‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 64 sur 69 · LL · texte numérisé non relu

LL

(1) Cf. STRABON Y, C. 214; THÉOPHRASTE, Hist. pl. IV, 5, 6 ; PINDARE, Neém. X, 12 SCYLAX, 16. DIoN CassIus, fr. 2, 3.

(2) Cf. l'Odyssée.

(3) Cf. Enéide.

(4) Nous serions assez portés à penser que l'épisode d’Achaemenides (Énéide I], 590 sqq.) renferme un souvenir relatif à une fusion politique survenue en Sicile entre clans asianiques immigrés après la chute de Troie et des restes de colonies iraniennes préhelléniques. Sur les plus anciennes relations de la Sicile avec le monde de l’Asie Mineure, cf. A. Hozm, op. cit., t. 1, premiers chapitres.

(5) Didon n’est certainement pas une Phénicienne-sémitique. Pas plus Pygmalion que Sychée ne sont, eux non plus, des sémites. V. S IV.

(6) Cf. par ex. Iliade TI, 148 et SrrABON XIII, c. 608; V, c. 212 ; ATHÈNÉE XV, 665 a; PLATON, Banquet 221, c.; PLUTARQUE, Numa 8 ; etc.

(7) Cf. l'Énéide.

« Et aprés, les Cananéens se dispersérent », dit la Genèse (:). Nous le voyons.

msi nata rooms, disait Hécube, me xaTa daiuova,

Un Toosiotn Towpay Prorou

Todc AÜUA, TAËÉOUOX TÜYHLTLV.

La lumière que les fouilles de ce dernier soixantenaire ont projetée sur ce lumineux passé préhelléno-italique, mieux aujourd'hui qu’autrefois, nous permet d’entrevoir ce que put être cette histoire. Histoire faite, comme tant d’autres, de deuils, d’arrachements, de larmes. Mais histoire dont le contour général rappelle, par plus d’un trait, les destinées de ces malheureux juifs et marranes des x11° au xv® siècles après J.-C.; pauvres persécutés qui, transfuges d'Angleterre, de France, d'Espagne, du Portugal, de l’Europe septentrionale et centrale, de l'Afrique du nord, de la Syrie- Palestine, d’où les chassait sans merci l'avènement économique et politique des nouvelles unités « culturelles » chrétiennes et musulmanes (°), s’en venaient, des quatre points cardinaux, échouer en l’hospitalière Italie, où la beauté du pays, la persistance du régime féodal et municipal, la douceur relative des mœurs, les rivalités intestines mêmes, si propices à ceux qui veulent fuir, leur offraient des conditions favorables à la réédification de leurs foyers détruits.

À vingt-cinq siècles environ d'intervalle, et en dépit d’inévitables dissemblances, ces deux épisodes conservent des aspects à peu près analogues et comme un air de famille (5).

Et cela est bien naturel, en somme. Les grands facteurs en jeu : facteur géographique, facteur économique, facteur humain, demeurent, à tout prendre, sensiblement invariables à travers les âges. Semblables à des centres émetteurs d'ondes hertziennes, ils sont l’expression d'énergies permanentes que les combinaisons politiques peuvent parvenir, pendant un certain temps, à capter ou à canaliser artificiellement dans telle ou telle direction (*), mais dont l’action ne cesse de s'exercer à travers l’espace et le temps et finit toujours par s'imposer, tôt ou tard.

(1) Genèse X, 18.

(2) Cf. à ce sujet, entre autres, TH. REINACH, Histoire des Israëlites depuis la ruine de leur indépendance nationale, etc., 4e édit., Paris, 1910, Livres III et IV.

(3) Sur la coïncidence de l'expansion économique et politique de l’Hellade avec cet affux d'immigrés, cf. MüLLER-DEECKE, op. cit., Einleit., Ç 11, p. 93. - (4) L'on peut même affirmer que tout le jeu de la politique internationale de tous les temps a rarement eu un autre objet.

254 CHAPITRE Il

Car ces facteurs sont, eux-mêmes, fonction des ressources naturelles et de la situation de chaque région, au moins autant que des vertus et de l’activité de ceux venus pour en tirer parti. Or, cé sont là des éléments fondamentaux qui, à moins de profondes altérations géologiques et climatiques, ne se transforment que très lentement.

Dès lors, le caractère éminemment composite de l'Italie étrusco-romaine, reviviscence elle-même d’une partie importante du monde asiano-méditerranéen, s'explique, pour ainsi dire, par la nature des choses et ce n’est vraiment pas merveille qu'un aussi antique, qu’un aussi prodigieux amalgame ne puisse être défini que peu à peu (:).

Comme de juste, archéologie, elle aussi, n’est pas sans donner lieu à d’intéressantes constatations. Ici, toutefois, le problème se trouve singulièrement compliqué par les survivances de la civilisation continentale préclassique, civilisation due en grande partie à l’expansion de tribus de même stock, mais dont l'évolution a été, en grande partie, surtout terrienne (2). De là une persistance plus accusée de son caractère agricole initial, une réaction plus sensible du milieu préhistorique antérieur, et l'absence de cet élément cosmopolite, international que les cultures méditerranéennes doivent autant à l’intensité de leur négoce, qu'aux vicissitudes de leur histoire et à leur « free intercourse » à travers la mer.

(1) L'on en peut dire autant de la plupart des groupes pélasgiques, Ce monde est extraordinairement composite. C’est là, au fond, le secret de sa riche et insinuante civilisation. Aussi, le terme d’aXAcgulor par lequel les LXX dans les derniers livres bibliques, rendent le mot « Philistins » est-il, somme toute, admirablement choisi et pourrait-il, comme on peut le voir ici, s'appliquer, avec non moins de raison, à bien d’autres survivants du même monde de la mer. L'on peut certainement en déduire que, par rapport à son où à ses archétypes asianiques, l’Étrusque ne peut pas ne pas être une sorte de « Kauderwelsch » dont la délicate analyse exigera longtemps encore d’infinies précautions en même temps que la plus vaste des informations.

(2) Sur toute cette question qui a fait l’objet d’études multiples et approfondies de la part de savants comme O. Müzzer, Duan,'B. G. NiEBUBR, PAuLI, NISSEN, HELBIG, BusorT, Briz10, MiLant, MONTELIUS etc., nous pouvons passer rapidement. Le lecteur curieux de s'informer plus à fond trouvera tous les éléments d’une documentation plus étendue dans PONTRANDOLFI, op. cit, p. 12 et seq. (— KÔRTE, Etrusker) ; dans l’Introduction à l'histoire romaine de B. Mopesroÿ (trad. M. DeLiNEs), Paris, Alcan, 1907, notamment pp. 341-468 ; ainsi que dans les histoires romaines récentes de G. DE SANGTIS et d’'E. Pais. Je crois devoir signaler, en outre, l’excellente étude de P. O. SCHOTT, Die Herkunft der Etrusker und ibre Einwanderung in Italien, pp. 1-29 des Skrifter udgivne af VidenskabsSelskabet i Christiania, année 1910 ; Christiania, 1911. Les vues exposées cidessus résultent d'une visite personnelle aux principaux musées étrusques d’Italie,

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De cette civilisation non maritime, dont les restes commencent à peine à pouvoir être étudiés méthodiquement, mais dont les affinités initiales avec le monde asiano-égéen paraissent indéniables, ce ne sont, à notre avis, ni les formes de tombes, ni les usages funéraires qui nous donneront jamais la formule algébrique. Car, là où se produit une infiltration progressive d'un élément civilisateur, qui fait travailler l’occupant (‘), les transitions sont, nécessairement, très douces et le progrès se manifeste par un développement continu bien plutôt que par la brusque irruption d'un type de culture nouveau. D'ailleurs, il se produit d’inévitables mélanges ; les aristocraties voisinent ; les enfants jouent ensemble ; et cela suffit à créer promptement une culture mixte dont les composantes deviennent assez vite malaisées à distinguer très clairement. Les réactions des terroirs peuvent, en outre, varier dans des proportions considérables,

Par contre, l’examen des collections étrusques réunies dans les Musées d'Italie montre qu’il y a lieu d’établir parmi les vestiges qu’elle renferment une distinction très nette entre deux catégories d'objets : ceux postérieurs, dans l’ensemble, aux xr‘/x° siècles avant J.-C., qui témoignent d’influences maritimes et orientales encore toutes fraîches : barques funéraires ; éléments décoratifs empruntés à la mer; rappels de types céramiques courants en Crète et dans l’aire égéenne ; griflons, sphinx, chimères dont les contre-parties reparaissent à Rhodes, à Chypre, en Basse-Égypte, en Palestine, sur les côtes d'Asie, du Pont, de la Grèce, de l'Espagne ; et les autres, où la présence de cet élément fait défaut et dont les types, sinon la fabrication, remontent pour la plupart à des époques antérieures (2).

