POPULATION
La population de la Khivie se compose principalement d’Usbecks , de
5" livraison. (Tartahib.)
Kirguizes, de Turcomans, de Karakalpaks, de Sartis, Tâts ou Tadjics, qui appartiennent à la souche persane, et enfln des Calmoucs. Le tableau suivant offre le détail de celte population, d’après M. Abbott ;
Famiiles.
Usbecks 100,000
' Kirguizes 100,000
Turcomans... 91,700
Karakalpaks. 40,000
Sartis 20,000
Calinoucs 6,000
Pf nonnes, .'>00,000
On doit encore ajouter à ce total des esclaves persans, au nombre d’environ 30,000, quelques juifs et d'autres classes très-peu nombreuses; ce qui fait en tout 1,822,000 habitants (1).
Usbecks. Les Usbecks de la Khivie sont des hommes forts et bien constitués. La moyenne de la taille ne descend nas chez eux au-dessous de cinq pieds deux pouces. Quoiqu'ils aient quelque chose de rude et de sauvage dans l'expression de leurs traits , ils sont spirituels et même gais dans la conversation. On leur accorde une certaine droi-
(1) Olte estiiaaliun paraîtra sans doute trop forte A quel(]U(*a personnes et trop faiPle à d’autres; M. Mouravlev ne compte la population immédiatemeHl soumlxc au khan de Khiva que pour un peu plus de :)oi),(xiO Ames; luaia il ne faitpasentrer dans ce nombre le» tribus nomadeü, qu'il parail considérer comme Indépendante». Bûmes donne à peine 30(t,ouo; le Dictionnoire unirrrtel de Oécÿraphie ^ publié par Picquel, 36U.U00; le docteur Wolff^daos son f 'oyage à Baukhum ^ au moins 6fX)»ooo. M. Huot, dans sa nouvelle édition de la fiéographie de ^alte-Brun^ indique, d’apresje ne sais quelle autorité, 975,000- bnfln, M. Abl)ott, auteur de la dernière relation Imprimée sur le pays de Khiva, 2,460,000. Ces dlfrérences ne sont pas aussi grandes que les chiffres Tindiquenl, si Hm considère que plusieurs auteurs laissent en dehors de leurs calculs toute la population qui n'est pas comprise dans roosin de Khiva.
Nous avons adopté tous les chiffres de M. Abbott, excepté pour les esclaves persans, dont le nombre a considérablement diminué nepuls son voyage, à cause de ladlfllcullé que lesfuroomans éprouvent à faire de« excursions dans le Khorasan occidental , où an gouverneur établi pas le roi de Perse traque ers brigands avec un tèle, une Intelligence et une ténacité qui finiront certainement par les dégoûter de leur métier. Le docteur Wutff ne porte le nombre de ces esclaves qu'à 40,000. C'est peutêtre encore trop , et- noua avons cru être plus exacts en suivant t'autorliè de M. Mouravirv. ,
GC
L'UNIVERS
ture naturelle que n'a pu leur enlever le gouvernement oppressif et ombrageux sous lequel ils gémissent depuis plusieurs générations. Ils ont le teint basané, et se rappruclient un peu des Calmoucs pour la coupe du visage ainsi que pour la forme et la position des yeux. Leur barbe est peu fournie.
Femmes. Tous les liabitaiiis de la Kliivie prétendent que les femmes usbecks sont très-belles. Il parait cependant, si nous en croyons M. Abbott, qu’elles n'oot pas les traits réguliers, et que tous leurs cliarmes se réduisent à un teint blanc et rose. Les vêtements dont elles s'enveloppent pour aller dans la ville feraient croire que si ces femmes ne sont pas précisément mal faites, elles ont cependant la taille épaisse et lourde.
iktsTUHE DES HOMMES. Le costume des hommes se compose d'une chemise de colon sans cul et ouverte sur le côté; d'un large pantalon de drap et de plusieurs robes ou manteaux d'une étoffe de soie rayée ou d'indienne ouatée avec du coton écru. Pour les nobles , ces robes sont de drap, ordinairement d'un vert très-foncé , couleur dont ils semblent avoir emprunté l'usage aux Russes. Les robes sont doublées et garnies de fourrure. Lorsque les Usbecks se voient contraints de voyager en hiver, ils mettent par-dessus tous ces vêtements une pelisse de peau de mouton ou un manteau de feutre.
