‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 55 sur 69 · C. AUTRAN. — Tarkondemos · texte numérisé non relu

C. AUTRAN. — Tarkondemos

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Demander des précisions historiques et administratives à des hommes de ce niveau, c’est demander l’impossible.

Les débuts de notre féodalité, pourvue, pourtant, d’une culture à plusieurs égards plus avancée, et d’une organisation religieuse centralisée, homogène, que les peuples classiques ont ignorée, nous demeurent encore en grande partie obscures pour des raisons du même ordre.

En outre, le caractère féodal et religieux de la société dirigeante s’opposait à l'existence d'archives ailleurs que dans les sanctuaires ou chez quelques familles aristocratiques (*).

Ces archives étaient donc, si elles existaient, inaccessibles à la masse.

À part de rares érudits ou curieux, les Romains, même instruits, on le sait, ne se sont, du reste, guère souciés d'apprendre la langue étrusque, non plus que les Grecs les idiomes pélasgiques ou « barbares ».

L’indifférence à tout ce qui n’était ni Grec ni Romain fut, presque jusqu’à la fin, la loi. Et c'était là, selon nous, un vestige tenace de l’ancienne incuriosité des sédentaires méditerranéens.

Enfin, l’écroulement de la civilisation méditerranéenne coïncide, nous l'avons remarqué, avec la constitution de nalionalismes, dont la première préoccupation fut nécessairement de s'opposer aux éléments aristocratiques allogènes antérieurs. Certaines contrées en éliminèrent, d’ailleurs, une notable partie (2).

Dans quelques cas, en Grèce par exemple, des invasions venues du nord facilitèrent cet exode.

L’affrmation des revendications locales qui s’ensuivit eut, en tout cas, pour conséquence une rupture, du moins théorique, avec le régime antérieur.

Toutes les fois que l’on aborde l’étude des civilisations de la Grèce et de Rome, l’on ne doit, en effet, jamais perdre de vue que ces civilisa-

(1) L'écriture, même, paraît avoir passé pour résulter d’une initiation, à l’origine, à en croire du moins NonNus, Dion. III, 264. L'on sait, d’ailleurs, que les Scythes, les Thraces, le monde des druides faisaient profession de mépriser l’écriture. Le caractère sacré de ce que nous appelons aujourd’hui l'instruction entre, assurément, pour une grande part, dans cette absence de documents écrits. Un régime du type de la société homérique prête, d’ailleurs, peu aux actes publics. :

(2) Cf. l'expulsion des Hyksos en Égypte ; en Grèce, l'élimination des Achéens, venus d'Asie Mineure, refoulés en Arcadie, dans les îles, en Asie Mineure ; en Italie, le refoulement des Étrusques, sitôt que les consciences nationales indigènes eurent une claire idée de leurs forces. Le phénomène fut, comme de juste, beaucoup plus sporadique et plus irrégulier en Grèce, vu la structure géographique et l'esprit plus critique que réellement indépendant des habitants. Il est possible qu'avant très longtemps la civilisation occidentale subisse des destinées analogues du fait des nationalismes de ses « protégés ».

tions résultent avant tout d’une libération politique. C’est par un mouvement d'affranchissement qu’elles se manifestent d’abord,

Bien plus que leur valeur technique ou scientifique, qui fut et resta toujours médiocre, cependant que vraie science et vraie technique ne cessèrent de fleurir bien plus largement en terre extra-classique, c’est leur valeur humaine qui, longtemps, n’a cessé d’être le principe secret de leur force et de leur audience dans le monde.

Car le drame obscur et lointain au sein duquel elles furent élaborées n'est, en ralité, que celui de la lente conquête du bien de tous temps le plus cher aux masses : la liberté.

Mais ceci explique, du mème coup, la pauvreté, l’indigence des traditions les plus anciennes en même temps que l'attitude politique des premiers historiens proprement dits.

Des serfs ou demi-serfs peu instruits qui s’affranchissent ont, forcément, de tout autres soucis qu’un dépouillement méthodique des archives de leurs maîtres. Aujourd'hui, demain, les intéressent bien plus qu’hier ou que 7adis. Ce qui leur importe surtout, c’est de s'affirmer avec une conviction, avec une naïveté des plus juvéniles.

Il faudra qu'ils vieillissent à leur tour, qu’ils éprouvent les désillusions, les difficultés nées de la liberté même pour que leur esprit, peu à peu, parvienne à concevoir l'intérêt, l'importance du passé.

Mais alors, sur presque tous les points, il sera trop tard et le nationalisme initial a, d’ailleurs, gravement et pour longtemps faussé la perspective. La science moderne, encore timidement, commence à s’en rendre compte aujourd'hui,

Autre trait qui distingue les monuments classiques.

Ces monuments, longtemps d'ordre à peu près exclusivement sacerdotal, sont, du jour où ils se laïcisent, l’œuvre d’une élite plus intelligente que scientifique ; ils sont littéraires bien plutôt qu’historiques.

Lorsqu'ils deviennent tels (ceci assez tard), les groupes ethniques sont déjà depuis beau temps constitués.

Solon ne trouve plus en Grèce de quoi satisfaire sa curiosité des origines grecques. Il faut qu’il aille se renseigner auprès du clergé de Saïs (1).