(1) C'est là une conséquence nécessaire du caractère éminemment agricole et producteur de richesse de cette période de la civilisation occidentale.

(2) L’on peut, ce nous semble, rattacher cette civilisation au type de culture asianoégéenne de l’Europe centrale et orientale dont nous savons encore peu de chose, sinon, qu'apparentée à la culture méditerranéenne (cf. le mariage de Kadmos et d’Harmonia), pourvue d’une technique métallurgiste, assez largement autonome, faisant usage d’idiomes similaires à l’Étrusque (cf. inscription de Lemnos), elle possédait en commun avec les tribus asiano-méditerranéennes les cultes de Dionysos et d’Apollon, la musique et la poésie qui firent totalement défaut à leurs successeurs dans le pays. Cf. à ce sujet DEIMLING, Die Leleger ; index s.v. Thraker. Des tribus du mème stock civilisateur paraissent s’être répandues dans les riches terres à céréales de la Russie méridionale, et la vallée du Danube, Cf. par ex. Targoviste, Türosor, Tarèau, Tärgue-Frumos, Tärgu-Jiu, Tärgu-Neamtu Taärgu-Ocna en Roumanie ; Tarcsa [vas], Tarcsafürdo [vas]; Tarcso [Torontal]; Tarczal ; Teregova ; le tout en Hongrie; Tarèin en Bosnie-Herzegovine ; Targowiska, Galicie ; Troian, Roumanie ; Troïanov, Bessarabie ; Trojana, Carniole ; l'royan, Troyanski, Bulgarie (Nomencl. offic. des bureaux télégraphiques ouverts au service international, 13e édit., mai 1914, s.v). Pour l’archéologie cf. par ex. : CH. HADACZEK, La colonie industrielle de Koszylowce (Zaleszcyki) de l’époque énéolithique, etc. Léopol, 1912, où la ressemblance avec les types

Cette répartition, toute générale qu’elle soit, nous paraît, précisément à cause de sa généralité même, pouvoir être prise comme criterium commode de classement.

En somme, deux stades distincts d’une même culture, résultant de deux évolutions dans des conditions très différentes, se sont superposés ici.

Il va sans dire que, vu le caractère maritime et l’époque présumable de l’immigration asianique par mer en terre italique, seuls les objets du premier groupe peuvent être attribués aux nouveaux arrivants. La plupart témoignent, au reste, par rapport à ceux de l’autre catégorie, sinon de plus de raffinement dans la conception esthétique ; du moins d’une plus grande industrialisation des types, indice d’une culture mercantile en pleine possession de ses principales techniques ; d’un goût marqué pour la décoration au moyen d'animaux fantastiques, pour lesquels toute idée d’origine absolue hellénique paraît devoir être exclue. Car l’art grec — réserve faite de l’art des poètes (*) — a toujours témoigné à l’égard du décor emprunté à l’irréel d’une répugnance marquée.

Parmi les analogies d'ordre archéologique les plus frappantes que l'on peut relever entre le monde étrusque et le monde anatolien, il en est deux, toutefois, que l’on ne saurait se dispenser de citer.

C’est d’abord l’usage de ces chaussures à pointe recourbée, si caractéristiques du costume asiano-cappadocien, dont, aujourd’hui encore, la mode subsiste en Asie Mineure, et qui se retrouvent par centaines d'exemplaires dans les statuettes ou sur les monuments étrusques, souvent même chaussant des divinités. Quelques spécimens prélevés au hasard dans les salles du Musée de Florence montreront à quel point cet usage s'était maintenu en Toscane. Il n’y a, d’ailleurs, pas encore entièrement disparu.

C’est aussi l’emploi, notamment par la haute aristocratie sacerdotale et

troyens est frappante. Ces pays, tout comme aujourd’hui, paraissent avoir conservé plus longtemps que les régions riveraines de la Méditerranée, leurs anciennes aristocraties. Le fait est sûr pour la Macédoine, dont la dynastie était de source achéenne. Cf. STRABON VII C. 327. L’invasion dorienne, dont les chefs étaient des Héraclides, à l'instar des rois de Lydie, paraît avoir été conduite par des princes de même souche. Tout ce monde, d’origine asianique, du moins par ses cadres, représentait l’ « Ancien Régime ».

(1) Remarquer, en effet, que toute |” « imagerie métaphorique » des chœurs tragiques grecs est d'inspiration nettement orientale, ce qui ne laisse pas d’être naturel en raison des origines de la religion et de la poésie helléniques (cf. CurrTius, Histoire, t. I, premiers chapitres). Citons par ex. : ESCHYLE, Prométhée ench. 281 : ailéoa 0'ayvoy rôçov OÙWVÉY,,....3; SOPHOCLE, Philoctète, 400 : iw piéxatox Tavpoxtovwv Aedvtewv Epedce, etc. EURIPIDE, Bacchantes, 371-372 : ‘Ooia d'à xatà yav |] ypuséav rrépuya pépers, etc.

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militaire, de ces hautes coiffures coniques rappelant nos hennins du moyen âge, coiffures dont la diffusion en Asie Mineure, notamment en Assyrie et en Elam, coïncide à n’en pas douter, avec celle de contingents asianiques.

Ces bonnets conoïdaux se retrouvent, on le sait, en Toscane et dans le monde étrusque, portés également par les prêtres et par les rois. Ils ont subsisté à Rome comme couvre-chefs liturgiques, et Tarquin, au rapport de Cicéron, en faisait, à l’occasion, usage.

Par ses caractères généraux, qu’attestent non seulement les vestiges

-archéologiques, mais aussi des traditions grecques et romaines, la civilisa-

tion étrusque se rattache, du reste, étroitement au monde technicien, naturaliste et pratique auquel la Grèce comme Rome durent leurs premières institutions sérieuses et leurs premiers aménagements d'utilité générale.

Cet hellénisme, auquel Rome elle-même devra plus tard la fleur de sa culture purement intellectuelle, s’est montré, en effet « intellectuel » et classique aussitôt qu’il eut pris conscience de lui-même.

Dans sa langue comme dans son art s’accuse, dès le début, cette tendance à l'équilibre, à la « normalisation », ce souci de la composition, qui s'opposent si fortement au large naturalisme et à la fantaisie si libre de la civilisation antérieure.

Par rapport à ses maîtres, il occupe une position à peu près comparable à celle de notre xvrr° siècle à l’égard de la Renaissance et du moyen âge. Le pndèv &yav est né avec la Grèce. Ce sera, désormais, la formule de tout art classique.

Mais cette formule, nécessairement à priori, comme toutes les formules abstraites, est en même temps une limite. L’horizon est plus net, mais il est aussi moins large. C’est l’inévitable contre-partie de toute conception esthétique arrêtée.

Aussi la civilisation grecque, en dépit ou, plutôt, à cause de son classicisme même, demeure-t-elle, à tout prendre, sensiblement moins riche, moins diverse que celle du monde asiano-égéen qui l’a précédée. et formée. Son art, sa littérature, sa philosophie, en tant qu’ils ne sont pas de simples continuations des prototypes orientaux, restent d’ordre à peu près exclusivement logique et moral (:). Elle a ramené la philosophie « du ciel sur la terre ». C’est tout dire.