La coiffure des hommes, si l’on excepte les prêtres, qui portent tous le turban, se compose d'une calotte noire
ii'ils placent sur leur tête rasée, et
'un bonnet de peau d'agneau noir à forme cylindrique. La grandeur du bonnet varie suivant le rang de celui qui le porte. Ils mettent par-dessus leur pantalon de grandes bottes jaunes à talon haut, et dont le bout, terminé en pointe, est relevé en l’air.
Costume des femmes. Le costume des femmes est semblable a celui des hommes, exceiité pour la coiffure, qui se rt^ uit à un Uchu blanc ou de couleur, roulé autour de la tête. Quelquefois les bouts de ce lichu desceudent sur la gorge.
Kibgui7.es. Quoique nous nous réservions de traiter dans une section spéciale des moeurs et de.s usages des Kir-
guizes, nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots des habitudes particulières aux familles qui vivent sous la dépendance du gouvernement khivien. Les Kirguizes sont assurément les plus grossiers de tous les habitants de la Khivie. Toutefois, leurs moeurs sont loin d'être corrompues comme celles de l’Usbeck , et ils n'ont pas des habitudes de brigandage aussi prononcées que le Turcoman. Du reste , ils errent dans les steppes comme celuici ; comme lui aussi, ils laissent a leurs femmes tous les travaux pénibles et tous les ennuis du ménagé. Les enfants soignent les chameaux, les chevaux et les moutons. Quant au maître, il .s'amuse à chasser des renards , des saïgas ou des Unes sauvag -s, nu bien il va d’une tente à une autre passer le temps à causer avec ses voisins.
Comme les steppes sont exposées , ainsi que nous l'avons déj.i reman)ué, à de grandes variationsde chaud et de froid, le Kirguize change de demeure suivant la saison. En été, il habite les hauteurs où il peut trouver quelques sources.
A l’approche de l'hiver, il descend dans les parties les mieux abritées de la steppe; mais toujours il a soin de chercher des endroits où se trouveun peu d'eau. Qu.nid une fois l'hiver est arrivé, il ne recherclie plus le voisinage des sources; car la neige lui fournit toute l'eau dont il peut avoir besoin pour lui-mênie et pour ses troupeaux.
Les Kirguizes de la Khivie se nourrissent presque exclusivement du lait de leurs chamelles , de leurs juments et de leurs brebis, qu’ils mangent caillé, sans pain et sans aucune espèce de légume. I..a viande est un mets qu'ils ne goûtent qu'à de longs intervalles, et seulement à l'approcne de l’hiver.
Comme à ce moment de l'année le bétail manque de fourrage et donne tres-peu de lait, les Kirguizes abattent toutes les vieilles bêtes et en salent la chair. Ils la mangent ensuite bouillie, sans pain ni légumes.
Au printemps, ils conduisent leurs troupeaux dans les montagnes de craie qui se trouvent sur ies bords de la mer Caspienne, non loin de Nuov-Alexandrot, et qui , pour nous servir de l'expression ae M. AJbbott, conurvent *ur
lewi pic», durant plusieurs mois, ùe» trésors de neige.
Les Kirguizps établis dans la Rhivie n’oiit que très-peu d’esclaves. Ils les traitent mieux que ne font les Usbecks et les Tiircomans. Ces nomades sont assez riches en troupeaux , et ils possèdent d'ailleurs des tapis , des feutres, des tentes, des selles et des harnais pour leurs chevaux. Ils se procurent ces différents objets pour des chameaux, des bidets et des moutons, qu'ils donnent eu échange aux Ttircomans. Us sont en outre assez bien fournis d'ustensiles de ménage, tels que marmites île fonte , couteaux , gamelles , plats et cuillers de bois, que les Russes leur vendent contre des moutons et d’autre bétail. L’espèce d'aisance dont Jouissent ces Kirguizes les expose aux déprédations des ’Turcomans, dont les campements se trouvent entre eux et Kliiva. Le siège du gouvernement est trop éloigné pour que les plaintes des Kirguizes soient écoutées par le khan et amènent la répression de ces odieux brigandages. D'ailleurs il est douteux uue le gouvernement khivien fût assez flairé pour comprendre qu’il est de son intérêt bien entendu de mettre fin à des spoliations qui ne le touchent pas directement.
