DANSE
La superposabilité totale de l'ensemble exclut, à notre avis, entièrement pareille explication. ,
L'on peut, dès lors, croyons-nous, considérer Sin et Agni-Soma, dieu qu’incarne le çyend-, comme substantiellement identiques (*).
Cette identité originelle est, même, d'autant plus certaine que le dieu suméro-babylonien, lui aussi, voisine auprès d'Enlil avec #! Zu-u = loiseau divin de la tempête sombre (2).
Sin, d’ailleurs, est le dieu d’Ur, de Harran() patrie de nin-Trhu (+), villes aux noms d’une sémiticité plus que douteuse (5), où les ancêtres d'Abram (f) « servaient d’autres dieux — (ou le même sous d’autres formes) — au delà du fleuve » (7). |
S'il est, au surplus, un coin de terre où des influences à la fois maritimes et mercantiles de tous ordres, venues et d’Asie Mineure et d’Indo- [ran aient été à même de se manifester intensément, c’est bien, peut-on
(1) Sous réserve, bien entendu, de précisions ultérieures dont nous possédons, d’ailleurs, une abondante réserve.
(2) Cf. DEIMEL, op. cit., p. 132, b, n° 1327 et JASTROW 14884 614 8Il 27 AT: 699, 799. Sin, d’ailleurs, est chef de ces Anunnaki (Deimel, p. 58, a, $ HE, 7) qui présentent avec les Maruts d’Agni (cf. par ex. R.V. IL, 1, 6) de, forcément, partielles bien que certaines affinités.
(3) Cf. CoMBE, op. cit., pp. 46-56.
(4) Genèse, XI, 24 et seq. V. p. 40. Nous avons même vu que le DARA GAL — turäku rabu paraît être son « père », c’est-à-dire le personnage divin d’où il s’est progressivement différencié. Cf. p. 166, n. 4. Ceci nous ramène à Terah.
(5) La chose ne paraît même pas discutable pour Ur.
Quant à FA, dont les Grecs ont fait Kappar, Kapar, et Xapoa, sa sémiticité n'est pas plus incontestable. Est-ce une ville carienne ? Est-ce le chemin (cf. le grec idrra : pufodns. [Hisycarus] avec Joppé) comme le voudraient certains (cf. GESEN.-BuxL, W.-B. 5. v.)? Même en ce dernier cas, il serait peut-être bon de se rappeler que védique cérana- = das Gehen, der Gang, die Bahn. Quelque réserve est donc nécessaire.
(6) J'ai déjà fait remarquer le caractère allogène de ce nom en sémitique, V. ci-dessus, p. 40, n. 1 et références. : R
(7) Josué, XXIV, 2, 15. OYIN DÔN \T2YN. À rapprocher de Exode VI, 3 ou
Jahou dit : Tv DN2 2PYT INT PAFS —9N DTVAN IN NON (noter que la ponctuation de ce dernier terme est masorétique). Une ponctuation 17% (— forme archaïque pour nT% — champ; cf. Ps. XCVT, 12; ES TN 0 le Tl 22: CE Jér. XVII, 14 où Jahou est ‘implicitement compris sous la métaphore VT® y, le premier de ces qualificatifs,
appliqué au dieu d’Israël, étant bien connu —) donnerait le sens de dieu du champ, marquant bien en effet, le caractère spécifiquement agricole de l’ancien culte. Et l'Éternel ajoute : A9 AY 112 N°9 mit Mu, Les védisants ne pourront pas ne pas faire ici les rapprochements qui s'imposent avec le kçétrasya pdtih — le Seigneur du champ, autre hypostase du grand dieu de la fécondité auquel s’adresse le bel hymne de R.V. LUS TS Rapprocher ceci de ce qui a été noté ci-dessus, p. 13, n. 4, à propos de nn.