(1) L'art d’une époque ou d’un pays n’est, en effet, jamais que la science de cette époque ou de ce pays. MM. Brpou en de nombreux articles, E. MÂLE dans son Art religieux du x1re siècle en France, ont exprimé à ce sujet des idées aussi exactes que

judicieuses. Et la science grecque, en tant que réellement grecque, fut toujours faible. C. AUTRAN. — Tarkondemos. 17

LE RARES Te es 5 + SR NS LR AL Ts 2, RL OR cr CRT Lot 4

258 CHAPITRE Ill

A part ses poètes, chez lesquels prédomine, du fait de l'intermédiaire homérique, l'influence de la société tout asianique à laquelle se rattachent les « héros », l’Hellade n’a guère produit, en somme, que des philosophes théoriciens, des moralistes, des politiques, des dialecticiens, souvent d’un très grand talent, mais, qui, pour la plupart, sont plus préoccupés de ce qu’ils pensent que de ce qu'ils voient.

Sa science historique est née sur la côte d’Asie.

Chose étrange, à part quelques érudits ou rhéteurs d’époque tardive, Athènes, cette « Grèce de la Grèce » n’a pas donné le jour à un seul grand savant. Archimède est de Sicile où, nous l’avons vu, les survivances asiano-méditerranéennes subsistaient en forte proportion ; Dioscoride est un Cilicien ; Eratosthène est de Cyrène, ancien foyer préhellénique; Euclide, comme Archimède, est issu de Grande Grèce ; Hippocrate descend d’une famille aristocratique de Cos, ancienne île carienne ; Galien vient de Troade, et ainsi des autres.

La plus ancienne, la seule philosophie naturelle de l'Hellade jusqu ’au temps d’Aristote, originaire lui-même de Macédoine, est née en Asie, ches les Ioniens (des Asiatiques d’origine, longtemps considérés comme des demi-grecs) ou en Grande Grèce.

Et l’on ne sait de qui l’on doit, ici, le plus s'étonner : de ceux qui, de bonne foi, ont pu s’imaginer que des spéculations cosmologiques, comme celles de Thalès et de ses émules, pouvaient constituer un début dans la curiosité désintéressée et dans la réflexion abstraite ; ou de ceux qui sont parvenus à supposer que la naissance de la Grèce à la pensée, était synonyme de la naissance de lesprit humain (:).

L’hellénisme n’est pas la Grèce ; il faut avoir le courage de le dire. C’est même, à bien des égards, exactement le contraire. Nous entendons par ces mots que c’est en très grande partie une survivance du préhellénisme. Et cela seul explique certains de ses caractères, ainsi que sa prodigieuse et quasi-soudaine diffusion.

Les qualités des Hellènes sont, assurément, de celles qui, en des

(1) Aristote avait déjà remarqué l'opposition existant entre le caractère des anciens philosophes gusixof et les philosophes Üeokdyor de l’époque postérieure (cf. par ex. Metaphysica, I, 3, 23; $, 123 etc.) et U. von WiLAMoWITZ-MŒLLENDORFF, en attirant (Homer-Unters., pp. 214 et sq.) l’attention sur le caractère éminemment naturaliste de cette philosophie en a, implicitement, reconnu la maturité intellectuelle et scientifique plus avancée. Des ouvrages récents, et d’ailleurs distingués, tels la Soria della Filosofia de G. DE RUGGIERO, 2e édit., Bari, 1921 (pp. 21-40) persistent, en dépit de toute vraisemblance, à vouloir ignorer la science anté-hellénique d’Asie et à exagérer, par là même, l’originalité des premiers penseurs grecs.

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période favorables, peuvent donner naissance à une littérature brillante, Elles ne sauraient, toutefois, en aucun cas, suffire à fonder une civilisation.

L'organisation d’un pays, à toutes les époques, ne peut se passer de science, de technique. Les entreprises de travaux publics et d'utilité générale, faute desquelles aucun développement économique, partant, aucun enrichissement ne sont possibles, exigent de tout autres facultés.

Constructions de navires, navigation au long cours, fortifications, métallurgie, aménagement du sol, agriculture, médecine, art administratif; tout cela exige des initiations spéciales : science des nombres, astronomie, histoire naturelle, droit. La production, le commerce, la santé, la prospérité publique et privée, et, par suite, un minimum d’audience dans le monde sont à ce prix.

Or, ce sont là des éléments de civilisation que l'unanimité grecque reconnaît avoir reçus de l’extérieur. L’oppidum de Thèbes a été bâti par un « Phénicien » ; l’acropole de Mégare par des Cariens ; celle d'Athènes par des Pélasges. Aux compagnons ou aux émules de Kadmos, à Danaos, à Pélops, venus d'Égypte et de Lydie, l'Hellade doit le plus clair de ses connaissances en astronomie chronologique, en agriculture, en navigation, en médecine ; le tout lié à la religion, qui pénétrait toutes choses.

Aussi, la plus grande partie de son lexique technique et concret : agriculture, élevage, architecture, marine, termes commerciaux (céréales, emballages, poids et mesures), histoire naturelle, médecine, métallurgie, est-elle d’origine allogène. C’est un aveu que cela.

La civilisation asiano-préhellénique qui a enveloppé et imbibé les Hellènes, possédait, elle, tous ces éléments qui manquaient à la Grèce et qu'elle lui a fournis. |

Par contre, ce sont bien les mêmes conceptions réalisatrices et concrètes que l’on retrouve chez les Étrusques.

C’est le même esprit religieux ; le même attrait pour les cultes orgiastiques et fermés ; le même goût pour le mystère ; le même sentiment à la fois mélancolique et familier devant la mort; le même souci de précision toute juridique dans l’accomplissement des” rites : dans l'observation des signes manifestant la volonté des dieux. |

C'est aussi, sous le rapport psychologique, la même propension aux sciences du monde extérieur et aux applications qui en dérivent : histoire naturelle, nautique, géométrie, mécanique céleste et astronomie, élevage, agriculture et céréales (*), métallurgie, industrie textile (2), travaux

(1) Cf MÜzrer-DEECKE, op. cit., I, p. 192 et sq., 216 et sq. (2) Ibid., pp#221 et sq. 245 et sq.

260 CHAPITRE IIL

publics et d'intérêt général (‘), administration commerciale et politique.

A la civilisation grecque, qui est, avant tout, intellectualiste et doctrinale, la civilisation asiano-étrusque oppose donc son type avant tout réaliste, technique et industriel (2).

Sous ces derniers rapports, l'Orient méditerranéen possédait, c’est certain, une avance considérable qu’il devait à son expérience économique plus précoce; sans oublier le loisir résultant pour son élite de son plus antique enrichissement. Car, l’aisance seule donne la liberté spirituelle faute de laquelle aucune recherche désintéressée n’est possible. Et certe aisance, longtemps avant l'Occident, la société asianique l’a connue et en a profité.

Ce n’est pas tout. Car, si limitées que soient encore nos connaissances en philologie étrusque, le lien, encore mal défini mais certain, reliant cet idiome aux parlers de l’Asie Mineure et des régions caucasiennes, s’y accuse, d’ores et déjà, suffisamment pour que l’on puisse en faire état.

Ayant déjà traité des parallélismes phonétiques, nous n’y reviendrons

point (3).

Mais on peut noter, en outre, un certain nombre de coïncidences

morphologiques qui ne sont certainement pas l'effet du seul hasard. Tels sont, par exemple, les finales ethniques : en -ano- << à *ñn qu'Étienne de Byzance considérait, non sans raison,

comme caractéristiques du monde « barbare » (+) ;

(1) Cf. MüLLer-DEECKE, op. cil., p. 213 et sq.