Les Kirguizesnepossèdentpourtoute défense que de longues lances, quelques sabres et fusils à mèche ; ils ne sont oonc pas en état de repousser les incursions des Turcomans, beaucoup mieux armés et mieux montés qu'eux , et . il faut le direaussi , relativement plus braves. Ils ont une frayeur superstitieuse des armes à feu. Quoique cette crainte existe aussi chez les Turcomans, elle est beaucoup plus forte chez les Kirguizes. Ces nomades professent tous le mahométisme sunnite. Mais, bien
?u'ils aient des mollahs, ils sont proondément ignorants sur les principes fondamentaux de la foi musulmane, et ne s'acquittent que très-rarement des devoirs extérieurs de cette religion.
KABXKALPyXKS. Les Karakalpaks, dont le nom sIgniGe en turc bonnets noirs (1) , errent sur une partie du terni Noire mot françaii oatftocAn'eat qu’une dea dilTerentea prunondathms du turc ou Urtare keUpok. Noua l'avona reçu des Boiigrols,
ritoire de la Khivie , mais principalement sur la rive droite de l’Oxus. Les plus riches d'entre eux possèdent en propre des terrains clos de murs dans lesquels ils conservent les fruits de la récolte. Ils passent l'hiver dans ces espèces de fermes ou dans le voisinage.
En été, ils vont camper plus loin. Ils sont vêtus comme les Kirguizes, et portent le bonnet khivien. Ils ont pour l'hiver des robes de drap russe. En été, ils se vêtent d’une étone faite avec du poil de chameau.
Les Karakalpaks se livrent presque tousà la culture de la terre et àl’elèvedu bétail. Ils sontengénéral peu intelligents et craintifs, et par conséquent mauvais soldats. On leur reproche un grand pencliant pour le larcin. Ils sont assez ndèles à leur parole, ne boivent pas de vin, fument la pipe et prennent du tabac en poudre. I.os riches font élever leurs enfants à Khiva. Toute la nation est aveuglément dévouée au khan , et un fonctionnaire public, quand bien même il appartiendrait à leur race , obtient d’eux les plus grands respects.
Ils sont en général pauvres, possèdent
Eeu de chevaux , mais beaucoup de gros étail, qu'ils font paître dans des cantons herbeux et boisés.
Ils ont dans leurs aouls ou campements des juges particuliers, auxquels ils donnent le nom turc à'aksakal, c’està-dire barbes blanches. Ces magistrats, qui, malgré leur titre, sont souvent encore jeunes, exercent une grande autorité dans les campements des Karakalpaks. Ils punissent de châtiments corporels les simples délits. Quant aux hommes reconnus coupables de quelque crime, ils sont conduits à Khiva et jugés par le khan lui-même.
.Sabtis. Les Sartis , ou Sart , appelés aussi Tais et /’arf/ict(l), appartiennent à la même race que les Tadjics de Boukhara et de toute l'Asie Centrale, et sont d'origine persane, comme le démontre la langue qu’ils parlent encore aujour-
auxquelt Dou» avons emprunté pliisiriin termes relnlifs à rtiablllementel à l'équipement de la cavalerie lépére.
(I) M. Klaproth nous apprend que Inus ces noms désignent ie même peuple, ^rlis est la dénomination par laqueile les Turcs tes désignent, et Tadlics est le nom quTls se donnent à eux-mémea. [Vo^ez Klaprotn, AnapotygMSo.
■oa Dy u-oo^lc
es
L’UNIVERS
d’Iiui. Leur caractère est è peu près le même dans tout le Tunjuestan. Ils sont craintifs, rampants, infldèles à leur parole , menteurs et intéressés. Il n’est sorte de démarche humiliante à laquelle ils ne se soumettent volontiers pour gagner quelque chose , tandis qu'ils cherchent tous les subterfuges possibles pour éviter de payer ce qu'ils doivent. Ils passent pour très-voluptueux et entachés de vices Infâme.s. Ils sont mauvais soldats, mauvais cavaliers, vaniteux et trèssouples devant l’autorité. L’amour du lucre les rend actifs et laborieux : ceux d’entre eux qui sont riches ne laissent pas d’affecter une grande pauvreté.
Cette conduite est sage en Khivie ; car si le khan savait qu’ils possèdent quelque chose, il les ferait dépouiller surle-champ.