le dire, sur cette bande de rivage fertile, où subsiste encore une ancienne tradition de culture en terrasses manifestement conforme au type bien connu de Canaan (:). Sitôt que son histoire s'ouvre à nous, cette contrée « envoie.... une partie de ses jeunes gens dans d’autres régions afin d'y tenter fortune, de sorte que l’on voit.... ceux-ci non plus seulement dans les ports de l’Arabie, mais aussi en Égypte et dans les Indes anglaises et néerlandaises. Les Arabes qu'on rencontre dans ces deux derniers pays sont presque tous des Hadramis (2). » Ceci est donc une constante qui se vérifie à travers plus de 2.600 ans. En présumer l’existence dès l’institution d’un trafic maritime est une induction que la situation géographique du pays justifie.
Le fait que la contrée porte un nom /ydien n'est, lui non plus, pas indifférent. Les premiers, les Lydiens avaient prévalu sur mer.
Et, dans le grand culte auquel se rattache directement celui du Dionysos crétois (3), la Lydie, Euripide nous le rappelle (+), occupe une place importante.
La chose nous est, en outre, confirmée par Nonnus (5). Parmi les contingents réunis par le dieu, le poète égyptien note que Au2&y d'6pdc Suuos ètébpey ($)— noter ce terme — et fait se concentrer en Lydie-Méonie les auxiliaires du dieu marchant sur l'Inde (7).
Toutes ces indications, on le voit, sont parfaitement cohérentes.
Bien que le détail des faits et la nature du processus historique — probablement, mercantile — dont la conséquence a été une asianisation de cette côte dans les temps antérieurs au premier millénaire avant notre ère, nous échappe entièremeñt, la tradition biblique, on le sait, corrobore entièrement les données générales qui précèdent.
L'auteur du sommaire généalogique de Genèse x (6 et seq.) compte,
(1) Cf. Encyclopédie de l'Islam, T, 374, a, infrd. 11 va sans dire que l'affirmation plutôt étrange de F. HomMEL (ibid., p. 385, b, milieu) que « les Grecs ont emprunté aux Arabes par l’intermédiaire des marchands d’encens de l'Arabie méridionale... leur Apollon et sa mère Léto..,. comme aussi Héraclès..., et enfin Hermès » est d’autant plus inadmissible que l’auteur lui-même rapproche avec raison Hadramaut d'Adramyttion d’Asie Mineure (ibid.). Ces parallélismes, nous lPavons vu, proviennent de ramifications théologiques divergentes dont la souche maîtresse s’épanouit en Asie Mineure propre.
(2) M: J. DE Gogye. Encycl. de lIsl., I, p. 374, a.
(3) Cf. ci-dessus, pp. 13 et seq.
(4) V. Bacchantes, loc. cit., p. 14.
(5) Dionys. XXVII, 218-20 ; XXXIIL, 255-7; XLIV, 410-14 ; 440-5.
(6) XHT, 425 (Didot) ; éd. KœcaLy (Teubner, 1857), v. 464.
(7) Cf. Chants, XIII-X VII.
MS Tir
DT se
172 CHAPITRE Ill
en effet, les hommes de N2D (1) au nombre des clans affiliés aux Lydiens d'Égypte (x, 13), aux Philistins (14), aux Kaphtorim [Égéens] (14), aux « Phéniciens » (16), aux Hétéens (16), aux gens de Hamath (17), etc.
L'on conviendra que cette parenté avec des peuples dont tous ceux qui ont pu être sûrement identifiés sont, sans exception, des colonisateurs et des asiano-égéens, tels les Sidoniens ; des marins, tels les Kaphtorim, les Lydiens, les Philistins; des industriels, ce qui est le cas pour tous ceux dont les noms précèdent (2); peuples qui, d’ailleurs, « se dispersèrent » (5) aux quatre vents du ciel, constitue un sérieux argument en faveur d’un Hadramaut non sémitique (4).
Tel passage d’Esaïe montre, d’ailleurs, les hommes de Saba," non moins conformes en tous points à leurs frères pour la taille et le genre d’activité, qu'ils ne le sont pour le culte.