(2) Le lexique technique grec comprend forcément un grand nombre de termes spéciaux empruntés au vocabulaire de ces ingénieurs asiano-méditerranéens. Tel est, entre autres, le terme yvuwy — équerre qu’il y a lieu de rattacher directement à l’étrusque,

gruma, groma, qui a le même sens (cf. PONTRANDOLFI, p. 90) bien plutôt qu’à laÿ/ &s yv0 — connaitre, bien que l’origine première soit peut-être la mème. Notons, à ce propos, que la permutation n/r dont il y a maints exemples en Étrusque (cf. Memrum — Memnon ; Aymemrum — Agamemnon, etc. PONTRANDOLFI, op. cil., p. 129), constitue également l’une dés particularités phonétiques de l’Elamite, où l’on trouve : iriarra — grand — irsanna ; zunkuk-ip-inna — des rois (génit. plur.) = zunkuk-ip-irra ; ap-ir, appir (acc. plur. pron. 3e p.)—= ap-in, appin ; v. F. H. WEISSBACH, Die Achäm.-Inschr. 2ter Art, Leipzig, 1890, p. 49). Pour l'origine mésopotamienne du gnomon, cf. EUSTATHE, Com. D. Périeg. 988 in fine. Le sumérien, comme on le sait, présente également des exemples de n/r. Rapprocher ceci de ce qui a été noté ci-dessus (p. 220) à propos des Ezvpor.

(3) V. ci-dessus, chap. 11.

(4) Ér. DE Byz., s.v. "Adgorra". .... nai yao 6 T0x0c Tv "Actavüiv.

en -ak-; cf. par ex. : lydien : armñ-ak (*) ; Sfard-ak (?); élamite Susin-ak — le susien (3) avec rum-ay où velxn-ay — romanus, volsinensis (+) ;

en -n{(th}-; ex. : "Onuvhoç, Tipuvoc, etc. ; cf. par ex. : Aprinôu (CIE 4876 (5);

La présence des deux parts de formations onomastiques en -enna du type Ras-enna, Si-enna, Rav-enna, Pors-enna, Tarqu-enna, Verg-enna, et en Asie, Aoevva (5), Aevva (7), Zevvx [Mayäaacevva] (5), Xurevvz (°), Exevva(ro), Yrevva(t'), Kaxewva et Kozew»2(12), ou des noms propres d'hommes, comme le Pisidien Mavsyva(13), a, dès longtemps, été signalée. La forme originale de ce suffixe asianique est, on le sait, -*ñna.

en -(a)sa-; cf. Munasx, [lnèzx, etc. en Asie Mineure, avec Étrusque : Papasa (CIE 832 Clusium) ;

mi (ex. CIE 5, 594, 4921 et seq. 5213, 5303, 5306, 5213. Ndsc. 1920, 30 etc.) dans le sens de : #] y a moi — 1e suis; cf. venète mi, même sens ; de même géorgien me.

(1) LirrManN, Sardis, p. 83, qui fait suivre ladite forme d’un ?.

(2) Ibid., p. 60, l. 9 de linscript. cf. pp. 62, 69 et 75. Le sens de « Sardien » nous parait sûr. Cf. aussi p. 31.

(3) Cf. par ex. E. MEYER, GA, $ 363, p. 441. Vu le caractère composite que l’Étrusque doit aux conditions politiques dans lesquelles il s’est constitué, la présence de suffixes provenant de l’Elam n’y est pas plus anormale que celle de finales étrusques en latin, dans lev-enna — levis par ex. Nous avons, d’ailleurs, relevé dans l’onomastique italique, des traces très probables de la présence d’éléments-venus du pays susien.

(4) Vase François : laris papaÿnas velzna; et cneve tarju rumay.

(5) À la même série morphologique appartiennent, comme on le sait, un certain nombre de mots grecs du fonds préhellénique : AéBeydos, y£kuv0os, épéfry0os, asuvhos, etc.

(6) Eusèse DE CÉSARÉE, op. cit., p. 70, 10 (territoire de Juda et de Siméon).

(7) Ibid., 170, 9, territoire de Juda — ñ3ï Jos. XV, 49 (vocalis. masorét.).

(8) Ibid., 332, 4, en Idumée; vocalis. masorét. ÿ Nomb. XXXIV, 4.

(9) Josèpxr, Archéol., 1, 262, fontaine à Gérare (1. probab. leppa malgré la vocalisation masorétique M3, ce nom étant très caractéristique des établissements asianiques).

(10) Localité de Pisidie-Pamphylie. Nofic. épisc., p. 362, D; cf. les Eteweïs de Pisidie.

(11) Ville de Lycie. ÉTIENNE DE ByZANCE, s.v. Cf. Yrtrvia, anc. nom de la tétrapole attique, ibid., s.v. Terpérohs et cf avec Auxos quittant Athènes pour la Lycie (HÉRO- DOTE I, 173), le suffixe -*una pouvant se rendre également par -nv«. L'on rapprochera, comme de juste, l’équivalence asianique : Yrr-nvtx = Terparons de l’étrusque and — probablement quatre (cf. F. SKUTSCH, ap. PONTRANDOLFI, op. cil., p. 156 pour hu9) + le morphème adjectival -ñra : soit théoriquement, “hul-nn-1x.

(12) HréRocLës, Synecd. ; et Brit. Mus. Catal. Pisidia, p. CxIX, localité de Pamphylie- Pisidie — Ereyvæ, suivant P.-B. s.v. Katevveïc.

(13) Klio, Beïheft XI, p. 146 (inscript. inédite de Termessos).

Li d tue PASS ARS, 7. ON OS D DEC ETAT ; - r | A , s Fr L'LAAES 1, or / + £ +

262 CHAPITRE JII

l'enclitique -c (*) — que latin : cf. par ex. érusque fronta-c (CILEXT 6363 Pesaro); clan puia-c (CIE 1121 Clusium) — fs et femme ; clan-c (886 a Clusium) — fliusque ; etc. ;

et son équivalent lydien -c dans Jabrisa-c ; es-k (2) ;

l'enclitique -"1 (5);

et la copule cappadocienne -m(a) ; cf. wätar-ma (Savce, JRAS 1920, 1, p. 52 — el eau) — (cf. lemnien maragm — maraz 4m) (+);

particularité non moins remarquable, la présence en tosque caucasien d’un ancien pluriel en -ar : ex. : mabkar — jeunes filles < sing. “mabk; gaxar — bouc < sg. gaz; désinence qui reparaît, identique, avec la même valeur en kurinien, en kutule, en tsahourien, en agoul, en tabassaranien, en ééëène, en souane, pluriel correspondant, trait pour trait, au pluriel tosque de Toscane (5); clan, clenar (FABRETTI, 2055 et Sq.; 2340); ais-, eis-, dieu (Agram V, 18), ais (IV, 21; VIIL, 1é)et aïsar (PONTR., pp. 106 et 149) — dieux.

enfin, usage courant en étrusque de postfixes génitivaux en -a/ et -la Cv. SKUTSCH, ap. PONTRANDOLFI, p. 143 $ 28) et -s(a) et -isa (p. 144 $ 28 A) dont les parallèles exacts se retrouvent : les premiers, dans les idiomes du groupe lesghien : varkun dargua, karakaïtache, kubaëi, aku$a dargua, Churkilinien, lak, avare ; les seconds en caucasien du sud, géorgien notamment, où -isa sert encore à exprimer le génitif (de même que -s dans le groupe dido).

M. Littmann a relevé, en outre (®), la tendance très marquée de l'étrusque comme du lydien à réduire la longueur des mots.

Cette particularité, consistant à élider bon nombre de voyelles en ne conservant qu'un résidu consonantique dont s’élimine, tôt ou tard, tout ce qui n’est pas prononçable, se retrouve également dans le groupe caucasien (7).

(1) L'on trouve aussi la graphie -y. Cf. E. LaTres, dans les Symbolae litterariae in

bonorem Julii de Petra, Naples, 1911, pp. 143-149.

(2) LITTMANN, pp. 31, 70, 2 a, 76 et 81.

(3) PONTRANDOLFI, op. cit., pp. 121, 147, 149 (= SKUTSCH). Cf. etna-m (Agram II, 12 NV, PINI NS, 78425 VIS, 44e. der etna-y (FABRETTI, Suppl. Gamur. 1880, n° 804); sve-c (Agram II, 4, 9 ; IV, 4, 17) et sve-m (VIL, 8 ; XII, 12).