Juifs. Il existe environ deux cents Juifs à Khiva, où ils s'occupent à élever des vers à soie ainsi qu’a tisser et teindre des étoffes. On les oblige , comme en Boukharie , de porter un signe qui les fasse reconnaître. Ils sont assez méprisés. Nul ne les salue, et le khan évite de les rencontrer; car leur aspect est considéré comme de mauvais augure. Du reste, ces gens ne sont point inquiétés par le gouvernement khivien, et ils peuvent même acheter à prix d’argent fa permission de se livrer à plusieurs passe-temps interdits par la loi musulmane, tels que les jeux de hasard, lisjouentauxcartes et aux dés. On trouve aussi à Khiva des familles originairement juives, qui se sont établies dans ce pays à une époque déàà fort ancienne et ont embrassé le manométisme sunnite. Ces gens sont des sectaires aussi fanatiques que tous les autres Khiviens.
Il existe pour la considération une grande différence entre les diverses races et tribus q^ui forment la population de la Khivie. L’Usbeck, conquérant et maître du pays, occupe la première place; puis viennent le Turcoman , le Sarti et enlin le Kirguize, objet du mépris de toutes les autres classes.
MOEUBS et usages DESKHIVIBIVS(l).
Les richesses des Usbecks consistent
(I) ParKbirteni nous cniendon'i In habitant* des ville* de l'uaals de Khiva, dont la po- ■HilaUoo ae compote presque exclusivement dVtbecKs et de Sarllt.
en terres et en esclaves. Il arrive souvent qu’un seul chef de famille de cette nation achète plusieurs centaines d’esclaves. Cet usage ne tient point à des habitudesde luxe, mais à la nécessité d’avoir des bras pour cultiver les terres. L’Usbeck est un maître dur pour ses esclaves, qu’il fait travailler souvent au delà de leurs forces. Quant a lui , il traîne une existence désœuvrée , qui parfois le rend mélancolique. Il n’a que peu de distractions , parce qu’il se refuse en général à tous les délassements, pour se livrer à une débauche infâme, qu’il affiche sans pudeur. Lorsqu’il se trouve assez riche pour remettre à un intendant le soin de ses affaires du dehors , il passe la journée à dormir. I.a femme, chargée des dépenses et de la conduite du ménage, est presque toujours négligée par son mari. Cet état de choses amène qtiel-
auefois , si nous en croyons M. Abbott , es désordres assez graves que les enclaves savent mettre à profit. Ce dernier fait nous parait difficile à admettre.
Sans doute les femmes usbecks doivent avoir en horreur des hommes souillés des vices que nous signalons-, niais comment pourraient-elles triompher des obstacles matériels que leur oppose une jalousie haineuse et méprisante.^ Chasse. I.a?s Usbecks se livrent avec ardeur à la chasse à l’oiseau. La nature du pays se prête admirablement à ce genre d’exercice. Les bords des rivières et des canaux sont couverts de lièvres, de faisans et de perdrix rouges. L’Usbeck est bien monté. Pour l’ordinaire il possède un cheval turcoman plein de feu; on devine au premier coup d’œil le rang et la riches.se du cavalier par la valeur des harnais du cheval où brillent l'or , l’argent et les pierres précieuses, telles que turquoises, cornalines et rubis.
Les Usbe<-ks portent toujours un sabre et un poignard. Lorsquils redoutent quelque aanger, ils prennent un fusil à mèche, et très-souvent aussi une lance, arme qui est d’un usage général en Khivie. Ces lances ne sont pas fabriquées dans le pays, où l’on ne saurait se procurer de bois propre à cet usage.
Mais les Usbecks les achètent aux Kirguizes, qui les reçoivent eux-mêmes de Russie. Les chefs portent des sabres fabriqués à Ispahan ou dans le Khora-
San et d’un acier très-fin. Ils ont aussi des carabines rayées et à mèche qu’ils tirent de Hérat et de la Perse.
Du reste, quoique les Usbecks portent sur eux un arsenal complet, ils font de très-mauvais soldats. Leurs habitudes nonchalantes et casanières s’opposent à ce qu’ils soient de véritables guerriers. Itsdeviennentde jour en jour plus apathiques et plus corrompus. Ils sont environnés de déserts qu'habitent les tribus kirguizes et turcomanes, auxquelles ils achètent des esclaves qui cultivent leurs champs et font tous les travaux pénibles qu’exige l’entretien des propriétés ; et pour eux , ils ne se réservent aucune occupation fatigante.
