicvdbharasam yäjistham — reluisant agni, prètre qui soutient toutes choses, sacrificateur suprême (19) ; le näbhir yajñanäm — nombril des sacrifices (VI, 7, 2), la coupe des dieux — pâtram devänäm (1), le Bfhaspatih, l'A ñgirab, le prieur par excellence. ,

(4) Come, pp. 117, texte 5, L. 8; cf. aussi p. 75 et n. 1; p. 24 €t D. 14 : markas samë, markas mätum — lien du ciel (et) lien de la terre. Cf. avec le rôle si connu d’Agni, messager (dütd-), véhicule (vdhni-), cocher (vdbni-, ndmo yujänd-, ndmo vähän) etc. V. par ex. R. V. HI, 5, 23 aussi 9 : à düté vukjad yajäthäya devan — messager, il 4 voituré au sacrifice les dieux ; IV, 1,8;1, 65,1;Il, 1,2; 135 14; IV, 1,1 où il est traité de prétre, de « bouche et de langue des dieux », de deväm äâdevam —= dieu qui va vers les dieux, viçvam ädevam — qui va vers tous dieux ; 3, où il doit, « {el une roue », cConvoyer vers l’homme la

cit

Dieu de l’agriculture et de la fécondité (1), né de lui-même (2), matrice de toutes choses (5), dieu guerrier, à l’occasion (+), dieu de l'enthousiasme prophétique (5), dieu qui est le dieu propre des rois, qui investit de la souveraineté, qui concède le sceptre (5) ; dieu « qui monte du bas du ciel jusqu’à son sommet »(7) ; qui ouvre le portique du ciel donnant à tous hommes la lumière »(5); toutes ces identités nombreuses, précises, convergentes, dont il serait très aisé d’allonger sensiblement-la liste ; autant de signes de l’affinité substantielle et profonde existant entre Sin et sa contre-partie indo-iranienne précitée (°).

Isolée, chacune de ces coïncidences pourrait, à Ja rigueur, être le fait de hasards hymnologiques.

miséricorde des dieux, etc. Agni-Soma, dans tout le Re- Veda est, en réalité, l’intermediaire officiel qui porte aux dieux les prières et oblations des hommes ; aux hommes, la miséricorde et les présents des dieux. — É-DIM-AN-NA est le nom du temple de Sin. Comme tous les noms de ce type, il exprime l’une des fonctions capitales et caractéristiques du dieu. Sin est donc considéré comme ayant pour fonction foule spéciale d'établir la liaison entre la terre et le ciel. Or, c’est là précisément Ze rôle essentiel d’Agni-Soma. : Comparer ce nom avec les épithètes de havya-vdh- — voiture-oblations, si fréquente appliquée à Agni (cf. par ex. R.V. IL, s, 10) ; vdhnitamab = le « plus véhicule » (IV, 1, 4): avamé devanäm — le plus bas des dieux (5) — le blus proche de homme, donc le plus susceptible d’intercéder auprès des autres dieux ; le dev mürtasya sadhanitväm äpa — dieu (qui) de l’homme a assumé l'office de compagnon et de guide (9), etc.

(1) R. DEIMEL, Panth. Babyl., p. 238. Agni-Soma l’est aussi.

(2) M. JasrRow, Relig. Babyl. u. Assyr. Giessen, 1905-1912, I, p. 437, Il. 11. Cf. avec l’épithète courante d’Agni aquarum nepos : ldnt-ndpat : Fils [ndpat] de lui-même [tanñ|, « der aus seinem eigenen Leibe entsprungene » (cf. GRASSMANN, W.-B. z. R V. p. 520).

(3) Jasrrow, ibid, 1. 13. Cf. Agni-Soma, si souvent qualifié de gdrbha- — matrice ; de yôni- — même sens ; d’upastha-sdd — celui dont le siège est dans la matrice, dans le giron, etc.

(4) Cf. JAsTRow, I, 230. Cf. avec ce quia été dit supra à propos d’Agni çüra-, vdjin- etc., et p. IS, n. I. à

(s) Cf. JasrRow, IL, 36; 152-155 ; 201, 265, etc. Cf. ci-dessus ce qui a été dit d’Agni- Soma, patron des prophètes et des inspirés poètes.

(6) Jasrrow, IL, p. 437. L’on sait qu’Agni offre la même particularité.

(7) Ibid. Cf. par ex. R.V. IL, s, 10, où il est dit d’Agni : dd astambhit samidhà näkam rsvô — grâce à la bâche il a étayé la voûte (céleste) (lui) le montant.

(8) Ibid. Cf. R.V. IN, 5, 1, où il est dit d’Agni : apa dvärä timaso — il a ouvert les deux portes de l'obscurité.

(9) L'on n’entend nullement dire ici que le dieu soit proprement et originellement indo-iranien mais seulement qu'Agni-Soma en est l'édition ou l'exemplaire indo-iranien ; rien de plus. C’est A. HILLEBRANDT qui, dans sa vedische Mythologie, a, le premier, démontré l’existence de assimilation du soma à la lune «és l'époque du Re Veda. Cf. la petite édition de la Vedische Mythologie, Breslau 1910, pp. 67-79 et, notamment pp. 76-77 où l’auteur, avec raison, fait dater l’équivalence de l’époque indo-iranienne. Ceci implique nécessairement une antiquité pré-védique, quoi qu'en dise l’auteur.

LÉ avah Il

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