Le peu qui reste de l’onomastique indigène sud-arabique n'exclut, au reste, nullement la présence d'éléments asianiques (5).
Le cyend, s'il n'existe point en fait en tant que faucon divin, existe donc, du moins en puissance, implicitement, sur la côte sud de l'Arabie. Nom de la région, nature du culte, anthropologie, tradition, situation géographique et économique : tout concourt à l'indiquer.
(1) L’on sait que ce nom a subsisté en épigraphie himyarite. Cf. par ex. CIS, IV, t. I, fasc. 1, n° 1,1. 6; no 10; etc. Cf. infrd le thème onom. *Sebe en Lycien
(2) Pour l’industrie philistine, cf. par ex. I, Samuel XIIT, 19-21. Références, inutiles pensons-nous, pour les Sidoniens et les Lydiens dont la prospérité économique était proverbiale.
(3) Genèse X, 18. L'auteur ne dit pas s’évanouirent.
(4) Pour la haute taille des Sabéens et leur activité mercantile, cf. Es. XLV, 14, et cp. avec Hérodote III, 20.
°(s) Cf. par ex. des noms tels que : 01177 (CIS IX, I, p. 1) et Aôpuuns (v. suprd,
p. ce nom); DiNY2Y (ibid., no 13, note) et Auavoc ; 9219 (ibid., no 262, 1. 1) et Atafupsog (nom d’une Telchine, Ét. de Byz. s.v. Atafuorov ; variante Irafuptov ; nom asiano-
préhellénique) ; PS TP (CIS ibid., ne 19, L. 3), NOT peuple cananéen (Genèse XV, 19),
et Kaôuos (v. mes « Phéniciens » pour ce nom); D] (ne 12, L. 1) et Kovpuas (n. pr. lycaonien ; STERRETT, Épigr. Journ. no 158) ; Naxpaoeue, Néxpaoos et 1723 (n° 13, 1. 2; pour s grec correspondant à gutturale asianique, cf. KALINKA, TAM, 25,5), Zoupavnets (n.pr. cil. HEBERD. WILHELM, Reis. in Kil., p. 138 sq.) Etunva, v. de Lycie, PEBret T20 (no 287,1. 10); Xuôvx (père des Caire et des Corybantes; Evôvzos père d’Aoczxhnztos ; Philon de Byblos (fr. 2, 11) et PTSN (n° 30, 1 dans le n. pr. PTEN 72 — serviteur de S-d-q; cf. avec PTITIIIN = SE si -q [est] mon seigneur, nom d’un roi cana-
néen ; Jos. X,1, 3; PTS 73-1291 mon roi (?) [ést] S-d-q ; le sémitisme de S-d-q nom propre n'étant rien moins que prouvé, comme le démontre le nom de la ville lycienne de Etôœxn ; P.-B. ainsi que le caractère asiano-préhellénique des Corybantes; 0(?)90 (no 22) et Eohvuos (n. pr. asian. P.-B.) ; 2N9n (nom de patron divin ; n° 19, 1. 2; 37, 1. 1) et TnAegos, « héros » colonisateur descendant d’Héraclès (la ÉOSE du « Phénicien » Thasos a nom Ten; Êr. Bvz. s.v. Faknbos), etc.
Qu'il y soit venu de basse Mésopotamie, au travers du golfe Persique, de l’océan Indien, ou par les trois à la fois — ce qui paraît plus probable en raison de l’ancienne expansion du commerce asianique par la voie du golfe Persique — sa présence peut y être considérée comme certaine ; car tout l'ensemble théo-cosmologique dont l'oiseau fait partie s'y trouve indiscutablement représenté (*).
. La présence ou l'absence d’un Saint-Esprit colombe dans une imagerie pieuse locale n'a qu’une importance toute relative, du seul fait que ladite imagerie est chrétienne et catholique.