Ennemis déclarés de la civilisation , et ne voulant pas se mettre au niveau des changements introduits dans l’art de la guerre , ils prétendent que les progrès des Européens dans cette science sont l'effet de la nécromancie. Ces innovations sont pour eux l’objet d'une haine invincible et d’une terreur superstitieuse.
OivEBTissBMEivTS. Presque tous les Usbecks savent jouer aux échecs. La marche des pièces ne diffère que trèspeu de la notre ; ils jouent aussi aux dames.
Musique. — instruments— chàn- TEUBs. Les Khiviensaiment assez la musique, surtout lorsqu’elle est bruyante.
Le roulement du tambour flatte bien plus agréablement leur oreille que le son des instruments les plus harmonieux. Le chant n'a pour eux qu’un attrait assez médiocre en lui-méme , et ils font moins attention à l'air qu’aux paroles , tirées pour l’ordinaire des œuvres de leurs poètes.
Ils ont une espèce de guitare à deux cordes, dont la caisse est hémisphérique ; on l’accorde par quarte et on touche les cordes avec une plume ou un petit morceau de bois taillé à cet effet. Ils ont encore une sorte de violon à quatre cordes, dont le son est assez agréable; ils le placent comme un violoncelle, la base appuyée contre terre, et en jouent avec un archet. Les Usbecks professent un grand mépris pour . la musique et pour le chant; ce sont là , disent-ils , des occupations indignes d'un guerrier. Queloues-uns d'entre eux regardent même
la musique comme un art infâme ; aussi passent-ils toute la journée sans rien faire, plutôt que de s’en occuper.
M. Abbott remarqua , à son passage à Khiva, des cerfs-volants d’une construction particulière et qui rendaient un son assez semblable à celui des harpes éoliennes ; il indique même la manière de les construire (I).
Les gens riches entretiennent des es-
Cde troubadours gui célèbrent les ges des héros, font des vers en leur honneur, récitent des contes et jouent de la guitare. Leurs chants et leurs récits se prolongent quelquefois jusque bien avant dans la nuit. Toute rassemblée les écoute avec attention.
Ces chanteurs sont presque toujours des vieillards à l’air vénérable et à la barbe blanche.
Observation de i.a loi religieuse. Les Khiviens s’acquittent avec une grande exactitude de toutes les prières prescrites par la loi musulmane. Quant aux ablutions, s'ils se trouvent au milieu de la steppe , dans un endroit où on ne trouve point d’eau, ils se frottent les mains avec du sable. Ils ne souffrent
fias qu’on les dérange lorsqu’ils récitent eurs prières.
Les Usbecks détestent les schiites ou sectateurs d’Ali plus gue les chrétiens ; ils disent , pour justifier cette haine si
firofonde, que les chrétiens suivént la oi qui leura été enseignée, tandis que les schiites, au contraire, connaissent la vérité et la repoussent. Il arrive cependant quelquefois que ces Usbecks orthodoxes dépouillentetmassacreutdes Turcomans qui suivent les mêmes croyances qu'eux ; mais, dans ce cas, ils se soumettent à des purifications, et payent même unesomme à leurs prêtres pourque ceuxci les relèvent de rirrégularité dans laquelle ils sont tombés.
Les gens riches prennent ordinairement les quatre épouses légitimes accordées par la loi du prophète , et autant de concubines que bon leur semble.
Les pauvres n'ont presque jamais que deux femmes et quelquefois même une seule.
Les Usbecks ne contractent des mariages qu'avec des femmes qui partagent
(I) Voyez tome I , page lH.
oogle
L’ÜWIVERS.
Ifurs croyances religieuses; le contraire serait considéré par eux comme uneriine.
On ne tolère dans la Khivie l’exerciea public d'aucune autre religion que l'islamisme sunnite.
HOSPITALITB. — HSCBES DBS BB* PAS. — nUUBBITUBB. — VAISSBLLB.
Les Usbecks sont hospitaliers ; ils accueillent toujours un étranger avec plaisir; mais, comme ils sont aussi extrêmement arares, ils évitent de faire de grandes dépenses pour leurs hôtes; et, après le départ de ceux-ci, ils tâchent de regagner 1^ frais qu’ils leur ont occasionnés, en se privant eux-mémes du nécessaire pendant quelques jours, et en se faisant inviter chez des voisins ou des amis. I^ur avarice est telle que, malgré leur extrême gourmandise, ils vivent très-sobrement cliez eux. Ils font trois repas par jour; le premier a lieu le matin dès l'aurore; le second à midi, et le troisième le soir.