Les luttes politiques qui signalent la naissance de la Rome romaine

(1) PLATON, Timée IT (— 21 E et sq.). Les plus anciens archivistes grecs sont ou des Mycéniens prolongés (Homère), ou des demi-« barbares » (Hérodote, Hécatée) ; Hésiode, lui-même, a subi l'influence des Thraco-Asiates, comme l’a justement marqué

Deimling, et l’érudition archaïsante d’un Pindare s'explique en très grande partie par les importantes survivances asianiques en terre béotienne.

n'ont pas été plus favorables soit à la conservation, soit à la rédaction de chroniques — celles des pontifes. mises à part.

Il faut, enfin, tenir compte du tempérament avant tout dialectique et oratoire des mondes hellénique et latin.

Cette particularité s’accuse à tel point dans leurs productions : histoire, philosophie, littérature, que la moindre collection de statistiques administratives nous vaudrait, sans aucun doute, plus de précisions sur mille points que toutes les harangues des orateurs attiques ou tous les discours de Cicéron. Les épigraphies grecque et latine l'ont surabondamment démontré. | |

Si l’on n'avait de même pour se renseigner sur l’onomastique française que nos propres auteurs classiques, notre documentation serait également plutôt maigre.

Ainsi donc, barbarie initiale de la masse ; moyen âge ; luttes politiques ; éléments ethniques distincts; opposition entre le peuple et les aristocrates ; entre le passé et le présent ;-deux couches de cultures bien diffé-

renciées tant par leur genre de vie que par leur différence d'instruction ;

civilisation féodale, familiale et sacerdotale; c’est vraiment plus qu’il n'en faut pour expliquer notre indigence.

Après, c’est la lente initiation à une vie politique et intellectuelle supérieure, initiation qui demandera encore quelques siècles. Aux contemporains de cette période, l’on peut difficilement demander ce que notre propre moyen âge ne nous donne point (°).

Privés comme nous le sommes des registres fiscaux et administratifs de l’Empire, l'absence de ces noms dans les monuments littéraires qui nous restent, n'a donc qu’une signification des plus relatives. Elle n'autorise, en tout cas, à rien nier. Tout au plus doit-elle nous inciter à n’avancer qu'avec précaution.

Mais l’avance est possible, comme nous allons le voir.

La Bible, qui demeure, quoiqu’on en dise, l’une de nos meilleures sources parce que l'esprit littéraire l’a peu gâtée, remarque, à propos des

(1) De là deux conséquences : l’une, c’est que l’histoire contemporaine des plus anciens chroniqueurs se présente dans des conditions moins favorables que celle des temps antérieurs ; l’autre, que, pour tout ce qui touche aux siècles préclassiques, les auteurs dépendent beaucoup plus des sources ou récits asiano-méditerranéens que de leur information personnelle. Il s’ensuit ce paradoxe apparent que nous sommes, à beaucoup d’égards, mieux informés de l’histoire « héroïque » que des premiers temps de la Grèce ou de Rome proprement dites. Les écrivains du moyen âge occidental se sont trouvés, pendant un temps, dans des conditions à peu près analogues : mieux renseignés sur la Rome d’Auauste et sur les époques bibliques que sur les destinées actuelles de la chrétienté.

did.

peuples hamitiques, qu’un certain nombre d’entre eux avaient pour base l'Égypte.

L'exactitude de ce renseignement se trouve amplement confirmée aujourd’hui tant par les inscriptions égyptiennes relatives aux peuples de la mer, aux « vils Khetas », aux Hyksos, que par les traditions grecques concernant l'expulsion de Danaos et de ses filles, sans compter les contaminations égyptiennes que nous avons relevées en lycien.

Si ces données sont véritablement historiques, l’onomastique italienne

. doit donc également porter trace d'éléments provenus de la vallée du Nil. Car ce n'est pas seulement vers l’'Hellade, petite et peu fertile, mais dans toute la Méditerranée que les émigrants ont pu chercher abri.

Or, c’est précisément ce que l’on peut constater. À côté des noms originaires de l'Asie Mineure asiano-mésopotamienne, apparaissent, en effet, un certain nombre de noms locaux issus de Misraïm. Citons, à titre d'exemple :

Peluso, r. de Foggia, Bénévent, Tarente. InAovotoy Nom non-grec. Piramide, r. de Bellune, Domodossola, Bologne-|Ilusauts — Florence (*).

Menfi, r. de Sciacca (Sicile). Meugrs Babilone (v. du Delta; fondation asianique, vrai-| Baévaur Nom non-ég. semblablement).

Faro, r. de Fiume-Pola, Nice, Livourne, Sienne,| Cf. Papos (2) Corse, Orbetello, Gargano, Sassari (Sard.), Tempio (Sard.), Frosinone, Foggia, Bari, Oristano (Sard.), Lecce, Iglesias (Sard.), Cagliari (Sard.), Catanzaro, Palerme, Etna, Sciacca, etc.

Egitto (Monte), r. d’Etna. Cf. Aïfyurros P. ce nom v. supri. Soana, r. de Turin (Torrent). Cf. le Zoavac, fl. d’Al- Soanne, r. de Ravenne, banie caucasienne (Pro.

Ne lretr4 Cévian À (VII, 4, 3) ; ainsi que 125 (Nomb., XIII, 22).

Sorapis, r. de Bellune.

Serapeo, r. de Naples.

(1) On sait que ce mot lui-même, qui n’est pas grec, ni égyptien, est sans étymologie connue (cf. BoisacQ, Dre étym.) donc, très vraisemblablement asiano-égéen.