(4) Maraz (Lemnos À b 1); Marazm (B 3) (Texte de E. NACHMANSoN et KaRo Ath. Mitt. XXXIIT (1908), pp. 47-64.

(s) PONTRANDOLFI (SKUTSCH), op. cit. PP. 106-7 ; 149. Sur ce rapprochement, voir mon article dans Babyloniaca, 1923.

(6) P. 81. Il met cette tendance sur le compte de l’accent tonique.

(7) Le même phénomène se constate en élamite. Cf. déjà F. H. WeissBAc, op. cit., p. 49, $ e, qui, à l’époque, ne pouvait s'expliquer la chose.

Il note aussi, avec raison, les formations génitives en -5($) et -/ des deux parts (voir plus haut, à ce sujet) ; les désinences verbales [probables] étrusques en -0 et -79 et celles du lydien -d et -nf, auxquelles l’on peut également comparer les désinences hétéennes : -{ et -nfa, rapprochées de celles de labchaze -1 et -nda ().

Il est temps de conclure.

Nous avons donc constaté, entre l'Italie étrusque et le monde asianique, des correspondances multiples et de frappants parallélismes.

Ces coïncidences, qui ne sont nullement isolées portent, bien au contraire, sur tout un ensemble passablement cohérent : phonétisme, éléments morphologiques, onomastique locale et individuelle en grande partie identique, sciences laïques et religieuses, détails archéologiques et ethnographiques, sans compter les affinités évidentes qui relient entre elles ces cérémonies liturgiques de caractère agricole dont lantiquité tout entière s’accordait à rattacher l'institution à la diffusion de la culture du blé et du vin; collèges de prêtres frénétiques, à la fois danseurs et guerriers, dont l'on peut suivre, en quelque sorte, à la trace lapostolat à travers la Méditerranée : Corybantes et Dactyles enthousiastes, voués au culte de la « Grande Mère » ; Cabires et Courètes de Samothrace, de Crète, de Grèce, dont les « offices » sacrés se retrouvent non seulement en Égypte (2), mais aussi dans les rites enflammés de Lavinium (5); dans

. (1) Cf. WEIDNER, op. cit, p. 35 avec littérature. Les correspondances de vocabulaires suggérées par Littmann (oc. cit.) sont plus incertaines. L’on peut en dire autant, pour l'instant, de la comparaison des systèmes de versification, qui est au moins prématurée.

RS (2) Cf. par ex. le qualificatif de K LÂ mer mañäou — chef des soldats que

porte le grand prêtre de Mendès ; et comparer ce titre, qui est asiano-préhellénique, à ceux d’apyds que porte le grand prêtre à Cypre; d’éssives que portent les prêtres d’Ephèse (cf. CALLIMAQUE, H. à Zeus v. 66 issiy — roi) ; de fasthat que portaient, en Elide, les prêtres de Kronos (PaAusANIAS, VI, 20, 1); les rois-prêtres de Cnossos ; les prêtres-rois d’Olbia en Cilicie ; le caractère militaire de la cérémonie agricole figurant sur le vase d'Haghia Triada; les rites des Courètes ; le nom de otoatiérat Üeoù des fidèles de Mithra etc. Il y a là un curieux chapitre de l’histoire religieuse sur lequel nous aurons, quelque jour, à nous expliquer plus à fond.

(3) Le culte de Lavinium se trouve en rapports étroits et directs avec les Eavparor de Sicile, comme le remarquait déjà A. HoLM, op. cif.,t. I, p. 89, avant-dernier . H. a signalé (p. 85) que les noms d'Asie Mineure que l’on relève en Sicile ne sont qu’en minorité des noms appartenant à des régions sémitiques ; que d’autres se retrouvent dans les régions carthaginoises et numidiques (cf. le séjour d’Énée auprès de Didon ; Arula,

les chœurs des Saliens, des Arvales; dans la parenté maniteste de certaines fêtes des Wolcanalia, par ex. avec la fête dite des huites : 20 en Israël ; épanouissement économique lié à l'apparition de cette aristocratie d'Onents qui apporte avec elle, une technique expérimentée plus puissante, et chose non moins indispensable, des relations fraîches avec l’ensemble du monde commercial méditerranéen ; le sens et l'expérience des travaux publics et d’utilité générale ; les connaissances de l’ingénieur, de l’agriculteur, du soldat. Tous ces indices, et bien d’autres encore (1), corroborant, ou illustrant une tradition formelle et, à peu de chose près, unanime, nous autorisent, par conséquent, à affirmer en pleine sécurité, désormais, que la « liaison » rapportée par les auteurs classiques entre ces deux parties du monde est, véritablement, tout autre chose qu’un mirage légendaire, qu’une inconsistante fantaisie d’érudits.

Cette tradition repose, sans lé moindre doute, sur une réalité historique effective, car seulement ainsi parvient-on à se rendre raison de tant de frappantes analogies.

La mer,. du reste, dès l’aube de cette culture, n’avait-elle pas toujours été pour ses porteurs la source essentielle de leur incroyable prospérité ? le plus sûr des refuges? Peut-on donc s'étonner qu’une fois de plus ils se soient confiés à son « large dos » ?

Et le cosmopolitisme dont témoignent tant de noms propres individuels « ethniques » d'Étrurie ne vient-il pas à point pour attester l’origine commune dans le principe, bien que singulièrement diverse, dans le détail, de toutes ces familles errantes, qui affluèrent, nombreuses, en Italie.

Nous avons donc le droit le plus évident à considérer le Targ“u de Toscane comme une simple reviviscence du « patron » tutélaire du pays

dans le voisinage d’Ostie et de Carthage, nom asianique en Aru- bien caractéristique à cet égard) ; que d’autres enfin se rattachent à Canaan. Il note, en tout cas, formellement :

19 L’intime connexion que la tradition sicilienne établit entre les « Phéniciens » de Sicile et les clans asianiques Plestini, Elymes, Lyciens-Cyclopes, à l'exclusion de peuples réellement sémitiques ;

2° La présence d’éléments de culte nettement « phénico »-asianiques : chien victime sacrificielle ; culte d’'Héraclès ; culte d’Aphrodite-Fructis (SOLIN II, 14) :

3° La précieuse « base » économique que constituait cette grande île à blé permettant de fructueuses opérations en céréales avec toute la côte méditerranéenne voisine : Italo- Ligurie.

(1) Citons, par ex., le vocabulaire spécialisé méditerranéen qui, aux temps préhelléniques comme de nos jours, était à peu près identique entre tous les participants à à l’œuvre commune de civilisation. Nous en verrons d’autres traces.

« troyen ». Car pourrait-on, un seul instant, admettre que ces clans et ces « héros » « troyens » (1) si pieux, aient apporté en Italie tout ce qui pouvait leur rappeler leur antique patrie, leurs pénates, leurs plus chers souvenirs, sans y amener avec eux les divinités vénérées qu’avaient adorées leurs pères ?

Dès lors, notre tâche, qui consiste, on se le rappelle, à suivre le dieu à la trace sur tout lé pourtour de son lumineux domaine, se trouve singulièrement élargie, mais, du même coup, sensiblement facilitée.

IT

Trq“u en Italie.

Le dieu ayant passé, avec armes et bagages, en Italie (2), quelles traces de sa venue y a-t-il donc laissées ?

Ces traces, comme l’on peut s’y attendre, sont de deux sortes : d'ordre onomastique et d'ordre politico-religieux.

Nous commencerons donc par nous occuper sommairement des premières, dont nous énumérerons seulement les plus probables.