La nourriture qu’ils préfèrent est la viande de mouton , accommodée avec du riz; mais ils ne s'accordent pas toujours ce mets succulent, et se contentent pour l’ordinaire d'un morceau de pain de froment et d’une soupe au lait dans laquelle nagent quelques petits morceaux de viande de mouton. Lorsqu’ils veulent régaler un étranger ou un ami, ils lui servent une soupe grasse et du mouton grillé. Ils se procurent aussi pour ces sortes d’occa>ions de petits pétés à la viande, qu’ils regardent comme unmetstrès-Qn; ils mangent volontiers de la chair de chameau et de cheval. Les Kirguizes leur vendent des juments grasses , dont la chair est très-estimée. L’usage veut que lorsqu’un Usbeck tue une jument, if fasse avec la chair et la graisse de l’animal des boudins dont quelques-uns sont envojrés au khan. Les Khiviens mangent aussi du gruau, qu’ils accommodent avec de la graisse de queue de mouton ou du lait, ils mangent la viande et le gruau avec les doigts , et puisent le bouillon dans la marmite avec des cuillers de bois ; ils manpnt peu de poisson et seulement lorsque! est frais. Les Earakalpaks, au contraire, l'aiment beaunoun;et comme il est très-commun et à fort bon marché, ils s'en nourrissent presque exclusivement dans certains cantons.
La vaisselle des Usbecks est de terreet fabriquée dans le pays. Les riches possèdent ordinairement des gamelles qui viennent de Rus.sie.
Les Khiviens ont un goût prononcé pour le sucre et les confitures; ils en mangent des quantités énormes et suffisantes pour se rassasier, pourvu toutefois qu'il ne leur en coûte rien. Dans le cas contraire, ils s'en privent.
Les Usbecks éprouvent de la répugnance pour les liqueurs fortes, et regardent l'ivrognerie comme un vice Ignoble et méprisable. On ne peut en dire autant des Sartis et des prisonniers russes et persans. Ceux-ci distillent de l’eau-de-vie du raisin et de plusieurs autres fruits , et s’enivrent dès qu’ils croient pouvoir le faire saus être exposés à la rigueur des lois.
Le thé est la lioisson habituelle et favorite de tous les habitants de la Khivie. Ils le prennent très-fort, et le font dans des bouilloires de cuivre qui, à ce qu’ils prétendent, lui donnent un bon goût.
Ils le boivent sans sucre, et en prennent è toute heure; ils mangent les feuilles qui ont servi à faire l'infusion.
La passion des Khiviens pour cette boisson est telle, que nombre d'entre eux consentiraient plutôt à se priver de nourriture que de thé.
Les gens pauvres font usage d'une infusion qu’iU appellent Iké caUnouc. Ce thé , plus connu sous le nom de thé en briques, est fabriqué dans la Cliine septentrionale, avec les feuilles d'un arbuste sauvage, assez semblables à cellesdu merisier. On commence , lorsqu'on veut le faire, paréchauder les feuilles; puis on les humecteavec lu sérosité qui se sé;>are du sang de mouton ; on eu forme ensuite de grandes briques que l'on met en forme et que l'on fait sécher dans un four peu cliaud. Lorsqu’on veut employer ce thé , on coupe un morceau de la brique , on le concasse et on le fait bien bouillir dans une bouilloire de cuivre pleine d’eau , dans laquelle on a mis en dissolution auparavant un morceau de koudjir, espèce de sel qui se produit par etilorescence dans les steppes, et qui est formé d’un mélange de nalron et de sulfate de natron. Quand le thé a bien bouilli, on y ajoute du beurre, de la graisse et un peu de farine. Ce mélange
zsa Dy VjOOgle
devient alors assez semblable, pour la couleur, à Hu chocolat au lait. Le thé calmouc parait âcre et dégoûtant à tous les voj â:;eurs européens, qui s'accordent à dire qu'il a un goût détestable; niais il est tres-recherché par tous les peuples de l'Asie Centrale.