(2) À propos de Papos (— Ilagos avec atternance I1/d) cf. mes « Phéniciens » ; Index, s.v. Ce nom, qui n'est pas égyptien, est manifestement préhellénique et achéen (HÉCATÉE fr. 287 — FHG I, p. 20 b) et correspond bien au mode d’activité économique si caractéristique de ces peuples. On sait que l’importance de ce port, possiblement simple entreprise privée à son début, est déjà attestée par Homère (Odyssée IV, 355). Les explorations de Jondet en ont révélé l'ampleur et la technique de construction. Nous serions tentés d’en comparer le nom au nom propre individuel étrusque faru (CIE 3146, 3974) ce qu’autorisent des variantes comme Sabinius, Sappinius, Safinius ; Albinius, Alfinius, Alpinius, etc.

214 CHAPITRE III Api, r. de Lecce (*). Cf. Arte Apia, r. de Pérouse.

Elefante, r. de Sassari (Sard.), et de Bari. Cf. EAspavtivn (?)

Cette liste, comme la précédente, prouve que les correspondances signalées entre la terre des Pharaons et la presqu'île italienne, bien que moins intimes, moins multiples, en raison même de la surface de contact méditerranéen relativement très faible de l'Égypte, par rapport à celle de l’Asie Mineure, ne sont pas un vain mot.

Le fait, à la réflexion, ne saurait beaucoup surprendre en raison de la part, part attestée par les inscriptions égyptiennes, prise par les fardana

et les Sakalaÿa (ou Sicules) (3) aux incursions des peuples méditerranéens contre l’Ecypte.

L'on remarquera, d’ailleurs, que la plupart des noms cités sont d’origine non spécifiquement égyptienne, non plus que sémitique ni grecque ; que certains, tel Péluse ou Pharos, désignent des lieux de commerée (4); que d’autres, tel Memphis, sont de grandes villes de transit international dont quelques traditions attribuent la « fondation », c’est-à-dire l’épa-

(1) Ce nom qui reparaît chez un des plus anciens rois de Sicyone (cf. CASTORIS RELI- QUIAE dans l'Hérodote de Didot, pp. 168-9) se trouve également en Étrurie : cf. le dérivé Apinal CIE 200 Sienne ; — Api + na + l; cf. pour la forme : Vipinal, Velyainal, Subunal, Caprinal, etc., << à Vip' |; ; Velya®/i ; Sut/ou ; Capr'ji, ete. On le retrouve également en ibérique; cf. Abis aussi Habis (Jusrin XLIV, 4, 11). L’alphabet ibérique confond les sourdes et les sonores (voir $ IV). Abis-Habis est un roi : comme son homonyme de Sicyone, il fait donc partie de l’aristocratie politique.

(2) Exsgus n’est ni proprement grec, ni sémitique, ni égyptien. L'origine de ce mot a fait, jusqu'ici, l’objet de tentatives diverses d’explication, sans succès pour le moment. Ce terme est d’origine soit asianique soit, plus probablement, africaine.

| < | (3) Cette identification des tt AN — O0! Ke (je

cite la forme d’après Lepsius, Denkm. II 211, 4 (— vol. 7), où ce peuple est mentionné

ER, l ANMAAN V PB] :

à côté des K l @ K | 1 1 Dâanaounaou — noter le suffixe ethnique -"« US

du type étrusque — et des @ | | I 5 dl Pour/lstäou, n’est pas douteuse malgré les réserves de MaspEro et de Hazr (The peoples of the sea, Bibl. de l'École des H.-Ét., fasc., 234, pp. 301, v. 308), les suffixes adjectivaux -al, -eli, -ili, -uli, ayant exactement la même valeur sémantique en caucasien du sud. C’est ainsi que Géorg. Xart-eliet Kartuli — l'un et l’autre Kartvélien et cf. suxar-eli — effrayant, comparé à mogun-uli — bossu à kaë-ali — chauve et mshw-ili — gras. Le Mingrélien, le Souane, le Laze, prêtent exactement aux mêmes observations.

(4) Pourvus de temples égéens (Odyssée IV, 354 sqq.).

nouissement, à des Égéens (*) et où la colonie carienne fut toujours importante (2); que d’autres enfin, comme Api, Apia, se retrouvent dans le monde préhellénique portés par des personnages ou des localités étrangers à la vallée du Nil, bien que non nécessairement sans rapports avec celle-ci.

Ces constatations ne laissent pas, on l’avouera, que d’être passablement impressionnantes. Cela, d’autant plus que la plupart des noms faisant l’objet des parallélismes ci-dessus sont justement ceux qui se retrouvent depuis le golfe Persique jusqu’en Hellade, en Thrace et en Italie ; autant dire tout le long de la route que la tradition, représentée notamment par Strabon et la Bible, mais reproduite par d'innombrables auteurs, assigne . à la marche vers l’ouest des « Phéniciens » et des Cananéens.

La [liéotx reparaîit en Thrace, où Kadmos aborda, comme on sait, venant de Sidon ; nous retrouverons le nom de cananéen en Étrurie ; le Zrotoy (aussi Zspperov reparaît en Thrace et en Samothrace, où Kadmos aborda également) ; Etvva a ses correspondants en Mésopotamie et en Dalmatie-Illyrie où Kadmos aboutit ; Topos figure dans le golfe Persique et en Laconie ; le IxpDaves, en Élide (terre propice au &vs5cc ya), et en Crète ; le Thabor en Perse et en Sicile; Arad dans le golfe Persique et en Crète; l'xt« en Sogdiane, sur la Mer Rouge et en Thrace ; Xapwy en Mégaride, ancienne terre carienne et à Trézène, ancienne forme Toofav (<< *Tryiay — terre de Tarq“u); l'epoa, sur le golfe Persique, dans le Delta et sur la petite Syrte; Axn en Arcadie ; etc.