L'économie générale de l’ancienne religion du Hadramaut, si conforme dans son architecture à celle de l'Asie Mineure, réduit, de même, l'argument que l’on pourrait déduire du silence de Piconographie à sa véritable portée, qui est secondaire.
L'iconographie des hymnes est, en l'espèce, suffisamment éloquente pour nous permettre d'attendre en pleine sécurité les résultats heureux, mais, nécessairement fortuits et tout locaux, d’une trouvaille archéologique qui l’illustre. s
L'identité substantielle de Sin avec le Çyené divin n’en demeure pas moins frappante.
Peut-être n'est-il pas superflu de rappeler ici que les antiques traditions éleusiniennes relatives aux migrations antéhelléniques des Ioniens, traditions rapportées par Eschyle, alumnus du sanctuaire (2), apportent, pro parie, leur appui à ces assertions.
Parlant des migrations de la Mére des Ioniens, le poète rappelle, en eflet, que, guidée par les Amazones elle parviendra en Asie, traversera la Mysie, la Lydie, la Cilicie, la Pamphylie, gagnera les tribus à peau basa-
(1) La nature des gratulations des Himyarites à leurs dieux ne laisse aucun doute à cet : égard. En raison des parallélismes fofaux signalés ci-dessus entre Sin et Agni-Soma, nous considérons, en effet, que le syend- n’est autre que 0. V. ci-dessous.
(2) Cf. Croiser, Hist. de la littér. grecque, chapitre Eschyle, début. Quelque réserve que l’on puisse formuler à l'égard du détail de cet itinéraire, le scepticisme de E. RENAN (Hist. lang. sém.+, p. 480, n. 1) paraît tout à fait déplacé à l’égard du fait pris en gros. Il est inadmissible qu’un tempérament aussi grave, aussi sérieux qu’Eschyle — quelle que fût son ignorance en géographie — n’ait pas prétendu évoquer tant dans Prométhée que dans les Suppliantes l'antique et authentique passé des Ioniens. Nous y reviendrons, au reste, en temps plus convenable. Notons seulement ici que, sous peine de nous mettre en contradiction absolue avec tout ce que nous savons du poëte, et de l’origine sacerdotale de son information, le caractère certainement historique et patriotique des narrations relatives au passé de la vache divine des loniens interdit de voir en ces récits autre chose qu’un résumé, poétisé si l’on veut, mais exact dans le fond, des vastes pérégrinations pélasgiques d’autrefois.
TR 7 fer nee dé ES > Le Prix VAR ST
174 CHAPITRE Ill
née qui habitent près des sources du fleuve Aïfézy (1), dont elle suivra
les rives « £ws dv E£lun | rarofaouèv, £vôa Bubkivuy épGv &xo | inot oexrèv Neïhos ebTotoy béos » (2 D ; Puis, imitant le courant, elle descendra jusqu à Kävofoc, ëcydrn yhovée,
Neëlou mpèç adto otépart at mpooywmatt (3).
Là, elle deviendra, par Erasos, mère d’une nombreuse postérité, qui essaimera jusqu'en Lybie et fournira, bien des générations plus tard, une aristocratie qui, malgré elle (*), regagnant, méconnaissable (5), l'Hellade, régnera en Argos.
Réservant à un travail plus approprié la discussion du détail de cette prodigieuse légende (f), retenons en pour le moment les seuls points qui nous intéressent le plus immédiatement :
1° souvenirs conservés par la Grèce d’une très ancienne (7) pénétration de l'Égypte par le sud par des éléments iono-asianiques ou ioniensasianisés peu nombreux ;
(1) Ce nom, qui désigne aussi en lydien le dieu suprême (Lycophron-Tzelzes 537) s’appplique ici aû fleuve qui sort de l’Éthiopie, au Nil, comme le prouve la suite du texte. Voir pour cet itinéraire Prométh. ench. 705-875 combiné avec Suppl. 524-599.
(2) Prom. 811-2.
(3) 846-7. V. aussi mes « Phéniciens », pp. 24. 73. 75-6.