Le thé en briques, quoique à trèsbon marché, est cependant trop cherencore pour les K.hiviens tout à fait pauvres, qui le remplacent par une combinaison des feuilles suivantes :
Saxifraga crax.ii/otia ;
Tamarix germanka ;
PotentiUa rupestrU et fruticosa ;
Olijcyrrhiza hirsuta;
Poly/iodiam fragraus.
On ajoute à ces feuilles les racines d’une espèce particulière de taiiguisorba.
Les Khiviens aiment passionnément les épices et les aromates , et ils ajoutent souveut du poivre et du gingembre à leur thé.
Tabac, BE^G et opium. Les Usbecks, ainsi que les Sartis, fument du tabac et du beng et mâchent de l'opium. Le beng n'est autre chose que du chanvre. Otte drogue occasionne de fréquentes défaillances , et l'usage en est aussi funeste que celui de l'opium (1).
(I) Le lH>ngestce que l’on appelle m ègvpte el d.ins une grande p.irlie de l'Orlenl AusrAt- Bcha. Lea reuillea de chanvre forment la baae de celte oimposilion, qui delrull loiil a la fuia le corpa et riiitelligence. Le haachiscfia est connu en Asie depuis plusieurs siècles, et quelques auleurs en funt remonter la découverte Jus4|u'a l'êpo<|ue des Cliosroéstan 3S6-ca2 deJ.C.). Le faineu» lilslorien arabe Makrizl, qui mourut dans la première moitié du quinzième siècle, rapporte que de son temps U y avait un endroil , silué pn» du Caire et appelé DJ'iu-ina ou le Priil Jardin, ou les gens de la lie du peuple se rendaient pour aller maiigerdo liaschiiw'lia. • L'usage deœlle piaule maiiiliie, dit Makri/.i,est devenu aujoiird'liui très-aimmun. Les liberUns el lea gms d’un esprit lalble s’y sont adonnés avec excès. Dans le. vrai . Il n’y a rien qui soit plus dansereux pour le tempérament, s (/'oyez de .Sacy, vhmtomathie arabe^ Ionie 1, page 209 delà secondé édition. ) Makrizl né s'exagérait paa les qualilés délétères du haschlscha. Lé rclèbre botanisté arabe Ebn-Bellar allesie avoir vu des iiomroea devenir fous et d’autres mourir des eflela de ce poison. Aus.sl un grand nombre de princes et de chefs musulmans en détendirent Ils ruaage, sous di-a peines Irês-forles. Un souverain, qui régnait en Êgyple, condamna les preneurs de haschUcha à avoir les dénia arraehém, et plusieura sentencea de. ce genre furent mlimà exécution. Un arrête pria par lea autorités militaires françaises en Egypte,
IWSTItUCTION. — KDUCATIO.N. L’inStruction est très-peu répandue dans la Khivie; quelques meiiinres du clergé seulement savent lire l'arabe et sont en état de comprendre les prières les (dus usuelles de la liturgie éerites daus cette langue Ce n'est que par exception que l’on trouve à Khiva des personnes versées dans la connaissance des littératures arabe et persane.
le 17 vendémiaire an IX (9 octobre ISOU), porte w qui fkuil :
AhTiciK pRniiFR. I/usagp de la llqupor forlp Isiitr par qtiflqupft Dm»ulmans a\pc une certaine lierbe rorle, nuiotnéi; hutchtsek^ ainû que celui de fumer la graine dechamre, sont prohiliês daiLH Ionie TEgypte. Oux qui sont accoutume» a l>oire œltê liqueur et a fumer celle graine perdent la raison el lumlN>ni üani un violent déliré uui kouvent les porte a cornmettre des excès île tout genre.
Art. 2. La distillation de la liqueur du haschikcli est prohibée dans toute TEgyple. Les portes discéifès, des maisons publiques ou parlicullèrea dan» lesquelles on en distribuerait seront murées; les proprietaires arrêtes et détenus pendant trois oiuis dans une inaisuo de force.
A HT. 3. Toutes les balles de haschisch <jal arriveraient aux douanes seront oouüsquéea et hriilées publiquement.