Que ces peuples asiano-méditerranéens aient, au reste, laissé de nombreux témoignages de leur présence, de leur activité, tant économique que sociale, dans la nomenclature des régions « colonisées » par eux, c’est ce qui ne saurait, en principe, passer pour anormal.

Une société féodale, pénétrée de religion agricole, où le culte des ancêtres familiaux et tribaux, des « héros », lares, remarssis, occupe une place importante ; où les sanctuaires et les £vn seigneuriales constituent

(1) CLÉM. D’ALEX., Strom. I, p. 139 (= FHG IV, p. 327, Aristippe 1). Le même fait est attesté pour Heliopolis, ville dont les deux éléments onomastiques constitutifs sont loin d’être clairs sous le rapport étymologique (cf. BorsacQ, s.v.); pour le fait luimême, v. DioODORE V, 56 et 57 [— FHG II, 176, 1 et 2 : Zénon de Rhodes]; ici encore l'élément colonisateur paraît avoir été carien. Pour Thèbes (cf. Tebano, p. 416 col. d et Tabano (413, col. c) qui est également un nom asianique, cf. NoNNus [un Égyptien|, Dionys IT, v. 265-6 et sq.

(2): FHG,:98,;5.

(3) Cf. mes « Phéniciens », s.v. *Arwç ; Index. Quant aux rapports d’une partie du monde de la mer avec l'Égypte, signalés par les traditions juive et grecque, cf. suprà et S I du présent chapitre.

le plus clair des propriétaires et exploitants fonciers ; où l’attentivité à toutes les ressources du sol et du sous-sol est, pour ainsi dire, de style ; où l’organisation des régions occupées constituait l’un des premiers soins ; où l’industrie, le commerce, la construction de lieux forts, ces facteurs déterminants de tant d’agglomérations urbaines, étaient déjà très développés, ne pouvait, évidemment, pas ne pas laisser dans l’onomastique des traces considérables et profondes (ï).

Il n'y aurait donc pas lieu de s’étonner, 4 priori, qu’en Italie, tout comme en Grèce et dans le reste du monde- antique, la proportion des noms relevant de cette prodigieuse et si particulière expansion soit des plus importantes, Le contraire seul devrait, à plus juste raison, surprendre. |

Admettons, toutefois, que nous soyons dupes d’un extraordinaire hasard ; victimes de quelque prestigieux mirage; que cette onomastique italienne, tout entière, soit d’origine récente; qu’en supposant même qu'elle date de l’époque impériale, ces étonnantes rencontres s'expliquent par le rôle central de la Rome des empereurs dans l’histoire universelle : par le caractère cosmopolite de la civilisation romaine ; par le va-et-vient des légions ; par la variété des recrutements militaire et servile ; par la présence de colonies de vétérans ; par l’aflux des Orientaux dès avant l'époque chrétienne ; où, si l’on préfère encore, par les liens étroits que les Croisades ont établi pendant quelques siècles entre l'Orient et le midi de l'Europe occidentale ; par l’activité commerciale de Venise, de Florence, de Livourne, de Gênes, etc.

Bien que toutes ces raisons soient bien loin, à notre avis, de justifier tous les parallélismes si curieux signalés plus haut, considérons-les, momentanément, comme fondées.

Il devient donc opportun d'envisager le problème sous un autre de ses aspects, afin de parvenir à déterminer, si possible, dans quelle mesure ces coïncidences sont véritablement récentes, ou dues effectivement à des immigrations antiques, comme nous l’avons, provisoirement, supposé.

Lorsque l’on ignore à peu près tout d’une civilisation dont la ou les langues sont perdues, le premier soin du philologue et de l'historien consiste, on le sait, à rechercher les noms propres dont cette civilisation faisait usage.

(1) Pour l'importance onomastique de tous ces facteurs, l’on pourra se référer au précieux travail de L. GaLLois, Récions naturelles et noms de pays, Paris, 1918, notamment chapitres x1 et XII (= pp. 20-238).

ds dt nie él Éd. din

Pour précaire qu'elle puisse paraître, pareille documentation à laquelle l’égyptologie, l’assyriologie, l’asianologie, la caucasologie etc., doivent d'importantes données, présente, du moins, l'avantage de permettre une première évaluation, souvent assez précise, at l'origine et le classement probable du groupe considéré.

W. Schulze, dans son ouvrage classique, a montré d’admirable manière certains des résultats que l’on peut obtenir de pareilles statistiques lorsqu’elles sont dressées avec méthode, avec prudence.

Le procédé, du reste, est maintenant suffisamment éprouvé pour être devenu de style dans toute étude de cet ordre. Inutile, donc, de justifier plus amplement un point de vue qui, d’ores et déjà, est acquis.

Il nous paraît, toutefois, particulièrement intéressant d'attirer ici lattention sur un côté de la question qui ne nous paraît pas avoir encore fait l’objet des observations qu’il mérite.

Depuis qu'ont été instituées ces sortes d’enquêtes, personne n'ignore plus que les noms propres individuels sont formés selon des procédés à peu près constants, en dépit des différences de race et de langue.