(4) 094 E4009%.... v. 854. Il s’agit des expulsions préludant au Nouvel-Empire | égyptien.
(5) Suppl. 234-237 : rodaroy Gpulov T0VŸ' àveAAnvddToAOv | rérAotot Bapédootst rat | rurvupaot | yhAiovra reocpuvobuev ; où yap ’Apyoks | sfns yuvauxéiy oùd'as' EAkddos tôrwv" et les v. 277 et seq., si curieux : ämiota pubeioO”, © Eêvau, xAdery Euot, | ürws Toù duiv éstiv ’Apyeïoy yévos. | Atbvotizaïs yèap p&Aloy Eupecéorepar | yuvaubiv èate x0)dauûs éypwpiars. | Kai Neïos àv Opédere Touobrov œurov, | Küxpios yapaxthe T'èv Yuvarxelou Tôrous | cire réRAnXTAL TexTOvev rpÔS apoévwv. | ..... Gdaybels d'av +00 eldsinv rA6ov|, Orwg yévebhoy orépua +’ ’Apyeïov to oûv. Cf. EurtP. Phéniciennes 245-9 ; 291-2
(6) Notons, cependant, qu’elle eût été singulièrement précieuse à M. Hogarth s’il en eût tenu compte. Car il y eût noté, à propos de l’origine et du développement de l’art ionien : 10 la confirmation des anciens contacts thraco-asianiques et mysiens soupçonnés ou indiqués par lui ; mais, en outre : 2° des impressions cosmopolites subiesau cours des pérégrinations de ces clans jusqu’au haut Nil ; 3° une évidente influence de l'Égypte, surtout du Nord ; 4° un épanouissement en Libye (cf. la légende d’Athena Tritonis) précédant le « retour » en Grèce. Telles sont donc les zones étendues et diverses où, peu à peu, s'est constitué l’ionisme ; où il y a lieu, par conséquent, de rechercher les étapes par lesquelles il a passé. Nous y reviendrons, en temps et lieu.
(7) Le marbre de Paros (9) fixe l’arrivée des Danaïdes et de leur père en Grèce à 735-4 avant la 1re Olympiade. L'événement passait donc pour être intervenu vers la fin du xvie siècle av. J.-C. (1511-10, à prendre la date absolue). Ce formidable raid, les péripéties qu’il implique, le séjour en Égypte, le temps nécessaire à la « croissance » de la colonie ionienne de Canope impliquent un extrême minimum de quatre ou cinq siècles. Ceci nous reporte donc très sensiblement entre 2000 et 3000 av. [.-C. (au bas mot). C’est, par conséquent, de cette époque que daterait l’organisation de l'Égypte.
Lt ad. de den “om 2 ben oué. de
2° lente descente de ces éléments vers le Delta, où ils s’enrichissent et se multiplient peu à peu.
Convenons qu’en raison des temps, des faits linguistiques constatés par nous, des traditions convergentes, le passage du faucon dans la vallée du Nil au cours du 3° millénaire trouve un appui singulièrement précieux dans toutes les données recueillies.
Et les résultats, en somme, ne sont pas tellement anormaux en euxmêmes qu'il suffise pour les nier de déclarer que les documents invoqués sont sans valeur.
Sommes-nous donc réellement mieux informés du passé égypto-grec qu'Eschyle et que les prêtres d'Edfou, malgré notre instruction plus complète que la leur ? Il est permis d’en douter.
Un sommaire examen des principales traditions relatives au rôle des suivants du faucon en Qemit va, du reste, nous aider à confirmer et à préciser dans une certaine mesure la lointaine chronique des temples d'Égypte et du clergé de l’Éleusis C5
Des Semsou Herou il est dit, nous l'avons vu, qu'ils fondèrent les fêtes en l’honneur de Sothis et bâtirent le temple de Hathor à Dendérah (2).
Nous reconnaissons là ce côté pieux et rituel qui, à côté de l’action si puissamment organisatrice des clans asiano-méditerranéens, constitue une manifestation si caractéristique, si constante, de leur intervention.