M'oublions pasque c'est de hnschisrhin, qul^ en arabe, veul dire vn prrneur de hascht^ tcha , que nos historiens des croisades ont fall assut^inÈ, mot devenu aujourd’hui synonvine de meurtrier» . mais qui d’abord ne sèlendait qu'a d*s exécrabiesseclaires oui. sur un ordre ou un signe de leur chef, se ooimHient la mort ou frappaient la viclimequi leurètuil désignée, n est prouvé aujourd'hui que cVbill en affaiblissant leur intelligence nu moyen du haschisciia que le chef des assassins réduisait ses sicaires h l'état d’oliéissance brute iiui les rendait si redoutablesaux princesde ri-Uiropeel de l'Asie. Personne n'ignore ce qui arriva à saint Louis avec les aska.ssin$ envoyés par le Viuux de la Montagne. L'histoire offre un nombre cofwidérable de faits analogues, qui trop souvent se termlnèreut par un dénoümenl tragique.
On prépare te haschlscha de mille manières differentes. On combine ce poison avec de la racine de mandragore, du sucre, du miel ou de l'opium. I.es derviches el ks mystiques musulmans font un grand usage du tia-schischa pour se procurer une Ivresse extatique el aussi commeaiili-aphrodisiaque. Cette (lernière qualité n'est point admise par If célèbre médecin portugais Ciarcla da HorU (Voyei C tUuquiot do» »tmple»t Goa, 1563, ln-4**, f* 10 recIo). Ebn-Bellar rapporte qu'il a vu plusicivs fauirs qui faisaient datNird cuire les feuilles U chanvre, puis les pélrUsaienl avec leurs mains jusqu'à en former une espèce de pâle qu'ils partageaient en paslilles Ils les Inbs.ilent ensuite un peu sécher, les lorrélialenl, les broyaient avec la main, et y ntèlalent un peu de sésame dépouillé de sa pellicule et du sucre. Us mangeaieiil ainsi cette drogue sèche «près l’avoir mâobée longtemps.
)y '^OOglc
L’UNIVERS
Les enfants ne reçoivent presque aucune instruction ; les pères se contentent ordinairement de les frapper pour la moindre faute. Aussi n'existe-t-il pas dans le pays de véritable éducation. La plupart des enfants n'apprennent qu’à s'acquitter des pratiques extérieures de la religion manométane; quelques-uns joignent à cette connaissance un peu de lecture et d'écriture. A l’âge de douze ou treize ans l’éducation est censée terminée; l’enfant devient le domestique de son père, et se trouve l'vré à lui-inéme jusqu’à dix-huit ans qu'on le marie. La dépendance dans laquelle un père tient ses fils passe toute croyance. Ceux-ci même, lorsqu’ils sont devenus hommes, n’osent pas s’asseoir en sa présence , et ne mangent jamais avec lui. Le fils est le dernier des serviteurs et, pour ainsi dire, l’esclave de son père. Une pareille conduite semble d’autant plus inexplicableque les Usbecks vivent presque tous dans l'intimité avec leurs ^ens , lorsque ceux-ci appartiennent a la même race qu'eux.
ABTS KT MF.TIEBS, MXMirACTUBES ET fabbiqi'es. Les artset métiers existent à peine en Khivie. fabrication la plus importante est celle des feutres et des tapis, exclusivement exercée par les Turcomans, qui fournissent le khanat de ces objets inaispensahlesaux Orientaux.
Ils en font une quantité sufll.-ante pour la consommation du pays , et fournissent encore à l’exportation pour la Russie. Les feutres, comme les tapis, ne sont pas remarquables. Les Turcomans font aussi differentes étoffes avec du poil de chameau et des couvertures d'assez bonne qualité.
On fabri(]U6 encore à Khiva des tissus de soie ; mais ils sont de peu de durée et de mauvais goût. I,es étoffes de coton laissent beaucoup moins à désirer.
On fait dans la Khivie quelques ouvrage de fer, et en particulier des sabres et des poignards communs. Les fourreaux de ces différentes armes sont quelquefois d’or ou d’argent , selon le rang qu’occupe la personne à laquelle on les destine ; le travail en est assez bien fait; mais on ne peut tirer de là aucune conclusion favorable pour le talent des ouvriers kbiviens. Presque tous les objets de ce genre sont exécutés par des
prisonniers russes ou sons leur inspection immédiate.
Les Khiviens tirent de la Russie le cuivre qui leur est nécessaire.
Le verre est très-cher et fort rare à Rhiva. Les habitants ne connaissent pas la manière de le fabriquer ; et , pour cette raison sans doute, ils n’en font pas usage.
Les moulins employés dans le pays pour moudre le blé sont des moulins à nras ; on en a aussi d’autres plus grands auxquels on attelle un chameau.