Pour rappeler très sommairement les conclusions essentielles auxquelles l’on est arrivé, nous mentionnerons seulement que les principaux types de noms propres se répartissent, en gros, dans les catégories suivantes (*) :

Noms théophores et religieux, ex. : Théodore, Apollodore ;

Noms de descendance, ex. : Alcides, Mursilos (°) ;

Noms de dépendance ou de provenance : Æmilianus, Octavianus ;

Noms tirés de particularités physiques : Leroux, Leblond, Legrand ;

Noms d'état : Tisserand, Leserrurier, Levavasseur ;

Enfin les noms d’origine ethnique, du type de : Lallemand, Langlois, Lenormand, Picard, Lefranc, Lombard, Wallon, Flandrin, etc.

Seuls les noms de cette dernière espèce nous intéressent, pour le moment.

Tout curieux qui dresserait, en effet, une liste suffisamment complète des formations de ce type pour une région ou pour un peuple donnés, parviendrait assez vite à déterminer, d’une manière approximativement correcte, la nature et l’origine des principaux éléments composant ledit groupement.

Dès lors, il se trouverait en mesure de discerner en gros, les princi-

(x) Nous négligeons à dessein les hypocoristiques, qui ne constituent qu’une sousvariété secondaire d'intérêt relativement moindre, au point de vue qui nous occupe.

(2) Ces noms ayant été très usités dans le monde asiano-grec, j'en donne deux exemples provenant de cette source, cherchant, avant tout, à les choïsir bien évidents.

paux groupements ayant, à travers les siècles, concouru à la formation de cet ensemble, de sa langue, de sa culture. La part de chacun demeurerait, cela va de soi, incertaine. Dans l’ensemble, cependant, un premier résultat établissant à la fois la nature et l’importance des principales composantes, ainsi que leurs activités onomastiques respectives serait déjà atteint.

Pareille opération effectuée pour la France, par exemple, aboutirait à la constatation que le peuple français est un complexe où entrent des Burgondes, des Francs, des Alamans, des Flamands, des Lombards, des Goths, des Anglais, des Celtes, des Romains, des Espagnols, etc. ; résultats conformes en tous points et à l’histoire et au bon sens.

L'on verrait, en outre, que le pourcentage desdites composantes varie selon les régions, les temps ; que certaines : la germanique et l’italique par exemple, s’affirment presque aussi importantes que lindigène à certaines époques ; que d’autres, la britannique entre autres, n’ont fait preuve que d’une vitalité relativement restreinte, etc.

Faites sur d’autres pays : Allemagne, Angleterre, Italie, Grèce, Turquie, Russie, ces observations demeureraient, forcément, identiques en principe. Seuls, les noms des éléments entrant dans la formation de chaque peuple, varieraient suivant la situation géographique et l’histoire antérieure, migrations, invasions ou autres. Mais ce serait la seule différence.

Toutes ces données sont parfaitement normales.

Elles sont, de plus, constantes.

Les indications qu’elles fournissent sont, comme de juste, d’autant plus complètes que le « trésor » de noms récoltablé est plus considérable. Mais la valeur desdites déductions demeure, en tous cas, certaine et parfaitement légitime ; car elle résulte, en somme, de la nature même des choses.

L'emploi du procédé est d'autant plus justifié que des noms comme Unbricius, Gallus, Ligurius, Sabinius, Tuscius, Venetius, Volscius, etc. au même titre qu'Aiyürrios, Kaotwv, Auvdée, Aômoc, Acxoës prouvent que, en Hellade comme dans l'Italie antique, ce procédé onomastique était absolument courant.

Nous pouvons donc, en toute sécurité, recourir à la même méthode pour essayer de déterminer la nature des « composantes » de la nation étrusque où, nous en avons la certitude de par des noms tels que : umra-na CIE 2876, 3017 sqq.; wmru-na 1615; velsc-u CIE 2173; Ralaprenas, Ndsc. 1880, 444, n° 10, des formations onomastiques individuelles correspondant à latin Umbrenus, Volscus, Calabrenus sont

courantes, et la valeur adjectivale des morphèmes terminaux bien connue.

Notre recherche se trouvera, en l'espèce, d'autant plus favorisée que, la plus grande partie des vestiges linguistiques de ce peuple consistent précisément en noms propres ; que ces noms figurent dans plus de 8000 inscriptions ; qu'ils se présentent, pour la plupart, dans des conditions de conservation épigraphique satisfaisante, dans un alphabet très voisin du nôtre ; que, par surcroît, la réunion en familles des noms dérivés d’un même thème, noms concentrés souvent dans un périmètre relativement restreint, permet de colliger les variantes et de constituer des groupes-types ; qu’enfin, nombre de ces noms ou cognomina nous sont parvenus sous leur double forme étrusque et latine (ou latinisée), ce qui nous vaut bien des équivalences précieuses ; que, dans les cas même où ces dernières formes seules nous sont parvenues, l’étude des aires de diffusion combinée avec celle des variantes orthographiques et suffixales permet en bien des cas, d'établir avec certitude si l’on a vraiment affaire à un nom effectivement latin ou à un nom étrusque latinisé.

Les facteurs ethniques possibles se trouvent, d’autre part, définis par les corrélations géographiques, religieuses, économiques, politiques. Ils sont, au surplus, approximativement connaissables dans leur ensemble, en tant qu'ils font partie d'une plus ancienne histoire asiano-méditerranéenne dont les directives généraies nous sont relativement claires. Un nombre suffisant de traditions permet, par surcroît, de procéder à un certain nombre de recoupements importants et donne, de ce chef, une sécurité appréciable.