Pour les secondes, qui se rattachent principalement à Paspect dialectal en Trp- de Trq“u, nous les examinerons un peu plus en détail, car elles soulèvent un certain nombre de questions accessoires qui ont paru intéressantes. |

Notons, cependant, pour n’y plus revenir, qu’étant donnée l’époque présumable de l’arrivée du dieu dans la péninsule apennine —, soit approximativement, entre 1500 et 1000 av. J.-C. (5) —, « age of tur,

(1) J'ai défini (p. 74, n. 1) le sens que je crois devoir attribuer à ce terme. MM. KRETSCHMER (Eïnleit., p. 409) et E. MEYER (G. A5, p. 705, $ 476 A) ont prétendu, sans examiner en détail la question, que ces relations, alléguées par Winckler, Kannengiesser, etc., « schwebten in die Luft ». Les faits précités nous paraissent susceptibles de modifier assez sensiblement cette manière de voir, qui, on le sait, est loin d’être partagée par bien des spécialistes non moins autorisés.

(2) L'on trouvera des éléments pour une comparaison supplémentaire des deux onomastiques dans E. FORRER, Die Provinzeinteilung des assyrischen Reiches, Leipzig, 1921, que l’on pourra rapprocher de l’Indice generale. Cf. par ex. : Assur et Assoro; Azalla (p. 22) et Azella ; Botrus (p. 65) et Botro ; Calamus (p. 65) et Calamone (et son groupe) ; w13 et Cosso, Cossu, Cossano, Cossi, etc. ; Dor, Dora (p. 60) et Dora (nombreux représentants) ; Zani (p. 22) et Zani; Arana (p. 86) et Arana (Monte); Archalla (p. 76) et Arcella, Arcelle ; Arzan, Arzanene (pp. 87 et 85) et Arza, Arzana, Arzano; etc.

(3) Cette chronologie, sur laquelle archéologues, historiens et étruscologues sont à peu près d'accord, dans l’ensemble, résulte de considérations de tout ordre dont on trou-

moil and disaster over the whole of the eastern Mediterranean » (1), ce double phonétisme (des plus normaux, d’ailleurs) n’a rien qui puisse ou doive étonner.

Ombriens, Sabins, Latins, se superposent, mais sont encore loin de se confondre, soit politiquement, soit linguistiquement. Le régime féodal est encore vivace et, sur des territoires plutôt restreints, les roitelets locaux maintiennent et favorisent un fractionnement favorable aux intérêts de leur caste (2).

Les survivances onomastiques peuvent se grouper sous deux chefs :

À : Antiquité ; B : Survivances modernes.

Il y aurait, évidemment, lieu de subdiviser à son tour chacune de ces catégories en deux rubriques :

a) noms de personnes ;

b) noms locaux.

Considérant, toutefois, l'étroite corrélation existant entre ces deux espèces d’appellatifs, nous avons estimé qu’il n'y avait guère d'intérêt à les distinguer ici.

Dercenna, n. m. (SCHÜLZE, p. $73, n. renvoie aux noms en Zarc- de la

p. 97; MARTIAL I, 49 ; 17); Dercenius, n. m. (ibid, p. 573, n. s); Dercennus, n.m. (ibid., p. 97) ; < à étr. Gercna (3);

vera l'exposé dans les ouvrages classiques de MüLLER-DEECKE, MODESTOV, PONTRAN- DOLFI, pour ne citer que les principaux.

() W. Lear, Homer and history, Londres, 1915, p. 39. Cf. aussi supra, S II, p. 253. Les répercussions de cet effondrement paraissent s’être fait sentir jusqu’en Irlande. Cf. R.A.S. MaCaLISTER, Jreland in preceltic times, Dublin-Londres, 1921, p. 63 ; cf. avec pp. 40, 51 et 237. Il y aurait ici des remarques fort suggestives à faire sous le double rapport religieux et linguistique. Mais c’est là un aspect de la question qu’il vaut mieux laisser résolument de côté pour l'instant. La discussion nous ménerait trop loin.

(2) L'Énéide nous a conservé un vivant tableau de cet état politique et social, qui est aussi celui décrit par les aèdes homériques.

(3) Noter le jeu de la sonante bourdonnante. Cf. Virc. En. XI, 850 et sq. : Regis Dercenni terreno ex aggere bustum|| antiqui Laurentis opacaque ilice tectum ; ete. Selon une autre tradition, recueillie par le Pseudo-Servius, ce personnage aurait été un roi des Aborigènes. Cf. ce tumulus funéraire avec incinération avec les afuara homériques. De ce nom, J. CARCOPINO, op. cit., p. 522, rapproche ceux du Dercetius adoré en Espagne, au Monte Castello, près San Cristobal (CIL IT, 5809 ; ef aussi HOLDER, Altkelt. Sprachsch.

ROSE rhcà GS MES FPE VE VANNES sisi 022 ddr dr EC (t@ re } » az. i | , £ s : |

Dercina, n. m. (CIL I, 918 — VI 8279); Acpros, n. m. (IGI Mar. Æg. 1, 91);

ie n. m. f. à Rimini (CIL XI, 456) et Bologne (772);

Apærov, n. pr. (?) (ELIEN, Hist. An. XI, 16), divinité à Lavinium, intimement unie à la légende d'Énée et au culte enthousiaste lavinien ; des vestiges d’un culte achéen de l’'Héra d’Argos subsistent à proximité. Offrandes de pa£ar au dieu (V. à ce sujet suprà, pp. 32, n. 3 et 100 avec n.). .

Apzñwv (1), sanctuaire sicilien de caractère agricole (cf. V. HERWERDEN,

Lex. graec. suppl.?, p. 402) (2); Oercna (n. m. étr.) (CIE 1116 Clusium) (5); Taracia, n. (f.) d’une vestale (Gaia Taracia) (+) ; Tarachus, n.m. (CIL I, 1202 et X 4362) à Capoue;

I, 1266-7) et de Derkunnos, roi ligure, fils de Poseidon (ArozLop. I, 5, 10). Il évoque à ce propos l’unité italo-celtique chère aux linguistes. Nous verrons, dans un travail consacré à la question phénicienne, ce qu’il y a lieu de penser de cette unité et de quelle manière elle pourrait être envisagée.

(1) Le £ nous semble représenter ici un phonème de transition entre la gutturale et la siffante (cf. à ce propos chap. 11). L’on trouve de même Iliowôxoos et IiEwôasos (SUNDWALL, op. cit., pp. 179 et 181); Atovusos et AtovuËos (P.-B.) dans les noms asianiques d’origine. Cf. de même Bovasois et Bouañis nom carien.

(2) Peut-être y a-t-il lieu d’ajouter ici Avpsaytoy — Auvoaytoy (auj. Durazzo), fondation de Auvppaytos, fils de Poseidon et de Melissa (App. Bel. civ., II, 39 ; Dion. Cas. XLI, 49) et les n. pr. dérivés Durrachinus et Dyrrachinus (SCHULZE, p. 526, n. 13). Pour l’anaptyxis de la sonante-bourdonnante, cf. chap. 11. Pour l’origine posidonienne cf. Derkunnos (suprä). Cette ascendance est, le plus souvent, un hint précieux.

(3) À rapprocher des formes latines (T)ercenna (SCHULZE, p. 97) et Turconius (CIL XV, 1467), toujours avec jeu de la sonante-bourdonnante.

(4) Pauzy-Wissowa, I, 132. La légende de cette Vestale est en corrélation étroite avec celle de l’étrusque Acca Larentia (forme de Demeter) et, sans doute, avec la déesse ellemêmé ; à rapprocher probablement des noms de l’ager Turax ou Turax et peut-être celui de Tarutius (pour *Taryqutius(?) avec amuissement de la gutturale, normal en Étrurie: cf. elsntre — elysntre — elaysantre [PONTRANDOLFI, op. cit., p. 129]; cf. le nom de Tapyétios), qui fait partie du mème cycle anecdotique..Le caractère de zakhazf attribué à + ladite vestale (cf. P.-W. pp. 133) rend l’origine asiano-égéenne de ce culte plus que probable, L’annalistique romaine postérieure a rattaché tout cet ensemble à la venue au monde de Romulus et de Remus dont les origines étrusques ont été clairement établies par SCHULZE (p. 580) à propos de Rumlnas Sebres ; quant à la famille onomastique à laquelle se rattache Remus, elle est en Étrurie largement représentée : cf. Remzanei [CIE 1396 Clus.], Remzna [1192, 1194, 1195, 1395 886 a, 895, 975], Remznasa [1196 sqq., 1307]; Remznei [1253, 1268, 796, 1075 sqq. Clusium}]). Tout ceci nous amène donc en pleine « tosquerie », V. in fine du présent {.