Ces facultés constructives ne se sont pas moins manifestées en Égypte puisque, de l’aveu des Égyptiens eux-mêmes, l'Égypte n’est devenue l'Égypte qu’à leur contact (5).
Constitution de seigneuries locales, grands fiefs, puis, principautés : tout ce processus historique, bien connu, reste, cependant, d’ordre trop général pour nous être ici de bien grand secours.
La considération, si brève soit-elle, de l’initiative religieuse de ces clans aboutit, par contre, à des constatations plus concrètement définies. Et ces constatations convergent pleinement avec tout ce qui nous est apparu jusqu'ici.
a Sothis, égypt. \£ — S-p-d-t, dont les Grecs ont fait Sübiç (#), astre
(1) Remarquer à cette occasion que l’épithète d’Horus heg Ha-Nebou nous apparaît, dès lors, sous un tout autre aspect. Il est, pensons-nous, inutile de rappeler que les cultes dionyso-apolliniens étaient tout particulièrement en faveur chez les Ioniens. (L'on verra $ HI pourquoi nous employons le terme dionyso-apollinien).
(2) Cf. suprà p. 155.
(3) V. MASPERO, op. et loc. cit.
(4) Remarquer à ce propos l’extrême faiblesse de la labiale qui, par b/w, a abouti à w.
LA ide LORS nd
176 CHAPITRE Ill
consacré à Isis (*), fait partie de la constellation d’Orion-Sahou, vouée à Osiris, que certains considéraient comme étant le séjour des âmes heureuses (2).
Son lever héliaque marquait, dit-on, le commencement de l’année civile (3). |
Étoile et constellation nous ramènent donc au souvenir de la plus ancienne institution du calendrier ; souvenir qui, partout ailleurs autour de la Méditerranée, est lié aux traditions concernant les Asiano- Égéens (+).
L'ensemble se rattache également au grand culte saisonnier d’Isis et d'Osiris, dont les affinités « phéniciennes » et asianiques ont été, dès longtemps, signalées, tant par les anciens que par les modernes (5).
De tous les égyptologues qui, jusqu'ici, se sont occupés de Sothis, aucun, à notre connaissance du moins, ne s’est avisé que cette étoile n’est autre que le Tistriya- de l’Avesta.
La constatation, pourtant, a son prix. Car, alors qu'il est donné comme importé en Qemit de l'Est, el par des suivants du faucon, Sirius, au contraire, est, sous des noms divers, révéré en Asie Mineure dés l’époque la plus ancienne. 3 i
et
(1) Pour cette déesse, dont le nom est I | Ai le siège, v. p. 97 et ci-dessous, Ç III.
(2) MASPERO, op. cit, p. 71.
(3) Nous avouons notre scepticisme radical à l’égard des chronologies qui veulent à tout prix tenir compte de la période sothiaque. I] nous paraît absolument inadmissible qu’une région agricole, dont l’année, la vie, les saisons sont réglées, sans possibilité d'écart important, par son Nil, ait attendu patiemment 1460 années astronomiques pour mettre son calendrier civil d'accord — pour une seule ann — avec l’année effective. Outre que pareille explication s'accorde bien mal avec les habitudes, rien moins que scrupuleuses, des Égyptiens en matière de comput et de chiffres, elle impliquerait une assez sérieuse et durable culture mathématique et astronomique dont aucun monument démonstratif ne nous a été conservé. Cf. la différence avec l’Assyro-Babylonie. Il nous paraît probable que l’élément cultivé du pays consistait, en réalité, principalement dans les clergés égéens du Delta. Le livre très distingué de HALL, Ancient History of the near East 4, 1919, dont un chapitre est consäcré à la discussion chronologique, constitue la meilleure des preuves implicites que la période sothiaque reste, à ce point de vue, du domaine de la pure théorie. Le plus sage, à notre avis, serait donc de l’éliminer résolüment des combinaisons chronologiques, car elle offre en elle-même beaucoup trop d’invraisemblance pour dominer tous nos calculs.