Cette sécurité, en l’état, est au moins égale à celle que fournissent la plupart des données actuellement utilisables par une linguistique correcte et prudente.

Dans la mesure, toutefois, où cette dernière est susceptible d'intervenir utilement — mesure encore des plus modestes — les indications d’ensemble en concordent exactement, nous le verrons, avec les données générales obtenues par l'examen méthodique des ethniques individuels.

A défaut de renseignements plus complets sur l’idiome étrusque luimême, l'onomastique d'Italie, en tant qu’elle nous conserve l’image de celle, plus antique, de l’Étrurie, se présente donc à nous dans des conditions éminemment propices. La première nous suggère, du reste, ce que nous pouvons nous attendre à trouver dans la seconde. C'est déjà là une orientation qui n’est pas sans valeur.

Or, que constatons-nous ? Précisément la présence des mêmes éléments asiano-caucasiens et préhelléno-méditerranéens, éléments dont la modernité se trouve, par là même, définitivement mise hors de cause.

Tels sont par exemple :

Ehouazs, roi de Tyrrhéniens, fondateur d'Ekuia en| Cf. Eluuars nom del] Cf. *Hlinmi asianique Sicile (2). Cf. prob. étr. felmu (CIE 35, 42, 114); latin|l’Elam (cf. supra, Elema,|(Klio, op. cit., p. 80). Hegzmonius (CIL X, 598 sq.). Elemita). Memnon (1), élamite pro-

Biblique D9y bable, est un allié troyen.

Noter que la base de son nom a subsisté en asianique sous sa forme étrurisante *Mèmre, *Mèmre (Kio, p. 146; cf. avec tr. Memrum = Mem-

| non).

(1) Pour Memnon et l’Elam, cf. G. HüsiNG, Einh. Quellen, etc., I, p. 10.

(2) ÉT. DE Byz. s.v. Alov et Eltuia. Le même nom se retrouve porté par un roi libyen (DioporE XX, 17, 18). Ce n’est point l’effet d’un simple hasard, nous le verrons. Les Elvuot de Sicile, à propos desquels SCYLAX 13 remarque qu'ils étaient des Bépéaoo, se rattachaient au monde d'Asie Mineure (cf. THUCYDIDE VI, 2; APOLLODORE IL, 5, 10 ; DENYS D'HALICARNASSE I, 22 et 52/3 ; PausanIAs X, 11, 3 ; NonNus XIII, 311; ce dernier les fait figurer parmi les contingents qui accompagnent l'expédition de Dionysos aux Indes). Cf. Elemita ci-dessus. Pour les Elymes de Sicile, cf. A. HoLm, Gesch. Sicil. I (1870), pp. 86-91. L'auteur est très embarrassé par la tradition qui les relie au monde troyen. Aussi déclare-t-il (p. 87) que c’est «nichts als eine gelehrte Combination. . . » ; il est cependant bien obligé de reconnaître : 1° l’étroitesse des

* liens qui les unissent aux Phéniciens (p. 88) [que j'ai démontré n’avoir point été des Sémites, mais bien des Asianiques] ; 2° l’identité de leur nom avec celui des Élamites et de l’Élam (p. 88); 3° la présence chez eux de cultes orientaux. C’est pourquoi il finit par conclure, avec raison d’ailleurs, que les Élymes sont à considérer comme un « Gemisch von Persern, Phôniciern, und vielleicht auch von Troern » et que leur origine orientale s’affirme, en particulier, dans les relations amicales qui les unirent toujours aux Phéniciens et aux Carthaginois et leur antipathie contre les Grecs (p- 89). Après quoi, l’on ne sait trop pourquoi, il révoque en doute l'existence des éléments troyens (p. 89), mais il ne peut s'empêcher de constater (Gibid.) les rapports intimes qui les rattachent au culte de Lavinium et au monde crétois (pp. 90-91). Je pense avoir à peine besoin de faire remarquer la ferme tradition établissant un lien direct entre le culte orgiastique de Lavinium, la fondation de Rome par Énée, et le monde troyen. Cf. à ce sujet l’Énéide et CARCOPINO, op. cit. Si, comme le croit Holm et comme il me paraît vraisemblable, l’arrivée des Élymes en Italie a précédé celle de l'aristocratie Sicule, il faudrait admettre : ro Une très ancienne expansion économique d'éléments installés en Elam. Or les trouvailles de Suse renferment des documents proto-élamites en hiéroglyphes épichoriques qui sont très favorables à ces vues et attestent, notamment, un très ancien commerce de chevaux ainsi qu’une industrie mobilière extrêmement développée ; 20 Un déplacement antique d’éléments élamites vers la mer. Ceci n’est pas moins certain pour le golfe Persique (v. Hüsinc, op. cit., pp. 10-11, et la curieuse coïncidence des pronoms personnels signalée par ce savant entre l’Élamite et le Dravidien Sprache Elams, p. 18, et Memnon IV, p. 12) que pour la côte méditerranéenne (Genèse, XIV). Cf. en outre des noms comme asianique et grec « héroïque » Koôoos comparé à Kutur 172; 3° Enfin, il est certain que les éléments anciens qui ont créé l'écriture hiéroglyphique originale proto-élamite ont subi, en Asie même, des influences extérieures assez énergiques, assez durables pour avoir été interrompus dans leur développement spontané et normal. Le désastre d'Ilion, où des Aïtoxes orientaux furent impliqués, contribua sans aucun doute à l’élimination d’une proportion x d’anciens Élamites mélangés aux asianiques. C’est, du moins, ce qui résulte de la tradition rappelée plus haut. Nonnus rapporte, d’ailleurs, qu’à une époque que l’on peut évaluer entre 1500 et 1200 av. J.-C. une partie des anciennes colonies asianoméditerranéennes reprit, avec Dionysos, le chemin de l'Orient. La liste de ces contingents d'émigrés, d’après