Le nom de la sibylle de Cumes Tapz£dy3o2 (ScHor. PLATON, Phédre 244 b), selon d’autres sibylle phrygienne (Surpas, s. v. Yifuxra), s’il n’est pas forgé de toutes pièces, se rattache à la même famille onomastique. Le type asianique en est, d’ailleurs, incontestable (cf. Exapavdpoc, Matavdocs etc., pour la finale) ;

Targines où Thargines, f. de Sicile (PNE II, 10 [96|), si cette graphie est la bonne (:), comporte encore la même buse; la variance de la dentale, en tout cas, est suggestive.

Tar (Enéide VIII, 454-519, 603 ; X, 146-165, 290, 299, 302 ; XI, archon SE Fer HE Tarcho 184, 727; 729; 746, 757) ; roi d une nation étrusque, associée à l’action politique et militaire d’'Enée. L'origine asianique [lydienne] de ces contingents est, à plusieurs reprises, attestée

| par Virgile (2);

Tarcia, n. m. (Aoubie de Taracia) CIL X, 5077 ; XII, 3937; Tardius], XI, 6700, 656 ; VI, 32449;

Tarcna, n. m. FABRETTI, p. 1760; CIL XI, 3626 et 3629 (cf. l’étrusque taryna, Vercna, tarcnal, etc.) ;

Tarcnei, n. f. CIE 4552 (cf. Tarynia, 4017 et 4069) — Tarquinia (noter le jeu de la sonante-bourdonnante) ;

Tarcste, n. m. CIE r4 Fiesole (pour la finale, cf. le fameux Aule-s-les du mus. archéol. de Florence) ;

Tarknavas, n. m. FABRETTI, p. 1760 (sur un vase) ;

Tarynai, familia etrusca, FABRETTI, 2375 Caere ; 2366 ;

Tary[nas|, n. m. FABRETTI, n°% 2377 sqq.; 2381 ; 2483;

Taryçava |

Tarquia \

IR TR ha Tarquia- Tarchia (?); ibid., p. 1766 (CIE 3757 Pérouse ; Taryis clan = fils de T.; aussi 3702 ibid.)

Taryia, n. f. 1211 Clusium;

Tarquia 0 ENCIEAT 252: NL 2rurss

Taryisa, n. f. (cognomen) ; 3860 Pérouse ; 2744 Clusium ;

Taryisla, n. f. 3750 Pérouse ;

Tarynalbi, «casus oder casusartiges Fer » CURE p. 566);

Tarconius, n. m. CIL IT, 2360 ; à

Tarcontis, n. m. (génit.) Srrius-Irazicus, VIII, 473 ; génitif analogique mais anormal de Tarcho-Tarco. Rappelons à ce propos que le fon-

Taprow Topywy

n. f. Ibid. Ossuaire de Pérouse, 1786 ;

(1) K. MaAYHorr, édit. Teubner 1906, lui a préféré celle de Thagines. (2) Tarcho reparaît en Dalmatie, à Salone (CIL II, 2053). L'on sait l'importance des passages de la péninsule balkanique en Italie préclassique et vice-versa.

dateur mythique de Caere, frère de Tyrrhenus, est, suivant une tradition, fils de Télèphe, nom de la même série que le Telepinus hétéen ;

Tarcontius, n. m. CIL XI, 3770 (Galera) — Taryntes (génit.) (GAMUR- RINI, Supplém. 52);

Tarcus, alii Tarus fluvius ialiae cispadanae (Acta Sanctorum Mensis Julii DIE 72 TRES EX CE

Tarcussa (Caius Fulvius C: 1.), n. m. CIL V, 7573 (<à étr. * Taryusa);

Tarcuiius (C. T. Tarsaliae etc. ex Sardinia), n. m. Notix. d. Scavi 1898,

Tœpxvrvros ;

tt De == LU qUIN ; Tarquinius Taoxvvx — Tarquini, la ville — aussi Tapywvroy ; Tapxvrio ;

POS € n. m. (MüLer-DEecKe, IL, p. 36, n. 66); Tapxurrroc

Tapyerios, n. m. roi albain (PLUTARQUE, Rom. IL, 17);

Tagyu, ville sicilienne (Ér. DE Bvz.) (°);

Tarquenna, n. m. (cf. VarrON, R. R. I, 2, 27) < à étr. Tarena;

Tarquilius, n. m. (SCHULZE, p. 95) ; cf. supra la variante Derquilius ;

Tarquitius, n.m. CIL VI, 1828; nom porté par un écrivain qui a traité de la disciplina etrusca ; originaire de Véies, probablement (5) ;

Tarquitus, n. m. d’un Rutule (Énéide X, 550); CIL XI, 3630;

Taryntias, n. m. (génit.); CIE 4831 Clusium (cf. f. latin. Tarcontius) ;

Tarynta, Taryntias, n. f. Pérouse (FABRETTI 1787); Arezzo (470) ;

Taryu, n. pr. (PONTRANDOLFI, 0p. cit., p. 132);

Tarqumenaia, n. f. (CIE 3235 Clusium — FaBrETTI 808) ;

Tapoanve, Tappauvn (+), Tapauve, Taparivn (5), Tappæyun (9), Toa-

(1) Remarquer, ici encore, la faiblesse que la gutturale en question doit à son caractère semi-occlusif — bien indicatif de l’Asie antérieure —. En raison de son facile amuissement nous sérions assez porté à supposer qu’à l’origine de formes comme Tarronius, Taronius, Taron, Tarinates (SCHULZE, p. 559) etc. ; nom fréquent encore aujourd’hui, dans le midi figurait également la base Tary-. Schulze.(p. 96-7) suggère, lui aussi, la possibilité d’une corrélation entre Tarna et Tarcna.

(2) Pour la présence d'importants éléments asiano-égéens en Sicile, cf. p. 220 et suivantes.

(3) Rappelons à ce propos les Tarquitiani libri haruspicum (AMMIEN MARCEL . XXV, 2, PRE

(4) ÊT. Byz. s.v. DEN. HaLic. cf. index, s.v. STRABON, V, c. 233.

(5) Dion Cas. LXV, 16, 20, 32.

(6) Ér. Bvz. s.v.

270 CHAPITRE Ill

avi (©), Terracina, Tarracina (?), Trachas (3), v. du Latium, en bordure de la mer tyrrhénienne ;

Tarracius, n. m. (SCHULZE, p. 373);

Ta}ryelnas, n. m. (Not. d. sc. 1887, 345, Volsinii) ;

Taryvelenas, n. m. (Not. d. sc. 1887, 346) Volsinü; le nom divin paraît ici combiné avec un élément “na;

Tercenna, n. m. (CIL XI, 3371, Tarquinii); cf. étr. 0ercna ;

Terco(n), n. m. (XV, 1467, 1 ; au datif Terconi) ;

Terconius, n. m.' (SCHULZE, Index, s. v.);

Tergitius, n. m. (UT, Suppl., 4251), [en Pannonie];

Torcellum, insula prope Venetias (Acta Sanct. T. I Julii 645 c);

Toxyouptov, Toxyuouoy, Tragurion, ville et île sur la côte Dalmate (au.

… Troghie) ;

Tregelo, n. m. (CIL XI, 616);

Trocceius, n. m. (ScHULzE, Index, s. v.);

Trocilo, n. m. (CIL XI, 1941 Pérouse; cf. Tpoyhos, hiérophante d’Argos, père de Triptolème, suivant une tradition Pausanias I, 142)

Trocinai, n. m. (CIL V, 7767, Gênes) ;

(1) STRABON, loc. cit.

(2) Cf. Lexiques.