(4) Vu l'extrême activité religieuse et sacerdotale de cette civilisation, le fait est plutôt naturel.
(5) Cf. par ex. HÉRODOTE, Liv. II; Ps. PLUTARQUE, de Iside el Osiride; FRAZER, Adonis, Attis et Osiris, etc. Pour le nom d’Osiris — OYCGIp6 = dsûri, cf. infrà, S II, in fine. Origine égyptienne plus que douteuse. La lecture même suggère des réserves — qui nous paraissent exagérées — à ERMAN. Cf. Glossar, 1904, p. 16.
Dans lAvesta il est l'adversaire attitré du démon de la sécheresse, Apaosa (").
Il a pour partenaires théologiques : Drraspa- (), autre forme probable de Gus Urvan (= l’âme de la vache), qui symbolise les êtres vivants (5), et Mäh, déesse qu’incarne aussi la lune (+).
La fonction propre de Tistriya-, « chef des étoiles de lOrient », est agricole au premier chef.
Elle consiste à vaincre chaque année en combat singulier le démon
Apaosa-, à le mettre en fuite : après quoi, le triomphateur favorise les hommes et le monde de la pluie bienfaisante (5).
Ceci procède directement du grand système théo-cosmologique déjà connu ; système si manifestement lié aux exigences climatiques et agricoles du haut pays anatolo-iranien-élamite, où la canicule est particulière-
ment redoutable. En Égypte, l’urgence d’un pareil hommage est, grâce au Nil, assez peu évidente, en somme CS):
En Assyro-Babylonie, la présence de Sirius dans le voisinage du boisson — signe aquatique — est signe d’abondante récolte (7).
Sirius (Mul)-Ban, étoile de la chasse (®), porte aussi le nom de qgaÿtu —= l'arc ; c’est l'étoile d’Iitar pour le cinquième mois. Et il se trouve en relation astrologo-agricole très étroite tant avec cette déesse qu'avec la lune (®).
L'on ne saurait donc s'étonner que des adorateurs d’Istar et du dieulune en Hadramaut aient reconnu à l’astre redoutable et bienfaisant qui régit les jours chauds un rôle de tout premier rang dans leurs rites.
(1) Y£. VIN, 21 et seq. Ce nom, comme l'indique, avec raison probablement, Bar- THOLOMAE, Aliir. W.-B., p. 72, n’est autre que ‘apa-uÿa — desséchant et se rattache à la même RE verbale que sscr. ésati, gr. edw. En Iran même, l’étymologie populaire récente l'interprète Gp 6 — de l’eau destruction.
(2) = drva + asba — qui a des chevaux bien portants. Cf. BARTHOLOMAE, op. cit. P. 783.
G) Cf. GEIGER ET KUHN, Grundriss, II, p. 642, 3, et BARTHOL., Loc. cit.
(4) Cf. BARTHOLOMAE, op. cit. P. 1170.
(5) Ÿf., VIIL, 22-30; Bundahisn, 9, 2 (BARTHOLOMAE, p. 652). Cf. Ps. PLUTARQUE, Is. et Os. 47 : Ëva d'actépa ro0 rdvrwy otoy pÜhara xai rpoÜrT NY ÉXATÉSTNGE, TOY osfp'ov. L'on rapprochera ceci du rôle de faiseurs de bluie des clergés asiano-méditerranéens pré-classiques. Cp. également avec Apollon et Python (l'on verra plus loin pourquoi).
(6) L’étymologie de Tiftrya- est encore indécise.
(7) JasTRow, op. cit., II, 2, p. 669. Le poisson est donc, à ce seul titre, l'emblème et le symbole du rôle fécondateur maximum du dieu.
(8) Rapprocher de Nemrod (Gen. X), Hamite qui fut si « grand chasseur devant l'Éternel ».
(9) JasTRow, p. 684 et n. 2.