D. dt Oo à

Ed: nn AE NÉ NE CE ECS |

FHEDUE

TRQYU : DIFFUSION DE SON NOM 221 Colchius (CIL VI, 1057) de Bénévent. Cf. Kikyos Culchius (VI, 3884) de Bénévent. Koïyis (K, 8056, 118) de Velitrae. Kolyf Koÿky1os (A.M. XIV, 94 et sq.). Kokynis Colgius (CIL XI, 3373 ; 3424) Tarquinies. aussi Xoy04 Culgius (CIL X, 3768) Suessula (nom étrusque). |— Colche, Colchide. Culcius (CIL II, 4255 ; V 2968) Padoue; et, pro- bablement aussi, les « ethniques » dérivés en -1-, et -(a)n(a) du type asianique Culcinus (CIL V, 8299) | Aquilée et le cognomen Culciana (CIL VIII, 15747) Afrique proconsul. Cf. p.-ê. étr. Culice (CIE 2027); v. SCHULZE, p. 158. Ces proliférations consonantiques apparentes ne sont pas sans exemple dans les idiomes du type caucasien.

Cisso fém. Cissonia (CIL XI, 6229 [c] 6253). Cf. les Kiooror (aussi *Asianique *Æiza Cisonius (VI, 14836 ; XI, 6205); Rome et Iesi. K{5501) de Susiane (STRA- *Kize Cissiolenus (Not. de sc. 1887, 288 Rome). BON XV, C. 728)leurpays|(Klio, p. 107) Ktosta est Formes étrusques : s'appelle Kisoix (HÉRO-|mère de Memnon (STRA- Cisie (CIE 30 Volaterra). DOTE V, 49, 52; VI,|BoN XV, C. 728). Le 7 Ceisu (202 Volaterra). Cf. aussi la variante probable.|119) et Kuosta (ProLé-|asianique est indifférem- Cusu (CIE 372 Arrezzo). MÉE, VI, 3, 3) (). Cf.|ment rendu par 5, 55, 7, Cusnia (3444 Pérouse). avec les « ethniques »|V — TJS. C’est une sif- Cusine (604 et sq. Clusium). lindividuels Kisstx, K:5-[flante dentale dure flot-

Dion., ch. xt, confirme, nous semble-t-il, entièrement cette manière de voir, car elle comprend des Béotiens (55 et sq.), Phocidiens (122 et sq.), Eubéens (135 et sq.), Attides (171 et sq.), Eginètes (201

et sq.), Crétois (222 et sq.), Arcadiens et Achéens (275 et sq.), Siciliens (309 et sq.), Italiotes (328 et sq.),

colonies Libyennes (334 et sq.), Cypriotes (392 et sq.), Lydiens (425 et sq.), Phrygiens (460 et sq.), Mygdoniens (500 et sq.), Cauniens et Cariens (507 et sq.), Samothraces (527 et sq.); en un mot, des

> contingents provenant de fous les anciens foyers asiano-x phéniciens ». L’opulence économique de l'Inde suf-

not chatte tite nes tbe ces eut

firait amplement à justifier ce reflux. Bien des Occidentaux préfèrent aujourd’hui la vie large de l'Inde à l'existence étriquée de l’Europe occidentale. Cela est humain, donc de tous les temps, et il est naturel qu’une aristocratie active, gênée dans sa liberté politique et économique par la nouvelle orientation de l’Europe méditerranéenne ait, en partie du moins, préféré regagner une région où s'était développée sa plus ancienne expansion mercantile et où elle savait devoir retrouver à la fois des congénères et des aliments d’affaires.

(1) Très vraisemblablement — #2. Une Kussia est la mère du Memnon venu du fond de l’Asie au secours des Troyens (SrRABON, loc. cit. ; cf. aussi G. HÜsiNG pour Memnon même : Der elamische Gott « Memnon », Stud., Or. f. Hommel, Bd. 1, pp. 35-68). Ce nom a embarrassé Schulze qui dit à ce sujet (p. 305) : « Rathlos stehe ich auch dem Namen Cisso gegenüber. .... » À Kio50s il y a lieu de rattacher la variante Ketoos (SrRABON VII, C. 389 ; X, C. 480), l’un des fondateurs d’Argos, centre du conimerce maritime « phénicien » dans la plus ancienne Hellade (HÉRODOTE I, 1) ville au nom asianique (cf. Apyos en Carie, en Cilicie, Agyats île lycienne, Agytha ville de Carie, Agyawvoy île de Carie, etc.). Voir pour Ketoog mes « Phéniciens », Index, s.v. Des clans de cette origine ont laissé des vestiges dans la Thrace (couche asianique), à en juger, du moins, par un certain nombre de noms « héroïques » dérivés du même ethnique : Kraseus roi de Thrace, père d'Hécube ; Kisons roi de Thrace ; Kioouvn Mt de Thrace ; Kisotos roi de Thrace, etc. Pour Ketos cf. étrusque Ceisu (CIE 202 Sienne) ; Ceise (842 Clusium).