G) Ovinz, Métamorphoses, XV, 717 : ... Trachasque obsessa palude. ... Toute cette région est pleine de souvenirs relatifs à l'immigration « froyenne ». Cette ville, nommée autrefois Anxur, bâtie sur une assise de rochers à la manière étrusque et pélasgique (cf. MÜürLer-DEECKkE, I, pp. 204 et 232) impositum saxis late candentibus Anxur (HORACE, Satire V, liv. I), possédait un antique temple consacré à un grand dieu suprême, dieu juvénile et agricole, à l'instar du Koÿcos crétois (Servius, ad Æn. VII, 799 — son étymologie äveu Fvoäs est, évidemment, de pure fantaisie) ; dieu se rattachant étroitement à l’ensemble cosmo-théologique local, qui est de type nettement asianique (Jupiter praestes à Tibur; majus à Tusculum — ville tosque — ; indiges à Lavinium : Latiaris sur le Mont Albain), dieu au culte enthousiaste et mystique, si caractéristique de l’Orient asianoégéen, auquel les Sacranae acies (Énéide VII, v. 799 et SERVIUS) associent le souvenir des Corybantes et les scuta picti Labici (ibid.) le rappel des traditions minoennes. Autant d'indices de l’origine asianique de tous ces petits peuples dont les uns ont certainement gagné l'Italie par voie continentale et Jes derniers arrivants — plus et autrement civilisés en raison de leur longue fortune mercantile — sont arrivés par voie maritime. À côté du grand dieu — comme en Asie — son épouse mystique et féconde, Hera Feronia, praesidet el viridi [gaudet].... Zuco,... (v. 800). Pareil ensemble de petits détails convergents autorise, ce nous semble, à inférer que Terracine, tout comme Tarquinies, procède d’une base onomastique en T7q"u. Remmarquer, d’ailleurs, l'importance économique de cette place, siège d’une foire importante, où affluaient tous les chalands latins, sabins, ombriens, etc. Ici encore, action négociante et influence religieuse sont connexes. Ainsi que nous pouvions nous y attendre, le culte de la forme apollinienne de Tyq“u (cf. plus bas) est également très populaire dans le pays (cf. A. F. Gorni, Il,

p. 64.et seq.).

Trogimara, n. m. (CIL III, Suppl., 5287; Norique) ; Trogimarus, n. m. tbid.

Troucetissa, ibid, 143495 (Pannonie).

Cette énumération, que nous donnons dans les mêmes conditions et sous lés mêmes réserves que celle figurant en tête du chapitre II (*), est peut-être moins superflue qu'il ne le semble au premier abord.

Elle nous permet, en effet, de procéder à un certain nombre de constatations utiles.

Constatations d'ordre géographique, en premier lieu.

Car elle démontre la densité toute particulière de ce hème onomastique dans tout le domaine étrusco-latin, notamment dans l’Étrurie propre et dans le Latium qui en constituent, peut-on dire, le foyer italien.

Sous ce rapport spécial, ces régions représentent donc, pour l'Italie, la contre-partie exacte. de la contrée cilico-taurienne, en Asie Mineure, où, comme nous l’avons vu, la fréquence de Tyqu atteint son intensité maxima.

Il va sans dire que ce rapprochement, à lui seul, n'implique nullement dans notre pensée une résolution, même approximative, de l'équation étrusque.

Les conditions de trouble et de cosmopolitisme sans pareil dans lesquelles s’est effectué, comme nous l'avons rappelé, le vaste drossement vers l’ouest de groupes asiano-égéens importants excluent ipso facto toute explication par trop simpliste.

Ce déplacement d’une grande portion de la culture asiano-égéenne comporte, on le conçoit, un nombre considérable d’inconnues :

inconnues ethniques, dont quelques composantes seules : Achéens, Lyciens, Philistins, « Phéniciens » divers, « Troyens », nous apparaissent avec une netteté relative

inconnues linguistiques ; celles-ci particulièrement complexes en raison de l’internationalisme, en quelque sorte, foncier de cette civilisation ; de son activité économique, maritime, religieuse. Car & navigation, les affaires et les « fois » sont et restent nécessairement à travers les siècles les plus puissants, peut-être les seuls agents durables d’amaleamation humaine.

Le formidable effondrement qui a clos, en Asie même, cette première et longue période de prospérité matérielle, déterminant d'importants courants migrateurs, a forcément porté le brassage ou, si l’on préfère, la confusion à son comble.

(1) Cf. les observations formulées P- 44.

C'est pourquoi la patience reste, plus que jamais, nécessaire pour que la philologié et les linguistiques modernes parviennent à dresser, non sans peine, l'inventaire approximativement exact des éléments nécessaires à une première explication. ;

D'ores et déjà, pourtant, la connexion qui se manifeste entre le Tusco- Latium et le monde cilico-taurien s’avère comme le plus précieux des indices et ne doit, à l’avenir, plus être perdue de vue.

Dans cette antique terre de Q"“e, autrefois comme aujourd’hui, riche, commerçante, cosmopolite au premier chef; forte à la fois par sa rude population sédentaire, sa place stratégique, sa fécondité, son admirable situation économique, sa configuration, enfin, qui la rend aussi facile à défendre que malaisée à conquérir, et, plus encore, à conserver, les dernières survivances de la vieille société « troyenne » s’étaient, nous l’avons vu, préservées mieux qu'ailleurs (:). |

La ociyyvous t6vüY dont parle Strabon y avait, cela va de soi, exercé ses effets dans toute leur ampleur. Mais l’on peut inférer des particularités du pays, des sécurités, des avantages, qu’il offre à des réfugiés, des vestiges asianiques de tout ordre que l’on y rencontre, que la terre cilicienne fut, sans aucun doute, pour le monde asianique post-troyen ce que l'Attique, suivant Thucydide (I, 2, 5-6), fut, pour d’autres raisons, à l’égard des aristocraties palaeo-helléniques : un lieu sûr, en même temps qu'un centre de ralliement et d’activité.

Sous ce rapport, tous les vieux noms héroïques d’Atavres, Teuxpes, Aazptn, Kiscoc, Apys<, etc., qui s'y survivent à basse époque, dans le voisinage immédiat des antiques rois-prêtres d’Olbia, prouvent un incontestable, bien que très complexe, archaïsme (?).

Telle est, à notre sens, la principale conclusion qu’il convient de déduire des importants parallélismes constatés.

Ceci n'infirme, d’ailleurs, nullement l’historicité de la tradition faisant venir les Étrusques de la côte lydienne. Car cette tradition, nous l'avons rappelé, reste, dans son ensemble, trop ferme, trop constante, trop bien

(1) Cf. STRABON XIV, c. 672 et E. HERZFELD, Arch. Jahrk. XXIV, 1909, pp 434- 441. La suggestion de H. qui propose de rattacher Tedxpo$ au thème Tagzv- me paraît peu fondée. J'ai eu (S II) l’occasion de signaler la réapparition de Tevxpos en Étrurie sous les formes Ouceri, Ouker, Gucer, Oucerna, Oucernas, Guceru, Tocro, etc. Il y avait, je le rappelle, une autre Cilicie toute proche de Troie où le culte apollinien [de Z7g"4] fleu rissait tout particulièrement.

(2). Outre les similitudes signalées au $ I, cf. G. HERBIG, Xleinasiatisch-etruskische Namengleichungen (Sitzgsber. d. Kgl. Bay. Ak. d. Wiss. Philos.-philol. u. hist. Klasse, 1914, 2 Abh. 7, 2, 1914), venant après les A/tital. Forsch. de K. PauLI et les Agäische bes. kret. Namen bei den Etrusk, de A. KANNENGIESSER, Xlio, 11, 1910-11, 26-47.

appuyée pour que l’on puisse en récuser la donnée fondamentale sans hypercritique évidente.

Toutefois l’on surprend sur le fait, ici, en relativement grand nombre, des spécimens des similitudes frappantes existant de part et d'autre. Ici * comme à, subsiste, en somme, un large pan de la vaste fresque asianopréhellénique (*).

Notons, au surplus, que les rapports intimes unissant la contrée cili-

. ANMAAAA cienne au monde hétéo-syrien de Latinou = 75 @e A, et de Kharou

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