222 CHAPITRE Ill

Cusius (CIL II, 4330 ; V, 7028) et les dérivés dufoius,; Ketoos, Kisos, noms|tante entre la sourde et la mème thème (Cus(u) aussi Kus(u) ex. : Kusiunas’ (CIE héroïques asiano-égéens.|sonore.

406 Arrezzo) : Cosius, Cusinius, Cusenius, Cusonius etc.)| Cf. les Kossarot de Su-| Asian. * Kuza (Klio, siane qu'il faut prob.{lp. 129). P. le 3, v. cirattacher à la Kossaldessus. L’on évoquera, d’Étrurie et à Kossaa de|comme de juste le w13 bi- Thrace ainsi qu’à Koss-|blique, bamite lui aussi, ovpa, Koss-voa, île voi-[que Genèse X nous donne sine de Sicile à la finale|comme directement appaadjective -ura bien carac-|renté à Canaan, à l'Égypte téristique de caucasisme|hamitique (= asianique) (v. $ IV). (P. les infl.let à Het. Remarquer, asian. en Thrace, v. ci-|d’ailleurs, que, parmi les dessus, p. 23, n. 1.) « fondations » de Nem-

rod, le sémitisme de Ba-

bel, Erek, Accad, Kalneh, Ninive, Kalah est au moins aussi discutable que l’asianisme initial probable, linguistiquement parlant, les bases *Baba-, *Ergge, *Klñne, *Ninu, * Klqge étant parfaitement normales en asianoméditerranéen. Cf. suprä.

Catu-sa (2548) Clusium. Cf. les Kntetot d’'Ho-| “Asian. * Kata- (Klio, Catu-nius (IX, 4565 (Nursi). mère, ‘alti, Hattu, Khetalp. 99) et cf. la Knrts, de Cattu-nius (V, 7929) Cemenelum. égypt.; Ni Héléens; partilla dernière patrie asia- Cato « troyen » mentionnés|tique de 17q%u; la Cili- Cato-nius [(Odyss. XI, 521) à côté|cie.

Cetis-nal (CIE 902) Clusium. de Memnon l’Éthiopien,

Cetis-nei (CIE 1997) Clusium, avec suffixe ethniquel fils de Kissia. Cf. auss: étrusque en -#- (1). Il faut ici garder présente à l’esprit|l'Énéide. une confusion possible des On», issus de Zavan et des snn enfants de Canaan qui, les uns comme les autres,

« ont peuplé la mer et les îles ».

(1) Hozper, Alfcelt. Sprachsch. 1, 844 sq. 858, réclame Cattunius et Catto, Cattonius comme celtiques. Il a également raison. Ce sont, en réalité des représentants de la même pénétration en Celtique auxquels j’ai fait allusion plus haut. Pour les Kntetot dans le Latium, cf. DENYS D'HALICARNASSE +hv ‘Puunv athy rohdoi rüv guyypagéov Tusénvida rAiv stvat 0réAaGoy ; ainsi que SurDas, s.v. Aarivor : oi vüv ‘Pouaïor, Tkegos (cf. l'Hétéen Telepinus de la tablette de Yuzgat) yàp vios ‘Hpaxkéouc, 6 imxhnôeis Aativos, uetewyOuage tobs rékat Kntious Xeyouévous Aarivoue. Noter, par surcroît, la fréquence du nom propre ethnique en Latini- dans l’onomastique étrusque (CIE nos 7or et sq. ; 886 ; 836 et sq. ; 1406 Clusium ; 469 Cortone; etc.). Les Latins sont, évidemment, d'anciens asianiques italisés, tout comme les Français sont, en partie, d'anciens Germains celto-latinisés. Ce nom est identique à celui des — 5 $ x [lire L-H-n-nou c’est-à-d. : Latinnou et non R-t-nnou; de même

Lessmttint dat audi mb dt be

domi of iles à mec fle à Dos dt)

CF. Kadvos et les K2ùvor (aussi Kaivror de Ca-

Caunu (CIE 2290) Clusium.

Caunius Prosopogr. 1, 324.

Caunia (CIL XII, 2182). rie et de Crète HÉRo- DOTE Ï, 172 et ÉT. DE ByZ., s.v. Kaÿyos).

Car-na(s) (CIE 826, 828 ; 1957 et sq. 4853 etsq.)| Cf. Ki

Clusium, (3815 et sq.) Pérouse. Kap-10$

Car-ini (CIE 2964) Clusium ; cf. avec Kap-ta

Car-inius (CIL VIII, 2833) Lambaesis (Numidie). Carien

Car-nia (X, 4981) Venafrum. Carie (*)

Car-nius (X, /265 Sicile) Palerme. cf. des noms locaux

Car-enus (XI, 5750, 1. 6) Sentinum. ital. comme Curicum,

SCHULZE, p. 113). Sur la diffusion carienne, v. HÉ- RODOTE Ï, 171%

Gar-inius (XII, 678) Arles.

Caru-tius (ou Car-utius XIV, 214) Ostie.

Quker (CIE 388) Arrezzo. Cf. Tedxpos Oucer (Fabretti CII no 49) Ravenne. Tesxsoi Oucer-na (CIE 2040 et sq. ; 2335 et sq.). Tevxpts Qucer-i (861, 862, 885) Clusium. T'isxgroy

Oucer-u (4828 add).

Tocro (818; cf. CIL XI, 2416) Clusium.

Thoceru-al (CIE 714 ; cf. CIL XI, 2167) Clusium. Tocer-nius (CIL V, 375) (Istrie).

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